Jean Prouvost, né le à Roubaix - Avec mention marginale de son décès. et mort le à Yvoy-le-Marron, est un industriel, patron de presse et homme politique français.
Biographie Famille Né dans une famille d’industriels du Nord, qui a fondé une dynastie textile sous le Second Empire au milieu du "La lignée des Prouvost: leur tradition de servir le Bien Commun depuis le Moyen-âge" par Thierry Prouvost, 2018 , Jean Prouvost est le fils de l'industriel Albert Prouvost (1855-1916), président du tribunal de commerce de Roubaix et propriétaire du château du Vert-Bois, construit par la famille au , et de Marthe Devemy. Etant le petit-fils du fondateur du Peignage Amédée Prouvost, il est également le cousin germain d'Amédée Prouvost (1877-1909) et de Charles Droulers.
Après des études au collège des jésuites de Boulogne-sur-Mer puis au Beaumont College d'Old Windsor, en Angleterre, n'étant pas le fils aîné, il devient à vingt-cinq ans le gérant des Filatures Prouvost Masurel et en 1911, mais ne reprend pas tout de suite l’entreprise familiale Peignage Amédée Prouvost. Le fondateur du groupe, catholique et monarchiste, associé à un domaine en Tunisie, mais qui parcourt aussi à cheval la pampa argentine et les déserts d'Australie, reste des décennies à la barre, malgré six mois de captivité pendant la Première Guerre mondiale.
Fondation de La Lainière de Roubaix Il crée l'entreprise de filature La Lainière de Roubaix, grâce à un emprunt d'un million de francs, qui se situera plus tard au premier rang de l’industrie textile européenne. En 1906, il épouse l'héritière de l'autre branche de la société, Germaine Lefebvre, qui détient une fortune terrienne . Prouvost voyage aux Etats-Unis, où il est impressionné par le dynamisme de la presse quotidienne. Il n'est à ses débuts qu'un lainier moyen et c'est seulement lorsqu'il s'allia à Albert Béghin, qu'il fait fortune.
Pendant la Première Guerre mondiale, les usines du Nord sont détruites, puis en 1919 reconstruites grâce aux crédits prévus par l'Etat à cet effet, et considérablement agrandies. Il acquiert à la fin de la guerre le quotidien Le Pays, jugé défaitiste par Georges Clémenceau, qui l'approche via le ministre de l'armement Louis Loucheur. Dépositaire de la pensée de l'homme politique Joseph Caillaux et dirigé par Gaston Vidal, Le Pays est soupçonné de l'aider à préparer une négociation avec l'Allemagne et réclame un contrôle plus suivi des généraux par les parlementaires. L'objet du rachat est alors de faire disparaitre ce titrePhilippe Boegner, Oui Patron. La fabuleuse histoire de Jean Prouvost qui, de Paris-Soir à Paris-Match a créé le premier empire de presse français, Paris, Julliard, 1976 ce qui se produira fin 1919. Louis Loucheur le fait venir dans son bureau pour qu'il réunisse les investisseurs participant à l'augmentation de capital"Cinquante ans de presse parisienne: Ou La nuit du" par Hervé Mille, en 1992 . Ses amis industriels apportent alors deux millions de francs, soit 60% de l'opération. Le ministre assortit son offre de en promettant que l'Agence Havas, alors proche du gouvernement, sera « fermement priée » de fournir de la publicité au Pays.
Louis Loucheur acquiert de son côté lui-même le quotidien Paris-Midi. Cinq ans plus tard, un autre industriel du Nord, Albert Béghin, investit dans le papier pour pouvoir emballer sa production de sucres et lui procure pour acheter en 1924 Paris-Midi, fondé en 1917 par Maurice de Waleffe, un journal de courses et de Bourse, dont le tirage avait grimpé à grâce au "titres bandeaux" permettant de les lire dans la rue mais qui ne tire plus qu'à dix fois moins.
L'opération est aussi voulue par Louis Loucheur, qui était devenu propriétaire de ce quotidien quelques années après la fin de la Première Guerre mondiale, mais avait échoué avec seulement"Jean Prouvost" dans Les Echos du 18 août 1999 . Prouvost n'y voit pas de source de bénéfices mais Louis Loucheur s'arrange à nouveau pour que l'Agence Havas n'oublie pas d'encourager ce jeune homme intéressé par la presse en général : il veille à ce qu'elle renouvelle son contrat de distribution de la publicité à Paris-Midi, malgré la forte baisse de son tirage.
De son côté, la famille Beghin a pour but alors d'écouler une partie de la surproduction de papier qui sert à envelopper le sucre qu'il produit, au moment où il prévoir d'investir dans le papierArticle dans Le Nouvel Observateur du 21 janvier 1965 "Le jour où... Ferdinand Beghin démissionne", La Voix du Nord du 3/01/2015 . Prouvost recrute Pierre Lazareff et Hervé Mille, qui vont faire grimper le tirage à Encyclopédia Universalis ou en 1930"L'Année 1978" par Universalia, Encyclopædia Universalis France, page 620 et 621 , selon les sources.
Jean Prouvost recrute aussi le chroniqueur boursier réputé A.L. Lejeune, invité par Pierre Audiat, lui-même contacté par Joseph Béneix, son ex-camarade dans l'armée, dont les avis sont parfois tirés à part dans une édition spéciale, et l'expert en courses de chevaux Edmond Pontié"Pierre Lazareff à la une" par Jean-Claude Lamy, Editions Stock 1974 .
Le quotidien sort désormais à l'heure du déjeuner, celle de la Bourse et des courses mais publie désormais en plus des articles et reportages sur la vie parisienne et le monde des arts et des lettres, permettant au tirage de passer, en cinq ans, de à , ce qui vaut à Jean Prouvost le surnom de « la Midinette ».
Parallèlement, ses usines deviennent au cours des années 1920-30 la filature la plus moderne d'Europe, et employant jusqu'à . En 1923, est lancée la gamme Pingouin, puis des boutiques sous franchise, vendant des pelotes de laine teintées, concept jugé novateur.
Les familles Beghin et Prouvost s'allient ensuite pour acquérir en 1930 le quotidien Paris-Soir, qui va battre en quelques années son rival L'Intransigeant, en misant sur des photos spectaculaires imposant un papier satiné, fourni par Ferdinand Béghin.
Jean Prouvost investit aussi dans l'industrie lainière aux États-Unis et en Tchécoslovaquie. Au gré des regroupements, l'entreprise grandit au point de devenir un empire : les chaussettes Stemm, les chandails Korrigan puis les chemises Lacoste"Le créateur de " Paris-Soir" par Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde du 19 octobre 1978 . Entre-temps, La Lainière de Roubaix est devenue en 1924 une société en commandite par actions, qui émet des obligations. Jean Prouvost en a alors cédé la responsabilité directe pour se consacrer entièrement à une carrière dans les entreprises de presse.
Entreprises de presse d'avant-guerre En 1924 il achète Paris-Midi, qui tire alors à , et dont il devient à la fois le bailleur de fonds et le rédacteur en chef.
C'est l'industriel et ex-ministre de l'armement Louis Loucheur qui le convainc que le tirage peut décupler, une fois la situation monétaire de la France rétablie rapidement. Prouvost n'y voit pas de source de bénéfices« Médias et Journalistes de la République » par Marc Martin aux Éditions Odile Jacob en 1997 mais pour le décider Louis Loucheur promet de s'arranger pour que l'Agence Havas n'oublie pas de reconduire son contrat de distribution de la publicité à Paris-Midi, comme elle avait déjà « fermement priée » de fournir de la publicité au quotidien Le Pays acquis en 1917 par Jean Prouvost, à la demande aussi de Louis Loucheur, qui avait de son côté investi dans de nombreux quotidiens « Presse et politique dans les années Trente : le cas du Petit Journal », par Fred Kupferman et Philippe Machefer, dans la Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine en 1975 puis un grand site de production de papier à Rouen.
Six ans plus tard, grâce à une politique commerciale et rédactionnelle audacieuse, et le renfort de Pierre Lazareff, Hervé Mille, Paul Bringuier et Gabriel Perreux, le tirage atteint .
En 1930, il achète Paris-Soir, à nouveau en association avec une autre grande famille industrielle du Nord, les Béghin, qui opèrent une grande sucrerie à Faches-Thumesnil. Il introduit dans ce quotidien national des méthodes qui ont fait leurs preuves aux États-Unis : mise en valeur de gros titres à la une, photos spectaculaires, qualité du papier, et surtout transformation du contenu du journal. Il recrute ce qu'il présente comme les meilleurs journalistes (dont Pierre Lazareff, Paul Gordeaux, correspondant à Londres, et Hervé Mille) et s’assure la collaboration occasionnelle de grands noms de la littérature : Colette couvre les faits divers ; Jean Cocteau fait le tour du monde pour le journal; Georges Simenon enquête sur des affaires criminelles retentissantes. Il utilise comme correspondants de guerre Blaise Cendrars, Joseph Kessel, Antoine de Saint-Exupéry, Paul Gordeaux et, occasionnellement, des envoyés spéciaux comme Maurice Dekobra, Pierre Mac-Orlan, Pierre Daninos. De en 1930, le tirage de Paris-Soir atteint le chiffre considérable de en 1936 puis flirte avec les deux millions en 1938-1940.
Prouvost constitue bientôt un véritable empire de presse comprenant Marie-Claire, magazine féminin racheté en , dont le numéro de Noël la même année tire à un million d'exemplaires. . Puis c'est le journal sportif Match, racheté l'année suivante au groupe Louis-Dreyfus, et qu'il transforme en magazine d'actualités, en s'inspirant de Life.
Vers 1934, il fait décorer son bureau personnel qu'il possède rue Laffitte par Louis Süe, architecte décorateur en vogue. Egalement avant-guerre, l'un des lieutenants de Jean Prouvost a refusé l'offre du publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet d'accorder du temps d'antenne, sur Radio Cité, à Paris-Soir pour y réaliser un journal parlé en valorisant les journalistes du quotidien "Les ondes de la liberté: Sur mon antenne, 1934-1984" par Marcel Bleustein-Blanchet J.C. Lattès, 1984 .
Seconde Guerre mondiale vignette|gauche|Le remaniement du ministère Reynaud (Le Matin, 7 juin 1940). vignette|gauche|Portrait officiel du gouvernement de Paul Reynaud (6 juin 1940). Au début de la Seconde Guerre mondiale, alors que la France est envahie et à la veille de déposer les armes, Jean Prouvost devient, le , ministre de l’Information dans le gouvernement Paul Reynaud, puis le haut-commissaire à l’Information dans le gouvernement Pétain, poste dont il démissionne le , alors que Pétain reçoit les pleins pouvoirs.
Pendant l’Occupation, deux Paris-Soir coexistent : celui de Paris, désavoué par Jean Prouvost et ses collaborateurs, titre qui soutient la collaboration, tandis qu’un autre paraît à Lyon en zone libre. Durant cette période, Jean Prouvost se fait détester aussi bien par le régime de Vichy que par la RésistanceIl est inclus dans la liste noire des collaborateurs à abattre ou juger, publiée par le magazine Life le 24 août 1942.L’hebdomadaire antisémite Je suis partout, ultra-collaborateur, le traite de « pourrisseur » et se gausse de cette inscription, le considérant comme « tout dévoué aux intérêts de la juiverie anglo-américaine » (édition du 5 février 1943, p.2).. Sur le marché du magazine, alors que les Allemands favorisent des concurrents à L'Illustration en zone occupée, en zone Sud, Jean Prouvost , publiés à Lyon"Naissance, constitution progressive et epanouissement d'un genre de presse aux limites floues : le magazine" par Gilles Feyel Hermès Science Publications – 2001 .
République À la Libération il est frappé d’indignité nationale, et plusieurs quotidiens, L'Aurore, Front National et LibérationPhilippe Boegner, "Presse, argent, liberté", Fayard, 1969 , titrent sur le fait que la commission de Justice du Conseil national de la Résistance demande son arrestation, mais la Haute Cour de justice lui accorde un non-lieu en 1947.