Les crimes de guerre nazis en Union soviétique sont les crimes perpétrés par les forces armées allemandes au cours de la Seconde Guerre mondiale en URSS.
Le , Adolf Hitler ordonne à ses généraux de préparer l'invasion et la destruction de l’Union soviétique. Six mois plus tard, débute l'opération Barbarossa qui sera la première phase de ce que les Soviétiques appellent la Grande Guerre patriotique. La Guerre germano-soviétique débute et va s'accompagner de l'extermination de populations civiles, extermination qui prendra une ampleur sans précédent.
En 2001, un groupe officiel d'historiens russes estimait les pertes de ce conflit à de tués (environ 16 % de la population de l’Union soviétique de 1940) dont probablement de soldats et officiers ( de tués directs et de prisonniers de guerre décédés entre les mains de la Wehrmacht), et surtout de civils qui constituent donc près de 60 % du total des pertes soviétiques« La population de la Russie au » - Iu. Poliakov. Tome 2, 1940-1959. Moscou, Rosspen 2001, chap.7, . Le nombre de soldats de l'armée soviétique tués au combat représente près de par jour, soit des pertes quatre fois plus élevées que celles subies par l’armée impériale russe sur ce même front entre 1914 et 1917« La terreur et le désarroi ». Chap. 15 « La société soviétique dans la Grande Guerre patriotique » - Nicolas Werth - Éd. Perrin 2007.. Les pertes de l'armée allemande sur le front de l'Est étaient estimées en 2000 à de tués et disparus ( selon d'autres sources). C’est dire que la guerre germano-soviétique de 1941-1945 fut sans doute le conflit le plus sanglant de l’histoire humaine.
Dans l’image laissée par l’opération « Barbarossa » dans la mémoire populaire allemande, on retrouve une vision déformée de la réalité qui exagère considérablement la part des évènements militaires et des souffrances des soldats, alors que l’aspect singulier de cette invasion, à savoir son caractère intrinsèquement criminel, est passé sous silence et « normalisé ». La guerre conduite par le Reich en Union soviétique a été une guerre très particulière composée de volets complémentaires, militaire (objectif d'anéantissement de l'Armée rouge), mais aussi politique (liquidation d'un État et de ses institutions), humain (extermination complète ou partielle de larges couches de populations), et économique (asservissement économique des populations, pillages extrêmes, destruction des infrastructures et des outils de production non nécessaires aux besoins immédiats du Reich). Ces volets dessinent un projet d'ensemble revendiqué par les théoriciens nazis : la création d’un Lebensraum à l’Est, qui sera édifié sur les cendres du monde slave ramené à un stade pré-civilisationnel. Pour organiser l'espace conquis, un « nettoyage » est indispensable. Himmler en sera chargé par une directive signée de Wilhelm Keitel le .
Par son ampleur gigantesque sans précédent (vingt millions d'Allemands portèrent à un moment ou à un autre l'uniforme de la Wehrmacht sur le front russe tandis que près de de Soviétiques furent mobilisés de 1941 à 1945, de Soviétiques se retrouvèrent sous occupation nazie au plus fort des conquêtes de la Wehrmacht, de personnes furent déplacées vers l'Est en 1941 afin d'échapper à cette occupation), par les conséquences tragiques qu'il a entraînées dans la vie et le destin de dizaines de millions d'êtres humains, ce projet idéologique, accompagné de ses mises en œuvre concrètes, constitue sans doute un phénomène unique dans l'histoire européenne.
Cette volonté d’anéantissement a joué le rôle essentiel dans les immenses pertes en vies humaines de l'Union soviétique en 1941-1945. Hormis les commandants des Einsatzgruppen, et certains haut-gradés, en particulier, le maréchal Wilhelm Keitel (pendu après le procès de Nuremberg), l’écrasante majorité des officiers supérieurs de la Wehrmacht, du RSHA et de la Waffen-SS ayant participé aux massacres de masse commis en Union soviétique n’ont pas été inquiétés après la capitulation à Berlin du .
Un projet préparé avant l’invasion de juin 1941
Le , Adolf Hitler avait réuni ses généraux pour les informer que la guerre contre l’Union soviétique serait d’une « nature spéciale ». Il déclare : H. Michel, La Seconde Guerre Mondiale, PUF, 1978, tome 1. Avant que l’armée allemande n’envahisse l’Union soviétique, les soldats reçurent des ordres précisant clairement la nature de l’« Opération Barbarossa » : il s’agissait d’une guerre différente de toutes les campagnes antérieures, d’une dans laquelle les adversaires ne pouvaient être considérés comme des .
Les guerres à l'ouest n'ont pas été motivées par une croisade d'anéantissement telle qu'elle doit avoir lieu sur le front de l'Est. Les Anglais, les Français ou les Tchèques ne sont pas perçus comme des peuples , même s'ils sont présentés comme inférieurs et décadents. La haine antisémite trouve un prolongement dans la volonté obsessionnelle de détruire l'Union soviétique : celle-ci est supposée constituer l'opposé de la nation allemande, par le communisme et par sa composition traditionnellement pluriethnique (l'Union soviétique est alors un empire laïque cimenté par la dictature du Parti unique), par la place accordée aux Juifs depuis la Révolution, et par ce qui est présentée par les idéologues nazis comme une identité asiatique arriérée. L'Union soviétique est figurée comme une expression de l'anti-civilisation européenne, peuplée d' (sous-hommes) slaves indignes de vivre, qui seront soit éliminés soit impitoyablement exploités.
vignette|Carte superposant les frontières antérieures à la GM et les découpes à la serpe des zones des quatre Reichskommissariat de l'Est, telles que décidées par l'Ostinstitut : le Generalplan Ost, conceptualisé par Himmler, est l'œuvre d'Alfred Rosenberg qui le décline en planification détaillée par zone géographique.
La Wehrmacht ne doit donc pas livrer une guerre ordinaire mais conduire une campagne d’assassinats et de destructions. Elle devra faire la guerre à l’Armée rouge, mais aussi, et particulièrement, aux civils. Son comportement en Russie occupée ressort alors davantage de celui d’une organisation criminelle que d’une armée en campagne. L’espace russe est destiné à devenir l' allemand, une fois expurgé de ses populations slaves. Les populations urbaines devront être anéanties, celles rurales soumises à un joug impitoyable afin de produire les surplus agricoles destinés à l'Allemagne et à la colonisation aryenne. Selon Alfred Rosenberg, l'idéologue du parti nazi, l'Union soviétique devra être liquidée en tant que structure politique et, afin d'organiser le pillage et sa mise en coupe réglée, son territoire sera démembré en quatre grandes zones d’exploitation. Dans les territoires qui seront conquis, Himmler annonce la liquidation par la famine programmée de de personnes (la préméditation reste cependant controversée selon l'historien Jean Stengers)« Himmler et l'extermination de 30 millions de Slaves » - Jean Stengers, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, mars 2001 (voir archive). Quant aux survivants de cette politique, ils seront libérés du bolchevisme afin que les Allemands puissent les asservir (les Slaves, réduits en esclavage, sont destinés à devenir un réservoir de main d'œuvre exploitable sans merci pour l'économie du Reich).
La politique d’extermination est définie dans ses grandes lignes en , quatre mois avant l’invasion. La décision d'utiliser des unités du Reichssicherheitshauptamt (RSHA - services de sécurité) pour accomplir des (euphémisme pour désigner l’organisation de massacres) est prise au début de la planification de l'invasion. Le général Wilhelm Keitel, commandant de l'OKW ( - haut commandement des armées allemandes), dote le plan Barbarossa d'un supplément qui traite de , indépendantes des besoins militaires de l'invasion, et qui seront supervisées par Himmler qui a les pleins pouvoirs pour agir en Russie. Dans le cadre plus général d’une extermination de masse, certaines tâches spécifiques sont confiées à des unités spécialisées, les Einsatzgruppen, chargés d’éliminer derrière le front, de manière organisée, c’est-à-dire systématique, les Juifs soviétiques et des catégories particulières de la population russe. Le , un décret ordonne aux officiers de la Wehrmacht de collaborer avec les Einsatzgruppen« Les Einsatzgruppen. Une introduction » - Yale F. Edeiken, The Holocaust History Project, traduit par G. Karmasyn.
L’extermination des Juifs d’Europe centrale et orientale et celle des Slaves relèvent de deux projets différents. Celle des populations juives, qui débute en Russie soviétique dès les premières semaines de l’opération Barbarossa, se veut totale et absolument prioritaire, systématique et la plus rapide possible ; elle s’appuie sur la doctrine raciale du nazisme et sur le mythe du « judéo-bolchévisme ». Elle est voulue, pensée et organisée avant l’invasion (l’idée des camps d’extermination, elle, serait venue à Himmler à Minsk en août 1941). L’extermination des Slaves, si elle est voulue, se veut partielle, d’ampleur limitée dans un premier temps, et sa mise en œuvre se fera progressivement au gré des circonstances. Elle a surtout des objectifs « utilitaires » d’autant que les besoins aigus du Reich en main d’œuvre tempèreront, à partir de 1942, les résolutions raciales des dirigeants allemands. Il n’en reste pas moins, qu’en pratique et même sur une échelle limitée, elle sera massive et dévastatrice puisqu’au moins de civils furent anéantis du fait d'une action directe et intentionnelle de l’Allemagne nazie lors de l’occupation de la partie occidentale de l'Union soviétique (massacres, exécutions sommaires, famines organisées, bombardements, déportations, surexploitation au travail forcé).