vignette|Theodor Herzl se penchant sur le balcon de l'hôtel des Trois Rois à Bâle, en Suisse, peut-être lors de la sixième conférence sioniste.

L’État juif est le terme utilisé par l'ONU dans sa résolution du 29 novembre 1947 pour désigner un des deux États à créer en Palestine, terme repris par l'État d'Israël pour se qualifier dans sa déclaration d’indépendance, l'autre étant l'État arabe.

Cette notion se traduit au niveau symbolique par la date apposée sur la déclaration même (le du calendrier hébraïque et non le du calendrier grégorien) et, au niveau pratique, par de nombreuses institutions et lois dont celle du retour, votée par la Knesset le et énonçant que Le texte de la Loi du Retour.

Elle a suscité de nombreux débats internes et externes à la société israélienne. Dans les premières décennies suivant la création de l’État d’Israël et du fait de la complexité du fait juif, la question s’est posée de savoir si l’« État juif » devait être un État laïc dont les membres se trouvent être d’ascendance juive ou un État dont la constitution se conformerait aux prescriptions du judaïsme. Plus récemment et dans un autre contexte, la notion est réapparue lors des négociations entre Israéliens et Palestiniens, avec pour enjeu la reconnaissance par ces derniers du droit pour les Juifs de résider sur cette aire géographique parce que Juifs, puis en 2018 lors de la discussion de la Loi Israël, État-nation du peuple juif.

Fondation du sionisme : Der Judenstaat vignette|Page de garde du livre Der Judenstaat de Théodor Herzl. En 1896, Théodor Herzl publie un ouvrage souvent considéré comme fondateur du sionisme et intitulé Der Judenstaat. Traduit en français, ce titre aurait dû devenir L'État des Juifs mais Herzl semble lui avoir préféré celui de L'État juif. et il est également traduit par en anglais.

Fondation de l'État d'Israël comme État juif Dès la fin du , un courant important au sein des communautés juives mondiales, le sionisme, revendique l'auto-détermination et la fondation d'un État juif en Palestine. En 1917, les Britanniques, par l'intermédiaire de la Déclaration Balfour annoncent leur soutien officiel au projet. Celui-ci donne lieu à l'accord Fayçal-Weizmann signé le par l'émir Fayçal ibn Hussein, futur roi de Syrie (1920), d'Irak (1921 à 1933) et du Hedjaz (1924 à 1925), et Chaim Weizmann, futur président de l'Organisation sioniste mondiale (1920 à 1931, 1935 à 1946) et de l'État d'Israël (1948 à 1952), à l'occasion de la conférence de paix de Paris de 1919, organisée pour négocier des traités de paix après la Première Guerre mondiale. Par cet accord, l'émir Fayçal acceptait les termes de la déclaration Balfour à condition que les Britanniques tiennent les promesses d'indépendance faites aux Arabes pendant la guerre.

En 1923, la Société des Nations donne aux Britanniques un mandat en Palestine pour y favoriser l'immigration juive et la mise en place d'un « foyer national juif » Martin Sicker, , , 1999, 164-165..

La population arabe de Palestine s'oppose toutefois à ce projet avec une violence croissante qui finit par le mettre en péril à la veille de la Seconde Guerre mondiale avec la proclamation du Livre blanc de 1939 qui limite drastiquement l'immigration juive et qui promet la création d'un État arabe indépendant avant dix ans. En réponse, en 1941, lors de la Conférence de Biltmore, le mouvement sioniste réclame un État sur toute la Palestine.

À la suite du drame de la Shoah au cours de la Seconde Guerre mondiale et de la révolte juive en Palestine où les (1944-1948) contre les Britanniques qui finissent par abandonner leur Mandat, l'ONU vote le 29 novembre 1947 le Plan de partage de la Palestine qui demande la création d'un État juif et d'un État arabe tout en faisant de Jérusalem et de ses environs un corpus separatum sous juridiction internationale.

Le , le mandat britannique s'achève officiellement et Israël déclare son indépendancedéclaration d'indépendance de l'État d'Israël (sur Wikisource) pour proclamer la naissance de . La déclaration d'indépendance ne définit toutefois pas en quoi consiste un État juif ni quelles seront ses frontières et n'a pas valeur de loi fondamentale pour l'État d'Israël.

Proclamation de l'État d'Israël comme État-nation du peuple juif Le , le Parlement israélien a adopté une loi proclamant Israël comme « État-nation du peuple juif », avec l'hébreu comme seule langue officielle et Jérusalem unifiée comme capitale. Les implantations juives sur le territoire israélien sont considérées comme relevant de l'intérêt national.

Définitions de l'État juif Pour Theodor Herzl, l'État des Juifs est un État pour les Juifs : . Il rejette absolument l'idée de théocratie : The Jewish State by Theodor Herzl (en anglais) sur le Project Gutenberg.

Le caractère juif de l'État d'Israël est fondé sur deux types de lois : le droit de tout Juif à s'établir en Israël (loi du Retour)La loi du retour est un peu semblable à celles qui s'appliquent en Allemagne aux personnes de souche allemande. Voir et l'adoption, par l'État d'Israël, de lois permettant le respect des prescriptions religieuses. Ainsi, le Dictionnaire encyclopédique du judaisme définit le caractère juif de l'État d'Israël :

Ces deux faces du caractère juif de l'État d'Israël se retrouvent en tout ou partie dans les définitions qu'en ont données quelques ouvrages : Pour Élie Barnavi, le « rassemblement des exilés » qui marque les premières années de l'État d'Israël (et qui est acté par la Loi du retour) est « conforme […] à la raison d'être de l'État "juif" »Élie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette, 1992, p. 254. L'encyclopédie Larousse définit ainsi l'État juif : L'Encyclopedia Britannica définit l'État juif dans la continuité de l'ancien royaume de Judée : Quant à Raymond Aron, il évoque un point de référence pour les Juifs du monde entier, quelle que soit leur foi : .. D’autres auteurs mettent davantage l’accent sur la dimension historique et religieuse de l’État juif. Dans la pensée du rabbin et philosophe religieux sioniste Abraham Isaac Kook, le retour du peuple juif sur la terre d’Israël et la reconstruction d’une souveraineté juive constituent non seulement un phénomène politique, mais également une étape majeure du renouveau spirituel du peuple juif. Selon cette approche, l’État d’Israël ne se réduit pas à un refuge national ou à un cadre institutionnel destiné à assurer l’autodétermination des Juifs ; il participe également à la réalisation d’un idéal religieux lié à l’histoire et à la tradition juives. Cette conception a influencé une partie du sionisme religieux contemporain, pour lequel le caractère juif de l’État s’exprime à la fois dans son rôle de foyer national du peuple juif et dans son lien avec l’héritage biblique et les traditions religieuses. Certains penseurs issus de ce courant considèrent ainsi que l’existence d’un État souverain en Israël représente une étape importante dans la continuité historique du peuple juif après des siècles de dispersion.

Le débat dans la communauté internationale Le vote de 1947 Le partage et la création des deux États (État juif, État arabe et zone de Jérusalem sous administration internationale), furent votés par l'Assemblée générale des Nations unies par pour et 13 contre, avec ..

Ont voté pour : États-Unis, Australie, Belgique, Bolivie, Brésil, République socialiste soviétique de Biélorussie, Canada, Costa Rica, Danemark, République dominicaine, Équateur, France, Guatemala, Haïti, Islande, Libéria, Luxembourg, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Nicaragua, Norvège, Panama, Paraguay, Pérou, Philippines, République populaire de Pologne, Suède, Tchécoslovaquie, République socialiste soviétique d'Ukraine, Union d'Afrique du Sud, URSS, Uruguay et Venezuela.

Ont voté contre : Afghanistan, Arabie saoudite, Cuba, Égypte, Empire d'Éthiopie, Grèce, Inde, Iran, Irak, Liban, Pakistan, Syrie, Turquie, et Yémen.

Se sont abstenus : Argentine, Chili, Chine, Colombie, Salvador, Honduras, Mexique, Royaume-Uni, Yougoslavie.

Le débat lié aux négociations israélo-palestiniennes Le le gouvernement israélien s'est prononcé en faveur d'un projet de loi qui exigerait en cas d'adoption que tout candidat à la citoyenneté israélienne promette loyauté .. Simultanément, le gouvernement israélien exige comme condition préalable à la reprise des négociations de paix, que les Palestiniens reconnaissent Israël, comme .. Cela amène les différentes diplomaties s'engageant dans la résolution du conflit israélo-palestinien à se prononcer sur le sujet.

Ainsi pour Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, car il y a des Arabes en Israël et que notre vision des États Conférence de presse du ministre d'État, ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé 18 juillet 2011. Alain Juppé ajoute, deux jours plus tardAlain Juppé : "Pas de solution sans reconnaissance de deux États-nations", 20 juillet 2011 : . Cette déclaration est saluée en Israël comme un tournant positif de la diplomatie françaiseJ’lem greets French edict on Israel as Jewish state Jerusalem Post, le 27 juillet 2011. Selon des officiels israéliens, la responsable de la politique étrangère européenne, Catherine Ashton est, elle, catégoriquement opposée à toute mention d'Israël en tant qu'État juif. Elle serait suivie dans cette voie par la Grande-Bretagne, Irlande, l'Espagne, le Portugal, la Belgique, la Slovénie, l’Autriche et le Luxembourg. En revanche, cette notion serait acceptée par l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, l'Italie, la Roumanie, la Pologne et la République tchèqueContentions Sarkozy Breaks a European Taboo on Jewish State.

Cette position est critiquée par certains Israéliens souvent d'extrême-gauche comme Shlomo Sand et Uri Avnery et en France par Alain Gresh et la Ligue des droits de l'Homme sur trois points : Shlomo Sand considère que cette définition ethno-religieuse de l'État d'Israël n'est pas acceptable car Lettre ouverte de Shlomo Sand à Alain Juppé : Israël ne peut être réduit à un État juifShlomo Sand fait allusion à la loi du retour qui permet à tout Juif de venir s'établir en Israël. Votée en 1950, elle a effectivement permis à de nombreux Juifs d'Europe, des pays arabes ou d'Union soviétique de s'établir en Israël.. Pour Alain Greshhttp://iledere.parti-socialiste.fr/2011/05/07/un-seul-etat-pour-deux-reves/ Analyse plus complet d'Alain Gresh sur les problématique de L'État juif, si la France acceptait cette définition ethnique et religieuse de l'État d’Israël, pourrait-elle continuer à critiquer, comme elle le fait le gouvernement hongrois qui souhaite faire de la Hongrie l’État-nation des seuls Hongrois ou bien les nationalistes Serbes qui souhaitent faire de la Serbie l’État-nation des Serbes au risque de délégitimer les minorités croate et hongroise de SerbieIsraël, État juif ? Doutes français, par Alain Gresh (Monde diplomatique). Pour Uri Avnery, le concept de nation juive est « vague » : À propos de l'État Juif par Uri Avnery. La Ligue des droits de l'Homme craint que cela soit prétexte à un renouveau de l’antisémitisme.

Si les États-Unis poussent pour la reconnaissance d'Israël comme État juifLe Quartet bute sur le statut juif ou non d'Israël, 26 septembre 2011, d'autres membres européens du Quartet s'opposent à cette notion d'État juif ainsi, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov a refusé de faire figurer dans le communiqué la notion d'Israël comme .