Raymond Patenôtre, né le à Atlantic City (États-Unis) et mort le à Paris (Seine), est un homme politique et patron de presse français.

Biographie Raymond Patenôtre est le fils de Jules Patenôtre (1845-1925), ambassadeur de France à Washington puis à Madrid. Sa sœur, Yvonne, épouse le comte Boniface de Castellane, fils de Boni de Castellane.

Raymond Patenôtre contrôle un groupe de presse important, appelé l'« Omnium républicain de la presse », qui regroupe de nombreux journaux de province, en investissant la fortune qu'il administre avec sa mère, Eléonore Elverson, à partir de 1925. Parmi ces titres, Le Petit Niçois, Le Petit Var, La Sarthe, Le Petit Havrais, La Gazette de Seine-et-Marne, L'Express de l'Est à Épinal, Lyon républicain, ainsi que le quotidien parisien Le Petit Journal, repris à l'héritier du propriétaire Louis Loucheur.

Dès son mariage avec Jacqueline Thome, en 1925, il contrôle le Progrès de Rambouillet, propriété de sa belle-mère, qui le soutient pour devenir conseiller général de Rambouillet en 1926, puis député en 1928. Il achète aussi La Gazette de Seine-et-Oise puis noue en 1931 une avec le président du Conseil, Pierre Laval. A 33 ans, il acquiert le groupe de La Sarthe (La Sarthe et son supplément hebdomadaire, L'Écho Républicain de l'Ouest, ainsi qu'un quotidien diffusé dans la Mayenne, Le Régional de l'Ouest). Il s'empare en 1932, du Petit Var et du Petit Niçois. Il achète L'Express de l'Est à Paul Lederlin en 1936 puis le revend l'année suivante à des industriels vosgiens.

Acquis dès 1919 par le ministre Louis Loucheur, le Petit Journal est racheté trois fois entre 1932 et 1937. Le gendre et héritier de Louis Loucheur, Francis Sarrade, dit d'abord non à l'éditeur Fayard et au Parti démocrate populaire, pour finalement céder en la majorité du capital à Raymond Patenôtre, lequel est , représentés par un prête-nom, Henri de Zogheb. Leur augmentation de capital de 17 millions de francs le porte alors de 27,5 à 43,5 millions "Presse et politique dans les années Trente : le cas du Petit Journal", par Fred Kupferman et Philippe Machefer, dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine en 1975.. Le couple Jacqueline Thome et Raymond Patenôtre ne reste actionnaire de ce titre que de 1934 à 1937. Le journal est ensuite vendu au Parti social français.

Ils sont également propriétaires de l'hebdomadaire Marianne, racheté en à Gallimard, et de L'Auto, racheté en 1939Claude Bellanger, Histoire générale de la presse française, tome III 1871-1940, PUF, 1972..

Raymond Patenôtre ne prend pas part au vote du 10 juillet 1940 sur les pleins pouvoirs attribués au maréchal Pétain. En 1941, il vend le journal L'Auto aux agents des occupants, confie son groupe de presse à Albert Lejeune, mais, contrairement à ce qui est quelquefois rapportéÉmilien Amaury par Guy Vadepied, éd. Le cherche midi, 2012., il ne quitte pas la France de toute la période.

Carrière politique et positions Raymond Patenôtre mena une carrière politique très active : Conseiller général de Seine-et-Oise, élu du canton de Rambouillet : 1926-1928; 1935-1940; 1945-1949 ; Député indépendant de gauche puis USR de Seine-et-Oise de 1928 à 1940 ; Sous-secrétaire d'État à l'Économie nationale du au dans les gouvernements Herriot III, Paul-Boncour, Daladier I, Chautemps II et Daladier II ; Ministre de l'Économie nationale du au dans le gouvernement Daladier III, ministère supprimé avec l'entrée en (drôle de) guerre.

Raymond Patenôtre militait notamment pour une réforme monétaire fondée sur le bimétallisme, dénonçant les limites de l'étalon-or. Il s'opposait en cela à Jacques RueffJean-Claude Broustra, Le Combat de Raymond Patenôtre, Fayard, 1969, 205 p..

Grand bourgeois fortuné, dépensier et influent, Raymond Patenôtre est un de ces représentants du personnel politico-médiatique de la République qu'haïssaient tant une gauche ou une extrême gauche qui triomphent temporairement avec le Front populaire, qu'une extrême droite anti-parlementaire et autoritaire qui prendra tout aussi provisoirement sa revanche sous Vichy. Il ne pouvait que se tenir à l'écart de l'une comme de l'autre.

Vie privée En 1925, Il épouse Jacqueline Thome-Patenôtre, de 6 ans sa cadette, qui sera sous-secrétaire d'État sous la Quatrième République. Le couple a deux enfants, Nelly ou Éléonore, née en 1929, et Éric, né en 1941. Ils divorceront durant la guerre.

Raymond Patenôtre a entre-temps rencontré la comédienne Mireille Balin, avec laquelle il noue une liaison tumultueuse, en . Sa fortune lui permet de couvrir l'actrice de bijoux, de lui offrir un yacht sur lequel ils effectueront d'ailleurs une croisière de plusieurs mois en 1934Loïc Gautelier, Mireille Bazin, Les Passagers du rêve, Paris, 2019.. Leur relation se détériore pourtant la même année avec le tournage de On a trouvé une femme nue, de Léo Joannon, dans lequel elle apparaît effectivement nue . Raymond Patenôtre lui aurait alors lancé « Le cinéma ou moi ! », et l'actrice choisit le cinéma. La rupture sera définitivement consommée en 1936..

Il se remarie en 1945 avec Dolorès Delépine (née le , dans le de Paris)Samuel Cazenave, Félix Gaillard : le Président, Ginkgo Éditeur, fév. 2011, Chapitre 15, p. 270 . — dite « Lolette » —, avec qui il a deux enfants : Louis-Raymond, dit " Muncho "Louis-Raymond de son nom complet. () et Yvonne (). Après sa mort, Dolorès Delépine épousera en secondes noces Félix Gaillard, futur président du Conseil.

thumb|285px|La chapelle funéraire de la famille Patenôtre au cimetière de Baye (Marne).

Il meurt en son domicile, 2 rue Leroux dans le le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 1246, vue 6/21..

En 1954, la succession considérable de Raymond Patenôtre donne lieu à un contentieux civil et pénal entre sa fille aînée, Éléonore Soipion du Roure de Beaujeu, née Patenôtre, et Dolorès Gaillard, née Delépine, qui a eu deux enfants de lui. Temporairement aplani par un pacte satisfaisant Dolorès Gaillard, il rebondit d'abord en 1961, par l'action d'Éléonore du Roure et de son mari se jugeant floués à raison de comptes suisses plus ou moins dissimulés, puis en 1962, par une accusation de tentative d'escroquerie portée par Dolorès Gaillard — qui sera déboutée, et enfin par une contre-accusation de dénonciation calomnieuse en 1965, fait pour lequel cette dernière sera condamnée..

Publications La Crise et le drame monétaire, préface de Joseph Caillaux, coll. « Documents bleus », Librairie Gallimard, 1932. Voulons-nous sortir de la crise ?, Plon, 1934. Vers le bien-être par la réforme de la monnaie et du crédit - La misère dans l'abondance, éditions Le Petit Journal, 1936 (critique dans Esprit ).

Hommage Une rue de Rambouillet est nommée en souvenir de Raymond Patenôtre ainsi que la salle des fêtes de la ville.

Notes et références

Annexes Bibliographie Jean-Claude Broustra, Le Combat de Raymond Patenôtre, Fayard, préface de Paul Van Zeeland, introduction de Jacqueline Thome-Patenôtre, 1969.

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