La Compagnie de la Baie d'Hudson (, HBC), fondée en 1670 pour la traite des fourrures dans la baie d'Hudson, était, avant sa disparition en 2025, la plus vieille personne morale de l'Amérique du Nord et l'une des plus vieilles du monde encore en activité. Elle a toujours été intimement liée à l'histoire du Canada jusqu'en , moment de son acquisition et de sa gestion directe par la compagnie américaine NRDC. Créée à Londres, la Compagnie est pourtant fondée par deux Français coureurs des bois, Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers. Après la chute de la Nouvelle-France en 1763, elle a étendu son réseau de postes de traite vers l'ouest et vers le nord dans ce qui allait devenir le Canada.

Au début des années 1800, la Compagnie de la Baie d'Hudson entre en compétition avec la Compagnie du Nord-Ouest de Montréal et les deux fusionnent après un conflit sanglant pour le contrôle des fourrures. Elle reste par la suite durant près d'un demi-siècle la détentrice de la plus grande partie du territoire canadien et d'un droit exclusif de traite des fourrures. Ce territoire sera donné au nouveau pays en 1870 par le gouvernement de Londres. Ses postes de traite sont devenus des magasins généraux où les Autochtones venaient se ravitailler et ses représentants étaient de facto les représentants de l'ordre britannique dans les communautés éloignées. Elle ouvre des grands magasins dans les villes du sud et elle crée ses propres marques de commerce dont de fameuses couvertures à rayures.

La Compagnie de la Baie d'Hudson était jusqu'à sa disparition dans le domaine de la fourrure et du commerce. Elle gère une chaîne de commerces de toutes tailles, du commerce de détail aux grandes surfaces, principalement les chaînes La Baie d'Hudson et Zellers. La société a été membre de l'Association Internationale des Grands Magasins de 2001 à 2005.

En , la société a déposé une demande de protection contre ses créanciers en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies et a commencé à liquider les magasins de la Baie d'Hudson. Deux mois plus tard, les marques de commerce et autres actifs de la société ont été vendus à Canadian Tire, y compris ses armoiries. Le , les derniers magasins La Baie d'Hudson ont fermé leurs portes.

Histoire Le navigateur anglais Henry Hudson découvre en 1610 la baie, auquel il donne son nom (baie d'Hudson), lors d'un voyage d'exploration pour trouver le passage du Nord-Ouest vers la Chine. L'Angleterre connaît donc la route par le nord pour ce territoire. En 1660, Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers, deux aventuriers et coureurs des bois, de retour de voyage ramènent une cargaison de fourrures, plus de cent canots, principalement échangées avec les autochtones Cris qui ont une connaissance approfondie du territoire et du comportement de la faune régionale. Ce voyage leur avait permis de découvrir la « mer salée » dont parlaient les Autochtones, soit la baie d'Hudson, en venant du Sud depuis la Nouvelle-France.

Ce nouveau territoire est dès lors indissociable de la lutte franco-britannique pour l'Amérique du Nord aux et . En effet, il donnait accès aux vastes territoires de traite des fourrures dont chaque pays voulait obtenir l'exclusivité.

Fondation vignette|Terre de Rupert donnée à la Compagnie. Comme Radisson et des Groseilliers n'avaient pas de permis pour la traite des fourrures, le gouverneur de la Nouvelle-France Pierre de Voyer d'Argenson confisqua leurs butins et les soumit à une amende. Ils cherchèrent alors à lancer une entreprise de commerce mais ne reçurent aucun appui en Nouvelle-France. Des Groseilliers n'ayant pu obtenir justice lors d'un voyage en France, les deux explorateurs partirent pour Boston afin d'intéresser les autorités de la Nouvelle-Angleterre à des expéditions, contre la politique mercantiliste du temps qui dictait le commerce exclusif avec la mère-patrie. Ils y rencontrèrent le colonel anglais George Cartwright qui les emmena en Angleterre et les présenta à la Cour du roi Charles II.

En , ils partent d'Angleterre, conduisant deux navires marchands affrétés par le prince Rupert, l’Eaglet et le Nonsuch, vers la baie James par la route d'Henry Hudson. Cette nouvelle route plus courte éliminait la nécessité de passer par le fleuve Saint-Laurent contrôlé par les Français.

Seul le Nonsuch arriva à destination, Des Groseilliers à son bord, car l’Eaglet, avarié dans une tempête, dut retourner en Angleterre avec Radisson. Il atteint l'embouchure de la rivière Rupert en septembre. L'équipage y construit un fort, sur la rive gauche de cette rivière qu'ils baptisèrent en l'honneur du prince Rupert, cousin du Roi. L'équipage passa l'hiver en ce lieu qu'ils nommèrent fort Charles (et qui deviendra plus tard Rupert House, ou Waskaganish).

Dès le printemps 1669, environ 300 personnes se présentent au fort Charles afin d'y échanger des fourrures. Les résultats de ce voyage convainquirent le roi Charles de créer la « Compagnie de la Baie d'Hudson » le . Elle avait alors pour nom (« Compagnie des aventuriers d'Angleterre ») et sa charte établissait un monopole de traite avec les Autochtones, spécialement pour les fourrures, sur la vaste région des rivières et fleuves se déversant dans la baie d'Hudson que l'on appellera la Terre de Rupert en l'honneur du premier directeur de la compagnie, le prince Rupert du RhinPierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, . Ce territoire couvrait , soit un tiers du Canada moderne et s'étendant même dans le Nord des Grandes Plaines américaines.

Cette création marque le début de l'implication de la Compagnie dans le processus colonial britannique à travers l'utilisation du labeur autochtone et le changement à leur mode de vie traditionnel (notamment le démantèlement des réseaux d'échanges déjà en place avant l'arrivée des Européens entre les multiples nations autochtones)..

Rivalité franco-anglaise vignette|Logo au portail d’un fort historique de la Compagnie. vignette|Trois navires de la Compagnie au milieu du . Le quartier général des opérations de la Compagnie est placé à Fort Nelson (York Factory), à l'embouchure du fleuve Nelson, dans ce qui est actuellement le Nord-Est du Manitoba. Il commande la série de forts le long du fleuve Saskatchewan et de la rivière Rouge qui commerce avec les Amérindiens des Prairies canadiennes. D'autres postes sont établis sur la rive sud de la baie d'Hudson dans le Nord de l'Ontario et l'Ouest du Québec actuels. On les nomme factories (manufactures), car en anglais le nom d’un commerçant est dit factor, et ils opèrent comme centres de traite de fourrure. Durant le printemps, l’été et l’automne, les indigènes se rendent en canots d’écorce par les rivières vers ces postes pour vendre les peaux récoltées durant l’hiver. Ils reçoivent en échange des biens manufacturés comme des outils de métal et des agrès de pêche, le plus souvent importés d’Allemagne, centre de production peu coûteux à cette époque.

De leur côté, les Français établissent des forts élaborés le long des Grands Lacs, du bassin du fleuve Mississippi et même dans les Plaines à mesure que progressaient leurs explorations. Radisson et Groseilliers auraient voulu appliquer le même style aux établissements anglais, mais la Compagnie n’en voyait pas la nécessité. En 1674, ils décident donc de retourner leur allégeance vers la France.

Durant les années 1680, la guerre fait à nouveau rage entre la France et l’Angleterre. Ainsi commence une série d’attaques entre les deux empires pour le contrôle du commerce des fourrures. En 1686, Chevalier de Troyes est envoyé avec une troupe et capture les postes anglais établis le long de la baie James, un appendice de la baie d’Hudson. Ils font les kilomètres en canots et à pied. Pierre Le Moyne d'Iberville, qui a montré un grand héroïsme, est nommé responsable des forts capturés. Plus tard en 1697, devenu capitaine de navire d’Iberville défera trois navires de la Royal Navy dans la bataille de la baie d’Hudson, la plus importante bataille navale de l’Arctique nord-américain et capturera le quartier général de York Factory. La capture du fort fut particulièrement ingénieuse. Les forces d’Iberville ayant été réduites, il réussit quand même à faire croire aux assiégés que ses troupes étaient très importantes.

Durant la décennie suivante, les forts changèrent de mains plusieurs fois avant que tout le territoire ne soit cédé à la Grande-Bretagne en 1713 par le traité d’Utrecht. York Factory fut reconstruite ensuite en briques comme un fort mais à l’embouchure de la rivière Hayes, un peu plus loin, où elle existe encore aujourd’hui. L’échange des pelleteries contre des couvertures en laine devint la caractéristique des échanges par la suite. Ces couvertures à un motif très distinct devinrent la marque de commerce de la Compagnie. Le contrôle de la Compagnie sur la Terre de Rupert devint non seulement commercial mais également gouvernemental. Le représentant de la Compagnie dans une communauté étant le gouverneur, juge et administrateur de son territoire de façon similaire aux privilèges de la Compagnie anglaise des Indes orientales.

Lutte pour l’hégémonie commerciale vignette|Expéditions de Henry Kelsey (1690-92), Anthony Henday (1754-55) et Samuel Hearne (1770, 1770-72) dans l'Ouest à partir de la baie d'Hudson. Après la chute de la Nouvelle-France aux mains des Britanniques en 1760 et la cession finale par le traité de Paris de 1763, rien ne semblait arrêter la Compagnie de la Baie d’Hudson pour la domination du commerce de fourrures. Cependant en 1782, Benjamin Frobisher, son frère Joseph, et Simon McTavish fondent la Compagnie du Nord-Ouest à Montréal, reprenant les voies traditionnelles de ce commerce que les Français avaient laissées. Les deux compagnies se dirigent donc vers une guerre commerciale car la voie vers l’ouest passe par le Manitoba actuel, une partie de la Terre de Rupert.

De commerciale, la rivalité devient territoriale en 1811. En effet, les deux emploient les Métis de cette région pour le transport des marchandises. Ceux-ci voient d’un mauvais œil les tentatives de colonisation que la Compagnie de la Baie d’Hudson tente dans la vallée de la rivière Rouge par Thomas Douglas, de Selkirk. Le conflit s’envenime quand une période de disette dans la colonie oppose ses habitants et les Métis à la bataille des sept chênes en 1816. Les affrontements armés et commerciaux continuent alors que la surchasse des animaux à fourrures, surtout le castor, diminue rapidement les recettes.

En 1821, le secrétaire d’État à la Guerre et aux Colonies britanniques, Henri Bathurst, force les deux compagnies à fusionner afin de ramener l’ordre. L’accord stipule que la nouvelle entité gardera le nom de Compagnie de la Baie d’Hudson et son nouveau gouverneur (directeur général), George Simpson, décide de déménager de Londres à la banlieue de Montréal appelée Lachine. Il consolide le réseau de forts des deux compagnies en éliminant le dédoublement.

Fin du monopole Durant les années 1820 et 1830, la Compagnie contrôle vraiment tout le commerce vers l’Ouest canadien. À partir de ses forts, elle recueille les fourrures, échange toutes les premières nécessités avec les Autochtones et voit à l’établissement de certaines colonies. Les trappeurs de la Compagnie s’enfoncent de plus en plus profondément dans l’arrière-pays et participent à l’exploration des territoires allant de la Californie à l’Alaska et aux Territoires du Nord-Ouest.

Territoire de l’Oregon 500px|vignette|Piste de l’Oregon.