Kim Il-sung (en coréen : , prononcé : ), retranscrit parfois sous la forme Kim Il-Seung ou Kim Il-Sŏng, né le et mort le , est un homme d'État nord-coréen. Fondateur et premier dirigeant de la Corée du Nord en 1948, il dirigea le pays jusqu'à sa mort. En 1998, l'Assemblée populaire suprême le proclame « président éternel de la République ».

Kim Il-sung occupa les postes de Premier ministre de 1948 à 1972 et de président de la République à partir de 1972, tout en dirigeant sans interruption jusqu'à sa mort le Parti du travail de Corée. Fondateur d'un régime totalitaire et autocratique, il établit un système politique basé sur l’idéologie du juche, une forme de socialisme et de communisme qui intègre un nationalisme coréen prononcé. Le juche prône l'autosuffisance économique et politique, mettant l’accent sur l’indépendance totale vis-à-vis des influences extérieures. Il était couramment désigné du titre de Dirigeant Suprême (, widaehan suryŏng). Il fut surnommé le « président éternel » ou « professeur de l'humanité tout entière ». Son fils Kim Jong-il lui succéda à la tête du parti et du régime. Son petit-fils, Kim Jong-un, est l'actuel dirigeant de la Corée du Nord ce qui, sur trois générations, fait de la famille Kim la première dynastie communiste de l'histoire.

Jeunesse Naissance vignette|La maison où est né Kim Il-sung. Né sous le nom de Kim Song-ju (« le pilier du pays ») à Pyongyang, alors que la Corée est occupée par l'empire du Japon, dans une famille chrétienne presbytérienne pratiquante (il fréquenta les services religieux pendant son adolescence avant de devenir athée plus tard dans sa vie), Kim Il-sung est l'aîné de trois fils. Il est le fils de Kim Hyong-jik (1894-1926) et de Kang Pan-sok (1892-1932), tous deux militants indépendantistes anti-japonais. Ses frères cadets sont Kim Chol-ju (1916-1935) et Kim Yong-ju (1920-2021). Kim Chol-ju meurt au combat contre les occupants japonais, tandis que Kim Yong-ju est impliqué dans le régime de son frère et sera considéré comme un successeur potentiel avant de tomber en disgrâce. En 1920, sa famille s'installe en Mandchourie, où il passe l'essentiel de sa jeunesse et de sa scolarité. Sa famille fait partie du .

Adolescence vignette|Kim Il-sung en 1927. En 1929, il est exclu de son école, sans doute à la suite de sa participation à une petite organisation communiste. Il est possible qu'il ait fait un temps de prison pour cette participation, mais c'est peu après qu'il change de nom et c'est en 1932 qu'il rejoint ou organise un premier groupe de résistants à l'occupant japonais qui a transformé la Mandchourie en ManchoukouoLes historiens nord-coréens retiennent le 25 avril 1932 comme date de la création de ce qui deviendrait l'Armée populaire de Corée. Comme d'autres groupes de partisans coréens et parlant mandarin, il s'intègre aux forces communistes chinoises qui s'organisent peu à peu entre 1931 et 1935 pour combattre les Japonais. C'est au sein de la Seconde Armée, surtout active dans l'est de la Mandchourie, que Kim s'illustre et se hisse au grade de commandant de division (une centaine d'hommes)La connaissance que Kim avait du chinois et son éducation chinoise lui servirent lorsque l'armée de guérilla fut secouée par des incidents visant les Coréens, soupçonnés d'intelligence avec les Japonais, mais le fait d'armes qui lui vaut d'être reconnu par les Japonais comme un des résistants les plus notoires est le raid sur Pochonbo, une ville coréenne, qu'il organise le en coordination avec une association de résistance locale. Il occupe la ville une journée avant de se retirer en Mandchourie, poursuivi par des policiers japonais qu'il défait dans une embuscadeLe raid est décrit de manière grandiloquente par l'agence de presse nord-coréenne KCNA.

C'est à cette époque qu'il rencontre son épouse Kim Jong-suk, qui est également la mère de Kim Jong-il. Née le , elle est également de ces Coréens installés en Mandchourie et semble avoir rejoint la guérilla communiste dès 1935.

Seconde Guerre mondiale En 1940, alors que les forces japonaises lancent une offensive destinée à liquider la guérilla communiste, Kim devient commandant d'une des trois Armées plus particulièrement actives dans le sud de la Mandchourie. Dans les combats qui s'ensuivent, la guérilla est balayée, et Kim est le seul commandant qui n'est pas tué ou capturé. Poursuivi par les Japonais qui sont renseignés par des résistants capturés, dont l'ancien supérieur de Kim, il finit par se replier en 1941 en Union soviétique avec ce qui reste de sa division et est intégré dans une unité internationale de l'Armée rougeDont le nom officiel était la Brigade ou Division. précise que la Brigade était une unité de reconnaissance. Voir aussi où il atteint le grade de capitaineSelon Bradley K. Martin ou de majorSelon Dae-Sook Suh qui cite cependant les deux informations sans réellement se prononcer. Les témoignages les plus crédibles - tel celui du major Lebedev, sont cependant ceux parlant du grade de capitaine. Il existe des rapports sur des incursions de Kim en Mandchourie, mais il ne semble pas avoir participé aux combats qui suivent la déclaration de guerre de l’URSS et l’invasion du Mandchoukuo par les forces soviétiques le Le mouvement des troupes soviétiques s'arrête au nord à la suite du débarquement des forces américaines à Incheon le . C'est donc dans un Pyongyang occupé par les Soviétiques qu'il débarque le avec son groupe de résistants coréensUne quarantaine d'hommes selon Lebedev. Selon certaines sources, lui et ses camarades sont en uniforme de l'Armée rouge, Kim Il-sung portant les insignes de capitaine ou de majorLes sources sur le fait qu'il portait cet uniforme sont toutes des témoignages, tel celui du major général Nikolai Lebedev, et certains auteurs considèrent parfois ces sources avec circonspection, tel .

Dirigeant suprême de la Corée du Nord Arrivée au pouvoir thumb|left|Kim Il-sung en 1946 En , Kim, le plus célèbre des chefs de la résistance, est installé par les Soviétiques à la tête du Comité provisoire du Peuple. Il n'est pas à cette époque le dirigeant du Parti communiste, dont le siège est à Séoul, mais il occupe néanmoins une position influente de par sa lutte contre l'occupant japonais. Leonid Vassin, agent du NKVD, cité par Jasper Becker indique : .

Débuts à la tête de l’État gauche|vignette|Portrait officiel de Kim Il-sung (1er octobre 1948). Sa réalisation majeure est la mise sur pied d'une armée professionnelle, l'Armée populaire de Corée (APC), formée à partir des anciens soldats qui avaient acquis une expérience au combat contre les Japonais et plus tard les nationalistes chinois. Avec l'aide de conseillers soviétiques, Kim construit une armée spécialisée dans les tactiques d'infiltration et de guérilla. Avant le déclenchement de la guerre de Corée, Joseph Staline munit l'APC de chars lourds modernes, de camions, d'artillerie et d'armes légères. Kim crée également une armée de l'air, équipée d'abord avec des vieux avions de chasse à hélice de l'URSS. Les futurs pilotes nord-coréens sont envoyés en Union soviétique et en Chine pour se former sur des MiG-15 dans des bases secrètes..

Au départ, les élections parrainées par les Nations unies en doivent permettre de réunifier la Corée, mais le Sud se déclare comme un État (la république de Corée), et le Nord suit le en proclamant la république populaire démocratique de Corée, avec Kim comme Premier ministre. Le , l'Union soviétique reconnaît le régime de Kim Il-sung comme le seul gouvernement légal de la péninsule. Le Parti communiste fusionne avec le Nouveau Parti populaire pour former le Parti du travail de Corée du Nord (dont Kim est l'un des vice-présidents avec et Ho Ka-i). En 1949, ce parti fusionne avec son homologue du sud (Parti du travail de Corée du Sud) pour devenir le Parti du travail de Corée (PTC) avec Kim comme président du parti.

Consolidation du régime En 1949, la Corée du Nord devient une démocratie populaire. Tous les partis et organisations de masse sont réunis au sein du Front démocratique pour la réunification de la patrie, entièrement dominé par les communistes. À partir de cet instant, Kim Il-sung commence à développer un culte de la personnalité et se fait appeler le « Grand Dirigeant ». Son règne est caractérisé par la mise en place d'un État totalitaire avec de nombreuses violations des droits humains, incluant de nombreuses exécutions et un vaste réseau de camps de travailLe livre noir du communisme, .The Worst of the Worst: The World's Most Repressive Societies . Freedom House, 2012.. De plus, la notion de droit de vote n'est pas respectée puisque seul un candidat apparaît sur chaque bulletin de vote. Par conséquent, les élections ne sont pas libres et constituent un recensement politique. Il n'y a pas de compétition pour les sièges puisque tous les candidats sont choisis et que tous les sièges sont gagnés par le Front démocratique pour la réunification de la patrie, constituant alors une coalition unique.

Entre 1946 et 1949, une série de lois (loi sur l'égalité des sexes, réforme agraire, nationalisation de l'industrie) visèrent à la protection des droits des femmes, qui disposent dès lors de droits identiques à ceux des hommes. Elles disposent désormais du droit de voter, d'étudier, reçoivent à travail égal les mêmes salaires que les hommes et bénéficient des mêmes droits sur l'héritage ; les mariages forcés et la prostitution sont interdits, alors que le divorce est légalisé. Néanmoins, cela ne reste qu'une égalité abstraite : la société reste patriarcale et les femmes cumulent la double fonction de travailleuse pour la patrie et de mère.

En 1956, avec Mao Zedong, il refuse la déstalinisation promue par Nikita Khrouchtchev dans son « rapport secret » lors du XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique. Choisissant de se démarquer du marxisme-léninisme, il reprend à son compte le terme juche (probablement né sous la plume de l'historien nationaliste Shin Chae-ho) à partir du milieu des années 1950. Emprunt de confucianisme, cette idéologie entend associer socialisme, nationalisme ethnico-culturel (en réaction à la colonisation japonaise) et autodétermination de la nation. Le terme est introduit dans la Constitution en 1972. Au début des années 1990, toutes les références au marxisme-léninisme sont gommées au profit du seul juche dans l'idéologie officielle du parti et de l’État.

Guerre de Corée

gauche|vignette|Kim Il-sung signant l'armistice mettant fin à la guerre de Corée en 1953. Les documents d'archives suggèrent que la décision nord-coréenne d'envahir la Corée du Sud est à l'initiative de Kim plutôt que des SoviétiquesWeathersby, Kathryn, The Soviet Role in the Early Phase of the Korean War, The Journal of American-East Asian Relations 2, no. 4 (hiver 1993): 432Goncharov, Sergei N., Lewis, John W. et Xue Litai, Uncertain Partners: Stalin, Mao, and the Korean War (1993)Mansourov, Aleksandr Y., Stalin, Mao, Kim, and China’s Decision to Enter the Korean War, 16 September – 15 October 1950: New Evidence from the Russian Archives, Cold War International History Project Bulletin, Issues 6–7 (hiver 1995/1996): 94–107. Les sources suggèrent que le renseignement soviétique, à travers ses réseaux d'espionnage au sein du gouvernement américain et britannique a obtenu des informations sur les limites des stocks américains de bombes atomiques ainsi que sur des réductions de programmes de défense, ce qui conduit Staline à conclure que l'administration de Truman ne serait pas en mesure d'intervenir en CoréeSudoplatov, Pavel Anatoli, Schecter, Jerrold L., and Schecter, Leona P., Special Tasks: The Memoirs of an Unwanted Witness — A Soviet Spymaster, Little Brown, Boston (1994).