En blanc et noir est une œuvre pour deux pianos en trois mouvements de Claude Debussy composée en 1915.
Le titre de cette œuvre sombre et visionnaire, contemporaine des Études, de la Sonate pour violoncelle et de la Sonate pour flûte, alto et harpe, fut choisi par Debussy en référence aux gris de Vélasquez.
L'œuvre a été créée le par le compositeur et Roger-Ducasse.
Contexte La guerre : 1914-1915 La déclaration de guerre du surprend Debussy, qui a consacré les six premiers mois de l'année à des voyages et à des concerts incessants, dans un effort frénétique pour faire face à ses obligations financières. Au cours des semaines qui précèdent, durant la crise de juillet, l'attitude du compositeur oscille violemment de l'exaltation au désespoir. Dans une lettre à un de ses amis, où il parle , il se confie en des termes qui laissent paraître sa :
Le déclenchement des hostilités a pour effet immédiat d'imposer silence à toutes ses activités musicales. Dans une lettre du à son éditeur Durand, il se considère comme . Ainsi, jusqu'à la fin de l'année 1914, Debussy reste inactif.
Durant les premiers mois de 1915, Debussy travaille à une nouvelle édition des œuvres de Chopin pour le compte des Éditions Durand , lettre de Debussy à Jacques Durand, le .. En effet, depuis le début de la guerre, les éditions allemandes ont été retirées du commerce. Debussy collabore donc à une publication originale, obtenant notamment de consulter le manuscrit de la Deuxième Ballade en fa majeur, op.38, appartenant à Camille Saint-Saëns.
Ce travail de révision le fait réfléchir très profondément sur la technique pianistique, en le détournant de sa maladie, qui ne cesse de progresser. Depuis 1909, Debussy souffrait par intermittences d'un cancer du rectum, dont les symptômes se sont aggravés au point où les médecins conseillent une opération, tout en reconnaissant que le mal est mortel.
En achevant son travail, le compositeur reçoit encore un choc personnel en apprenant la mort de sa mère, le . Très affecté, Debussy s'interroge sur la signification de la mort dans sa correspondance avec ses amis, dont Paul Dukas , Gabriel Fauré , Gabriel Pierné et le jeune compositeur Edgard Varèse , mobilisé et affecté à l'École de guerre à partir du mois d'avril.
Dans ce contexte de combats extérieurs et intérieurs, le compositeur sort enfin du silence en affirmant des choix esthétiques personnels, radicaux même. Signées , les œuvres qu'il s'apprête à composer sont, selon Gilles Macassar et Benoit Mérigaud, . Le compositeur entend également rendre hommage aux compositeurs français classiques, du et du . En 1908, Debussy affirmait déjà cette orientation :
Composition En blanc et noir est la première des œuvres entreprises par le compositeur, en 1915. Malade, il passe l'été à Pourville, en Normandie, lettre de Debussy à Jacques Durand du ., où il retrouve un entrain passager. La composition dEn blanc et noir s'étend sur quelques semaines, de juin à juillet, immédiatement suivie par la Sonate pour violoncelle et piano fin juillet et début août, les douze Études d'août à septembre et la Sonate pour flûte, alto et harpe dans les derniers jours de septembre et au début d'octobre. Toutes ces œuvres témoignent, selon Harry Halbreich, .
Le , Debussy subit une opération chirurgicale pour son cancer, qui l'affaiblit considérablement, lettre de Debussy à Jacques Durand du .. Selon Jean Barraqué, .
Présentation Avec emportement Lent. Sombre Scherzando
Le compositeur dédie le premier mouvement à Koussevitzky, avec un exergue tiré du livret de Barbier et Carré pour le Roméo et Juliette de Gounod : « Qui reste à sa place - Et ne danse pas - De quelque disgrâce - Fait l'aveu tout bas ».
Le second mouvement est dédié « au lieutenant Jacques Charlot, tué à l'ennemi en 1915, le ». Jacques Charlot était le neveu de l'éditeur de Debussy, Jacques Durand. L'épigraphe est extrait de la Ballade contre les ennemis de la France de Villon : « Prince, porté soit des serfs Eolus - En la forest où domine Glaucus - Ou privé soit de paix et d'espérance - Car digne n'est de posséder vertus - Qui mal vouldroit au Royaulme de France ».
Le troisième mouvement est dédié « À mon ami Igor Stravinsky » et porte en exergue : « Yver, vous n'estes qu'un villain ».
Bibliographie Ouvrages généraux éditée sous la direction de François Lesure et Denis Herlin
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En blanc et noir Catégorie:Composition impressionniste Catégorie:Œuvre de Claude Debussy Catégorie:Œuvre musicale composée en 1915