Joseph Arthur Yvon Trudel (né le Acte de baptême 269 du registre d'état-civil de l'année 1934 de Joseph Arthur Yvon Trudel de la ville de Montréal, paroisse Ste-Philomène. Baptisé le 9 décembre 1934 et né hier. Acte consultable sur le site de généalogie ancestry.ca. à Montréal et mort le à Melocheville) est un réalisateur québécois. Coréalisateur de la soixantaine d’épisodes couleur des Belles Histoires des Pays d’en haut avec Bruno Paradis, il est l’unique réalisateur et le grand maître d’œuvre des 136 épisodes de la série Le Temps d’une paix.
En 1986, Le Temps d’une Paix avait été couronné, par les lecteurs de TV Hebdo, meilleur téléroman des vingt-cinq dernières années. La même année, Le Temps d’une Paix remportait un prix Métrostar pour la meilleure réalisation. En 1982, en 1985 et en 1987, un prix Gémeaux est décerné au Temps d’une Paix par l’académie canadienne du cinéma et de la télévision pour le meilleur texte, la meilleure réalisation et la meilleure série d’émissions dramatiques. Il a été le premier téléroman au Québec à dépasser en cote d’écoute les trois millions de téléspectateurs .
De 1958 à 1998, le nom d’Yvon Trudel figure aussi au générique de quelques-uns des téléromans les plus populaires de l’histoire de la télévision québécoise. Il a notamment contribué à Rue des Pignons (1969 à 1977), Terre Humaine (1978 à 1984) et Cormoran (1990-1992).
D'abord cadreur, puis régisseur et réalisateur à l'époque de l’enregistrement et de la diffusion en direct (en une seule prise), Yvon Trudel continuera d’appliquer la méthode du tournage en direct même après l’arrivée du magnétoscope.
On lui reconnaît également le mérite d’avoir émancipé le tournage à l’extérieur, notamment avec le téléroman Le Temps d’une Paix. Jusqu’aux années 1980, presque toutes scènes de téléroman étaient tournées uniquement en studio. Yvon Trudel se souvient d’un jour où il avait confié à la direction des programmes de Radio-Canada que « la vie ne se déroule pas juste dans une cuisine ». À cette fin, il avait demandé à l‘atelier de Radio-Canada de lui construire une mini-grue de 10 pieds.
Il a contribué à la formation de nouveaux réalisateurs dont ceux qui prendront la relève de Cormoran. En outre, il est professeur titulaire à l’Institut national de l’image et du son (INIS) dont il a été membre fondateur.
Yvon Trudel a continué à donner de nombreuses conférences à travers le Québec sur la façon dont se réalise une dramatique à la télévision.
Biographie La présente section est basée sur une série d’entretiens avec Yvon Trudel entre 2013 et 2015. Propos recueillis par Jacques Landry.
Yvon Trudel est né le à Montréal. Il est le benjamin d’une famille qui compte déjà deux frères et une sœur : Maurice, Rollande et Guy. Ses parents, Annette Besner et Irénée Trudel, habitent le quartier Hochelaga-Maisonneuve près du Boulevard Pie-IX. Son père exerce alors le métier de peintre-décorateur et de lettreur au Canadien National.
À l’adolescence, manifestant de l’intérêt pour l’art dramatique, Yvon Trudel s’initie au théâtre, en suivant des cours de diction. Il est en même temps fasciné par un nouveau média : la télévision. il a dix-huit ans, en , quand la Société Radio-Canada diffuse ses premières émissions de télévision.
Commis de bureau En 1954, son beau-frère, technicien à Radio-Canada, lui signale qu’un poste de commis de bureau se libère à l’édifice du Boulevard Dorchester à Montréal. Yvon Trudel postule et obtient le poste.
C’est ainsi qu’à l’âge de vingt ans, tout candidement, Yvon Trudel entame une carrière d’une cinquantaine d’années à la télévision qui le mènera de la simple fonction de commis de bureau à la réalisation des plus grandes dramatiques de Radio-Canada. Neuf ans après son entrée à la télévision d’État, ce modeste résident de l’est de Montréal dirigera déjà parmi les plus prestigieux comédiens de sa génération : Jean Duceppe dans Rue des Pignons et Terre Humaine; Jean-Pierre Masson, Guy Provost, René Caron ou Paul Desmarteaux dans les Belles histoires des pays d’en Haut. Et, plus tard, Pierre Dufresnes, Nicole Leblanc, Andrée Lachapelle ou Gérard Poirier dans Le Temps d’une paix; Rita Lafontaine ou Gilles Pelletier dans Cormoran.
Évoquant ses premières années à Radio-Canada comme commis de bureau, il mentionne : .
Assistant-cadreur Mais le bas de l’échelle ne lui suffit pas longtemps. Peu après son engagement comme commis de bureau, il fait déjà application au département technique de Radio-Canada.
Yvon Trudel se souvient :
Cadreur Or, trois ans après son entrée à Radio-Canada, c’est dorénavant Yvon Trudel qui est assis sur le chariot à se faire pousser. Car, il obtient enfin, en 1957, le job de cadreur.
« On n’était pas attitré à une émission en particulier. On faisait de tout », précise-t-il. Ainsi, pendant six ans, Yvon Trudel cadre et capte les images d’émissions de télévision en tous genres : des téléthéâtres, des reportages, beaucoup de mobiles, des extérieurs, des congrès politiques, du sport, des émissions de variétés. Et des feuilletons télévisés, dont celui des Belles Histoires, en onde depuis un an (1956) et réalisé, alors, par Fernand Quirion.
Au gré de ses affectations, le cadreur en lui apprécie de plus en plus les téléromans. Il peut se familiariser à la direction d’acteurs, lorsqu’il est cadreur sur le plateau des Belles Histoires des Pays d’en Haut, auprès de Bruno Paradis, un réalisateur chevronné qui, depuis 1959, est à la barre de ce téléroman et habile dans l’art de savoir concilier les exigences des comédiens. Il y accumule une bonne expérience du trafic de plateau, un aspect très important dans la préparation d’une émission télévisée. Synchroniser le déplacement de trois caméras exigeait une minutieuse préparation. Il fallait éviter que les fils reliant les caméras à la régie ne s’entremêlent sur le plateau. , évoque-t-il.
Régisseur En 1963, il est promu assistant-réalisateur (ou régisseur) des Belles Histoires des Pays d’en Haut pour Bruno Paradis. « Le régisseur, c’est celui qui représente le réalisateur sur le plateau. Comme régisseur, j’assistais aux répétitions. C’est là que j’ai appris beaucoup la mise en scène, la direction de comédiens, voir comment le réalisateur agit avec les comédiens, la relation avec l’équipe ».
Or, en 1968, le téléroman les Belles Histoires changea de formule. La durée des épisodes passa d’une demi-heure à une heure. Qui plus est : en couleurs. « Là, Bruno Paradis ne pouvait plus arriver. Bruno a suggéré que je commence comme réalisateur », poursuit-il.
Réalisateur
Les Belles Histoires des pays d'en haut Ainsi, en 1967, Yvon Trudel remplace Bruno Paradis sur le plateau comme réalisateur des Belles Histoires. Au générique, dorénavant, on pourra lire : une émission de Bruno Paradis; réalisateur Yvon Trudel. Le premier épisode, La Médaille du Mérite, est enregistré le . Le dernier, Une Véritable Conquête, sera tourné les 12 et .
Donc, pour les Belles Histoires des Pays d’en Haut, Yvon Trudel aura été régisseur pendant les quatre dernières années des épisodes noir et blanc, soit de 1963 à 1967, et réalisateur de tous les épisodes couleur, pendant quatre autres années soit de 1967 à 1970. Ces épisodes en couleurs figurent toujours dans la programmation 2016-2017 de la chaîne ARTV.
Rue des Pignons
À l’été 1970, après treize années sur le plateau des Belles Histoires, Yvon Trudel peut se tourner vers d’autres téléromans. Il prend le relais de Louis Bédard et Bruno Paradis à la barre de Rue des Pignons pendant sept ans. Ce téléroman, en onde depuis , sur des textes de Louis Morrissette et Mia Riddez, nous fait découvrir la vie d’un quartier de Montréal - la vraie rue Champagne - dont la trame gravite autour des amours du boxeur Maurice Milot (Réjean Lefrançois) et de la jeune étudiante Janine Jarry (Marie-Josée Longchamps ). Yvon Trudel est le réalisateur qui va donner une chance au comédien Guy Nadon de faire ses premiers pas à la télévision dans le rôle de Simon Durieux. Parmi les autres personnages, au fil des épisodes, on découvre celui de Fifine Touchette jouée par Nicole Leblanc.
Et, maintenant, malgré un horaire surchargé comme réalisateur, Yvon Trudel prend le temps de s’impliquer dans trois organismes de la communauté de Beauharnois à Melocheville où il habite depuis 1968. D’abord, en 1973, il devient président de la commission scolaire de la Vallée-des-Tisserands (anciennement des Moissons et de Youville) et ce pendant trente-trois ans. Ensuite, il siègera comme membre du conseil de surveillance de la Caisse Desjardins de Beauharnois pendant vingt-cinq ans de 1973 à 1998. Enfin, il se portera à la présidence des scouts et guides de Beauharnois.
Terre Humaine À la suite de Rue des Pignons, il entreprend le téléroman Terre Humaine, toujours sur des textes de Mia-Ridez. Les tournages extérieurs se font en terrain connu pour Yvon Trudel, car captés à Saint-Ambroise de Kildare et à Sainte-Mélanie, deux villages voisins de Sainte-Béatrix (lieu de tournage des extérieurs des Belles Histoiresde 1961 à 1969). « Tout comme le Temps d’une paix, Terre Humaine est aussi mon bébé. C’est moi qui a (sic) démarré Terre Humaine et en a (sic) fait la distribution ».
Le Temps d’une Paix À quarante-six ans, en poste comme réalisateur depuis douze années, Yvon Trudel se sent en confiance pour la réalisation d’un téléroman sur laquelle il aurait « carte blanche », comme il se plait à le clarifier. L’occasion lui est offerte sur un plateau d’argent lorsque le directeur du service des dramatiques lui propose le projet du Temps d’une paix, un nouveau téléroman historique écrit par l’auteur Pierre Gauvreau, ex-réalisateur et artiste-peintre. « Je travaillais sur Terre Humaine lorsqu’on m’a proposé Le Temps d’une Paix. On m’avait fait lire les quatre premiers épisodes. J'ai été emballé. Il a donc fallu que je laisse Terre Humaine pour entreprendre LeTemps d’une Paix. »
Tout comme l’auteur Claude-Henri Grignon lève le voile sur une période précise de l’histoire du Québec, Pierre Gauvreau, avec Le Temps d’une Paix, opte pour celle de l’entre-deux-guerres, soit de 1918 à 1931. Sur un fond de vérités historiques (l’amnistie des déserteurs, l’élection de Bennet, le droit de vote des femmes sous le gouvernement d’Alexandre Taschereau, la venue du dirigeable R-100, etc.), Gauvreau nous fait découvrir l’univers rural et fictif entourant la liaison tumultueuse de la veuve Rosanna St-Cyr avec le non moins veuf Joseph Arthur Lavoie, aux prises avec les bouleversements sociaux et technologiques que la Première Guerre mondiale avait soulevés dans la région de Charlevoix.
Une importante série d’époque qui obligea Yvon Trudel à faire les repérages appropriés, utiliser les bons instruments aratoires, adopter les façons de faire des années 20, éviter les anachronismes (comme couvrir de sable la partie asphaltée du chemin en face de la maison de Rose-Anna dans le rang St-Jean-Baptiste à Saint-Urbain). Il s’est constitué toute une équipe de production et sélectionné tous les comédiens.
Pour s’assurer de la concordance de la trame musicale avec le scénario, il s’isolait chez lui à la maison et il lisait à haute voix les dialogues de chacune des scènes, incarnant chacun des personnages, avant de les soumettre aux comédiens. Cette trame musicale, il l’avait au préalable composée à partir des disques qu’offrait la discothèque de Radio-Canada. C’est ainsi qu’au gré de ses recherches, il découvrit l’indicatif musical du Temps d’une Paix. « Fallait qu’un thème soit reconnaissable dès les premières notes », précise-t-il. Yvon Trudel est aussi à l’origine de la musique thème de Terre Humaine et de Cormoran.