Maria Antonietta Macciocchi (née le à Isola del Liri, dans la province de Frosinone, Latium, Italie et morte le à Rome, Italie) est une journaliste, écrivaine et femme politique italienne.

Selon John Francis Lane, elle est

Maria Macciocchi adhère au Parti communiste italien (PCI) à l'âge de . Élue députée communiste en 1968, elle s'éloigne du PCI et devient une maoïste convaincue au nom de l'anti-stalinisme. Son ouvrage De la Chine devient une référence pour les maoïstes européens. Elle quitte l'Italie et vient vivre à Paris où elle travaille au sein de l'université de Vincennes. En 1979, investie par le Parti radical italien, elle est élue au parlement de Strasbourg et y rejoint le groupe socialiste. En parallèle à son activité de parlementaire, elle travaille pour plusieurs journaux puis se consacre à l'écriture. En 1983, alors qu'elle participe à l'émission télévisée Apostrophes consacrée à la Chine, son nouvel ouvrage, Deux mille ans de bonheur, et elle-même sont l'objet de vives critiques du sinologue Simon Leys.

Se prenant de passion pour le pape Jean-Paul II, elle lui consacre un livre en 1988.

Biographie Période du parti communiste italien

Maria Antonietta Macciocchi, née dans une famille antifasciste de la bourgeoisie romaine, adhère au Parti communiste italien (PCI) – alors dans la clandestinité – en 1942, et participe à des actions de propagande avec la résistance durant la guerre. . En 1945, elle obtient un diplôme en lettres et philosophie à l'université « La Sapienza » de Rome.

Le parti envoie Macciocchi à Naples pour aider au recrutement d'adhérentes féminines. Elle y rencontre le dirigeant du Parti communiste Palmiro Togliatti, qui revient de Moscou. Elle est à l'époque la compagne du journaliste Pietro Amendola, le frère d'un chef important du parti communiste napolitain, Giorgio Amendola. Ils ne se marièrent jamais mais eurent une fille, Giorgina. Maria Antonietta Macciocchi épousera plus tard Alberto Jacoviello, un journaliste de l'Unità..

Revenue à Rome, elle dirige, de 1950 à 1956, le magazine Noi Donne, organe officiel de l’organisation communiste féminine l'Union des femmes en Italie (UDI). En 1956, elle prend la direction de l’hebdomadaire Vie Nuove, organe du Parti communiste italien, qu’elle transforme en un véritable magazine, en confiant rubriques et articles à des auteurs qui ne sont pas toujours en accord avec la ligne du PCI, comme Pier Paolo Pasolini et Curzio Malaparte, lequel signa un des premiers reportages sur la Chine : .

En 1961, elle laisse la direction de Vie Nuove pour devenir correspondante de L'Unità à Alger puis à Paris : , et réalise des entretiens avec de nombreux dirigeants du monde communiste et de pays non alignés, comme Tito, Ahmed Ben Bella, Indira Gandhi et Nikita Khrouchtchev, ainsi qu'avec les hommes politiques français Guy Mollet et François Mitterrand : .

En 1968, elle est rappelée en Italie par L'Unità pour être candidate à la députation à Naples. Pendant la campagne, elle entretient une correspondance avec Louis Althusser, décrivant les conditions de vie pitoyables de la classe laborieuse ainsi que la mauvaise gestion des dirigeants locaux du parti. Son attitude critique envers le parti, exprimée dans ses Lettres de l'intérieur du parti publiées sous forme de livre en 1969, ainsi que son attitude enthousiaste à l’égard du communisme chinois vis-à-vis duquel le PCI adopte au contraire une attitude de défiance, la mettent en conflit avec le comité central : ..

Période maoïste Maria Antonietta Macciocchi fait un premier voyage en Chine en 1954 et y rencontre Mao Zedong. En 1971, de retour d’un deuxième voyage de trois semainesFrançois Hourmant, Chapitre « L'affaire Macciocchi et la radicale palinodie de Tel Quel » in : Le Désenchantement des clercs : figures de l'intellectuel dans l'après-Mai 68. effectué avec son mari, Alberto Jacoviello (chef des services étrangers du quotidien communiste italien L'Unità), pendant le dernier trimestre 1970 pour le compte de L'Unità, elle publie un livre de 570 pages, intitulé De la Chine, dans lequel elle fait l'éloge du « paradis socialiste » et de la révolution culturelle: , défendant le maoïsme au nom de l'antistalinismeEmmanuel Hecht, « Simon Leys, l'ami qui n'aimait pas Mao », L'Express, 23 mai 2015.. Pour Macciocchi le parti communiste chinois n'a jamais été stalinienPierre Boncenne, « Indignation Le Parapluie de Simon Leys », 2015.. Elle rapporte avoir pu parcourir librement le pays et en interroger, par le truchement d'interprètes, des membres du Parti communiste, des soldats, des habitants, décrivant, entre autres choses, les médecins aux pieds nus, l'envoi à la campagne des cadres astreints au travail manuel, l'émancipation des femmes, la diminution ou disparition de la cellule familiale. Cependant, elle n'a pas approché les membres du Comité central du Parti communiste chinois ni les fonctionnaires influents et n'avait pas les moyens de prévoir l'éclatement de la révolution culturelle et la disparition du maréchal Lin Biao, pourtant désigné comme successeur de Mao ZedongRoger Levy, compte rendu de De la Chine, in Politique étrangère, année 1972, vol. 37, n° 1, .. Édité au sein de la collection « Combats » dirigée par Claude Durand au Seuil, l'ouvrage est un succès de librairie : l'épuisement d'un premier tirage de exemplaires et la demande soutenue chez les libraires ouvrent la voie à une réimpression : en août, sortent des entrepôts. En novembre, les ventes quotidiennes se situent entre 500 et ..

Le livre obtiendra une audience importante auprès des intellectuels parisiens séduits par le maoïsme, notamment de la revue littéraire d'avant-garde Tel Quel de Philippe Sollers :

L'ouvrage sera interdit lors de la fête de l'Humanité en Rémy Rieffel, La Tribu des clercs: Les intellectuels sous la République 1958-1990. En effet depuis la rupture sino-soviétique, le au sein du Parti communiste français.

Le Parti communiste italien lui reproche son Philippe Paquet, Simon Leys : navigateur entre les mondes, Gallimard, 672 p., Maria Antonietta Macciocchi ne recevra pas l’investiture de celui-ci pour les élections de 1972: .

Exil à Paris Maria-Antonietta Macciocchi décide alors de quitter l'Italie et de s'installer à Paris. Grâce à l'économiste Charles Bettelheim, elle obtient un poste d'assistante au département de sociologie de l'université de Vincennes. Elle y dirige, de 1972 à 1980, des séminaires sur la pensée politique de Gramsci, le cinéaste Pier Paolo Pasolini, et les femmes (Fascismes et luttes des femmes en 1975-1976 et Marxisme et féminisme en 1977-1978)François Hourmant, Les Années Mao en France: avant, pendant et après Mai 68, Odile Jacob, 2018, 288 p., section « Vincennes, laboratoire du maoïsme universitaire », livre numérique Google, n. p..

Elle est en butte, à Vincennes, à l'hostilité, aux insultes et aux menaces des étudiants maoïstes du groupe Foudre d'intervention culturelle dirigé par Bernard Sichère et parrainé par Alain Badiou. Devenue leur cible d'élection parce qu'elle avait décidé de programmer quelques films mussoliniens dans son séminaireBernard Sichère, Ce grand soleil qui ne meurt pas, Grasset, 2011, 224 p., chap. 6. « Rupture » : . et accusée d'être elle-même fasciste, elle doit parfois être protégée par les étudiantes féministes, dont Claudine Monteil, et bénéficie du soutien de Simone de Beauvoir Claudine Monteil, Simone de Beauvoir and fascism: Her support of the Italian writer and activist Maria-Antonietta Macciocchi, sur le site personnel de Claudine Monteil, 16 septembre 2009 : : .

En 1974, elle publie, sous le titre Pour Gramsci, un choix de textes gramsciens commentés, qui fait connaître aux intellectuels français le philosophe italien Antonio Gramsci et son interprétation non orthodoxe du marxisme. En Italie, le livre suscite la controverse au sein des communistes italiens où l'on tend à minorer le rôle du membre fondateur du parti: .

En , Maria-Antonietta Macciocchi et plusieurs intellectuels, dont Philippe Sollers et Pierre Halbwachs, signent un texte, publié dans le journal Le Monde, critiquant la nouvelle ligne chinoise menée par Deng Xiaoping et soutenant Jiang Qing, veuve de Mao et chef de la Bande des Quatre, arrêtée dans la nuit du 6 au Christophe Bourseiller, Les Maoïstes, la folle histoire des gardes rouges français, 1996, ..

En 1977, elle soutiendra un doctorat d’État en sciences politiques à la Sorbonne, avec Maurice Duverger comme président du jury.

Rupture définitive avec le PCI En 1977, Maria Antonietta Macciocchi est un personnage de premier plan du monde intellectuel parisien, proche de philosophes, écrivains, poètes, professeurs d'université et journalistes tels que Sartre, Sollers, Althusser et Lacan, ainsi que des mouvements étudiants contestataires.

Quand la police italienne réprime violemment le mouvement des Autonomes et le soulèvement étudiant de Bologne, et ferme Radio Alice (une des premières radios libres – « mao-dadaïste » ! – des années 1970), Maria-Antonietta Macciocchi mobilise les intellectuels français (parmi lesquels Roland Barthes, Claude Mauriac, Eugène Ionesco, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Philippe Sollers, Jean-Paul Sartre, François Châtelet, Félix Guattari, André Glucksmann, Georges Lapassade) en leur faisant signer un appel condamnant la répression et le « compromis historique » – alliance de fait entre la DC et le PCI. Macciocchi se rend même à Bologne où un grand rassemblement est organisé. C’en est trop pour le PCI et, en octobre de cette année, elle est exclue du parti : à la suite d’une réunion de cellule accusatoire de la section de Rione Trevi, dont elle dépend. Elle répliquera en publiant en 1978 Après Marx, avril.

Élection au Parlement européen Sa vaine polémique attire l'attention du chef du Parti radical italien, Marco Pannella, qui l’investit aux premières élections pour le Parlement européen. En 1979, elle est élue au Parlement de Strasbourg: et, comme membre de la Commission Justice, elle se battra pour l'abolition de la peine de mort en France. Elle adhère au groupe parlementaire de « coordination technique et de défense des groupes et députés indépendants » dont elle fera partie jusqu'en ; puis rejoint le groupe socialiste. Au cours de sa mandature (du au ), elle fera aussi partie de la Commission d'enquête sur la condition de la femme en Europe. Elle organise de nombreuses rencontres internationales d’intellectuels, parmi lesquelles les rencontres de Madrid et de Venise consacrées à l'espace culturel européen.

Critiques de Simon Leys Lors de l'émission littéraire de Bernard Pivot Apostrophes, consacrée à la Chine en 1983Antenne 2, 27 mai 1983., le livre Deux mille ans de bonheur de Maria Antonietta Macciocchi est contredit en direct par un autre sinologue invité, Simon LeysDocuments archivés sur Simon Leys sur le site de l'INA, dont un extrait de l'émission avec Simon Leys et Maria-Antonietta à propos de la Chine, et réaction sur le plateau d'Alain Peyrefitte, Philippe Sollers et Jean-François Revel., auteur du livre Les Habits neufs du président Mao, qui n'avait connu à sa sortie en 1971 qu'un accueil assez restreint et qui avait été délibérément ignoré par la presse.. Après avoir laissé cette dernière parler avec lyrisme de l'homme nouveau qui apparaissait en Chine, Simon Leys (qui avait vécu à Hong Kong dans les années 1960 et séjourné six mois à Pékin en 1972) répondit en fournissant plusieurs données factuelles suggérant qu'elle n'avait pas vérifié ses sources avant d'écrire son livre, qu'il estime être « d'une stupidité totale », sinon une « escroquerie » (Relevé des attaques de Simon Leys à partir de la mise en ligne par l'INA de l'émission.).