Le diazépam est un médicament de la famille des benzodiazépines. Il possède des propriétés anxiolytiques, sédatives, amnésiantes et hypnotiques. Néanmoins, en raison de ses effets importants de somnolence résiduelle le lendemain matin, il est de moins en moins utilisé comme hypnotique en clinique.. Comme toutes les molécules appartenant à la famille des benzodiazépines, le diazépam possède également des propriétés anticonvulsivantes et myorelaxantes. Le diazépam est notamment utile dans le cadre du traitement des crises comitiales et épileptiques. C’est un médicament de choix pour son métabolisme rapide ainsi que pour ses vertus myorelaxantes, à l’instar d'autres benzodiazépines comme le tétrazépam (Myolastan, retiré du marché européen en Retrait des AMM de toutes les spécialités à base de tétrazépam : https://www.vidal.fr/actualites/13225-myolastan-et-generiques-suspension-des-amm-le-8-juillet-2013.html , 02 juillet 2013 (consulté le 18 mai 2021) et seule benzodiazépine à avoir reçu une autorisation de mise sur le marché pour le traitement d'appoint des contractures musculaires). Commercialisé en 1963 sous la marque Valium par les laboratoires Hoffmann-La Roche, c'est la seconde benzodiazépine qui est apparue sur le marché des produits pharmaceutiques, après le chlordiazépoxide (Librium) en 1960.
Le diazépam a eu un grand succès et est encore aujourd'hui l'un des tranquillisants les plus utilisés au monde. Cette molécule sert généralement de référence quant aux dosages des autres benzodiazépinesTableau d'équivalence empirique entre les différentes principales benzodiazépines : http://www.benzo.org.uk/freman/bzcha01.htm#24 , Professeur Ashton, Newcastle University, 2012 (consulté le 19 mai 2021). Il s'agit d'une molécule aux propriétés très polyvalentes., particulièrement puissantes et à la demi-vie longue (de 32 à .). Bien que le diazépam soit addictif, son sevrage est moins difficile que pour des benzodiazépines à la demi-vie plus courte, le syndrome de sevrage s'instaurant moins rapidement. Cette caractéristique, que l'on doit à sa demi-vie relativement longue, en fait l'une des molécules prescrites en première intention pour le sevrage des autres benzodiazépines à durée de demi-vie plus courteSite présentant plusieurs méthodes de sevrage aux benzodiazépines : http://psychotropes.info/wordpress/tag/fin-de-sevrage/, 28 juillet 2018 (consulté le 03 septembre 2021) mais également de l'éthanol, autre agoniste des récepteurs GABAALes bases de la neurotransmission avec un éclaircissement sur les actions agonistes vis-à-vis des mêmes récepteurs GABAA des benzodiazépines et de l'alcool éthylique : https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-neurologiques/neurotransmission/neurotransmission, mars 2019 (consulté le 02 septembre 2021), en se fixant plus longtemps sur ces derniers et par conséquent en se substituant aux autres molécules agonistes de ces mêmes récepteursLes principes de la substitution des benzodiazépines : http://psychotropes.info/wordpress/tag/fin-de-sevrage/, 28 juillet 2018 (consulté le 03 septembre 2021).
Le diazépam, comme toutes les autres benzodiazépines d'ailleurs, est une molécule qui devrait être prescrite pour une durée limitée à douze semainesRecommandations de la Haute Autorité de Santé sur la durée de prescription des benzodiazépines : https://www.has-sante.fr/jcms/c_2863043/fr/quelle-place-pour-les-benzodiazepines-dans-l-anxiete , 17 juillet 2018 (consulté le 18 mai 2021) (quatre semaines pour les hypnotiques tels que le lormétazépam (Noctamide jusqu'en Arrêt de commercialisation du Noctamide : https://www.vidal.fr/actualites/25008-insomnie-arret-de-commercialisation-de-noctamide-lormetazepam.html, consulté le 20 mai 2021, désormais disponible uniquement en générique), le loprazolam (Havlane) ou encore les Z-Drugs, zolpidem (Stilnox) et zopiclone (Imovane), par exemple). Or nombre de patients sont traités avec cette dernière pendant plusieurs mois voire plusieurs années, sans que leur médecin prescripteur procède à un nouveau diagnostic médical rigoureux permettant de déterminer l'utilité ou non de prolonger la prise de ce tranquillisant Bon usage des benzodiazépines : des outils au cœur de votre pratique : https://www.ameli.fr/medecin/exercice-liberal/regles-de-prescription-et-formalites/medicaments-et-dispositifs/benzodiazepines-bonnes-pratiques-prescription/bon-usage-des-benzodiazepines-des-outils-au-coeur-de-votre-pratique , 07 novembre 2025, consulté le 12 septembre 2026Benzodiazépines : programmer l’arrêt dès la prescription : https://www.has-sante.fr/jcms/pprd_2974495/fr/benzodiazepines-programmer-l-arret-des-la-prescription , 15 novembre 2017 puis révisé le 12 juin 2019, consulté le 12 septembre 2026.
Pharmacologie
Pharmacodynamie Comme la plupart des benzodiazépines, le diazépam est un activateur allostérique des récepteurs aux benzodiazépines (BZD), complexe protéique en relation avec les récepteurs GABAA. Le GABAA (acide γ-aminobutyrique) est un neurotransmetteur inhibiteur, il réduit l'excitabilité du neurone post-synaptique et joue le rôle de "calmant et relaxant" du système nerveux central.
En se liant aux récepteurs BZD, le diazépam augmente l'affinité du GABAA pour ses propres récepteurs, et également augmente la probabilité pour que le diazépam s'y fixe. Ainsi, pour une même quantité de GABAA se fixant sur ses récepteurs, on observera un effet inhibiteur plus important. Le diazépam fonctionne donc simplement en accentuant l'effet d'un neurotransmetteur dépresseur d'ores et déjà présent dans le système nerveux.
Le diazépam possède une grande biodisponibilité (80 ~ 100%) et a un délai d'action rapide (une demi-heure par voie orale). Cette action rapide s'explique par la grande liposolubilité du diazépam. Ce dernier point justifie son utilisation dans les crises comitiales ; il explique aussi en partie son usage détourné, l'effet étant intense et rapide. Cette rapidité d'action conditionne également un risque d'addiction accru.
Le sevrage du diazépam, comme pour toutes les benzodiazépines, doit être progressif et sous surveillance médicale. L'arrêt brusque du diazépam, quand il est consommé longtemps et en grande quantité, peut être potentiellement fatal (abaissement du seuil épileptique).
Pharmacocinétique Le métabolisme oxydatif du diazépam conduit à la formation d'oxazépam par l'intermédiaire soit de N-desméthyldiazépam (nordazépam ou nordiazépam, principal métabolite actif), soit de 3-hydroxydiazépam (témazépam). Le diazépam et ses trois métabolites sont pharmacologiquement actifs, avec une demi-vie d'élimination plasmatique pour le nordazépam de 30 à 150 heures.
Ce métabolisme dépend de nombreuses isoenzymes du cytochrome P450, permettant la déméthylation et l'hydroxylation. Toute molécule ayant une action sur l'activité ou les niveaux d'une ou de plusieurs de ces enzymes est donc susceptible d'agir sur la métabolisation du diazépam, et donc sur ses concentrations plasmatiques et celle de ses métabolites, exposant le sujet à un potentiel surdosage, ou à une moindre efficacité du traitement. Ainsi, le jus de pamplemousse blanc, inhibiteur du CYP3A4, intensifie les effets psychotropes du diazépam. et expose à un risque de surdosage. sans_cadre|640x473px|Catabolisme du diazépam en oxazépam.|centré|class=skin-invert-image
Usage thérapeutique Le diazépam est utilisé dans : le traitement symptomatique de l'anxiété, des attaques de panique, et des états d'agitation psychomotrice ; le traitement des symptômes neurovégétatifs associés aux vertiges ; le traitement de symptômes de sevrage alcoolique, aux opiacés et aux benzodiazépines ; le traitement de courte durée de l'insomnie (hors AMM) ; le traitement du tétanos, en association avec d'autres mesure de traitement intensif ; le traitement d'appoint de la parésie musculaire spastique (paraplégie/tétraplégie) causée par un problème cérébral ou rachidien comme un accident vasculaire cérébral, une sclérose en plaques, ou un traumatisme rachidien (le traitement de longue durée est associé à des mesures de réhabilitation) ; le traitement palliatif du syndrome de l'homme raide (syndrome de Moersch-Woltman), Thomson Healthcare (Micromedex) ; la sédation pré- ou postopératoire, anxiolyse, amnésie (par exemple avant une endoscopie ou de la chirurgie) ; son efficacité a été jugée équivalente à celle de l'hypnose lors une étude comparée sur des transplantations d'embryon Patrick Catoire, Emmanuel Marret 2013;55(4):378-86. ; le traitement des complications de psychoses ou de crises liées à des surdoses d'hallucinogène et de stimulants, comme le LSD, la cocaïne ou les amphétamines en complément avec un antipsychotique ou neuroleptique (tranquillisant majeur). ; le traitement des crises d'épilepsieBassel Abou-Khalil, Carl L. Roland , A double-blind, randomized, placebo-controlled trial of a diazepam auto-injector administered by caregivers to patients with epilepsy who require intermittent intervention for acute repetitive seizures, Epilepsia, 54(11):1968–1976, septembre 2013, ; le traitement prophylactique de la toxicité de l'oxygène lors d'une oxygénothérapie hyperbare ; le traitement prophylactique de la nausée et des vomissements, notamment lors des chimiothérapies. ; le traitement des contractures musculaires douloureuses (hors AMM), comme myorelaxant, à doses faibles (comme lors de lombalgies) ; la prévention chez l'enfant des convulsions fébriles lors de fièvre ou en présence de facteurs de risque de récidive (solution buvable). ; le traitement des crises convulsives chez l'enfant et le nourrisson (injection par voie rectale)..
Utilisation régulière La pharmacocinétique du diazépam explique que cette molécule et ses trois métabolites restent pharmacologiquement actifs pendant de nombreux jours. L'organisme d'un consommateur quotidien de diazépam est donc en permanence exposé à un risque d'accumulation et de surdosage. Les conséquences d'une telle accumulation et d'une exposition permanente au diazépam sont encore inconnues.. Si une controverse a existé sur le lien entre utilisation au long cours et maladie d'Alzheimer, la première étude sur un grand échantillon a infirmé cette hypothèse..
Un risque accru de démence a cependant été soupçonné et est bien documenté en cas d'usage chronique des benzodiazépines. Le mécanisme d'un tel accroissement du risque est encore inconnu, malgré des hypothèses de travail contradictoires. On peut toutefois conclure que certaines benzodiazépines entraînent davantage d'effets amnésiants par rapport à d'autres, en particulier celles à courte demi-vie.
Les études portant sur cette relation étant, pour des raisons éthiques, essentiellement observationnelles, elles souffrent de nombreux biais possibles, et portent sur des échantillons de taille parfois insuffisante.
Contre-indications Dans le cas d'une personne souffrant d'une myasthénie (faiblesse musculaire) grave ou d'un glaucome (maladie oculaire) à angle fermé, l'utilisation du diazépam ou de tout autre benzodiazépine est déconseillée. Les femmes enceintes, a fortiori lors du premier trimestre de la grossesse, ainsi que les femmes qui allaitent devraient s'abstenir d'utiliser du diazépam. De plus, la consommation de benzodiazépines chez l'enfant de moins de six ans est peu documentée et est, par conséquent, formellement déconseillée.
Les patients souffrant de problèmes hépatiques devraient s'orienter vers d'autres molécules que le diazépam, du fait de son métabolisme complexe. On préférera alors s'orienter vers l'oxazépam (Séresta), qui ne possède aucun métabolite actif.
L'utilisation du diazépam est proscrite dans le cas de personnes souffrant d'une maladie pulmonaire obstructive grave. Bien que les benzodiazépines soient fréquemment prescrites aux personnes souffrant de dépression (toujours en association avec un antidépresseur voire un neuroleptique), elles ne doivent pas être prescrites seules car elles ne possèdent pas de vertus anti-dépressives.