Edmond Alphonse Léon Buat né à Châlons-sur-Marne le et mort à Paris le Acte décès Archives Paris () est un général français de la Première Guerre mondiale, grand-croix de la Légion d'honneur.
Après la guerre, il est membre du conseil supérieur de la guerre et chef d'état-major général de l'armée de 1920 jusqu'à sa mort en 1923.
Biographie
Jeunesse
Edmond Buat est né à Châlons-sur-Marne le . Son père, Léon Buat, était officier du génie, sa mère, Marie Poincelet, était native de Magny près de MetzElle opte pour la nationalité française en 1872, à la suite de la loi de 1871 concernant les Alsaciens et les Lorrains. d'où une sensibilité forte du général Buat au retour de la Lorraine annexée au sein de la France.
À la suite de la mutation de Léon Buat, la famille se fixe à Nantes, il fait ses études au lycée de la ville« Buat Edmond », in: Dictionnaire biographique du Lycée de Nantes.. Admis à l'École polytechnique en 1887, il en sort lieutenant d'artillerie en 1891. Le , il épouse à Paris Jeanne Bubbe (1870-1962), fille d'un général d'artillerieacte mariage Archives Paris ()..
Avant la Grande Guerre
Après avoir préparé le concours d'entrée à l'École supérieure de guerre, il y est reçu premier en 1895. Il a pour professeurs d'histoire militaire, de stratégie et de tactique générale le colonel Bonnal, le chef de bataillon Lanrezac et le chef d'escadron Foch. Il en sort deuxième derrière le cavalier Pierre des Vallières avec le grade de capitaine.
Il sert ensuite sous les ordres du généralissime désigné, le général de Lacroix. Il est commandant en . Il commande ensuite le du d'artillerie à Châlons-sur-Marne.
En 1912, il est nommé au cabinet du ministre de la Guerre Alexandre Millerand. Le , il assiste aux cérémonies du centenaire de Borodino au sein de la délégation française conduite par le général Langle de Cary. Lieutenant-colonel, il est professeur-adjoint de tactique générale à l'École supérieure de guerre à la déclaration de guerre.
Première Guerre mondiale
Il est nommé, début , chef d'état-major de l'armée d'Alsace. Dès la fin du mois d'août, il est appelé par Millerand, ministre de la Guerre, et devient son chef de cabinet. Il quitte le ministère, en , pour prendre le commandement de la d'infanterie.
De janvier à , il est aide-major général au Grand Quartier général (GQG). De cette date à , il est successivement commandant de la d'infanterie puis de la d'infanterie.
En , il prend le commandement de la réserve générale d'artillerie. À ce poste, il augmente les effectifs, qui passent de à et de à de troupe et les moyens de l'artillerie lourde.
À partir de , il est successivement commandant de la d'infanterie puis du d'armée et enfin, à partir du , de la . Cette armée, en plus des unités françaises, comprend le italien sous les ordres du général Albricci et la anglaise du général Jeffries.
Nommé major-général au GQG le , poste qu'il quitte en octobre 1919, il y organise la manœuvre défensive des armées françaises lors des dernières grandes offensives allemandes puis la série des offensives françaises conjuguées à celles des armées alliées, et ce jusqu'à l'Armistice. À ce poste, il doit s'adapter aux exigences et aux ordres, parfois contradictoires, de son chef le général Philippe Pétain et du chef des armées alliées, le général puis maréchal Ferdinand Foch.
De la première journée des hostilités jusqu'à la fin de sa vie, Buat tient quasi quotidiennement son journalJean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, 1914-1918, Éditions Perrin..
Après-guerre vignette|Obsèques d’Edmond Buat en présence du président Alexandre Millerand et du maréchal Foch (). Persuadé qu'une nouvelle guerre avec l'Allemagne est inéluctable à terme de , le général Buat s'efforce de réorganiser profondément l'armée française en favorisant les armes et les techniques nouvelles. Ses efforts sont contrariés par un conseil supérieur de la Guerre et un conseil supérieur de la Défense nationale où les opinions conservatrices sont majoritaires et par une réduction drastique des budgets d'équipement et de renouvellement des matériels.
Nommé chef d'état-major général de l'armée (CEMGA), le , il sert à ce poste pendant trois ans, jusqu'à sa mort survenue brutalement dans la clinique parisienne de la rue Piccini le . Les obsèques ont lieu à l’église Saint-François-Xavier de Paris, puis son corps est ramené à Nantes pour être inhumé au cimetière MiséricordeEdmond Buat sur le site des Archives municipales de Nantes.
Depuis, une importante artère nantaise, longue de plus d'un kilomètre, formant un tronçon de l'ancienne « route de Paris », porte son nom : la rue du Général-Buat. Un monument est érigé à sa mémoire, situé actuellement Place du 51e-Régiment-d'Artillerie : il s'agit d'un buste commencé par Max Blondat et achevé par Paul Landowski.
En 1926, le sculpteur Émile Guillaume réalisa un buste en bronze du général Buat. Ce buste se trouve aujourd'hui dans les collections du Musée de l'Armée (Hôtel national des Invalides) à ParisNuméro d'inventaire 03 706.
Le Journal Le journal du général Edmond Buat est disponible sous deux formes : une version manuscrite conservée à la bibliothèque de l'Institut qui, notamment pendant la Grande Guerre, se présente souvent comme un résumé de la version dactylographiée plus complète qui comprend onze cahiers. Ces derniers cahiers, dont le contenu est détaillé ci-après, sont restés longtemps inédits (conservés par la famille) et n'ont été publiés qu'en 2015.
Premier cahier () La période couverte par le premier cahier est très courte puisqu'elle ne porte que sur le mois d'. Buat, lieutenant-colonel, est le chef d'état-major de l'armée d'Alsace. Ce document montre bien la confusion régnant au début de la guerre, les défaillances de nombreux chefs confrontés à une situation imprévue ou qui les dépasse et l’isolement de chaque chef d’armée ou de corps d’armée à peine informé de la situation de ses unités sur le terrain et ignorant presque tout de ce qui se passe ailleurs.
Deuxième cahier (fin -fin ) L’intérêt du deuxième cahier est étroitement lié au poste occupé par Buat, chef de cabinet du ministre de la Guerre – Alexandre Millerand – de fin au . On y trouve des informations très intéressantes sur : la connaissance quasi parfaite, par l’état-major français, des mouvements des armées allemandes et notamment de l’armée von Kluck, sur la préparation et la réalisation de la contre-attaque ayant abouti à la victoire de la Marne ; l’impréparation de l’armée française dans certains domaines comme le service de santé et le lancement tous azimuts et en catastrophe des fabrications d’armes, de munitions pour faire face aux réalités imprévues de la guerre ; le comportement courageux ou indigne de beaucoup d’hommes politiques dans les moments difficiles ; l’importance des allégeances politiques, philosophiques ou religieuses de certains chefs militaires expliquant, pour partie, les nominations, datant de l’avant-guerre, de généraux se révélant incapables de faire face à leurs responsabilités sur le terrain ; la nature des entretiens, rapportés dans le détail, de Buat avec Lord Kitchener et Winston Churchill qui apportent un éclairage intéressant sur l’attitude britannique face aux demandes de renforts et sur l’expédition des Dardanelles ; les conditions du choix de la couleur bleu horizon et de la création de la croix de guerre ;
L’affaire Joseph Caillaux apparaît pour la première fois dans ce cahier.
Troisième cahier (-) Il porte sur deux périodes très différentes : celle où, commandant de la , Buat s’acharne à mettre en place des mesures pratiques et des dispositions tactiques visant à économiser les vies humaines ; les quelques mois où, aide major-général au GQG, Buat commente la bataille de Verdun et ses préparatifs côté français, puis essaye de convaincre le général Joseph Joffre de mettre en place des forces considérables pour l’offensive de la Somme et finalement échoue face à l’opposition du général Édouard de Castelnau soutenu par le général en chef Joseph Joffre ;
Dans ce cahier Buat revient sur l’organisation défensive qu’il préconise pour endiguer les assauts ennemis et minimiser les pertes et montre son intérêt pour les armes nouvelles, dont il comprend l’importance pour la guerre en cours et au-delà, à propos des chars de combat.
On y trouve, enfin, les premiers commentaires sur son ami de longue date, le général Philippe Pétain et de nombreuses critiques sur l’organisation du GQG et sur la faiblesse de Joffre face aux sollicitations politiques.
Quatrième cahier (-) La période couverte par le quatrième cahier voit le général Buat passer du commandement d’une brigade à celui d’un corps d’armée. À la tête de la d’infanterie il participe aux offensives de 1916 dans la Somme en essayant de faire prévaloir ses idées ce qui donne lieu à des confrontations multiples avec son chef, le général Duchêne, commandant le d’armée, dont il critique vivement le comportement dictatorial avec toutes les conséquences nuisibles qui en résultent.
Dès l’apparition du fusil mitrailleur, Buat pense à la mitraillette, qu’il appelle mitrailleuse individuelle, comme arme du fantassin.
Cinquième cahier (-) Il traite de la période où le général Buat est à la tête de la réserve générale d’artillerie Lourde. Ce cahier détaille la bataille permanente conduite contre la bureaucratie, le manque de matières premières, l’aveuglement ou l’inertie de certains responsables civils et militaires y compris au sein de l’état-major pour développer et améliorer l’efficacité d’une artillerie lourde qui va passer de et de troupe à et de troupe.
Cet effort en matière d’armement est dimensionné pour permettre la mise en œuvre d’attaques successives visant à détruire progressivement l’armée ennemie.
Les offensives de Nivelle en 1917 donnent lieu à de très nombreux commentaires portant notamment sur les critiques préalables des généraux Pétain et Micheler, le contexte politique, la critique par Buat de la disposition des armées et de l’emploi de l’artillerie lourde, l’éviction du général Nivelle, les conséquences négatives de ces offensives sur le moral des troupes se traduisant par des refus de montée en ligne.
On trouvera également dans ce cahier un entretien de Buat avec Winston Churchill portant sur l’emploi de l’artillerie lourde, la description des efforts de Buat pour créer les artilleries lourdes américaines et portugaises et convaincre (en vain) les Anglais et les Américains des avantages d’une réserve générale d’artillerie lourde interalliée, des informations sur l’affaire Joseph Caillaux.
Ce cahier se termine par l’affectation de Buat au commandement d’une division d’infanterie qui, comme pour son départ du GQG en 1916, a toutes les apparences d’une disgrâce et donne à réfléchir sur l’attitude de Pétain vis-à-vis de « son ami », mais il ne s'agit que d'une supposition.
Sixième cahier (-) Il porte sur les mois où Buat commandant d’une division puis d’un corps d’armée engagés sur une portion relativement « tranquille » du front va, comme dans ses commandements de brigade et de division antérieurs, déployer son énergie et ses compétences pour optimiser l’organisation défensive de ses unités et l’emploi de l’artillerie légère et lourde. Comme dans ses commandements précédents Buat inspecte sans cesse les secteurs tenus par ses régiments et les arrières ; ces visites donnent lieu à des descriptions détaillées de la région désolée de Verdun bouleversée par les combats.
Dans ce cahier l’acharnement de Buat à faire réaliser les travaux, faire adopter les mesures tactiques et pratiques pour limiter les pertes humaines se manifeste sans cesse, y compris à l’arrivée des premières troupes américaines insouciantes des risques.
On notera l’incompréhension de Buat, pourtant expert en artillerie lourde, lors des premiers tirs de la grosse Bertha sur Paris.
Septième cahier (-)