La culture générale, appelée également culture , désigne les connaissances en tout genre d'un individu, sans spécialisation. S'opposant à la connaissance disciplinaire, elle fait partie du projet humaniste, qui trouve ses origines dans la paideia grecque. Traduite par Cicéron sous le terme d', elle se mêle, lors de la Renaissance artistique, aux arts libéraux. Le projet d’une culture générale est intrinsèquement lié à des réflexions à propos de l'humanité, qu'elle soit conçue comme nature humaine ou comme dépassement de la nature par la culture (ou « seconde nature »). Durant la Renaissance, elle forme l'idéal de l'« honnête homme ».
Concept Dialogue entre les connaissances La culture générale n'est pas une discipline académique, comme peuvent l'être l'histoire-géographie ou la physique. La culture générale regroupe plusieurs disciplines à partir d'un esprit commun, qui est celui du dialogue entre les connaissances. Elle représente l'indispensable moteur permettant une réflexion autonome.
En tant que dialogue, elle ne peut être une simple compilation de connaissances. Elle ne vise pas une érudition ou un savoir universel. La culture générale n'est pas non plus une connaissance mondaine, qui serait innée pour les uns ou étrangère aux autres.
Apprentissage à l'apprentissage La culture générale est une propédeutique à une connaissance plus spécialisée. Le Prix Nobel de Médecine de 1965 François Jacob écrit ainsi que l'utilité de l'école est de nourrir les esprits de culture générale pour leur permettre de penser. Il déclare que .
Le monde étant fait d'une complexe interconnectivité et s'étant spécialisé, la culture générale permet de penser le global de manière complexe. Devant l'impossibilité de se spécialiser en tout, la culture générale permet de disposer des outils pour saisir les tenants et les aboutissants de problèmes spécialisés.
Terreau citoyen et idéal républicain La culture générale fait partie de la culture républicaine française. Elle est entretenue par son système éducatif, de l'école primaire aux Grandes écoles, et est l'objet de curiosité de la part des pays de culture anglo-saxonne.
La philosophie est enseignée dans l'enseignement secondaire en France depuis 1808, d'abord en latin puis en français après les réformes de Victor Cousin pendant la monarchie de Juillet, en 1840Émile Durkheim, «L’enseignement philosophique et l’agrégation de philosophie.», 1895. Cousin donne explicitement à l'enseignement de la philosophie un objectif de formation de l'honnête homme. Ainsi, il affirme, dans un discours prononcé à la Chambre des pairs le :
Face aux critiques du président Nicolas Sarkozy envers la présence d'une épreuve de culture générale aux concours de la fonction publique française, le mathématicien Wendelin Werner, lauréat de la médaille Fields, pouvait écrire, dans une lettre ouverte au président du , publiée dans Le Monde :
Histoire Une origine antique La question de la culture générale émaille plusieurs textes issus de l'Antiquité. Les sophistes grecs, professeurs itinérants, délivraient un savoir général et étaient connus pour avoir des connaissances en toute chose. Cette approche du savoir est critiquée par Platon, notamment à la fin de l’Euthydème, qui promeut la spécialisation. Le philosophe reconnaît néanmoins que l'apprentissage de culture générale est ainsi un moment nécessaire du projet philosophique en ce qu'elle permet d'acquérir des connaissances sans lesquelles la raison tournerait à vide.
La notion parvient aux romains par l'étude des textes grecs. Le philosophe Cicéron définit l’humanitas comme dans De oratore. La culture générale est donc un outil nécessaire de l'éducation. Dans les Tusculanes, le philosophe forge l'expression de (cultura animi) : La culture de l’âme, c’est la philosophie : elle qui extirpe radicalement les vices, met les âmes en état de recevoir les semences, leur confie et, pour ainsi dire, sème ce qui, une fois développé, jettera la plus abondante des récoltes Cicéron distingue toutefois la culture générale de l'éducation : la seconde doit être prodiguée à l'enfant, tandis que la première doit accompagner l'homme tout au long de sa vie (De oratore).
Un ancrage dans la modernité L’idéal de culture s’est transmis jusqu’à aujourd’hui, s’incarnant dans des modèles scolaires distinctsDenis Kambouchner, « La culture », in Notions de philosophie, tome III, Gallimard, 1991 (). Cet idéal était discuté et abondé par différents penseurs au cours des siècles.
René Descartes fait de la culture générale un pivot de sa pensée. Selon la première règle pour la direction de l'esprit, . La culture générale ne se définit donc pas par son objet, mais par sa visée : celle d'un support pour bien juger des choses.
Emmanuel Kant poursuit dans son sens. Il oppose la nature (règne des causes déterminées par des lois empiriques) à la culture, cette dernière étant le règne de la liberté. La culture est par conséquent la marque de l’aptitude des hommes à se donner librement des fins qui lui plaisent, en général. La culture générale ne peut donc pas être réduite à contenu déterminé, puisqu'elle vise précisément à donner à l'homme la possibilité de choisir les fins qui déterminent son existenceKant, Critique de la faculté de juger, §83.
Si les humanistes se sont concentrés sur la vertu de l'homme humaniste, le philosophe allemand George Friedrich Hegel critique le projet d'une culture qui ne viserait que l’épanouissement de l'individu subjectif. Le projet de la culture générale doit tenir compte de la valeur objective de la culture, c'est-à-dire de la valeur collective qui dépasse la simple satisfaction subjective. En d’autres termes, la culture en tant que processus individuel de formation ne doit pas viser aux simples fins subjectives de l’individu, mais à celles de la collectivité. Il soutient que l'apprentissage de la philosophie et de l'autonomie de la pensée est d'autant plus aisée pour l'individu cultivé que .
Époque contemporaine
La culture générale fait au l'objet de jeux, aussi bien de plateau comme le Trivial Pursuit que télévisés comme Questions pour un champion. L'essor d'internet rend la culture générale plus internationale et moins représentative des savoirs scolaires. Au , la culture générale est globalement non plus perçue comme un objet de développement personnel mais comme un moyen de mieux comprendre le monde..
Débats Utilité de la culture générale La culture générale souffre aujourd’hui d’une crise qu’on a pu appeler « crise de l’école », en ce que les idéaux classiques et humanistes d’une culture générale ont été attaqués de part et d’autre.
La modernité a amené avec elle une certaine conception de l’économie et de la technique, ou de la « raison instrumentale », qui a pu conduire à mésestimer la culture générale voire à la mépriser, en la tenant pour « inutile » et « stérile ». La culture générale serait ainsi considérée en fonction de son utilité dans une production capitaliste ; or, n'ayant aucune finalité d'ordre productive ou professionnelle, elle serait mise de côté. Le sociologue Thorstein Veblen fait ainsi remarquer que .
Pour le philosophe Hegel l'inutilité, c'est-à-dire l'impossibilité d'appliquer la culture générale à un processus de production, est dans la nature même de la culture générale ; elle est désintéressée. La culture générale permet de dépouiller les choses . La culture générale permet de voir .
Sélection par la culture générale La culture générale est utilisée en France comme critère de sélection à diverses fonctions, dont notamment au sein de la haute fonction publique française. Les instructions officielles de 1925 présentent, dans le cadre élitiste de l'enseignement secondaire la culture générale comme une . Le concours de l'ENA, devenue Institut national du service public, est à l'origine principalement basé sur des épreuves de culture générale ; Michel Debré fait ce choix pour que l'école soit ouverte à des publics issus de disciplines différentes (histoire, littérature, philosophie), plutôt qu'à des profils .
La légitimité de la culture générale comme critère de sélection est remise en cause dans les années 2000.
Durant la campagne en vue de l'élection présidentielle française de 2007Nicolas Sarkozy (alors candidat à l'élection présidentielle): « Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’État doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. » Propos transcrits par 20 minutes, «Le Pen ne m'intéresse pas, son électorat, si», 15 avril 2007, puis en tant que président, Nicolas Sarkozy provoque une polémique en critiquant l'épreuve de culture générale dans les concours de la fonction publique, faisant une allusion dépréciative envers La Princesse de Clèves.. Cela provoque des critiques importantes du monde universitaire ; le théoricien de la littérature Yves Citton, par exemple, s'engage dans la bataille pour défendre la culture généraleYves Citton, Introduction (en ligne) de Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires?, Paris, Éditions Amsterdam, 2007.
Richard Descoings, partisan de la discrimination positive, décide de supprimer l'épreuve de culture générale au concours d'entrée de Sciences Po Paris en . L'École normale supérieure de Lyon fait de même, critiquant l'épreuve pour son « caractère rhétorique […] qui encourage souvent les étudiants à formuler des idées superficielles en les agrémentant de quelques citations ». Dominique Meurs, sociologue à l'INED affirme également que « la dissertation de culture générale fait appel à une tournure d'esprit, une assurance, un goût pour l'abstraction, une façon de présenter ses idées, de mettre la bonne citation au bon endroit, qui s'apprend dans les milieux favorisés ». En 2008 le ministre de la Fonction publique, André Santini, qualifiait l'épreuve de culture générale de La culture générale, outil de sélection rouillé, Le Monde, 15 avril 2012..
Inversement, dans nombre d’emplois, la culture générale peut faire la différence au moment du recrutement, et fait l'objet d'examens divers. Ces examens sont justifiés en affirmant qu'ils démontrent, de la part du candidat, une capacité d'analyse et de synthèse, ainsi que d'ouverture hors de son corps de métier, qui serait nécessaire pour les emplois qualifiés.
Caractère relatif de la culture générale La culture générale a été la cible, dans le savoir même et dans les rangs mêmes de l'université, de deux critiques alternatives : l'une, issue de l'ethnologie, en faisait l'idéal d'une civilisation déterminée visant à l'universalité (thèmes du relativisme culturel, qui fait de l'idéal classique de la culture l'idéal d'une société déterminée) ; l'autre, sociologique, en faisait un simple moyen de sélection sociale.
Ainsi, selon Pierre Bourdieu :