L'Autre Campagne (La Otra Campaña en espagnol) est une initiative indépendante et en faveur de la participation populaire impulsée par l'Armée zapatiste de libération nationale ( ou EZLN en espagnol) et le mouvement néo-zapatiste mexicain.

Prémices Le Sous-commandant Marcos situe la naissance de l'autre campagne non en 2005, mais en 2001, lorsque les différents partis politiques mexicains (PRI, PAN et PRD) ont refusé les propositions de la COCOPA (Commission pour la concorde et la paix, créée par des politiciens mexicains).

Naissance du processus

En , l'EZLN lance une nouvelle initiative, la sixième déclaration de la Forêt LacandonneSixième déclaration de la Forêt Lacandonne, où elle appelle aussi bien les organisations politiques que les individus à s'organiser en un mouvement national afin de restructurer les relations sociales, de définir un programme national de lutte et de créer une nouvelle constitution politique qui régirait la « République mexicaine » en tenant compte de ce que seraient, selon elle les demandes du peuple mexicain.

Entre le et le , l'EZLN convoquealterinfos.org des partis politiques de gauche, des organisations indigènes, des ONG, ainsi que tous ceux souscrivant à la sixième déclaration de la forêt LacandoneSixième déclaration de la forêt Lacandone sur cspcl.ouvaton.org.

Les réunions précisent les enjeux de l'Autre Campagne, et ses conditions de fonctionnement.

Dans son message de clôture, le sous-commandant Marcos a précisé que l'EZLN voyait comme « urgente et primordiale » la solidarité, l'entraide et la protection entre tous ceux et celles qui forment l'Autre Campagne. . Puis il a fait un décompte des organisations et groupes présents pour affirmer le caractère minoritaire de l'EZLN, et la possibilité ouverte à chacun de prendre part à la Otra, et a conclu par :

Camarades, l'Autre Campagne n'est déjà plus à nous ; je veux dire par là qu'elle n'appartiens plus à nous seuls […] En tant qu'Armée zapatiste de libération nationale c'est un honneur de les avoir comme camarades.[…] Ce sont vous, les hommes, femmes, autres, enfants et personnes âgées, qui faites partie du meilleur qu'a ce pays. J'espère que nous continuerons à avancer ensemble longtemps.

L'Autre Campagne en marche à travers le Mexique Départ Le , l'EZLN annonce publiquement la dissolution du Front zapatiste de libération nationale (FZLN), fondé à la suite de la quatrième déclaration de la LacandoneQuatrième Déclaration de la forêt Lacandone, et annonce le début d'une nouvelle étape zapatiste civile. Cette organisation sera donc politique, zapatiste, civile, non-violente, anticapitaliste et de gauche, ne luttera pas pour le pouvoir et s'emploiera à inventer une nouvelle façon de faire de la politique. Elle naît directement de la sixième commission de l'EZLN, au sein de laquelle Marcos occupe le poste de « délégué zéro ».

Ainsi le débute le périple du « délégué zéro » qui visite les 31 États et le District fédéral et rencontre des communautés de Mexicains immigrés aux États-Unis. Marcos cible son principal ennemi à San Cristóbal de las Casas « Le grand pouvoir de l'argent au Mexique a signé ce qu'on pourrait identifier comme la contre-déclaration de la sixième commission et est communément connu sous le nom de Pacte de Chapultepec » La otra campaña, respuesta a Pacto de Chapultepec: Marcos sur le site eluniversal.com.mx.

Selon certains analystes comme Arturo Damm Arnal, ce pacte, impulsé par Carlos Slim Helú, première fortune mondiale selon le magazine Forbesforbes.com et signé par nombre de dirigeants ainsi que par les candidats présidentiels du PAN, du PRI et du PVEM est « un bon exemple de la culture économique de la majorité des patrons, hommes politiques et intellectuels, une culture mercantiliste et interventionniste, en faveur des privilégiés et de la manipulation gouvernementale ».

Cinq jours plus tard, le délégué zéro annonce le décès de la Commandante RamonaParoles du sous-commandant insurgé Marcos à l’annonce du décès de la commandante Ramona sur le site cspcl.ouvaton.org, personnage emblématique du mouvement zapatiste dont la participation fut capitale durant les « Dialogues de la Cathédrale » de et lors de la fondation du Congrès national indigène en . Le deuil à la suite de sa mort dure trois jours, puis du 9 au la tournée débute par l'État de Chiapas avant de se diriger vers le Quintana Roo, le Yucatán, Campeche, le Tabasco, Veracruz, Oaxaca et Puebla.

Lors de son passage par les États du sud et du centre du pays, « l'Autre Campagne » est témoin que la misère découverte lors de la « marche de la couleur de la Terre » s'est maintenue ou a augmenté au cours des six années de mandat d'un gouvernement (celui de Vicente Fox) que beaucoup croyaient être le premier d'un processus de transition démocratique.

De nombreux dialogues avec divers militants ont lieu, permettant échanges et débats.

Rencontres nationales Début , l'autre campagne et le collectif « Réseau de femmes défendant leurs droits » annoncent la création d'un espace virtuel pour ceux qu'ils appellent les « Autres travailleurs du sexe », dans le but de réaliser une rencontre nationale de travailleuses et travailleurs du sexe en lutte pour leurs droits.

Lors de la Rencontre nationale pour une « autre communication, un autre art, une autre culture » à l'autre Tlaxcala[Marcos appelle «l'Autre» chaque état ou ville où il passe et rencontre le Mexique « d'en bas à gauche ».], le délégué zéro déclare qu'« Au […] la sixième déclaration et l'Autre a touché mille trente-six organisations politiques, indigènes, sociales, non-gouvernementales, groupes et collectifs adhérents, tous d'en bas et à gauche. Sans autre bannière que leur voix, ni d'autres empreintes que celles que laissent leurs pas dans tout le pays » .

De même, Marcos propose une mobilisation nationale pour la libération des prisonniers politiques et la suspension des mandats d'arrêt contre les militants du mouvement social : .

Les rencontres avec les adhérents se poursuivent en Hidalgo, Aguascalientes et Jalisco, où l'Autre Campagne croise sur son chemin les ouvriers du Syndicat national révolutionnaire des travailleurs de la « Compagnie Hulera Euzkadi » après qu'ils ont mené une grève réussie de plus de mille jours. Puis, elle discute avec plusieurs intellectuels, dont Adriana López Monjardín ou André Aubry. Le délégué zéro y distingue alors les « intellectuels d'en haut et les intellectuels du milieu » des « autres intellectuels qui ont l'humilité de reconnaître qu'ils sont en face de quelque chose de nouveau, s'y intègrent et se reconnaissent en elle. Par la même, ils reconnaissent l'indigène, l'ouvrier, le paysan, le jeune, la femme, l'enfant, la personne âgée, le professeur, l'étudiant, l'employé, l'homosexuel, lesbienne ou transsexuel, la ou le travailleur du sexe, le migrant, le petit commerçant, le chrétien de base, le travailleur de la rue, les autres, l'autre ».

Puis ils passent par les États de Colima, Nayarit, Michoacán, Morelos et Guerrero. Au Morelos, pays du révolutionnaire Emiliano Zapata de qui l'EZLN a pris le nom et suivi l'exemple, l'Autre Campagne suspend un événement symbolique important : la visite à la tombe de Zapata lui-même le jour de son anniversaire : Aujourd'hui [...] dans ce sud que les Nahuas et les Mayas appelaient « le côté gauche du soleil » et où pousse l'arbre aux épines rouges, nous nous rappelons l'arbre de vie, de lutte et de dignité que fut notre général Emiliano Zapata Salazar, et nous amenons le message [...] de lutte par en bas et par la gauche que l'on trouve dans le sud, du côté gauche du soleil, avec tous ceux qui luttent pour un Mexique plus juste, plus libre et plus démocratique, c'est-à-dire un Autre Mexique. Et nous disons cela car nous savons bien que, régulièrement, le sang du général Emiliano Zapata revient irriguer les veines des paysans du Morelos et de tous les hommes, femmes, enfants et personnes âgées du Morelos […] Aujourd'hui, l'Autre Campagne vient leur dire qu'il est nécessaire qu'Emiliano Zapata revienne parmi nous, qu'il est nécessaire que nous nous levions contre le riche et ses laquais, qu'il est nécessaire de reprendre de nos mains ce qui nous appartient : la terre, les usines, les commerces, les banques, la sante, l'éducation. Aujourd'hui nous devons continuer à lutter, mais non plus seuls, sinon unis tous et toutes ceux qui, en bas à gauche, forment l'arbre qui fera se lever le monde, mais cette fois-ci un Autre monde, le nôtre, l'Autre Campagne, notre arbre de vie. Depuis la Barranca de los Sauces à Cuernavaca, dans l'Autre Morelos, nous attendons pour affronter les mauvais gouvernement du PAN, et saluons notre général en chef Emiliano Zapata Salazar.

Révolte d'Atenco : pause de l'autre campagne

Lorsque la police est accusée, entre autres violations des droits humains, d'avoir abusé sexuellement de dizaines de femmes, Marcos décrète l'alerte rouge (ce qui signifie entre autres la fermeture des caracoles zapatistes) et suspend l'autre campagne jusqu'en octobre. Le délégué zéro s'associe au Front des peuples défenseurs de la terre, et à quelques adhérents pour réitérer leur engagement d'être solidaires face à la menace de répression en mettant en acte leur devise « S'ils s'attaquent à l'un d'entre nous, ils nous attaquent tous ».

Reprise Lors de son passage par le Guerrero, le délégué zéro visite, entre autres communautés, El Charco où eu lieu le massacre du quand l'armée fédérale assassina onze personnes dans l'école Caritino Maldonado.

Dans l'État de Mexico, l'autre campagne organise des rencontres variées, puis visite la prison de Chiconautla, à Ecatepec de Morelos, où est incarcérée Gloria Arenas AgisGloria Arenas Agis« Colonel Aube » de « l'Armée révolutionnaire du peuple insurgé », demandant la libération de tous les prisonniers et prisonnières politiques du pays, ainsi que la lumière sur le sort des disparus pour raison politique. À Teotihuacan, elle se joint à la lutte contre la multinationale Wall-Mart, puis à San Salvador Atenco, Marcos évoque dans son discours la lutte du Front du peuple en défense de sa terre (FDPT) contre le projet du gouvernement de construire un nouvel aéroport pour l'agglomération de Mexico sur ses terres. Il en fait un exemple pour l'EZLN, et qualifie lui-même le FDPT de « septième régiment de cavalerie » parce qu'importe « qu'un mouvement soit grand ou petit », c'est ici que sont « vos machettes qui apportent aide, joie et combativité aux gens qui souffrent ».

Ils arrivent alors à Mexico, où de nombreux groupes, organisations et collectifs les attendent avec un agenda comprenant des événements dans l'université autonome de Mexico, l'Institut polytechnique national, l'université autonome de Mexico (campus Xochimilco) et l'Université nationale autonome du Mexique, mais aussi la participation à la Première rencontre nationale ouvrière, aux manifestations de « l'Autre Premier mai » (qui rappelle l'existence des travailleurs mexicains à l'étranger), ou encore des réunions sectorielles avec des adhérents (enfants, femmes, travailleurs de la santé et artistes).

Position face aux partis politiques