Arnail-François, comte puis marquis de Jaucourt, né le à Paris (ou Tournan) et mort le à Presles (Seine-et-Marne) est un général et homme politique français de la Révolution et de l’Empire.
Chevalier du Mérite militaire, colonel du de dragons ( régiment de Condé-Dragons, 1788-1792), vice-président du directoire de Seine-et-Marne en 1791, Jaucourt est l'un des amis du comte de Vaublanc. Sous la Restauration, il est pair de FranceAntoine Antoine, Histoire des émigrés français, depuis 1789, jusqu'en 1828, L. F. Hivert, 1828, v.2, ..
Biographie
Issu d'une famille noble protestante (Jaucourt > Seconde famille), François de Jaucourt débute à seize ans dans la carrière militaire sous les auspices du prince de Condé, protecteur de sa famille.
Jaucourt est colonel du régiment de Condé-Dragons en 1792, et adopte, non sans réserves, les idées nouvelles.
Membre de la société des Feuillants, président de l'administration du département de Seine-et-Marne, sa résidence politique, il écrit en cette qualité le à l'Assemblée pour prêter le serment à la fois comme administrateur et comme militaire. Il est remplacé à la présidence du département par Vincent-Marie de Vaublanc
L'enthousiasme que lui a inspiré la Révolution de 1789 se refroidit tout d'abord lorsqu'il voit ses soldats lui refuser obéissance, et il offre sa démission à l'Assemblée. Accusé de désertion par la cour et la noblesse, et en particulier par , qui vient d'émigrer avec les princes, il est d'autre part taxé de modération excessive par les réformateurs les plus avancés.
Assemblée législative
Les électeurs du département de Seine-et-Marne l'envoientPar 258 voix (374 votants). le , le sur 11, siéger à l'Assemblée législative. Il prend place au côté droit de l'Assemblée.
Jaucourt appartient au comité militaire et au comité diplomatique, où il fait plus d'une fois prévaloir ses avis. En politique, il vote le plus souvent avec la minorité, de même que Dumas, Ramond, Beugnot, etc. Il se montre opposé aux lois contre l'émigration, et à l'admission à la barre des soldats de Châteauvieux, envoyés aux galères par suite de l'insurrection de NancyLorsqu'en 1792 les soldats suisses du régiment de Châteauvieux, graciés de la peine des galères prononcée contre eux à la suite de l'insurrection de Nancy, sollicitent la permission de présenter leurs hommages à l'Assemblée législative, M. de Jaucourt dit qu' Source.
Le , il est promu maréchal-de-camp.
Un jour, pendant la discussion si orageuse concernant le licenciement de la Garde du Roi, une conversation particulière et fort animée s'établit entre M. de Jaucourt et Chabot ; des expressions blessantes sont échangées, et le premier menace celui-ci de le châtier à coups de bâton. Chabot, furieux, s'écrie que son bâton, pas plus que son épée, ne l'effrait et qu'il n'en continue pas moins de soutenir la mesure proposée. Un membre de l'Assemblée, révolté de l'inconvenance d'un pareil incident, demande l'arrestation immédiate de M. de Jaucourt et son envoi à l'Abbaye. M. de Jaucourt se justifie en disant, qu'ayant provoqué des explications à propos de certaines proies équivoques de Chabot, celui-ci lui a répondu qu'il peut bien avoir quelque chose à dire contre lui au comité de surveillance, et que, partant, la première menace vient de son adversaire. Cela était vrai. Chabot réplique qu'il a pu épargner cette scène scandaleuse à l'Assemblée,
, M. de Jaucourt s'oppose à la formation d'un camp de dans les environs de Paris, et reste le défenseur du roi et de la prérogative royale.
Le , il essaie de détourner l'Assemblée de déclarer la guerre à l'empereur ; plus tard il prend la parole en faveur du ministre de Lessart. Son attitude l'ayant rendu des plus suspects à la majorité, il croit devoir le donner sa démission de député : il est remplacé le de la même année, par Jacques Claude Florimond Ségretier.
Cependant s'est emparée de sa personne, tandis que l'Assemblée, sur la motion de Delacroix, refuse de l'entendre à sa barre. Grâce à l'influence de Madame de Staël auprès de Manuel, alors procureur de la Commune, et à la de Panis, Jaucourt peut quitter la prison de l'Abbaye, où il est enfermé, la veille même des massacres de septembre 1792. Toujours en péril, il s'éloigne de France avec Talleyrand, comme attaché à la mission française en Angleterre. Après le (jour de l'exécution de Louis XVI), il reçoit ses passeports du gouvernement anglais et rentre en France.
Dans la séance de la Convention du fructidor an III (), Louis Legendre dénonce Jaucourt comme intrigant contre le gouvernement avec Malouet et autres constitutionnels qui se réunissent chez de Staël, soupçonnée de correspondre avec les émigrés. Il se retire alors en Suisse sur les bords du lac de Bienne, et de là en Allemagne.
Pour certains, Jaucourt a combattu dans l'armée des émigrés ; d'après d'autres, il passe plusieurs années en émigration, sans toutefois prendre les armes contre sa patrie.
Consulat et Empire Ce n'est qu'après le coup d'État du 18 brumaire an VIII () et au bénéfice de l'amnistie accordée, que Jaucourt est rappelé aux affaires sur la recommandation de Talleyrand. Nommé le 4 nivôse an VIII membre du Tribunat, il est chargé en , avec Lucien Bonaparte, de défendre le Concordat près du Corps législatif, et songe surtout aux intérêts du culte protestant.
Président du Tribunat en l'an XI (), Jaucourt est présenté par le collège électoral de la Nièvre comme candidat au Sénat conservateur, où il est appelé, l'année d'après (8 brumaire an XII).membre de la Légion d'honneur du 4 frimaire an XII. Il est le 25 prairial suivant () promu commandeur de l'Ordre.
De nouveaux liens l'attachèrent bientôt à la famille impériale : après s'être associé à la politique et à la fortune de Joseph Bonaparte au Sénat, Jaucourt devient un des principaux officiers de sa maison en qualité de premier chambellan (1804), puis il l'accompagne à Naples. Le , Jaucourt est créé comte de l'Empire, et en 1810, le Sénat le propose pour la sénatorerie de Florence, dotée de de rente ; mais l'Empereur lui préfère le général Ferino.
1814-1815 À partir de ce moment, Jaucourt montre un éloignement de plus en plus marqué pour la monarchie militaire. Jusqu'en 1814, le nom de M. de Jaucourt n'a plus figuré dans aucune circonstance importante. À l'heure de l'invasion, il adhère à la déchéance de l'Empereur.
Choisi par le Sénat, Jaucourt accepte de faire partie du Gouvernement provisoire de 1814. Dans la séance du , il signe l'adresse à l'année, et proclame au nom de la France les soldats français déliés de leur serment de fidélité envers le grand capitaine déchu. Il signe encore cette autre adresse qui invite les Français à se réunir à la . Il signe enfin le décret du Sénat du , qui appelle au trône Louis XVIII sous le titre de roi des Français, et renferme les bases d'une constitution. Le 16 du même mois, le comte d'Artois, investi par le roi son frère de la lieutenance-générale du royaume, le nomme membre du conseil d'État provisoire.
Il est nommé le par Louis XVIII, ministre d'État, devient pair de France le suivant et obtient le , le brevet de lieutenant général. En , M. de Jaucourt est nommé, par intérim, ministre des Affaires étrangères en l'absence de Talleyrand, qui s'est rendu au congrès de Vienne.
Le vient surprendre M. de Jaucourt dans ses fonctions, et il n'hésite pas à suivre Louis XVIII à Gand, où il continue de diriger les Affaires étrangères. Aussi se trouve-t-il excepté de l'amnistie générale accordée par l'Empereur à son retour de l'Île d'Elbe, et est du petit nombre de ceux que Napoléon met hors-la-loi : il est vrai de dire qu'il a contribué à l'acte par lequel les biens de la famille impériale sont mis sur le séquestre peu de temps après la chute de Napoléon.
Il rentre à Paris avec le roi, reprend son siège à la Chambre des pairs et reçoit le le portefeuille de la Marine. Mais ayant refusé de signer la reddition de Landau, le cabinet dont il fait partie est obligé de se retirer et est remplacé le par le ministère Richelieu () : Jaucourt remet son portefeuille entre les mains du vicomte Dubouchage.
Chambre des pairs 180px|right Le suivant, il est nommé grand'croix de la Légion d'honneur, ministre d'État, et le , membre du conseil privé.
Il préside en 1817 le conseil général de Seine-et-Marne, et reçoit du roi le de la même année l'hérédité de sa pairie, avec le titre de comte, qui l'année suivante est changé en celui de marquis. Ici se termine à peu près sa vie politique. En 1830, sa voix ne se fait plus guère entendre que sur la tombe de Gouvion-Saint-Cyr, son ami, auquel il veut adresser en public un dernier et pénible adieu.
Rallié des premiers à la monarchie de Juillet, il est un de ceux qui, après la révolution de Juillet 1830, viennent déposer entre les mains du roi les hommages et les serments de la Chambre des pairs. Jaucourt siège au palais du Luxembourg jusqu'à la révolution de Février 1848, qui le rend à la vie privée.
Il se retire alors dans son château de Combreux, et ne meurt qu'après avoir donné son vote à la présidence du prince L.-N. Bonaparte et son approbation au coup d'État du 2 décembre 1851.
Défense de la religion réformée Le marquis de Jaucourt, protestant, se consacre à la défense de la religion réformée et est une figure emblématique du .
À ce titre, il est à l'origine avec les pasteurs Paul-Henri Marron de l'église réformée et Jean Jacques Goepp de l'église de la Confession d'Augsbourg, de la Société Biblique protestante de Paris (1818-1868), dont l'objectif est la plus large diffusion possible de la Bible, dont la lecture est toujours considérée comme l'une des plus fortes exigences de la Réforme.
Après l'accord, en 1818, d'Élie Decazes alors ministre de la Police générale, faisant suite à la pétition menée par les grandes figures protestantes française de l'époque, un comité provisoire convoqua la première assemblée générale qui se tient au temple de l'Oratoire et qui nomme tous les membres du Comité définitifLa composition du Comité définitif voyait bien entendu : Président : Le marquis de Jaucourt ; Vice-présidents : le comte Boissy d'Anglas, pair de France, les pasteurs Paul-Henri Marron et Goepp, et Georges Cuvier conseiller d'État ; Secrétaires : Les pasteurs Boissard de l'église de la confession d'Augsbourg et Henri François Juillerat de l'église réformée, ainsi que Vinvens Saint Laurent (Devillas) et le comte Pelet de la Lozère ; Trésorier : Le banquier Jean Frédéric, baron Bartholdi (1794-1839) ; Censeurs : Le célèbre professeur orientaliste Jean François Kieffer, Philippe Albert Stapfer (1766-1840), le libraire Treuttel, les pasteurs Jean Monod et son fils Frédéric Monod, André-Daniel Laffon de Ladebat, le baron Maurice, maître des requêtes, Wilder, François Delessert, l'ancien pasteur Soulier, Charles Vernes et Willm, le pasteur émérite Rabaut-Pommier, Müller-Soehnée et le baron Benjamin Delessert..
En 1829 il a obtenu du gouvernement l'autorisation de fonder la Société d'encouragement de l'instruction primaire protestante, dont il conserve la présidence jusqu'à sa mort, arrivée le .
Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ().
Ecrit
Comte de JAUCOURT, Correspondance avec le prince de Talleyrand pendant le Congrès de Vienne. Publié par son petit-fils. 1905, Paris, Plon, XV-361 pages, lire en ligne.
État de service Mestre de camp () ; Maréchal de camp () ; Démissionne de l'Armée () ; Émigre (1792-1799) ; Lieutenant général () ;
Titres
Comte Jaucourt et de l'Empire (lettres patentes de , Bayonne) ; Pair de France : Pair par l'ordonnance du ; Titre de marquis-pair héréditaire le , (lettres patentes du , sans majorat) ; Transmission du titre de marquis à son fils adoptif, Louis-Charles-François Levisse de Montigny de Jaucourt, par décret impérial du .
Récompenses et distinctions 106px|Légion d'honneur (grand cordon)106px|Institution du Mérite militaire () du Mérite militaire () ; Légion d'honneur : Légionnaire (), puis,