Mascara (en , Mʿaskar ; en berbère : ⵎⵄⴻⵙⴽⴻⵔ), est une commune algérienne de la wilaya de Mascara dont elle est le chef-lieu. C'est l'une des villes importantes du nord-ouest de l'Algérie.
Petite ville d'origine berbère, elle connaît une grande prospérité au lorsqu'elle devient le siège du beylik de l'Ouest. La ville est également la capitale de l'émir Abdelkader.
Géographie Localisation Mascara se situe au nord-ouest de l'Algérie à à l'ouest d'Alger, à au sud-est d'Oran, à de Sidi Bel Abbès et de Tiaret.
Elle est localisée sur la pente sud des monts des Beni-Chougrane (dont un mamelon porte le nom de Chareb Errih, ), qui font partie de la chaîne de l’Atlas tellien et qui dominent la plaine de Ghriss au sud.
Communes limitrophes
Localités de la commune En 1984, la commune de Mascara était composée de 8 localitésJournal officiel de la République Algérienne, 19 décembre 1984. Décret , fixant la composition, la consistance et les limites territoriale des communes. Wilaya de Mascara, . :
Géologie et reliefs Les Français ont découvert des gisements d'antimoine dans la région de Mascara au milieu du . Les tribus nomades et semi-nomades des hauts plateaux utilisaient cette roche comme produit de beauté, mais aussi pour se prémunir des différents trachomes et maladies des yeux. Elle était concassée et broyée jusqu'à donner une poudre dont on tirait un collyre, le khôl.
Climat Le climat est steppique, la classification de Köppen est de type BSk. La température moyenne est de 17.4 °C et la moyenne des précipitations annuelles dépasse les 400 mm.
Voies de communication et transports vignette|Route N7 à Mascara
Routes La commune est traversée par quatre routes nationales : RN6, RN7, RN14 et RN17A. Une rocade à voie unique de contourne la ville. Une pénétrante autoroutière de est en construction en 2014 pour relier la ville à l'autoroute Est-Ouest au niveau de Sig.
Transport ferroviaire Mascara est desservie dès 1886 par le train, grâce à un embranchement de depuis Tizi sur la ligne Arzew-Saïda. Entre 1926 et 1938, elle est aussi reliée à Sidi Bel Abbes et Tiaret. La desserte de la ville est cependant abandonnée dans les années 1980. La desserte voyageur de la gare de Tizi est abandonnée elle aussi quelques années plus tard.
Aéroport Mascara est desservie par l'aéroport de Ghriss, situé à environ à au sud de la ville et notamment par l'aéroport international d'Oran - Ahmed Ben Bella situé à 90 km de Mascara, pour les vols nationaux et internationaux.
Toponymie L'origine du nom Mascara serait la déformation d'une appellation ancienne, soit Oum El Asker qui signifie « la mère des soldats », soit Mo'asker qui désigne « le lieu où se rassemblent les soldats ». Le nom est prononcé localement, MʿaskarYver, G., “al-Muʿaskar”, Encyclopédie de l'Islam. <http://dx.doi.org/10.1163/9789004206106_eifo_SIM_5278>. Première publication en ligne: 2010. La ville se fait appeler d'abord Rachidia.
Histoire Période préhistorique et Antiquité Les vestiges de la présence humaine dans la région remontent à , âge attribué aux restes de l’Homo mauritanicus découverts dans les sédiments du lac préhistorique de Tighennif.
Les Romains installent dans la plaine de Ghriss de nombreux postes militaires et construisent une voie de communication stratégique. Certains auteurs situent la ville sur le site d'un établissement romain, Victoria, mais aussi Castra Nova, cette dernière correspondant toutefois plutôt à Mohammadia.
Dynasties arabo-berbères Au départ des Romains, la plaine de Ghriss est parcourue par des Berbères nomades, les Béni Rached. Mascara est une petite ville berbère d’origine assez ancienne. Au dire d’Al-Bakri, il y a parmi ses habitants des gens venus de Tahert, qui se fixent à Ifgan. Ibn Hawqal et Al Idrissi mentionnent Mascara comme un grand village bien arrosé et riche en fruits.
Elle est une ville des tribus zénètes et principalement le foyer des Béni Rached. Vers le , les Banou Ifren fondent Ifgan ou Fekkan au sud-ouest de Mascara durant la guerre contre les FatimidesAlfred Salinas, Oran les joyeuses mémoires franco-andalouses d'une ville d'Algérie, p..
Les Almoravides conquièrent la ville en 1070-1072. Les Almohades y construisent, semble-t-il, une forteresse. Les Zianides y entretiennent un gouverneur et une garnison. Léon l'Africain note l’importance du marché qui se tient à Mascara, . On y vend une grande quantité de grains, des draps et des objets de harnachement fabriqués dans les pays. Les souverains de Tlemcen en tirent des revenus importants.
Ibn Khaldoun séjourne au sud de Mascara dans le château qui appartient à Ibn Selama. C'est là qu'il commence l'écriture de son livre El Mokadema ()Journal asiatique, Société asiatique (Paris, France), Centre national de la recherche scientifique (France).
Époque ottomane vignette|324x324px|Illustration de la ville précoloniale. Au , sous la Régence ottomane, la ville de Mascara connaît une période de prospérité. En effet, en 1701, Mascara succède à Mazouna comme capitale du beylik de l'Ouest, car elle a une position plus centrale. Mascara prend l’aspect d’une véritable ville. Les beys y élèvent deux mosquées et une médersa, construisent une kasbah, un aqueduc et des fontaines. Ainsi, Mustapha Bouchelaghem l'agrandit, son successeur, Mustapha Lehmar, la dote de murailles, mais c'est le Mohamed el-Kebir qui y construit des mosquées, des fontaines et d'autres monuments d'utilité publique.
La fabrication de burnous et de haïks renommés dans tout le pays enrichissait les habitants. Le marché aux grains se tient sur la place, face au bordj. On y vend également des tapis de Kalaa, des laines et des burnous. Le fondouk de l'ouest vend des sabres, bois de fusil, des babouches, des mouchoirs de soie et des calicots. Quelques boutiques abritent des brodeurs de soie, or et argent. II existe aussi des tuileries et des poteries. La ville compte plusieurs enfin écoles coraniques.
La ville abrite jusqu’à habitants dont une minorité de Juifs, et des Kouloughlis qui se confondent avec les Maures. Ses habitants participent activement à la libération d'Oran en 1708 et c'elle de 1792. La ville est (date de l’expulsion générale des morisques). Les Kouloughlis et les populations non-makhzens se révoltent fréquemment au .. Une garnison demeure dans la ville après le transfert de la « capitale » à Oran en 1792.
Époque coloniale française Résistance de l'émir Abd El-Kader vignette|Portrait de l'émir Abd el-Kader par Ange Tissier (1852, château de Versailles). En 1830, le corps expéditionnaire français s'empare d'Alger le , puis occupe quelques villes de la régence d'Alger, notamment Oran et Mostaganem en 1831. Mascara connaît un moment l'anarchie. Elle se constitue en petite république et se gouverne à l’aide d’une djemâ (conseil) choisie parmi les notables..
Un des hommes importants de la région de Mascara est le chérif Mahieddine ibn Mustapha, chef religieux de la confrérie de la Qadiriya en Oranie, dont la zaouïa se trouve à El Guettana, membre éminent de la tribu des Hachem. L'année 1832 est marquée par le siège d'Oran, auquel participent les fils de Mahieddine, notamment le jeune Abd El-Kader, né en 1808Abd el-Kader ibn Mahieddine porte le nom du fondateur de la confrérie, Abd el-Kader el-Djilani (1083-1166)..
En , lors d'une réunion des chefs de la région de Mascara, Mahieddine, ne se sentant pas compétent comme chef de guerre, fait désigner comme « émir » Abd el-Kader. Il choisit pour capitale la ville de Mascara et s’installe dans le palais des beys. C'est là qu'il va appeler les tribus à s'unir et proclame la guerre aux Français. La ville est alors en plein essor : Oran et Mostaganem ont perdu une partie de leurs habitants, ce qui favorise le développement de Mascara. Par la suite, cependant, Abd el-Kader choisit de déplacer sa capitale à Tagdempt, près de Tiaret, tout en conservant le contrôle de Mascara..
En , Abd el-Kader obtient du commandant français d'Oran, le général Desmichels, la signature d'un traité par lequel il est reconnu comme « émir des Arabes » (d'Oranie). Mais le traité n'est pas entériné par le gouvernement français, qui le trouve trop favorable à Abd el-Kader, et le gouverneur général Bertrand Clauzel, nommé en , reprend l'offensive contre l'émir.
La prise de Mascara et ses conséquences vignette|Plan de la ville en 1887. Le , le maréchal Bertrand Clauzel, secondé par les généraux Nicolas Oudinot, Alexandre Perrégaux et Joseph d'Arlanges, prend la ville de Mascara, dont les habitants musulmans sont tous partis en emmenant le plus de choses possible, et après avoir massacré une grande partie des Juifs. Ces Juifs, autant par leurs pratiques culturelles que par leur activité économique, étaient pourtant très bien intégrés à la vie locale. Abd el-Kader, se trouvant loin de la ville, ne peut remettre de l’ordre, les combattants se trouvant auprès de lui l’abandonnant pour participer au pillage.
Après avoir pris la ville, les troupes françaises l’incendient et la quittent immédiatement. La ville est pillée et saccagée, un grand nombre d'habitants qui sont restés sont massacrés. Le maréchal fait détruire l'arsenal et les établissements militaires d'Abdelkader et fait tomber les murailles. L'émir rentre ensuite dans la ville et la conser jusqu’au . La population reconstruit la ville.
L’intervention du jeune duc d’Orléans permet d’obtenir que les 1000 Juifs survivants accompagnent la retraite de l’armée française et échappent à un nouveau massacre. Mais ils ne peuvent suivre la progression des soldats : certains meurent en chemin, d’autres parviennent à Mostaganem ou Oran, ayant tout perdu. Un certain nombre des Juifs ayant survécu au massacre et restés à Mascara, sont ensuite enlevés par Abd el-Kader, à la fois par mesure de rétorsion contre une communauté jugée traîtresse collectivement, et pour conserver des artisans utiles à l’effort de guerre des Arabes.
En 1838, les nombreux juifs réinstallés à Mascara quittent à nouveau la ville. En 1839, lorsque la France recense les juifs de Mascara, seuls 240 d’entre eux sont restés ou revenus à Mascara.
En , le général Bugeaud, commandant de la division d'Oran, signe un nouveau traité avec Abd el-Kader, le traité de la Tafna. La France reconnaît alors Abd el-Kader comme émir des provinces d'Oran (sauf les villes occupées par les Français) et du Titteri (Médéa). Puis la guerre reprend à partir de , à la suite de l'expédition des Portes de Fer ().
Développement de la colonisation thumb|upright=0.5|right|Blason de Mascara pendant la colonisation française. La ville est reprise par le maréchal Bugeaud le . Les habitants, se rappelant les exactions de l'armée de Bertrand Clauzel, l'ont fuie. Plusieurs centaines de Juifs sont contraints de suivre Abd el-Kader dans sa fuite, et plusieurs centaines sont tués dans les combats. La communauté juive de Mascara s’élève à 345 membres en 1851.
Une ville coloniale est construite sur le site. D'abord territoire militaire, Mascara devient une sous-préfecture. Joseph Valentin Voisins d’Ambre (1805-1890) est nommé sous-préfet de 1858 à 1868Isabelle Ernot, « Le regard colonialiste de Voisins d’Ambre », Clio 2008/2, no 28, p. 185-193.
D'après Ahmed Amiri, un îlot berbérophone continue d'exister dans la région de Mascara jusqu'en 1936Ahmed Amiri, « Mythes et réalités d‘une logique de mutation de la société algérienne », Sud/Nord, 2001/1, no 14, p. 123-134, section Au plan culturel et identitaire ; Lire en ligne. D'autres études, plus anciennes, ont constaté au contraire une très faible présence berbérophone en Oranie, constituée de rares îlots, Mascara étant arabophoneVoir Revue africaine 1936, pages 1001 et suivantes, André Basset Situation actuelle des parlers berbères dans le département d'Oran; et Revue africaine 1940, pages 220 et suivantes, Jean Cantineau Les parlers arabes du département d'Oran, d'après une enquête linguistique menée de 1936 à 1938 Lire en ligne sur le site « Algérie ancienne ».