La vallée de la Matapédia est formée au sein des monts Chic-Chocs, section des monts Notre-Dame, massif qui forme un prolongement de la chaîne de montagnes des Appalaches dans l'Est du Québec, au Canada. Son nom est emprunté à la rivière qui la sillonne et au lac qui est en son centre. Elle est située au Sud-Ouest de la péninsule gaspésienne et s'étire sur une longueur de .

Son territoire principalement agricole et forestier comprend plus de habitants répartis dans une trentaine de municipalités et principalement concentrés le long de l'axe de communication principal qui la traverse d'est en ouest, la route provinciale 132. Amqui est le chef-lieu de La Matapédia et la ville la plus importante de la vallée avec sa population de plus de habitants.

La vallée de la Matapédia a connu le développement de la nation amérindienne des Micmacs vers 500 ans La colonisation canadienne-française débuta en 1833 lorsque Pierre Brochu s'installa à la tête du lac Matapédia le long du chemin Kempt. Les colons commencèrent à s'établir en plus grand nombre vers la fin du avec le développement de l'industrie forestière et le défrichement des terres agricoles. Le tourisme dans la vallée se développe au sein de la région touristique de la Gaspésie.

Toponymie La vallée reprend le nom de la rivière Matapédia qui y coule. Les graphies « Matapeguia » et « Matapediac » ont été utilisées dans le passé. Matapédia est un dérivé du terme micmac matapegiag qui signifie « jonction de rivière », du micmac mata pour jonction et pegiag pour rivièreLac Matapédia sur Commission de toponymie du Québec, page consultée le 24 octobre 2009.

Géographie Situation géographique thumb|Carte de la vallée de la Matapédia À l'ouest, la vallée se forme à la hauteur du village de Sainte-Angèle-de-MériciNotes historiques sur la Vallée de la Matapédia, p.18. Elle s'élargit du nord au sud sur une longueur de jusqu'à son extrémité orientale qui est bordée par la rivière Restigouche, laquelle constitue la frontière avec le Nouveau-Brunswick. Son point le plus oriental correspond à la ville de Matapédia.

La vallée de la Matapédia se situe sur le versant sud du fleuve Saint-Laurent dans les régions administratives du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. C'est en fait la seule région gaspésienne qui n'a pas de littoral avec la mer.

Topographie thumb|left|Monts Chic-Chocs formant la vallée de la Matapédia La vallée de la Matapédia est creusée dans les monts Chic-Chocs situés dans le nord de la chaîne des Appalaches. Les deux principaux plans d'eau sont le lac Matapédia qui s'étend de Sayabec à Amqui et le lac au Saumon situé dans la municipalité éponyme.

La vallée s'étend du fleuve Saint-Laurent jusqu'à la baie des Chaleurs. La partie nord-ouest de la vallée est plutôt plane entourée de petits monts qui ne dépassent pas d'altitude. Plus au centre de la vallée, près de Saint-Cléophas et de Sainte-Irène, les sommets atteignent d'altitude dont le mont du parc régional de Val-d'Irène qui a une altitude de . La partie sud-est de la vallée est plus accidentée et escarpée. Les sommets y atteignent d'altitude. À l'autre extrême, le lac Matapédia est à une altitude de .

La vallée de la Matapédia comprend de terres consacrées à l'agriculture et de forêts réparties à parts égales entre les propriétés privées et publiques. Les principales municipalités agricoles de la vallée sont Amqui, Causapscal, Saint-Damase, Val-Brillant et Saint-Léon-le-Grand.

Le sol de la vallée fait partie de l'ensemble géologique des Appalaches. Il est surtout composé de grès feldspathique de Gaspé, de calcaires supérieurs de Gaspé et d'un mélange de grès, de mudstone et de calcaire du groupe des Chaleurs datant des époques dévonienne et silurienneCarte géologique du Québec, ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec.

Hydrographie thumb|Lac Matapédia

Le territoire de la vallée de la Matapédia est drainé par la rivière Matapédia qui a un bassin versant de .. Celle-ci est reconnue pour la pêche aux saumons de l'Atlantique. De plus, la vallée comprend plus de 200 lacs dont le plus important est le lac Matapédia d'une superficie de . Le second lac en importance est le lac au Saumon qui a donné son nom à la municipalité de Lac-au-Saumon qui est alimenté et drainé principalement par la rivière Matapédia.

Démographie thumb|left|Amqui, la plus grande ville de la vallée + Évolution démographique Année Population189519222006Statistiques Canada

Les municipalités régionales de comté (MRC) de La Mitis, La Matapédia et d'Avignon composent le territoire géographique de la vallée de la Matapédia qui comprend une trentaine de municipalités. Les centres économiques importants sont Amqui, Causapscal et Sayabec. La région comprend plus de habitants. La densité démographique est beaucoup plus élevée le long du lac Matapédia et de la rivière Matapédia que dans les régions plus éloignées de la vallée. En effet, le long du lac et de la rivière, la densité de population est de 12 habitants au km tandis que, sur les plateaux de la vallée, elle est de 5 habitants au km. Les territoires non-organisés en municipalités de la vallée sont quasiment inhabités.

MunicipalitéPopulationAnnée de constitutionMRC de La MitisSainte-Angèle-de-Mérici1989Padoue2831911Sainte-Jeanne-d'Arc3221922La Rédemption2191968MRC de La MatanieSainte-Paule3221922MRC de La MatapédiaSaint-Damase4291885Saint-Noël5151906Saint-Moïse6611878Sayabec1982Saint-Cléophas4501921Val-Brillant1986Sainte-Irène3081953Amqui1991Saint-Alexandre-des-Lacs2751965Saint-Tharcisius5101937Saint-Vianney5201926Lac-au-Saumon1997Saint-Léon-le-Grand1903Saint-Zénon-du-Lac-Humqui4271920Albertville3501950Causapscal1997Sainte-Florence4581911Sainte-Marguerite-Marie2421957MRC d'AvignonSaint-André-de-Restigouche2201855Ristigouche-Partie-Sud-Est1761906Saint-François-d'Assise738MRC Avignon - Saint-François-d’Assise1926Saint-Alexis-de-Matapédia6601855L'Ascension-de-Patapédia2211968Matapédia7581905

Transports thumb|upright=0.3|Panneau routier Le principal axe de communication est la route 132 sur une orientation du nord-ouest au sud-est. La majorité de la population et des municipalités se situent le long de la route 132. La voie ferrée qui traverse la vallée sur le même axe que la route 132 se divise à Matapédia à l'extrémité est de la vallée pour se rendre au Nouveau-Brunswick et sur la péninsule gaspésienne. Il y circulent deux trains passagers de Via Rail, Le Chaleur et L'Océan, qui sont souvent attachés ensemble à partir de MatapédiaUtilisation optimale des modes de transport ou l'intermodalité - Étude réalisée dans le cadre de l'élaboration du plan de transport du Bas-Saint-Laurent, Service des inventaires et du Plan et Service des liaisons avec les partenaires et les usagers, Direction du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Ministère des transports du Québec, Octobre 2001, consulté en ligne le 9 août 2009.. Deux routes provinciales sur un axe du nord au sud relient la vallée au fleuve Saint-Laurent : la route 297 de Saint-Moïse à Baie-des-Sables et la route 195 d'Amqui à Matane.

Histoire Époque précoloniale thumb|Camp micmac, photographie de Paul-Émile Miot datant de 1857 Les Micmacs et les Malécites habitaient le territoire de la vallée de la Matapédia avant l'arrivée des Européens en Amérique du Nord. Ils habitaient surtout le territoire de la baie des Chaleurs, mais ils venaient pêcher à l'embouchure de la rivière Mitis sur le fleuve Saint-Laurent en suivant la rivière Matapédia. Vers 500 ans , les Micmacs commencèrent à s'établir davantage à l'intérieur de la vallée.

Le , le gouverneur de la Nouvelle-France, le comte de Frontenac, concède la seigneurie du lac Matapeguia (ou Matapédia) qui s'étend sur une lieue autour du lac éponyme à Charles-Nicolas-Joseph D'Amours de LouviersSeigneurie du lac Matapédia, Commission de toponymie du Québec. Contrairement à la loi en vigueur qui obligeait les seigneurs à développer leur seigneurie, D'Amours ne mit même jamais les pieds dans la vallée et n'y envoya personne. Il mourut en 1728 sans léguer officiellement la seigneurieNotes historiques de la Vallée de la Matapédia, p.34. C'est pourquoi lors de la construction du chemin Kempt vers 1830, il n'y a aucune mention de cette seigneurie alors que tous se croyaient sur un terrain de la Couronne.. Mais Marie-Françoise Damours de Louvières avait hérité de la seigneurie pour une partie ; elle avait épousé Jean-Baptiste Moyse de Rémond et légua sa part de la seigneurie à leur fils Jean-Baptiste Raymond (1757-1825). Ayant eu des difficultés financières, celui-ci vendit la seigneurie en totalité, se portant fort pour les autres héritiers, pour 700 livres en juin 1796 à Patrick LanganArticle sur Jean-Baptiste Raymond relatant l'héritage et la vente de la seigneurie, Dictionnaire biographique du Canada.Site du Val-brillant avec l'historique de la seigneurie du Lac Matapédia citant le contrat de mariage Raymond-Damours de Louvières en 1754, et l'acte de vente de 1796.. Ce n'est qu'en 1818 que les premiers colons européens s'y installent, dont plusieurs familles écossaises à Métis et plusieurs loyalistes à la rivière Restigouche où se situe actuellement Matapédia. Ces deux locations correspondent aux deux extrémités de la vallée de la Matapédia.

Premières explorations européennes Pour les colons, le territoire intérieur de la vallée demeurait inexploré. Sir James Kempt, gouverneur du Bas-Canada, envoya, en 1815, un explorateur, Joseph Bouchette, sur le territoire de la vallée de la Matapédia en vue de la construction du chemin Kempt pour relier Métis sur le littoral du fleuve Saint-Laurent à Pointe-à-la-Croix près de la baie des Chaleurs.Notes historiques sur la Vallée de la Matapédia, p.35. Joseph Bouchette écrivit dans Topographie du Bas-Canada que la vallée de la Matapédia est une terre propice à devenir un centre agricole d'importance.

L'invasion américaine sur le territoire canadien survenue peu avant 1815 avait démontré la vulnérabilité de la frontière et créa le besoin de relier Québec à Halifax. Cela faisait plusieurs années que les Gaspésiens demandaient un moyen de communication avec la métropole, car, en dehors de la saison de navigation, ils étaient littéralement coupés du monde. À cette époque, le service de poste s'effectuait par un sentier rudimentaire de la seigneurie de Kamouraska jusqu'au lac Témiscouata pour se rendre dans les Maritimes en passant par la rivière Madawaska et le fleuve Saint-JeanNotes historiques sur la Vallée de la Matapédia, p.38. Le chemin passant par le lac Témiscouata était très rudimentaire et devenait de plus en plus inefficace pour les besoins grandissants. C'est ainsi que l'on décida de faire passer un nouveau chemin par le lac Matapédia afin de pouvoir desservir les côtes gaspésiennes et de la baie des Chaleurs par le même chemin : un chemin à fins militaires qui sera connu sous le nom de chemin KemptNotes historiques sur la Vallée de la Matapédia, p.39. En 1824, James Crawford repris le flambeau de Joseph Bouchette pour l'exploration de l'intérieur de la vallée sous l'ordre du gouverneur James Kempt pour trouver l'endroit où faire passer le chemin Kempt. Dans son rapport du , il indique que même si la distance est plus longue en passant par le lac Matapédia à partir de Métis, la route en est beaucoup plus aiséeNotes historiques sur la Vallée de la Matapédia, pp.40-41. Cependant, il indique aussi que la route à l'est du lac Matapédia sera plus difficile même en suivant la rivière étant donné que les rives sont souvent escarpées. Dans son rapport, James Crawford indique aussi qu'il n'existe même pas de chemin pour piétons dans la vallée de la Matapédia et qu'il serait très utile pour la population locale d'en construire unNotes historiques sur la Vallée de la Matapédia, p.42. Le successeur de Kempt, Aylmer, mit le projet sur pied six ans plus tard. Cependant, en 1845, il n'y a que la section partant de Métis jusqu'au lac Matapédia qui est complétée.