thumb|260px|Colonisation européenne en 1750.

Le début de la colonisation européenne des Amériques (la Conquista, menée par les Conquistadors) est habituellement daté à 1492, même si les premiers Européens à avoir atteint les Amériques et à y établir des colonies sont les Vikings au Vinland.

Racines médiévales Selon l'historien Jérôme Baschet., cette conquête européenne a des racines médiévales. La société au Moyen Âge est en effet articulée autour de l'expansionnisme féodal et de l'Église catholique au message universaliste et à la mentalité missionnaire. Stimulée par l'essor démographique et productif entre le et le , l'Europe occidentale se constitue peu à peu en une économie-monde à l'origine de la mondialisation au . L'universalisme chrétien, relayé par la puissance croissante des monarchies européennes ..

Explorations de l'Amérique

En 1492, Christophe Colomb accoste aux Amériques, après quoi l'exploration et la colonisation avanceront rapidement.

À compter de 1492, débute la période de l'échange colombienPhilippe Norel et Laurent Testot, Une histoire du monde global, Sciences Humaines, 2012, , p.432. Simon Lewis et Mark Maslin ont proposé en de considérer cet événement comme à l'origine d'une nouvelle période géologique : l'Anthropocène Simon L. Lewis & Mark A. Maslin, Defining the Anthropocene, Nature, 519, 2015, , doi:10.1038/nature14258, Published online 11 March 2015 http://www.nature.com/nature/journal/v519/n7542/full/nature14258.html.

Effondrement démographique des populations amérindiennes

La colonisation des Amériques s'est accompagnée d'un effondrement démographique spectaculaire des populations amérindiennes, en grande partie dû à un important choc microbien et viral et, dans une moindre mesure, aux guerres à outrance et aux mauvais traitements infligés à certaines tribus (travail forcé, déplacements forcés…). La diminution de la population amérindienne est de 90 % en un siècle.

Le mode de vie européen comprenait une longue histoire à proximité d'animaux domestiques tels que le bœuf, le porc, la chèvre, le cheval et de nombreuses volailles, ce qui favorisa l'apparition d'épidémies infectieuses inconnues en Amérique. Ainsi le contact à large échelle après 1492 introduisit de nouveaux germes chez les Amérindiens. Les épidémies de variole (1525, 1558, 1589), de typhus (1546), de grippe (1558), de diphtérie (1614), de rougeole (1618) tuèrent dix à douze millions de personnes, soit 50 à 60 % de la population amérindienne. L'effondrement démographique des autochtones a grandement facilité l'entreprise de colonisation.

Conquêtes et revendications territoriales

vignette|Carte de l'Amérique du Sud en 1650 (possessions portugaises, espagnoles, hollandaises). vignette|Cette carte montre l'extension théorique de l'empire espagnol en Amérique du Sud dans les années 1650. Elle illustre le méridien défini lors du traité de Tordesillas : à l'est se trouve la zone terrestre dévolue à l'empire colonial portugais.En brun : la vice-royauté du Pérou.

Les premières conquêtes ont été faites par les Espagnols, qui rapidement colonisent la majeure partie de l'Amérique du Sud et de l'Amérique Centrale et une grande partie de l'Amérique du Nord. Par le traité de Tordesillas de 1494, l'Espagne et le Portugal se partagent le « Nouveau Monde » par rapport au méridien situé à 370 lieues à l'ouest du Cap-Vert : la couronne portugaise s'empare des territoires à l'est (une partie de l'actuel Brésil), et l'Espagne de tous ceux à l'ouest (en particulier la Nouvelle-Espagne, au nord, et la vice-royauté du Pérou).

Les Britanniques, les Français et les Hollandais envahissent les îles de la mer des Caraïbes, lesquelles, pour la plupart d'entre elles, avaient déjà été prises par les Espagnols ou dépeuplées par les maladies. Les colonies européennes en Amérique du Nord comprennent la Floride espagnole, les Treize colonies (colonies britanniques en Virginie et en Nouvelle-Angleterre), les colonies françaises au Québec et en Louisiane (Nouvelle-France), et la Nouvelle-Néerlande.

Le royaume de Danemark colonise le Groenland de nouveau entre les , mais établit aussi des colonies dans les îles Vierges. Les Hospitaliers de Malte et la Suède eurent également des colonies éphémères, respectivement dans les Caraïbes et sur les rives du fleuve Delaware. Au , la famille Welser fonda la colonie de Klein-Venedig en Amérique du Sud, seule colonisation allemande sur le continent.

thumb|Empires espagnol et portugais, 1790.

Une entreprise missionnaire Tous les territoires conquis par les conquistadors sont ralliés à la couronne de Castille. Le début de l’évangélisation des territoires coïncide avec la mise en place du Conseil des Indes en 1524, chargé des affaires politiques, juridiques et religieuses dans les colonies espagnoles. Bien que la papauté se montre très présente dans la volonté d’évangéliser les colonies espagnoles, c’est l’empereur Charles Quint qui finança l’évangélisation de ses territoires barbares en envoyant des ordres mendiants, (les franciscains dès 1523, suivis par les dominicains en 1526 puis les augustins en 1533), et en érigeant des diocèses..

Afin d’évangéliser rapidement les Indiens, la Couronne d’Espagne met en place l'encomienda. Ce système consiste en un regroupement d’Indiens sur des terres qu'ils sont contraints de travailler sans rétribution. Les Indiens étaient , c'est-à-dire placés sous les ordres d’un « Encomendero », colon espagnol qui était censé les instruire et les évangéliser.. L’évangélisation était confiée à plusieurs acteurs : ordres mendiants, clergé séculier et laïcs.

En 1523, les premiers Franciscains arrivent en Nouvelle-Espagne. Ils sont animés par un désir de refonder une nouvelle Église, pure, à l’écart des déviances de l’Église européenne. Ils commencent par remplacer toutes les idoles présentes par des croix et des statues chrétiennes et mettent en place des baptêmes de masse. Cependant, cet enthousiasme va rapidement laisser place au scepticisme. En effet, des divergences apparaissent entre les ordres mendiants : la capacité des Indiens à devenir rapidement des chrétiens et les rites du baptême plus ou moins expéditifs étaient des sujets de controverse.. Avec le durcissement des autorités contre les indiens et la résistance de ceux-ci, l’évangélisation s’avère peu efficace. Il faudra attendre 1550 pour que la situation se stabilise avec l’apprentissage du castillan aux Indiens afin de leur transmettre la Parole le plus fidèlement possible.

Colonisateurs et immigrants

Immigrants pour raisons économiques Certains, en particulier des hommes, immigraient en Amérique dans le seul but d'y mener une meilleure vie que dans leurs pays natals, où une grande frange de la population manquait d'argent pour se nourrir, se vêtir ou même s'abriter. Mais ce sont principalement les rois et empereurs qui avaient des raisons économiques en faveur de la colonisation, essentiellement la recherche des épices et des matériaux précieux.

Immigrants religieux Des Anglais quittèrent leur pays pour habiter aux États-Unis d'Amérique et ainsi fuir les persécutions du fait de leur religion. On les nomme les « Puritains ».

Immigration forcée

Elle comprend pour l'essentiel la fraction d'esclaves africains déportés en Amérique pour cultiver les terres.

Décolonisation

Histoire des représentations Critiques de la colonisation européenne des Amériques Les philosophes français des Lumières La plupart des philosophes des Lumières ont condamné avec la plus grande fermeté la violence des colonisateurs européens des Amériques.

Montesquieu notamment écrit dans Mes Pensées : (Pensées et Fragments , chap. « Des Devoirs »). Il ajoute à ce sujet :

Diderot écrit pour sa part :

Dans l'Encyclopédie méthodique, article « Brésil », on peut lire cette condamnation de la violence coloniale :

Légende noire

Ces critiques s'insèrent dans un mouvement de nature à la fois idéologique et politique de dénigrement systématique des empires espagnols et portugais chez un ensemble d'auteurs européens (français, anglais, néerlandais, allemands, italiens), et qui est couramment désigné sous le terme de « légende noire » pour ses biais, comme par exemple l'exagération des faits critiqués ou l'occultation de faits qui pourraient relativiser la critique.

Apologie de la colonisation par un penseur libéral écossais du

Dans son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), l'économiste écossais Adam Smith consacre un chapitre complet aux coloniesAdam Smith, La Richesse des Nations, GF Flammarion, tome II, livre IV, chapitre VII : dans la section 1Adam Smith, La Richesse des Nations, GF Flammarion, tome II, p. 163-172, il analyse les motifs qui ont fait établir de nouvelles colonies ; dans la section 2Adam Smith, La Richesse des Nations, GF Flammarion, tome II, p. 172-201, il analyse les causes de la prospérité des colonies nouvelles ; dans la section 3Adam Smith, La Richesse des Nations, GF Flammarion, tome II, p. 201-258, il analyse les avantages qu'a retirés l'Europe de la découverte de l'Amérique, et de celle d'un passage aux Indes par le Cap de Bonne-Espérance.

Il remarque les sur l'économie de l'AngleterreAdam Smith, La Richesse des Nations, GF Flammarion, tome II, p. 223.

Repentance de l'Église

Depuis les années 1990, le Vatican reconnaît les blessures faites par les colons aux peuples colonisés. En 1992, Jean-Paul II a, lors de son voyage en République dominicaine, « humblement demandé pardon ». Lors de la grande cérémonie de repentance de l’an 2000, dans le cadre du Jubilé, Jean-Paul II a solennellement renouvelé cette démarche de pardon..

Le , néanmoins, le pape Benoît XVI a déclaré que l'évangélisation des Amérindiens . Le Christ . Le , il a dû faire acte de repentance, en reconnaissant les et les de la colonisation de l'Amérique latine par les conquistadors. On ne peut pas ..

En , lors de son voyage en Bolivie, le pape François a prononcé un discours fort, où il a officiellement présenté ses excuses au nom de l’Église catholique pour les et les faites aux peuples autochtones du continent par les colons espagnols. Il avait alors reconnu qu’il s’agissait de . En , lors d'une grande messe à Chiapas au Mexique, le pape François a appelé à et à faire un , insistant sur l’exclusion des peuples indigènes dans l’histoire.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Histoire de l'Amérique Histoire coloniale de l'Amérique du Nord, histoire de l'Amérique latine, histoire des Caraïbes Commerce triangulaire, traites négrières, esclavage des Amérindiens Mission civilisatrice, Destinée manifeste, Assimilation coloniale, Impérialisme culturel, Occidentalisation Études postcoloniales, études décoloniales, , études culturelles, guerres de l'histoire, woke, théorie critique World literature, créolisation, métissage, (cross-cultur) Décolonisation de l'Amérique Néocolonialisme, mondialisation Les Veines ouvertes de l'Amérique latine (1971) Arcadie américaine

Bibliographie

Serge Gruzinski, Quand les Indiens parlaient latin : colonisation alphabétique et métissage dans l'Amérique du XVIe siècle, Librairie Arthème Fayard, 2023 , 320 p.

Liens externes

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