Le temple de Portunus est un petit temple antique situé à Rome, en Italie.
Cet édifice de style ionique et de dimensions modestes se trouve, dans l'Antiquité, sur le forum Boarium, non loin du Tibre. À l'ère moderne, il est situé dans la partie nord de la piazza della Bocca della Verità, intégré à un jardin public où se trouve également le temple d'Hercule Olivarius.
Après de nombreuses hésitations sur sa dédicace, il apparaît acquis au que le temple est voué au culte de Portunus, dieu romain des ports. Il est en effet situé à proximité du , premier port fluvial de Rome, et des entrepôts que ce dernier desservait. Il est probablement édifié vers le mais il est plusieurs fois restauré ou reconstruit, notamment vers ; c'est à cette date qu'il acquiert son aspect définitif. Il est désaffecté vers la fin de l'Empire romain et converti en église au Moyen Âge, ce qui le préserve de la destruction même si sa décoration connaît de profonds changements. À la Renaissance, il sert de modèle aux architectes qui veulent reproduire les structures antiques. C'est aux que plusieurs campagnes de fouilles permettent de mieux comprendre son histoire et son architecture, et de le mettre en valeur dans son environnement.
Localisation
vignette|upright=1.35|alt=Plan en couleurs d'une place antique avec l'emplacement de ses principaux bâtiments.|Le temple de Portunus dans le à l'époque impériale : Dans l'Antiquité, le temple est situé dans la partie nord du , à proximité des berges du Tibre et face aux entrepôts du , ce qui permettait de surveiller les barges de bœufs entrant dans la Ville. Il en est séparé par le vers lequel se trouve son entrée. Cette voie débouche du pont Æmilius et franchit la muraille Servienne par la porte Flumentana, mais le tracé de cette enceinte dans sa traversée du est encore imprécis. Le temple est construit à l'approche du pont.
Dans la Rome moderne, le temple de Portunus occupe la partie nord de la Piazza della Bocca della Verità, au sein d'un jardin public aménagé dans les années 1930. La Via di Ponte Rotto, au nord du temple, reprend à cet endroit le tracé de l'antique . Les aménagements urbanistiques successifs font que le temple est très encaissé par rapport aux deux voies modernes qui le longent, Lungotevere Aventino à l'ouest et Via Luigi Petroselli à l'est.
Dédicace longtemps discutée vignette|Temple de Portunus, Rome. Le temple a été attribué par le passé à plusieurs divinités : « temple de la Fortune virile » au pour les architectes de la Renaissance., « temple de la Pudeur » au , « temple de » au .. Ces différentes attributions se sont révélées fausses, entre autres grâce à la découverte en 1937 dans l'aire de Sant'Omobono, au nord-est du temple de Portunus, d'un temple double dont les deux sont dédiées d'une part à Fortuna et à Mater Matuta.
Ce n'est qu'à partir de 1925 et des travaux de l'archéologue Giuseppe Marchetti Longhi que la dédicace du temple à Portunus est attestée.. De plus, l'attribution de ce temple ionique à cette divinité n'a rien d'étonnant : Portunus est le dieu des fleuves et du port. Or, le forum Boarium abrite le premier port fluvial de Rome reliant la ville au port maritime d'Ostie et implanté au nord du temple dont seul le sépare le . L'introduction du culte de Portunus à Rome serait d'ailleurs, selon Giuseppe Lugli (1946) cité par Amable Audin, consécutive à la prise d'Ostie au milieu du ..
C'est le seul temple de Rome dédié à Portunus et l'attribution de la dédicace à cette divinité, que soutient déjà l'écrivain Varron au , est presque unanimement reconnue au .
Histoire Antiquité vignette|gauche|upright=0.8|alt=Plan en couleurs d'un quartier antique au bord du Tibre.|Le forum Boarium et le temple de Portunus au centre. Un premier temple est sans doute construit au ou au , peut-être sous le règne de Servius Tullius.
Vers le , les berges du Tibre au niveau du temple sont massivement remblayées à un mètre au-dessous du niveau du podium du temple archaïque qui reste peut-être en service. C'est également l'époque où le pont Æmilius est construit et où le et ses entrepôts sont entièrement réaménagés.. C'est sur le podium du premier sanctuaire, faisant désormais office de nouvelles fondations, que le temple est entièrement reconstruit vers . La date de cette reconstruction peut être établie grâce à la datation de l'un des tessons de céramiques retrouvés lors de fouilles dans le sol de la cella.. Il prend alors place sur un nouveau podium, à plus de cinq mètres au-dessus du niveau de la précédente construction dont seuls demeurent l'ancien podium et un départ d'arches qui le prolongeaient vers le nord et qui supportaient la chaussée d'accès. Il est probablement entouré d'un péribole dont les vestiges subsistent à l'est du temple.
Moyen Âge Le temple de Portunus, après son abandon comme lieu de culte païenprobablement à la fin du , après les édits de l'empereur Théodose Ier ordonnant la fermeture des temples païens., réapparaît dans les sources écrites sous la forme d’une église dédiée à la Vierge en 872 dans laquelle un Romain fait peindre des fresques ; certaines de ces fresques sont encore visibles aujourd'hui à l'intérieur de la . L'histoire du temple dans cet intervalle est inconnue. Il est possible que, divisé en deux dans le sens de la hauteur par un plancher, il ait accueilli une activité commerciale ou ait servi d'habitation.
Il faut attendre trois siècles et demi pour trouver une mention claire de l’église sous le nom de Santa Maria in Gradellis. Ce nom provient, selon les hypothèses, des escaliers du temple ou de ceux tout proches qui descendent vers le Tibre.. L’église change à nouveau de nom et devient (« Sainte-Marie l’Égyptienne »), dénomination attestée en 1492 dans le catalogue des églises de Rome.. C'est pendant cette période que le pronaos est muré et que des fenêtres sont aménagées dans les parois latérales de la , dont les murs sont intérieurement décorés de fresques.
Époques moderne et contemporaine
Une gravure de 1570 exécutée par le peintre flamand Matthijs Bril, alors que l'église vient d'être cédée à une communauté monastique arménienne, montre l'édifice en mauvais état, son porche muré par des briques, ses décors endommagés et son podium enseveli sous des remblais. Des travaux sont alors entrepris, qui durent au moins de 1571 à 1584 ; ils concernent aussi bien l'aspect extérieur (percement de baies) que l'aménagement intérieur (autels, peintures).
L'édifice est restauré à plusieurs reprises jusqu'en 1723. Des bâtiments sont alors construits en appui sur la face est du temple et un campanile, auparavant édifié sur cette face orientale et dessiné vers 1615 par Alò Giovannoli, est reporté sur la face ouest, ce qui apparaît sur un dessin réalisé vers 1750 par Giovanni Battista Piranesi.
Dès le début du , l'église ne présente plus d'intérêt comme lieu de culte ; elle est peu à peu dégagée de son environnement.
La sauvegarde de cet édifice est en grande partie due à sa transformation en église, même si cette transformation s'est accompagnée d'un réaménagement complet de l'intérieur de la et de la destruction d'une partie de la frise qui courait sous la toiture du temple. En outre, son bon état de conservation fait qu'à partir de la Renaissance, des architectes en visite à Rome l'observent et en diffusent le modèle dans le monde.
Sous le nom de « », le temple de Portunus est inscrit dans la liste des monuments nationaux italiens publiée en 1902.. L'isolement du monument dans la configuration moderne du site est dû à la destruction, dans les années 1930, de tous les bâtiments conventuels qui environnaient le temple, de manière à supprimer toute trace extérieure de sa transformation en église.
Description Le monument est décrit dans sa configuration consécutive à la reconstruction en 80-70 av. J.-C., telle que les éléments en place et les études historiques et archéologiques permettent de la restituer.
Caractéristiques générales vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs de la maquette d'une ville antique.|Le temple de Portunus, à gauche sur le Plan de Rome. vignette|upright=1.2|alt=Plan en couleurs d'un édifice antique.|Plan schématique du temple . vignette|upright|gauche|alt=Reproduction d'une planche en noir et blanc de plusieurs dessins d'un monument antique.|Dessin de Palladio (1738) montrant le détail de la frise. vignette|alt=Dessin en noir et blanc représentant un temple antique en 3D.|Temple en 3D : Il s'agit d'un temple rectangulaire de forme pseudopériptérale, de style ionique et de petite taille ( sur pour une hauteur d'un peu plus de ) érigé sur un podium. Sa façade est tétrastyle et il compte sept colonnes sur les façades latérales. La représentation qui en est faite par Paul Bigot est erronée à cet égard. Sa forme générale s'inspire du temple de Saturne. Le diamètre des colonnes est de pour une hauteur de et leur entraxe est d'environ , un peu moins sur les grands côtés du temple, un peu plus sur les façades nord et sud. Son grand axe est parallèle au Tibre mais un dessin de 1962 reprenant un plan de 1551 le montre, abusivement, perpendiculaire au fleuve..
L'architecture du temple respecte presque parfaitement les préconisations de Vitruve relatives aux monuments ioniques et énoncées dans . L'influence des architectes grecs arrivant à Rome est également très présente sur l'édifice. Cette influence atteint son apogée au pour l'ordre ionique et devient de plus importante pour les constructions romaines utilisant un plan d'origine étrusque.
Les chapiteaux qui couronnent les colonnes sont décorés de volutes qui sont, pour certaines, dans un parfait état de conservation. La frise en stuc qui court sous la toiture comporte, dans son état initial, des bucrânes, des putti et des candélabres reliés par des guirlandes de feuilles de laurier ; elle est reproduite en 1641 par Giacomo Lauro dans Antiquae Urbis splendor puis par Andrea Palladio en 1738 mais en 1510, Sangallo le Jeune semble être le premier à reproduire le motif exact de la frise en stuc, dont les vestiges sont encore assez nombreux ; sa restitution du temple est toutefois erronée sur d'autres points. L'état de conservation du monument reste stable jusqu'au , période à partir de laquelle la dégradation devient rapide, aboutissant à la destruction totale de la frise à certains endroits. Cet élément de décor a fait l'objet, là où c'était possible, de multiples restaurations aux .
Le temple est construit avant que le marbre ne soit massivement utilisé pour l'édification de bâtiments à Rome, il est donc constitué de travertin pour le parement du podium, la crépis et les parties qui supportent le plus de poids (les colonnes d’angle de la et les colonnes du porche). Il est également fait de tuf de l’Aniene, essentiellement pour les structures moins portantes comme les murs de la . Le béton romain ou est aussi utilisé, notamment pour l’intérieur du podium. Les cannelures des colonnes et les décors architectoniques sont en stuc imitant le marbre, peut-être pour tenter d’harmoniser l’aspect du monument avec le temple d'Hercule Olivarius tout proche et réellement plaqué de marbre. Les restaurateurs du ont utilisé le béton, parfois sans aucun souci de camouflage comme sur la façade sud, la brique pour l'escalier de façade et le stuc pour la restauration des cannelures des colonnes.
En plus de vingt siècles, la structure de l'édifice n'a guère évolué, à l'exception de certaines colonnes supportant le fronton, de l'ouverture de quelques baies dans les murs de la et de l'ajout de fresques.
Podium vignette|alt=Photographie en couleurs d'un édifice antique construit sur une socle parallélépipédique.|Le podium, à la base du temple côté est.
Le podium est large de pour une longueur de , les colonnes ont, elles, un diamètre de , soit 36 par 62 pieds romains. Un tiers de la surface du podium correspond au pronaos et les deux autres tiers à la .