Walter Scott (Sir Walter Scott, .) est un poète, écrivain et historien écossais et anglais né le à Édimbourg et mort le à Abbotsford.
Walter Scott est une grande figure du romantisme et nombre de ses œuvres sont connues et illustrent encore aujourd'hui ce courant littéraire dans le monde entier. Il est pourtant proche de la faillite en 1805 à cause de conflits familiaux.
Avocat de formation, amateur d'antiquitésIl est un « antiquaire », mot qui s'employait autrefois pour désigner un archéologue., il parcourt d'abord l'Écosse, à la recherche de son passé. Au tournant des , il se lance dans la littérature, publiant des textes anciens (Sir Tristrem) ou appartenant à la tradition populaire (dans Les Chants de ménestrels de la frontière écossaise) ainsi que des poèmes de son cru, comme La Dame du lac. Puis, devant la gloire montante de Lord Byron, il se tourne vers le roman écossais (Waverley), avant d'évoluer vers le roman historique, avec Ivanhoé (1819) et Quentin Durward (1823).
C'est l'un des plus célèbres auteurs écossais avec David Hume de Godscroft, Adam Smith, Robert Burns ou Robert Louis Stevenson. Il demeure également, avec Wordsworth, Coleridge, Byron, Shelley ou Keats, l'une des plus illustres figures du romantisme britannique. Il est aussi un des représentants du roman historique, et contribue à forger une image romantique de l'Écosse et de son histoire. C'est à lui, notamment, que l'on doit le retour de l'usage du tartan et du kilt, sur le site du 78th Fraser Highlanders, en garnison au Fort St. Andrew's, à Québec (Canada)., dont le port est interdit depuis une loi du Parlement en 1746Voir une : cet acte a été abrogé en 1785. Robert Louis Stevenson évoque cette interdiction, et les contournements de la loi, dans le chapitre XV du roman Enlevé !, première partie des Aventures de David Balfour..
Biographie Jeunesse thumb|Demeure des Scott, à George Square (Édimbourg), où l'auteur vécut de 4 à 26 ans (entre 1775 et 1797), avant de déménager à Castle Street, dans New Town.
La famille de Walter Scott appartient à une branche cadette du clan Scott, qui est installé dans la région frontière de l'Écosse et dépend de la Maison de Buccleuch. Le père de l'écrivain, Walter Scott (1729–), est un bourgeois d'Édimbourg, qui a acheté la charge de Writer of the Signet (c'est-à-dire procureur, pour la France de l'Ancien Régime) en 1755. Sa mère, Anne Rutherford, est la fille aînée de John Rutherford, professeur de médecine à l'université. Elle descend des Haliburton de Newmains, qui disposent du droit héréditaire d'être inhumé dans l'abbaye de Dryburgh. Marié en , le couple a douze enfants. Les quatre fils aînés meurent dans l'enfance : Robert, né le , John, né le , Robert, né le et Walter, né le . C'est également le cas de deux filles : Anne, née le , et Jean, née le . Viennent ensuite Robert, né en 1767, qui sert un temps dans la marine avant d'écrire des vers et des histoires d'aventures, et de mourir aux Indes, célibataire ; John, né en 1768, qui deviendra major dans l'armée et mourra à Édimbourg le ; Anne, née en 1770, qui mourra le , après avoir été infirme toute sa vie ; Thomas, né en 1774, qui sera trésorier payeur d'un régiment de l'armée et mourra au Canada le en laissant un fils et deux filles ; Daniel, né en 1775, qui mourra dans le déshonneur à Édimbourg le .. Walter, le septième enfant, naît le à Édimbourg dans les vieux quartiers (College Wynd), assez malsains...
thumb|left|La Rencontre de Burns et de Scott, peinture à l'huile de Charles Hardie, 1893 (Dunedin Public Art Gallery).
En 1772, alors qu'il est âgé de huit mois, il contracte vraisemblablement la poliomyélite, confondue avec une fièvre liée à une forte poussée dentaire. à une époque où cette maladie est encore inconnue de la médecine. Le diagnostic peut être posé de manière rétrospective grâce à la description détaillée que Scott lui-même en a faite.. Il gardera comme séquelle définitive une claudication de la jambe droite. Pour le sauver, on l'envoie vivre au grand air chez son grand-père Robert Scott (ancien marin et commerçant de bétail qui a rompu avec les opinions traditionnelles de la famille en devenant, de jacobite, whig et presbytérien) à Sandyknowe, dans le Roxburghshire, où il vit de 1773 à 1775 avec sa grand-mère, sa tante Jenny et une vieille servante, Alison Wilson. Là, il découvre le monde de ses ancêtres, lit son premier poème (une ballade populaire), s'indigne du récit des représailles anglaises de 1745De 1745 à 1746, l'Écosse est secouée par une seconde révolte jacobite. Au contraire de 1715, où la répression des insurgés avait été modérée, les Hanovriens punissent sévèrement les rebelles, exécutant plusieurs personnalités, confisquant leurs biens Walter Scott a consacré trois romans à ces conflits : Waverley (sur la seconde rébellion de 1745–1746), Rob Roy (sur la première rébellion de 1715) et Redgauntlet (sur les ultimes complots des années 1760).. En 1775–1776, on l'envoie avec sa tante aux eaux de Bath ; au passage, il voit Londres, apprend à lire, son oncle Robert (revenu des Indes) l'emmène au théâtre voir Shakespeare. En 1777, à la mort de son grand-père, il rentre à Édimbourg.. De retour à Édimbourg, il fait un nouveau séjour à Sandyknowe, où il visite le champ de bataille de Prestonpans et écoute les récits d'un vieux militaire, Dalgetty (dont le nom apparaîtra dans Une Légende de Montrose). Bien que passionnément jacobite, il souffre des défaites anglaises de la guerre d'Amérique. Chez ses parents, il dévore les livres : les poètes, Shakespeare, les histoires ; sa mère favorise ses goûts littéraires..
thumb|La tour Smailholm, près de la ferme de Sandyknowe, où Scott a passé une partie de son enfance.
De 1779 à 1783, après y avoir été préparé par un professeur particulier, il étudie à la Royal High School d'Édimbourg, où il suit pendant deux ans les cours d'un certain Fraser, surtout réputé pour ses coups de fouet, puis d'Alexander Adam, auteur des Antiquités romaines, qui lui donne le goût de l'histoire. Il manifeste des dons remarquables pour le latin. Il lit énormément : Homère, L'Arioste, Boiardo, Le Tasse, Ossian (qu'il n'aime pas), Spenser, les Reliques of Ancient poetry de Percy (1765), L'Histoire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem de Vertot (1726), Henry Fielding, Samuel Richardson, Tobias Smollett, des romans gothiques, des livres de colportage, des histoires, des récits de voyage.. En 1783, il passe quelques mois à la campagne avec sa tante et fréquente l'école de Kelso, où il fait la connaissance de James et John Ballantyne..
Puis, de 1783 à 1786, il étudie le droit à l'université d'Édimbourg. Il a des difficultés avec le grec, suit les cours de Dugald Stewart, s'initie à la logique et à l'histoire. À , il entre dans la loge Saint David, la même que celle où son père a été initié en 1755En 1823, Walter Scott décline l'offre qui lui est faite de se présenter comme grand maître de l'ordre maçonnique des chevaliers du Temple d'Édimbourg. Voir ; ; ; (présentation de Ian Duncan) ; .. En , son père, qui veut en faire un homme de loi (avocat ou procureur) le prend en apprentissage dans son étude ; Scott déteste cette activité mais se soumet de bon cœur. Une hémorragie interne l'oblige peu après à garder le lit pendant plusieurs semaines. Il continue à lire beaucoup : de l'italien, du français (la bibliothèque bleue, la Bibliothèque des Romans, La Calprenède, Mademoiselle de Scudéry, Joinville, Froissart, Brantôme), de l'espagnol (Cervantes). Quand sa santé s'améliore, avec un de ses compagnons, il commence ses premières excursions historiques autour d'Édimbourg. Il entreprend de copier un recueil de chants populaires, fréquente un collectionneur de vieux livres et de vieux manuscrits, rencontre des hommes de lettres d'Édimbourg (Robert Burns, Adam Ferguson), explore les Highlands avec son père ou des camarades, récolte des anecdotes anciennes ou récentes (sur Rob Roy par exemple) et découvre les sites historiques et pittoresques.
thumb|Vue depuis la tour Smailholm, vers l'est, et la ferme Sandyknowe.
De 1789 à 1792, il complète ses études de droit à l'université, où il suit un enseignement de philosophie morale dispensé par Dugald Stewart, d'histoire universelle, de droit civil, de droit écossais (avec David Hume, le neveu du philosophe).. Cette dernière matière l'enthousiasme ; il est fasciné par ce qu'il regarde comme un élément capital de la culture et de la société traditionnelle de l'Écosse, dont l'édifice juridique bâti au cours des siècles garantit son identité. Il noue des amitiés profondes et durables (W. Clerk, Adam Ferguson, le fils du philosophe), adhère à des clubs où il se fait connaître comme « antiquaire » et érudit, explore à cheval, pendant ses vacances, les régions reculées du Border et le Liddesdale, s'initie à tous les aspects du folklore écossais et à tous les vestiges de son histoire nationale.. En 1792, à vingt-deux ans, il soutient (en latin) sa thèse de droit, Comment disposer des cadavres des criminels, puis entre au barreau, comme son père, où ses collègues le surnomment malicieusement « Duns Scott » du nom de John Duns Scot, théologien écossais de l'époque médiévale, qui écrivait en latin, et devient avocat en 1792. Entre 1793 et 1795, il s'efforce de gagner des procès et d'augmenter des revenus fort bas.. En même temps, pendant ses vacances, il poursuit ses voyages d'« antiquaire » et de folkloriste, enregistre des anecdotes sur les hauts faits de Rob Roy, visite le château et le site de Craighall (Tully-Veolan, le château du baron de Bradwardine, dans Waverley), ainsi que le château de Glamis, rencontre Old Mortality, dont il se souviendra dans son roman, recueille des ballades perdues et tente même de faire des fouilles. Par ailleurs, opposé à la Révolution française et proche des idées d'Edmund Burke, il participe au maintien de l'ordre et s'engage dans une milice pour lutter contre les partisans des idéaux révolutionnaires en Grande-Bretagne. La protection du duc de Buccleuch lui permet de devenir adjudant.. À cette époque, aussi, il connaît une passion malheureuse pour Williamina Beshes (une jeune fille de cinq ans sa cadette et d'un niveau social nettement plus aisé, qui se laisse aimer avant de s'éprendre d'un autre, William Forbes de Pitsligo, fils d'un banquier avec lequel elle se fiance en ) ; Scott, qui se sent trahi, en est très affecté..Williamina Forbes meurt en 1810..
Poète thumb|upright|left|Sir Walter Scott en 1824, portrait par Sir Edwin Henry Landseer.
Dans les années 1790, après des années d'apprentissage entamées à l'époque de la Royal High School d'Édimbourg et divers essais inaboutis, il se lance dans l'écriture.. Atteint par la vogue de la poésie allemande, il apprend la langue allemande et traduit (anonymement) des poèmes de Bürger (1796), des drames germaniques (comme Götz von Berlichingen de Goethe en 1799) et des adaptations poétiques.