François Lehideux, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un industriel et homme politique français.
Biographie Jeunesse François Lehideux est le troisième fils de Jacques Lehideux, banquier et administrateur de sociétés, et de Suzanne Simon-Lorière. Son père est associé depuis 1902 de la Banque Lehideux et Archives nationales du monde du travail, Banque Lehideux et Cie, 1842-1956, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, mai 1927, Archives commerciales de la France, 29 mars 1902, Dossier de la Légion d'honneur de Jacques Lehideux dans la base Léonore, Dossier de la Légion d'honneur de Roger Lehideux (1862-1942) dans la base Léonore, fondée en 1842 par le grand-père de Jacques et dirigée par le frère de ce dernier, Roger Lehideux, oncle de François, président de l'Union syndicale des banquiers de Paris et de la province et vice-président de la Confédération générale du patronat français. Elle est alors . Sa mère est Suzanne Simon-Lorière, issue d'une famille possédant les Ets Marinoni, qui fabriquent des pièces d'imprimerie et dont Jacques Lehideux est administrateur en 1919 puis président en 1923.
Fils d'un père « profondément catholique », François Lehideux est élève dans l’enseignement privé, au collège Sainte-Marie-de-Monceau. Il entre en 1921 à l'École libre des sciences politiques et en sort diplômé en 1924. Il suit aussi parallèlement des études de lettres et de droit.
Il fait partie de 1922 à 1924 des « Équipes sociales », fondées en 1920 et animées par Robert Garric afin de constituer une élite sociale catholique chargée de « former la population ouvrière ». Il rencontre, « au rythme d’une soirée tous les dix jours, un groupe de jeunes ouvriers et employés qui appartenaient à un foyer géré par (l'Œuvre de l'hospitalité de nuit), dont (son) père était administrateurCf. ses mémoires, Annales catholiques, 5 mai 1912 (son père est trésorier de l'Œuvre). La « foi héritée » de François Lehideux « se transforme et s’approfondit » selon ses dires (postface de ses mémoires, ). Et à la fin de vie, il écrit : « J’essayai de rendre ma vie cohérente avec cette foi (catholique). Si je n’y ai pas toujours réussi, j’ai toujours retrouvé en celle-ci la lumière de l’espérance. Mais, quoi qu’il en soit, si je m’efforçais, dans ma vie professionnelle et politique, de chercher dans ma foi le guide et le sens de mon action, ma foi restait, si j’ose dire, une valeur intime, une recherche faite dans le silence de ma conscience pour la détermination de mon action ». ».
Après son service militaire en 1924-25 comme aspirant dans la cavalerie, il est stagiaire dans le monde de la banque (à la Guarantee Trust à Paris, au Crédit lyonnais) avant de rejoindre la banque familiale. Il séjourne en 1926-27 aux États-Unis, où il travaille pour la banque ainsi qu'aux usines Ford à Détroit durant trois semaines, par curiosité, puis en URSS en 1928, selon ses dires.
Parcours chez Renault Le , il épouse Françoise Renault, fille de Fernand Renault et nièce de l'industriel de l'automobile Louis Renault. . En , il entre chez Renault comme adjoint du responsable de l'organisation de la livraison des voitures. Louis Renault lui confie progressivement davantage de responsabilités. Il devient administrateur délégué en 1934.. Lehideux aurait été spécialement chargé de la lutte anti syndicale et anticommuniste au temps du Front populaire. Il aurait ainsi encouragé, à partir de 1936, la création au sein des usines Renault de groupements du Parti populaire français (PPF) et du Parti social français (PSF) et de syndicats chrétiens, pour contrer l'influence et le pouvoir de la CGT. D'après Laurent Dingli (historien et mari de la petite-fille de Louis Renault), qui s'appuie pour cela sur des archives privées de proches collaborateurs de Louis Renault, celui-ci aurait cependant été en désaccord avec la stratégie de François Lehideux et contre l'implantation de ces mouvements au sein de l'usine dont il dénonçait « l'activité dangereuse et combative »Laurent Dingli, « Rejet de l'extrême droite et choix industriels. Une lettre inédite de Louis Renault à François Lehideux », , site louisrenault.com, .. En , avec le préfet de police Langeron, François Lehideux fit évacuer les grévistes chez Renault au motif de Archives Renault carton 18. Favorable à un , il ne réembauche pas des syndicalistes trop politisés, afin de .
Il fréquente des industriels comme Auguste Detœuf, des banquiers comme Jacques Barnaud de la Banque Worms, aspirant alors à un .
De son parcours chez Renault, Laurent Dingli dresse un bilan peu flatteur dans ses ouvrages, affirmant que François Lehideux se serait comporté en autocrate autoritaire lorsqu'il était à la direction de l'usine.
Seconde Guerre mondiale : sous le gouvernement de Vichy En 1939, il est officier dans un régiment d'automitrailleuses, puis travaille dans l'équipe du ministre de l'Armement, Raoul Dautry.
Après la signature de l'armistice en 1940, François Lehideux devient en directeur du Comité d'organisation de l'automobile (COA), un organisme chargé notamment d'aplanir les difficultés et les relations entre autorités allemandes et constructeurs automobiles français.
Toutefois, le contrôle exercé par le COA aurait été limité, puisque 85 % des commandes automobiles passées se serait négocié directement entre le GBK (Generalbevollmächtigte für das Kraftfahrwesen ) et les constructeurs automobiles français.
Le maréchal Pétain nomme François Lehideux commissaire à la lutte contre le chômage en octobre, grâce à ses relations avec Jacques Barnaud, délégué à l'Équipement national en , en charge d'un plan d'équipement national échelonné sur dix ans, puis secrétaire d'État à la Production industrielle, dans le gouvernement de l'amiral François Darlan du , succédant ainsi à Pierre Pucheu. Il conçoit en 1941 avec d'autres jeunes technocrates comme Jacques Benoist-Méchin, Paul Marion, et Jacques Barnaud un vaste plan de reconstruction économique de la France qui serait intégrée à une économie continentale dirigée par l'Allemagne nazie. Ce , approuvé par Darlan et remis à Otto Abetz en , évoque aussi la participation de la France à la , toujours aux côtés de l'Allemagne nazie.Olivier Dard, La synarchie. Le mythe du complot permanent, Perrin, coll. tempus, 2012, . Il est décoré de la Francisque.
Il quitte le gouvernement au retour de Pierre Laval, le , et redevient directeur du COA jusqu’en 1944.
À la Libération À la Libération, Lehideux est arrêté le , inculpé deux jours plus tard d’intelligence avec l’ennemi, emprisonné à la prison de la Santé, puis à Fresnes, le . Il est remis en liberté provisoire le . . .(Selon ses mémoires, Lehideux aurait fait plusieurs infarctus et a été hospitalisé avant sa libération : p. 457). et bénéficie d'un non-lieu de la Haute Cour de justice en , pour insuffisance de charges et faits de résistanceHenry Coston, Dictionnaire de la politique française, , 1972. Voir où sont énumérées les décisions de la Haute cour de justice relatives à l'épuration.Bénédicte Vergez-Chaignon, Vichy en prison : les épurés à Fresnes après la Libération, Gallimard, 2006. : il avait en effet protégé des membres de l'Organisation civile et militaire (OCM). Le capitaine Marc O'Neill, membre du réseau, avait demandé sa libération en 1944 auprès du ministre de l’Intérieur André Le Troquer, pour l’aide que François Lehideux lui avait fournie en l’aidant à faire passer du matériel en zone libre. O'Neill a été à Vichy un protégé de Lehideux : ce dernier l'a fait entrer à la direction des Fabrications du secrétariat d'Etat à la production industrielle puis à son cabinet avant de l'accueillir au COA après . Lehideux lui a servi de boîte aux lettres et de bailleur de fonds lorsqu'O'Neill a rejoint la résistance en Bénédicte Vergez-Chaignon, Les vichysto-résistants de 1940 à nos jours , Perrin, 2008, pp. 522-526 : Lehideux l'aurait connu comme officier en 1939. O'Neill lui aurait fait savoir en 1941 qu'il s'ennuyait dans son poste au Maroc et qu'il souhaitait être affecté à la direction des fabrications. Lehideux a obtenu de Pucheu sa mutation puis l'a proposé en août 1941 pour s'occuper du transport clandestin de matériel de guerre en zone libre. Il aurait ensuite aidé O'Neill et cite des attestations de résistants, notamment d'O'Neill, et d'officiers britanniques (p. 400-414)..
Retour dans l'industrie Après la guerre, François Lehideux devient membre du conseil d'administration de Ford SAF (Société anonyme française, filiale de Ford), en .. Lehideux, lorsqu'il présidait le COA, avait travaillé avec Maurice Dollfus, P-DG de Ford-SAF et défendu les intérêts de cette firme. Après le départ à la retraite de Maurice Dollfus, il est président-directeur général de 1950 à 1953Biographie sur le site des Annales des mines., où il est chargé de redresser les comptes et sans doute contenir les revendications du personnel, alors que Ford SAF connaît des tensions sociales extrêmes, avec un bras de fer entre la direction et la CGTJean-Louis Loubet, Nicolas Hatzfeld, « Poissy : de la CGT à la CFT Histoire d'une usine atypique », dans Vingtième Siècle, Revue d'histoire, 2002/1, n° 73 : Lire en ligne. Il fait développer, sans en avertir les hauts dirigeants américains de la firme, un coupé de luxe à moteur V8, la Ford Comète, sans que le cahier des charges en ait été fixé par la direction américaine de Ford. Lors d'un voyage en France, Henry Ford II découvrira cette voiture avec surprise et agacement, d'autant que les premiers modèles n'ont même pas le logo Ford .. Il marquera son appréciation pour la ligne de la voiture, mais il concevra une rancune tenace envers Lehideux pour l'avoir lancée sans l'approbation du siège et en dépit de toute réflexion industrielle (lourde, chère à produire, pas assez puissante : 68ch SAE, conçue dans l'esprit de François Lehideux pour servir le prestige de Ford France, elle se vendra mal et sera produite à seulement ). Devant ce qu'il ressent comme une insubordination, Henry Ford II décide de se séparer de sa filiale française, d'autant que sa méfiance à l'égard de la politique de la République - avec un Parti communiste très puissant générant des grèves à répétition dans son usine - lui faisaient craindre une nationalisation. Il fait venir deux dirigeants de Dearborn, le siège de l'entreprise, chargés de remettre de l'ordre dans les comptes car Henry Ford II veut mettre fin aux activités de sa filiale française de plus en plus déficitaire. François Lehideux est remplacé par Francis C. Reith et l'usine de Poissy, les modèles de la gamme et ceux à venir seront vendus fin 1954 à bas prix à Simca, jeune constructeur français alors en pleine expansion. Entre-temps, la Comète recevra un moteur plus puissant de 105ch pour tenter de relancer les ventes en , devenant ainsi la Comète Monte Carlo. La voiture restera produite sous la marque Simca jusqu’au printemps 1955 et sa commercialisation finira dans la plus grande discrétion en juillet de la même année, en ayant écoulé les stocks.
Après son passage chez Ford S.A.F., Lehideux devint président-directeur général des Forges et ateliers de Commentry-Oissel jusqu’à la fin des . Il préside de 1959 à 1961 la société Pétro-Fouga et est administrateur de l’entreprise de bâtiments et travaux publics THEG (Travaux hydrauliques et entreprise générale), entreprises toutes deux liées à Commentry-Oissel. Il est aussi administrateur de la société de cimenterie Poliet & Chausson, du motoriste ABG, puis des établissements Tunzini, intégrés à Saint-Gobain en 1965 Ses activités débordent les frontières françaises : il tente en 1957 de se lancer dans l’exploitation du pétrole en Espagne, où il devient vice-président de la société « Autopistas españolasRafael Castro Balaguer, Genesis y transformacion de un modelo de inversion international: el capital frances en la Espana del siglo XX . ».
Liaisons politiques après 1958