Le Tour du monde en quatre-vingts jours est un roman d'aventures de Jules Verne, publié en 1872.
Le roman raconte la course autour du monde d'un gentleman anglais, Phileas Fogg, qui a fait le pari d'y parvenir en quatre-vingts jours. Il est accompagné par Jean Passepartout, son fidèle domestique français. L'ensemble du roman mêle récit de voyage (traditionnel pour Jules Verne) et données scientifiques comme celle utilisée pour le rebondissement de la chute du roman.
Ce voyage extraordinaire est rendu possible grâce à la révolution des transports qui marque le dans le contexte de la révolution industrielle. Le développement de nouveaux modes de transport (chemin de fer, bateau à vapeur) et l'ouverture du canal de Suez en 1869 raccourcissent les distances, ou du moins le temps nécessaire pour les parcourir.
Historique L'œuvre est d'abord parue en feuilleton dans Le Temps du au , puis reprise en volume l'année suivante chez Hetzel à ParisPiero Gondolo della Riva. Bibliographie analytique de toutes les œuvres de Jules Verne. Tome I. Paris 1977.
Résumé vignette|upright=1.5|Carte du voyage de Phileas Fogg, illustration originale d'Alphonse de Neuville et de Léon Benett. vignette|droite|Le pari de Phileas Fogg. vignette|droite|Le sauvetage de .
Phileas Fogg est un gentleman riche vivant une vie solitaire à Londres. Malgré sa richesse, sa vie est modeste et ses habitudes réglées avec une précision chirurgicale. On connaît très peu de sa vie, si ce n'est qu'il est membre du Reform Club, où il passe la plus grande partie de la journée. Après avoir congédié son valet James Forster, celui-ci lui ayant apporté de l'eau de rasage à une température légèrement plus basse que désirée, Fogg embauche le Français Jean Passepartout comme remplaçant.
Londres, . Comme tous les jours, Phileas Fogg se rend au Reform Club. En feuilletant le journal, il apprend qu'il est possible d'accomplir le tour du monde en quatre-vingts jours. En effet, un article du Morning-Chronicle affirme qu’avec l’ouverture d’une nouvelle section de chemin de fer en Inde, il est désormais possible de faire le tour de la Terre en quatre-vingts jours, selon l’itinéraire suivant : Étape Transport Durée Londres – Suez Chemin de fer et paquebot Sept jours Suez – Bombay Paquebot Treize jours Bombay – Calcutta Chemin de fer et éléphant Trois jours Calcutta – Hong Kong Paquebot Treize jours Hong Kong – Yokohama Paquebot Six jours Yokohama – San Francisco Paquebot Vingt-deux jours San Francisco – New York Chemin de fer Sept jours New York – Londres Paquebot et chemin de fer Neuf jours Total Quatre-vingts jours
Une vive discussion s'engage à propos de cet article. Phileas Fogg parie , la moitié de sa fortune, avec ses collègues du Reform Club qu'il réussira à achever ce tour du monde en quatre-vingts jours. Il part immédiatement, emmenant avec lui Jean Passepartout, son nouveau valet de chambre, un jeune Français débrouillard. Il quitte Londres à 20 h 45 le et doit donc être de retour à son club au plus tard à la même heure, quatre-vingts jours après, soit le à 20 h 45, heure locale.
Phileas Fogg est un maniaque de l'heure, qui aime agir de façon exacte et précise. Pour lui, « l'imprévu n'existe pas ». Mais le voyage va être semé d’embûches et de contretemps.
Le pari et le départ de Fogg font la une des journaux. La police se demande si Phileas Fogg est le fameux voleur qui vient de dévaliser la Banque d'Angleterre et qui chercherait à s'échapper. L'inspecteur Fix part à sa recherche et ne cessera de le poursuivre dans tous les pays traversés.
Phileas Fogg et Passepartout partent de Londres en train et utilisent ensuite différents moyens de transport, comme l'éléphant, une fois arrivés en Inde. En chemin, à travers les forêts indiennes, ils sauvent , une jeune veuve qui devait être brûlée vive comme le veut la coutume de la sati, au cours d'une cérémonie dédiée à la déesse Kali.
À Hong Kong, Fogg manque le paquebot mais Passepartout embarque à son bord. Ils finissent par se retrouver quelques jours plus tard au Japon, à Yokohama, dans un cirque où Passepartout s'était engagé comme acrobate.
Lorsque Phileas Fogg arrive à San Francisco, il tombe en pleine effervescence électorale, se fait un ennemi, le colonel Stamp W. Proctor, prend le train, y retrouve le colonel avec lequel il s'apprête à se battre en duel, lorsque le train est attaqué par les Sioux. Passepartout réussit à stopper le train emballé (les mécaniciens ayant été neutralisés par les assaillants) mais est fait prisonnier. Fogg réussit cependant à le libérer, aidé par quelques autres passagers. Hélas, entre-temps, le train a quitté la gare. Fogg, Passepartout, Fix et retiennent les services d'un traîneau à voile qui les conduit à toute vitesse, sur les étendues glacées, jusqu'à Omaha. De là, le groupe prend le train jusqu'à Chicago, puis New York d'où, malheureusement, le paquebot pour Liverpool vient à peine de partir.
Pressé par le temps, Phileas Fogg « emprunte » un bateau à vapeur pour arriver à temps en Angleterre du nord (le capitaine ne voulant pas le conduire à Liverpool, Phileas Fogg a acheté l'équipage). À court de charbon, Fogg achète le bâtiment et les matelots démontent tout ce qui est en bois pour l'utiliser comme combustible. Mais dès que Fogg débarque en Angleterre, Fix l’arrête, avant de le relâcher lorsqu'il découvre son erreur, le véritable voleur ayant été arrêté entre-temps. Ayant raté le train pour Londres, Fogg réquisitionne une locomotive et s'y fait conduire, mais y arrive cinq minutes trop tard. Pensant avoir perdu son pari, Phileas Fogg rentre chez lui, désormais ruiné. Le lendemain, lui et se déclarent leur amour ; Fogg envoie alors son domestique prévenir le révérend pour que son mariage avec ait lieu le lendemain. C'est chez le révérend que Passepartout se rend compte qu’ils ont en fait gagné vingt-quatre heures dans leur périple, en accumulant les décalages horaires ; ce qui fait qu'ils sont arrivés un jour en avance et qu'on est bien le . Il accourt prévenir son maître, qui se rend à toute vitesse au Reform Club et gagne finalement, de quelques secondes, son pari grâce à ce dernier imprévu. Ayant dépensé l'équivalent du montant du pari, il ne se retrouve ni plus riche ni plus pauvre qu'avant le pari. Le roman se conclut donc ainsi :
Personnages
Personnages principaux Phileas Fogg : flegmatique, richissime et énigmatique gentleman londonien. Il mène une existence méticuleusement réglée, passant ses journées au Reform Club à lire le journal et à jouer au whistL'âge de Phileas Fogg n'est pas précisé : « On disait qu'il ressemblait à Byron — par la tête, car il était irréprochable quant aux pieds —, mais un Byron à moustaches et à favoris, un Byron impassible, qui aurait vécu mille ans sans vieillir. », chapitre 1.. Son mot favori est l'adverbe mathématiquement, qui figure sept fois dans le livre. Jean Passepartout : domestique français de Phileas Fogg, âgé d'une trentaine d'années, qui l'accompagne dans son tour du monde. C'est un ancien gymnaste, au caractère diamétralement opposé à celui de son maître. Fix : policier britannique qui va poursuivre Phileas Fogg dans tous les pays traversés, croyant qu'il est l'auteur d'un vol de banque. : jolie jeune femme indienne. Sauvée du bûcher par Passepartout et Phileas Fogg, elle les accompagne jusqu'en Angleterre et finira par épouser le gentleman.
Liste complète des personnages secondaires et leur rôle Lord Albermale : vieux paralytique pariant sur Phileas Fogg, membre du Reform Club Le Tour du monde en quatre-vingts jours, chapitre 5, . William Batulcar : directeur d'une troupe de saltimbanques en tournée au Japon. John Bunsby : capitaine de la goélette Tankadère. Sir Francis Cromarty : brigadier-général britannique dans l'armée des Indes. Samuel Fallentin : banquier, membre du Reform Club, pariant sur l'échec de Phileas Fogg. Thomas Flanagan : brasseur, membre du Reform Club, pariant sur l'échec de Phileas Fogg. James Forster : garçon renvoyé par Fogg pour avoir apporté, pour sa barbe, de l'eau à ahrenheit et non . Elder William Hitch : prédicateur mormonWilliam Hitch tient son nom d'un missionnaire mormon rencontré par Jules Verne en 1867 à bord du Great-Eastern, Lorenzo Hill Hatch (cf. Alexandre Tarrieu, Dictionnaire des personnes citées par Jules Verne, vol. 2 : F-M, éditions Paganel, 2021, ).. Jejeeh : oncle de la princesse Aouda. Kamerfield : candidat juge de paix à San Francisco et adversaire de Mandiboy. Kiouni : nom de l'éléphant acheté par Phileas Fogg. Lord Longsferry : ancien maître de Passepartout. Mandiboy : candidat juge de paix à San Francisco et adversaire de Kamerfield. Mudge : conducteur américain de traîneau. Juge Obadiah : juge condamnant Passepartout pour être entré dans une pagode sans avoir ôté ses chaussures. Oysterpuf : greffier du juge Obadiah. Colonel Stamp W. Proctor : le colonel qui combat Mr. Fogg sur le train. Révérend Décimus Smith : prédicateur mormon. Capitaine Andrew Speedy : capitaine de lHenrietta, navire acheté par Phileas Fogg. Andrew Stuart : ingénieur, membre du Reform Club, pariant sur l'échec de Phileas Fogg. John Sullivan : banquier, membre du Reform Club, pariant sur l'échec de Phileas Fogg. Révérend Samuel Wilson : révérend qui doit bénir le mariage de Phileas Fogg et de la princesse Aouda. Gauthier Ralph : administrateur de la Banque d'Angleterre, membre du Reform Club, pariant sur l'échec de Phileas Fogg.
Inspirations et influences L'idée d'un voyage autour du monde en temps limité s'inscrit fortement dans le contexte de l'époque et était déjà populaire avant la publication du livre en 1872. Même le titre Le Tour du monde en quatre-vingts jours n'est pas l'invention de Jules Verne. Plusieurs sources ont été évoquées au fil des études sur le livre : Giovanni Francesco Gemelli Careri a rédigé un Giro Del Mondo en 1699, à l'issue de son tour du monde. Le voyageur grec Pausanias ( ) est l'auteur d'un récit traduit en français en 1797 sous le titre Voyage autour du monde. Jacques Arago, ami de l'écrivain, écrivit un Voyage autour du monde en 1853.
En 1872, Thomas Cook organisa le premier voyage touristique autour du monde, qui dura sept mois à partir du . Le voyage fut l'objet d'une série de lettres publiées en 1873 : Letter from the sea and from foreign lands : descriptive of a tour round the world. Des études ont montré les points communs entre les deux récits, même si le voyage de Thomas Cook semble trop tardif pour avoir réellement influencé le romancier.
L'un des autres possibles inspirateurs du récit est l'homme d'affaires et voyageur américain George Francis TrainVoir Volker Dehs. À la rencontre des excentriques. Revue Jules Verne 15. 2003. . V. Dehs montre que les deux influences majeures sont G-F Train et William Percy Fogg, qui effectua quatre tours du monde, dont un en quatre-vingts jours en 1870. Tout comme le héros du roman, il loua un train entier et fut emprisonné. En 1890, il déclara ainsi lors d'une conférence : cité par Allen Foster, in Le Véritable Phileas Fogg, Petite bibliothèque Payot/Voyageur, 2005.
Le premier tour du monde en moins de quatre-vingts jours est cependant postérieur au roman et est issu d'un concours entre deux journalistes (MM. Lucien Leroy et Henri Papillaud) lancé en 1889 : l'Américaine Elizabeth Bisland boucle son tour du monde en soixante-treize jours, alors que Nellie Bly, autre Américaine, porte le record à soixante-douze jours. Cette dernière le raconte dans son livre Le Tour du monde en 72 jours ( en version originale), et Jules Verne la rencontre au cours de ce voyage en 1890. La même année, George Francis Train abaisse le record à soixante-sept jours.