Haidar Alî (1720 - ) est le dirigeant de facto, puis sultan du royaume de Mysore en Inde du Sud de 1761 à sa mort.
Né en tant que Sayyid wal Sharif Haidar Alî Khan., il se distingue militairement, attirant finalement l'attention des dirigeants de Mysore. Se hissant au poste de Dalavayi (commandant en chef) de l'armée de Krishnaraja Wodeyar II (1734-1766), il en vient à dominer ce monarque titulaire et le gouvernement du Mysore. Il devient le souverain de fait du Mysore en tant que Sarvadhikari (ministre en chef) en 1761.
Toute sa vie il oppose une forte résistance aux avancées militaires de la Compagnie britannique des Indes orientales, notamment pendant les première et deuxième guerres de Mysore.
Bien qu'analphabète, Haidar Alî a gagné une place importante dans l'histoire du sud de l'Inde pour son sens aigu de l'administration et ses compétences militaires. Il conclut une alliance avec les Français contre les Britanniques et utilise les services d'ouvriers français pour améliorer son artillerie et son arsenal. Pendant son règne il développe de manière significative l'économie du royaume de Mysore. Il est également novateur dans l'utilisation militaire des roquettes.
Son règne est caractérisé par des guerres fréquentes avec ses voisins et par des rébellions sur son territoire. Ce n'est pas inhabituel à l'époque, car une grande partie du sous-continent indien est alors en ébullition. Il laisse à son fils aîné, Tipû Sâhib, un vaste royaume bordé au nord par le fleuve Krishna, à l'est par les Ghats orientaux et à l'ouest par la mer d'Oman..
Jeunesse vignette|Haidar Alî en uniforme de cipaye. La date exacte de la naissance de Haidar Alî n'est pas connue avec certitude, les diverses sources historiques fournissent des dates allant de 1717 à 1722Bowring, . Il y a aussi quelques variations dans ses ancêtres. D'après certains récits, son grand-père descend d'une lignée dont l'origine remonte jusqu'à Bagdad en Irak, tandis qu'un autre retrace sa lignée jusqu'à une région situé en Afghanistan d'aujourd'huiBowring, .
Une troisième source, écrite par l'un de ses officiers militaires français, cite Haidar lui-même qui revendiquait une descendance Hachémites, par le clan de la tribu Qurachite, la tribu arabe de Mahomet, dont était membre son ancêtre Sayyid wal Sharif Hassan bin Yahya chérif de La Mecquede la Tour, .
Son père, , est né à Kolar et a servi comme commandant de dans l'armée du Nawab du Carnatic, une unité d'artillerie utilisant des fusées (alors principalement utilisée pour la signalisation). Fath Muhammad finit par entrer au service des Wodeyar, les rajas du royaume de Mysore, où il s'élève jusqu'à devenir un puissant commandant militaire. Les Wodeyar le récompense par l'octroi d'un - une concession de terre - à un petit village du district de Kolar, où il est ensuite titré Nayak.
Haidar Alî naît à Budikote ; il est le cinquième enfant de Fath Muhammad et le deuxième de sa troisième femme. On ne sait pas grand chose de ses premières années; il entre dans l'armée avec son frère Shahbaz après la mort de leur père au combatRao Punganuri, . Après avoir servi pendant un certain nombre d'années sous les ordres d'Arcot, ils arrivent à Srirangapatna, où l'oncle de Haidar sert. Il les présente à Devaraja, le ministre en chef et chef militaire du maharaja fantoche et à son frère Nanjaraja qui occupe également des postes ministériels importantsBrittlebank, . Haidar et son frère reçoivent tous deux des commandements dans l'armée de Mysore ; Haidar sert sous les ordres de Shahbaz, qui commande et Rao Punganuri, .
Vers le pouvoir Les Guerres carnatiques
En 1748, Asaf Jah Ier, le Nizam de l'Hyderabad, meurt. La lutte pour lui succéder est connue sous le nom de seconde guerre carnatique. Elle oppose le fils d'Asaf Jah Nasir Jang Mir Ahmad à un neveu, Muhyi ad-Din Muzaffar Jang. Les deux parties sont soutenues par d'autres dirigeants locaux et les forces françaises et britanniques sont également impliquées.
En 1749, Nanjaraja marche à la tête de l'armée de Mysore pour soutenir Nasir Jang et participe au siège du . Le fort est occupé par les forces de Muzaffar Jang et le siège est mené par le marquis de Bussy-CastelnauBowring, . Durant les huit mois du siège, Haidar Alî et son frère se distinguent et sont récompensés par Nanjaraja qui leur confie des troupes plus importantes.
En 1755, Haidar Alî commande donc et et il s'enrichit - comme de coutume à l'époque - de pillagesBowring, . Cette année-là, il est également nommé de DindigulBowring, . À ce poste, il s'attache les services de conseillers français de la Compagnie française des Indes orientales pour organiser et former ses compagnies d'artillerie. Il est également connu pour avoir personnellement servi aux côtés de Bussy et on pense qu'il a rencontré à la fois Muzaffar Jang et haut dignitaire du CarnatiqueBrittlebank, .
Au cours de ces premières guerres, il en vient aussi à ne pas apprécier et à se méfier de , le Nawab du Carnatique. En fait, Muhammed Ali Khan Khan Wallajah et les dirigeants de Mysore sont de longue date en désaccord, l'un cherchant des gains territoriaux aux dépens de l'autreRamaswami, . Muhammad Ali Khan Khan Wallajah forme alors une alliance avec les Britanniques coupant l'herbe sous le pied à Haidar Alî qui comptait - lui aussi - conclure des alliances ou des accords durables avec la Compagnie britannique des Indes orientalesRamaswami, ,204–209.
Tout au long des guerres carnatiques, Haidar Alî et ses bataillons de Mysore servent aux côtés de commandants français tels que Joseph François Dupleix, Thomas Arthur de Lally-Tollendal et de Bussy, il assiste également Chanda Sahib à diverses reprises. Haidar Alî soutient d'abord les revendications illégitimes de Muzaffar Jang puis se range ensuite du côté d'Asaf ad-Dawla Mir Ali Salabat Jang, le fils d'Asaf Jah Ier.
Le financier Au début de sa carrière, Haidar Alî emploie comme assistant financier en chef un Brahmane nommé Khande Rao. Haidar Alî, qui est analphabète, a la chance d'avoir une mémoire prodigieuse et un sens aigu des chiffres. Il peut rivaliser ou surpasser les experts-comptables avec ses grandes compétences en arithmétique et travaille avec Rao au développement d'un système comptable, qui inclut des contrôles et des équilibrages si sophistiqués que toutes sortes de revenus, y compris le pillage de biens physiques de tous types, peuvent être comptabilisés avec une faible possibilité de fraude ou de détournementWilks, . Cette gestion financière très efficace a peut-être joué un rôle dans la montée en puissance de Haidar Alî.
Campagnes au Nord et au Sud En 1757, Haidar Alî est appelé à Srirangapatna pour soutenir Devaraja contre les menaces d'Hyderabad et de l'Empire marathe. À son arrivée, il trouve l'armée de Mysore débandée et au bord de la mutinerie à propos des salaires. Haidar Alî fait payer les arriérés de soldes et arrête les meneurs de la mutinerie.
Haidar Alî dirige ensuite les campagnes de Mysore contre les États de Malabar (1757) et notamment contre CalicutRao Punganuri, . Pour son rôle dans ces actions militaires Haidar Alî reçoit de Devaraja le gouvernorat régional (jagir) de Bangalore dont le fort est alors occupéBrittlebank, .
En 1758, Haidar Alî force les Marathes à lever le siège de Bangalore et en 1759, il est à la tête de toute l'armée de MysoreBowring, .
Le jeune raja Krishnaraja récompense l'efficacité de Haidar Alî en lui décernant le titre de « Fath Hyder Bahadur » ou « nawab Haidar Alî Khan »Bowring, Rao Punganuri, . Il est ainsi le premier souverain de Mysore à obtenir le titre de Nawab, on peut donc dire qu'il fut brièvement le « nawab de Mysore » en 1759.
En raison des conflits en cours avec les Marathes, le trésor de Mysore est pratiquement vide, ce qui incite la reine mère à exiler Nanjaraja, qui avait pris la position de dalwai à la mort de son frère en 1758. Haidar Alî est alors l'un des bénéficiaires de cette mise à l'écart, gagnant en influence auprès de la cour royale.
Déposition de Khande Rao alt=Haidar Alî en costume de Dalavayi.|vignette|gauche|Haidar Alî en costume de Dalavayi. En 1760, la reine mère conspire avec Khande Rao, qui s'est mis au service du raja, pour chasser Haidar Alî. Il est forcé de quitter précipitamment Srirangapatna en laissant sa famille, y compris son fils Tipû Sâhib, en résidence surveilléeRao Punganuri, .
Le départ soudain de Haidar Alî lui laisse peu de ressource. Mais, il est aidé par le hasard - car à ce moment-là loin du Mysore au Nord de Delhi, les Marathes subissent face aux Afghans de l'empereur Ahmad Shah Durrani, une cuisante défaite le à la troisième bataille de Panipat.
Cette bataille met fin à l'avancée de l'Empire marathe et les contraint à retirer leurs forces de Mysore, le beau-frère de Haidar Alî, Makdum Ali, les ayant chassés vers Bidnur et Sunda au Nord du KarnatakaMarathas and the English Company 1707–1818 by Sanderson Beck. San.beck.org. Retrieved on 4 March 2012.Bowring, .
Haidar Alî consolide rapidement ses forces en nommant ses affidés à la tête d'armées stratégiquement placées sur la frontière marathe; Mirza Sahib à Sira, Ibrahim Ali Khan à Bangalore et Amin Sahib son cousin à Basnagar. Peu après, Haidar Alî marche aux côtés des forces de Makdum Ali, qui comptent environ , ainsi que les de la garnison de Bangalore, vers Srirangapatna.
En infériorité numérique, ils se heurtent aux de Khande Rao avant d'atteindre la capitale sans pouvoir l'atteindre. Haidar Alî est donc contraint de demander de l'aide à l'exilé Nanjaraja, qui lui confie alors le commandement de sa propre armée et le titre de DalwaiRao Punganuri, .
C'est avec cette armée renforcée que Haidar Alî affronte de nouveau Khande Rao. Toutefois, Haidar Alî entretien une fausse correspondance - en se faisant passer pour Nanjaraja - avec certains commandants de son ennemi Khande Rao, lettres qui sont rapportées à Khande Rao, mais qui lui font croire que ses officiers complotent avec Haidar Alî. Cette ruse fonctionne à merveille car, craignant une conspiration, Khande Rao s'enfuit à Srirangapatna au lieu de s'engager dans la bataille.
Après une bataille mineure contre une armée désormais privée de chef, Haidar Alî encercle SrirangapatnaBowring, . Les négociations qui s'ensuivent laissent à Haidar Alî le contrôle militaire presque total du Mysore. Parmi les concessions qu'il obtient, figure la reddition sans condition de Khande Rao, que Haidar Alî emprisonne à BangaloreRao Punganuri, .
Sultan de Mysore Haidar Alî ayant ainsi pris le contrôle de Mysore après avoir renversé Khande Rao, il peut se proclamer formellement Sultan Haidar Alî Khan ce qu'il fait, en particulier dans sa correspondance avec l'empereur Shah Alam II.
Sultan à , Haidar Alî conservera ce titre pendant la première des quatre guerres du Mysore et au-delà. Par contre par défi, les Britanniques et les Marathes continuent à désigner Haidar Alî et plus tard son fils Tipû Sâhib par le titre moins prestigieux de Nawab.
Expansion et alliances 200px|vignette|Lal Bagh à Bangalore, jardin conçus par Haidar Alî sur le modèle des jardins moghols et français. Haidar Alî est très prudent dans sa diplomatie avec le Nizam d'Hyderabad, qui est, bien que sous la suzeraineté de l'empereur, le souverain de tous les territoires sous domination musulmane dans le sud de l'IndeRao Punganuri, .