Robert Walser, né le à Bienne (Suisse) et mort le à Herisau (Suisse), est un écrivain et poète suisse de langue allemande.

Biographie

Une vie libre et marginale Walser est né en 1878 dans la ville bilingue de Bienne, dans la maison (démolie en 1926) sise au 3 de la rue du Général-DufourRobert Walser., dans le canton de Berne. Il est l'avant-dernier des huit enfants d'Adolf Walser, relieur et commerçant (1833-1914) et d'Elisabeth « Elisa » Marti (1839-1894). Sa mère décède alors qu'il a seize ans.

En 1892, en raison du lent déclin des affaires paternelles et en dépit d'excellents résultats scolaires, Walser quitte l'école à et accomplit pendant trois ans un apprentissage de commis à la Banque cantonale bernoiseCatherine Sauvat, Robert Walser, éditions du Rocher, 2002, p. 57.. Dès 1894, attiré par le théâtre, le jeune Walser a le projet de devenir comédien et adhère à la Société d'art dramatique de BienneRobert Walser, Retour dans la neige, in Annexes, Repère biographique, éditions Zoé, Genève, 2023, p. 151.. En 1895, à dix-sept ans, il quitte le domicile familial. Il séjourne et travaille à Bâle, puis à Stuttgart. À Bâle où il travaille dans une compagnie d'assurances, il occupe son temps de loisir à prendre des cours de théâtre et de diction, pensant avoir le talent pour persister dans cette voie, mais en vain ; le milieu théâtral lui fait comprendre qu'il n'a pas les qualités requises pour monter sur scèneCatherine Sauvat, Robert Walser, op. cit., p. 86.. À Stuttgart, il trouve un emploi dans deux maisons d'édition puis il rentre en Suisse où il occupe un grand nombre d'emplois successifs dans différents domaines (banque, compagnie d'assurance, librairie, usine de machines à coudre...). Sur sa carte d'identité, il fait inscrire « profession commis »Catherine Sauvat, Robert Walser, op. cit., p. 63..

De 1896 à 1905, il mène une vie nomade. Il vit principalement à Zurich, prenant des emplois alimentaires qu'il quitte dès qu'il a suffisamment d'argent. Parallèlement à cette suite fragmentée d'emplois temporaires, Robert Walser lit beaucoup et se découvre, dès 1897, un goût prononcé pour l'écriture. Il se consacre à la création poétique. Diverses publications en revue de poèmes et de courts drames le confortent dans le sentiment d'être en train d'acquérir le statut d'écrivain, mais sa vie matérielle demeure très instable.

De 1905 à 1913, il vit à Berlin, en partie chez son frère Karl. Durant cette période berlinoise, il écrit ses trois premiers romans qui vont constituer l'architecture principale de son œuvre. Il rentre ensuite en Suisse, à Bienne, sa ville natale, en . Aussitôt, il part dans le Jura suisse rendre visite à sa sœur Lisa, institutrice dans une commune (Bellelay) située à de Bienne. Lisa, auparavant institutrice à Täuffelen, près de Bienne, puis durant à Livourne, faisait maintenant la classe aux enfants des employés de l'asile d'aliénés de Bellelay, dans le Jura bernois. Au cours de son séjour, Walser fait la connaissance d'une lingère de cet établissement, Frieda Mermet. Cette rencontre donne naissance à une grande amitié, parfois intime, et à une longue correspondance qui va se poursuivre durant plusieurs décennies. Faisant le bilan de l'année qu'il vient de vivre, il lui écrit dans les premiers jours de : « Je me réjouis, chère Madame Mermet, que l'année écoulée ait permis des relations aussi aimables, agréables et amicales entre vous, ma sœur Lisa et moiRobert Walser, Lettres, op. cit., traduction de Marion Graf, p. 84.. » Robert Walser vit désormais à Bienne depuis le printemps 1913 et y restera jusqu'en 1921. Quand la guerre éclate en 1914, il est appelé sous les drapeaux pour une période de plusieurs semaines. Pendant les quatre années de guerre, il va ainsi effectuer diverses périodes de service militaire. Il écrit, tente de se faire publier mais découvre qu'il lui serait bien difficile de vivre de sa plume. Il est désormais en contact avec l'ami de Franz Kafka, Max Brod, qui l'encourage et le soutientRobert Walser, Lettres, op. cit., p. 79.. En 1917, il correspond avec Hermann Hesse. Marcheur infatigable, Walser lui avoue son goût pour la marche et les promenades dans la nature : « Je rentre à l'instant d'une promenade à pied dans la neige à travers le Jura et je suis encore tout rempli de belles impressions et de la chaleur de la marcheRobert Walser, Lettres, op. cit., lettre du 3 décembre 1917, p. 132. ». Dans le même temps, il continue à entretenir une correspondance régulière avec Frieda Mermet qui lui envoie souvent des petits paquets contenant des douceurs, en particulier de la nourriture.

Durant ces années, le malheur frappe deux de ses frères. Ernest, interné à l'asile de Waldau, meurt en 1916 à l'âge de . Hermann se suicide en 1919 à l'âge de Catherine Sauvat, Robert Walser, op. cit., p. 176.. Ces tragédies affectent Robert qui, de son côté, lutte pour se trouver un destin et peine à trouver sa voie d'écrivain, tandis qu'il vit toujours dans des conditions précaires, avec peu de moyens.

À partir de , Robert Walser s'installe à Berne où il obtient un poste de secrétaire aux Archives cantonales bernoises Robert Walser, Lettres, op. cit., p. 207.. Deux ans plus tard, son quotidien s'améliore dès lors qu'il touche sa part d'héritage d'un oncle architecte. Mais ses échecs littéraires successifs l'affligent. Renouant avec la vie citadine dans une grande ville, il change souvent d'adresse. Durant toutes ces années, dans la solitude, il noircit des milliers de pages, éditées en revue ou non, ce qui témoigne de sa volonté acharnée de poursuivre son métier d'écrivain. Au fil du temps, il se retrouve de plus en plus isolé dans son activité d'écriture et seul dans sa vie privée. Sa propre santé mentale se dégrade peu à peu, le laissant en proie à des perturbations qui l'accablent. Renfermé de plus en plus sur lui-même, il souffre notamment d'hallucinations auditives et visuelles. Fin , ses logeuses, deux sœurs, se plaignent auprès de Lisa Walser du comportement très perturbé de leur locataire depuis quelque temps. Prenant cette alerte très au sérieux, Lisa convainc son frère de consulter un psychiatre bien connu de la famille WalserCatherine Sauvat, Robert Walser, op. cit., p. 211.. D'un commun accord, il est décidé que Robert doit effectuer un séjour en un milieu hospitalier fermé. Il est aussitôt interné. Les différentes parties en présence voudraient bien que cet internement soit provisoire. En réalité, il durera jusqu'à la fin de la vie de l'écrivain — soit durant vingt-sept années.

Une vie d'écrivain

Ses premiers poèmes paraissent dans le supplément dominical du journal Der Bund en 1898Robert Walser, Lettres de 1897 à 1949, note biographique de Marion Graf, éditions Zoé, Genève, 2012, p. 24.. À la suite de cette publication, Walser, grâce à l'éditeur et linguiste Franz Blei, entre en contact avec les milieux d'avant-garde de Munich autour de la revue Die Insel. Il y publie des poèmes et de brefs drames en vers qu'il nomme des « dramolets ». Ainsi paraissent Poètes en 1900, Blanche-Neige et Cendrillon en 1901, et Les Garçons en 1902. C'est aux éditions Insel, à Leipzig, que sort son premier livre en 1904 – Les Rédactions de Fritz Kocher (Fritz Kochers Aufsätze). L'ouvrage, malgré un accueil critique favorable, est un échec commercial.

En 1905, Walser s'établit à Berlin, où il loge chez son frère aîné Karl Walser, peintre et décorateur de théâtre, qui illustrera plusieurs de ses livres. En septembre 1905, Walser fréquente une école de domestique, puis s'engage d'octobre à décembre comme laquais au château de Dembrau (Haute-Silésie). De retour à Berlin, grâce aux relations de Karl, il se fait en quelques mois un nom dans les milieux artistiques d'avant-garde. Il est brièvement secrétaire de la Sécession berlinoise. Entre 1907 et 1909, il rédige et publie trois romans chez le prestigieux éditeur Bruno Cassirer : Les Enfants Tanner (Geschwister Tanner) en 1907, L' Homme à tout faire (Der Gehülfe)Également paru en français sous le titre Le commis, éditions Gallimard, 1985. en 1908 et L'Institut Benjamenta (Jakob von Gunten) en 1909. Un recueil des poèmes de jeunesse paraît, également en 1909. Il place régulièrement ses textes dans les revues berlinoises les plus réputées, comme Die Schaubühne, die Neue Rundschau, ou encore Die Zukunft fondée et dirigée par Maximilian Harden. Walser a rassemblé un grand nombre de ces proses dans deux recueils parus en 1913 et 1914: Rédactions (Aufsätze) et Histoires (Geschichten). Quelques-uns des plus grands écrivains de l'époque, Christian Morgenstern, Max Brod, Kurt Tucholsky, Robert Musil et, plus tard, Walter Benjamin, saluent cette œuvre. Le jeune Franz Kafka se dit fasciné, impressionné. Entre 1910 et 1912, les publications se raréfient, Walser se détourne de ses fréquentations et de la vie littéraire, et travaille comme secrétaire auprès de sa logeuse.

Walser fuit Berlin pour s'installer à Bienne en 1913. Les raisons de son retour en Suisse sont mystérieuses. Il l'explique par son besoin de calme et de sérénité pour écrire. Pendant les sept années biennoises, Walser publie neuf livres, essentiellement des recueils de proses brèves ou de nouvelles — Histoires (Geschichten) en 1914, Vie de poète (Poetenleben) en 1917, La Promenade (Der Spaziergang, intégré au recueil Seeland en 1920). En 1921, dès son installation à Berne, Robert Walser adhère à la Société suisse des écrivainsCatherine Sauvat, Robert Walser, op. cit., p. 193.. Il écrit un nouveau roman, Theodor, qu'il ne parvient pas à faire publierRobert Walser, Lettres, note biographique de Marion Graf, op. cit., p. 207.. Depuis, le manuscrit s'est perdu. Même s'il vit en marge de la société en général et de la vie littéraire en particulier, les années 1920 comptent parmi les plus fécondes de l'écrivain. De Berlin à Prague et Zurich, des centaines de ses petites proses, poèmes et scènes dialoguées paraissent sous forme de feuilleton dans la plupart des grands journaux du monde germanophone, notamment le Berliner Tageblatt et la . Durant ces années d'intense productivité, il développe une méthode d'écriture, les « microgrammes ». C'est une écriture microscopique exercée au crayon (de deux millimètres de hauteur environ) qui prend parfois un aspect calligraphique. C'est en faisant usage de cette technique que Walser écrit dans l'été 1925 un roman, Le brigandRobert Walser, Le brigand, postface de Jean Launay, Gallimard, 1994, p. 153. (Der Raüber). Ce manuscrit restera longtemps englouti parmi des centaines de microgrammes. Ce n'est que dans les années 1960 que le roman sera découvert, déchiffré et plus tard publié. Un dernier recueil de proses, La Rose (Die Rose), paraît en 1925. Dans les années qui suivent, Walser poursuit avec intensité son activité d'écriture, noircissant des milliers de pages. Il peut se satisfaire de voir sa prose figurer dans les colonnes littéraires de la presse germanophone mais il demeure désormais sans espoir de publier de nouveaux livres. Longtemps, la grande masse des textes de Walser restera éparpillée ; elle ne sera rassemblée qu'après la mort de l'écrivain.

Internement et fin de vie