La cathédrale Notre-Dame de Senlis est une cathédrale catholique romaine d'architecture gothique. C'est un monument situé dans le département de l’Oise à Senlis (France). La cathédrale a été le siège de l’ancien évêché de Senlis, aboli par le Concordat de 1801. Son territoire fut alors réuni au diocèse de Beauvais.

De taille assez modeste (longueur totale extérieure : — à peine plus que Beauvais : ), elle est l’un des premiers monuments gothiques du pays. Avec son portail du couronnement de la Vierge, chef-d’œuvre de la sculpture gothique du , sa remarquable tour sud, chef-d’œuvre d’architecture gothique du , ses façades du transept, toutes deux chefs-d’œuvre du gothique finissant, Notre-Dame de Senlis prend place parmi les plus belles cathédrales de France. Elle est aujourd'hui au centre de la paroisse Saint-Rieul de Senlis.

Historique vignette|centre|250px|Plan de la cathédrale de Senlis, montrant les rajouts des différentes époques et les détails architecturaux disparus.

Notre-Dame de Senlis fut édifiée à partir de 1151 sur l’emplacement de sanctuaires plus anciens, sous l’impulsion de l'évêque Pierre (1134-1151). Les moteurs principaux de cette entreprise sont la présence fréquente des rois ainsi que la personnalité très forte de l’évêqueDelphine Christophe - Notre-Dame de Senlis : une cathédrale au cœur de la cité - 2002. Le financement de la construction fut essentiellement le fait des évêques pourtant financièrement moins bien lotis que les autres évêques de la région, étant donné la taille réduite et donc les revenus modestes du diocèse. C’est ce qui explique la petite taille du sanctuaire. La participation du roi et du chapitre des chanoines fut à peu près inexistante.

La construction démarra simultanément aux deux extrémités est et ouest de l’édifice. En 1160, le portail central de la façade occidentale était déjà réalisé. En 1167, la cathédrale possédait déjà son chœur et sa façade occidentale et en 1175, la nef était raccordée au chœur. Aux environs de 1180, la cathédrale voûtée était quasi terminée sauf les transepts. Elle fut consacrée le par l’archevêque de Reims Guillaume aux Blanches Mains. Sa construction avait ainsi duré quarante ans ; mais elle était dépourvue de transept.

La cathédrale fut fortement modifiée au : vers 1240, on prolongea la tour sud d’une remarquable flèche à deux étages, superbe joyau de la cathédrale, et l’on interrompit la perspective intérieure en perçant un transept qui laissa la nef plus courte que le chœur.

vignette|gauche|upright|Tour sud du et portail sud du .

À la fin du , on construisit la salle capitulaire et aux environs de 1465 eut lieu celle de la chapelle du Bailli, fondée par Gilles de Rouvroy dit de Saint-Simon, bailli de Senlis et ancêtre du duc de Saint-Simon, qui y fut inhumé en 1477, ainsi que certains de ses descendants.

En 1504, un incendie, provoqué par la foudre, détruisit la charpente et entraîna l’effondrement des voûtes, à l’exception de celle de la première travée. Grâce aux donations des rois Louis XII et , on reconstruisit les parties hautes de la cathédrale en les surélevant de , on doubla les bas-côtés de la nef et l’on para les façades latérales d’un décor flamboyant très riche. La restauration débuta en 1506 et dura jusqu’en 1515.

En 1520, on commença l’édification de la façade du transept sud. Son superbe portail fut construit par Martin Chambiges puis par son fils Pierre et date de 1538, le portail nord est de 1560. Les chapelles orientales datent de la même époque.

En 1671 eut lieu l’édification de la chapelle du Sacré-Cœur sur l’ancien mur gallo-romain.

En 1777 le chœur reçut un décor néo-classique que l’on retrouve encore aujourd’hui.

La Révolution française fit disparaître le mobilier et détruisit les têtes de statues-colonnes du portail occidental, remplacées au milieu du .

La cathédrale est classée au titre des monuments historiques sur la première liste de 1840 ; L'ancienne bibliothèque étant classée en 1929..

En 1986, on termina la restauration de l’intérieur et en 1993 celle de la flèche.

En 2009, la cathédrale accueille le mariage princier de Jean d'Orléans, «duc de Vendôme», avec l'aristocrate Philomena de Tornos y Steinhart.

Dimensions vignette|Vue de la cathédrale dans la ville. vignette|Vue aérienne de la cathédrale.

Longueur Longueur intérieure Longueur de la nef Largeur de la façade occidentale Hauteur totale de la tour sud Hauteur de la tour sud (sans la flèche) Hauteur du clocher de la tour sud Hauteur de la façade occidentale (sans les tours) Largeur du vaisseau principal de la nef et du chœur Largeur de la nef avec ses 4 collatéraux Hauteur des grandes arcades de la nef Hauteur sous voûte de la première travée de la nef Hauteur sous voûte Hauteur sous voûte des bas-côtés Longueur du chœur (y compris le déambulatoire et la chapelle axiale) Longueur du chœur

Matériaux de construction La cathédrale est construite en divers calcaires du Lutétien issus des carrières souterraines autour de la ville. Les calcaires lutétiens étant différenciés en texture et dureté selon les bancs (couches géologiques) dont ils sont extraits, les constructeurs ont su les sélectionner et les combiner avantageusement. La haute flèche aérienne qui demeure très bien conservée démontre la bonne connaissance que les bâtisseurs avaient des propriétés de ces roches. La façade occidentale est construite en calcaire tendre et clair à milioles sur une base de cinq assises de calcaire fin et plus dur à milioles et cérithes (coquilles visibles). Les sculptures du portail de la Vierge sont en calcaire jaune fin à milioles, les parties des sculptures restaurées au sont également en calcaire fin à milioles mais provenant des carrières des environs de Saint-Maximin, car les carrières de Senlis étaient abandonnéesGuide de la géologie en France, éditions Belin, 2008, , pages 590 et 591..

Les carrières de Senlis produisaient autrefois une fine couche d'un « liais », calcaire lutétien dur et fin, traditionnellement utilisé en Ile-de-France pour les dallages, on le retrouve dans la cathédrale pour le dallage.

Extérieur vignette|upright|Vue de la façade occidentale ou principale. vignette|upright|Le clocher de la tour sud : dessins de Viollet-le-Duc. vignette|upright|Vue éloignée de la flèche.

La façade occidentale

La façade occidentale de Notre-Dame de Senlis est assez étroite, ce qui est bien normal étant donné la relative petitesse du plan d’origine de la cathédrale. Elle appartient au style du gothique primitif, tout comme celles de la cathédrale de Sens, ou de la cathédrale de Noyon ou encore de la basilique Saint-Denis. Un grand portail central est surmonté d’une grande baie à trois lancettes destinée à éclairer la nef. Au-dessus de cette baie se trouve une petite rose sculptée puis au sommet un balcon reliant les deux tours et orné de quatre statues.

De part et d’autre du portail central se trouvent les portails latéraux surmontés d’un tympan décoré d’arcatures assez lourdes. Ces deux portails ouverts dans la base des tours sont surplombés d’une grande baie vitrée puis d’une autre baie, géminée et aveugle et enfin plus haut encore, d’une petite rose (supportant une horloge à droite) située au même niveau que la rose centrale.

La façade, relativement austère, est bardée de quatre puissants contreforts destinés à assurer la stabilité de l’ensemble et notamment des tours, et qui contribuent à lui donner un bel élan vertical. Le tout produit une belle impression de puissance et de solidité.

Les tours Les deux tours sont de hauteur fort différente. Alors qu’au premier niveau des tours, elles présentent chacune deux grandes baies dotées d'abat-sons, la tour nord est ensuite immédiatement coiffée d’une petite flèche d’ardoises. La tour sud au contraire se prolonge encore par un superbe clocher élancé et formé de deux niveaux. Inébranlables depuis leur construction et d’une étonnante solidité, elles semblent destinées à se dresser intactes durant de nombreux siècles encore.

La tour sud et sa flèche Le clocher de la tour sud de la façade de la cathédrale de Senlis est un des rares clochers complets, du commencement du . Bâti d’un seul jet, vers 1240, en matériaux d’excellente qualité (la flèche a résisté à près de huit siècles d’intempéries), il s’élève sur la base carrée de la tour. Inspiré du clocher de la cathédrale de Chartres, il est constitué de deux étages : le premier qui repose sur la tour est de structure verticale et héberge les cloches. Le second, la flèche, est une haute pyramide élancée.

Au rez-de-chaussée, sous la tour, s’ouvre une belle porte donnant sur le collatéral sud de la cathédrale. Ce rez-de-chaussée sert donc de vestibule à l’un des collatérauxPlan détaillé de la cathédrale : Site de Architecture religieuse en Occident.

Au-dessus du rez-de-chaussée la tour présente un étage carré voûté et éclairé des quatre côtés par des baies jumelles.

C’est immédiatement au-dessus de cet étage que s’élève le clocher proprement dit formé de deux étages sur plan octogonal. Un escalier à vis se trouve dans un des angles de la tour, puissamment renforcé pour ce faire. Il donne accès au clocher proprement dit. De grands pinacles ajourés sont posés sur les angles du carré, et servent de transition entre cette base carrée et le clocher octogonal. L’un de ces pinacles, celui de l'angle sud-est, contient une petite tour ronde. Cette dernière héberge le sommet de l’escalier.

Quatre longues baies sont ouvertes dans toute la hauteur du premier étage du clocher, sur les quatre faces correspondant au carré de la base, et laissent ainsi passer le son des cloches. Trois autres baies plus petites s'ouvrent dans les autres faces, derrière les pinacles. De charmantes petites pyramides ajourées couronnent les pinacles, mais leur axe ne correspond pas à l'axe de ceux-ci. Ces pyramides s'appuient sur les faces de l'étage octogonal vertical du clocher, comme pour leur servir de contreforts (voir dessin ci-contre). Cette déviation produit, dans l'ensemble, un excellent effet, car elle constitue une transition depuis la base carrée du clocher vers l'inclinaison des côtés de la grande pyramide constituant le deuxième étage du clocher et couronnant le tout.

Cette pyramide supérieure qui constitue le deuxième et dernier étage du clocher proprement dit possède huit pans comme l'étage inférieur qui la supporte. Elle possède sur chacune de ses faces une grande lucarne, dont l'ouverture laisse passer le son des cloches. Ces lucarnes sont richement travaillées et surmontées chacune d'un tympan élancé à la verticale, ce qui produit un très bel effet à la hauteur où elles sont placées.

L'élancement rigoureusement vertical de ces tympans permet de dégager la pyramide de la flèche, laquelle se présente dès lors comme émergeant d'une grande et belle couronne. Les huit arêtes de la grande pyramide sont munies de nombreux crochets. Il s'agit d'une innovation du , innovation qui tentait de supprimer la froideur des longues lignes inclinées des flèches telles qu'elles se présentaient précédemment et notamment dans l'art roman.

Les clochers senlisiens Le clocher de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, admiré dès sa construction a fortement influencé la construction de plusieurs clochers des campagnes environnantes du Valois. On parle dès lors de « clochers senlisiens ». On peut en admirer par exemple à Baron, Versigny ou encore Montagny-Sainte-Félicité.

Les cloches de la cathédrale