thumb|Marcus Garvey en 1924, figure majeure du nationalisme noir aux États-Unis.
Le Black nationalism (Nationalisme noir) est un mouvement social et politique américain né dans les années 1850, alors que l'esclavage des Noirs était encore légal aux États-Unis.
Il est devenu plus populaire avec Marcus Garvey dans les années 1920, un des prémices du mouvement des droits civiques. La Universal Negro Improvement Association and African Communities League de Marcus Garvey était influencée par ses prédécesseurs, Martin Delany, Henry Sylvester-Williams, le et Edward Wilmot Blyden. La UNIA voulait utiliser la force économique afin d'influencer un sentiment communautaire entre les « Africains, qu'ils soient chez eux ou ailleurs » (« those at home and those abroad »).
Proches du mouvement panafricain, certains adhérents du Black nationalism revendiquent la création d'une nation afro-américaine séparée aux États-Unis, d'autres revendiquent le retour en Afrique, et d'autres enfin revendiquent plus simplement un statut spécifique au sein des États-Unis : écoles séparées, quartiers particuliers, entreprises aux effectifs et aux clientèles essentiellement noires.
Fondateurs
Sous le pseudonyme d'Augustine, Lewis Woodson a écrit des lettres entre 1837 et 1841, publiées dans le journal Colored American, qui prônaient des initiatives, indépendantes de la bienveillance des Blancs, visant à créer des institutions propres aux Noirs américains (dont des églises, des écoles et des journaux). Alors que l'esclavage était encore en place, Woodson insistait sur la nécessité de s'organiser afin d'aider la communauté noire une fois l'esclavage aboli — ce qui n'a été fait qu'après la guerre de Sécession (1861-1865) avec le Treizième amendement à la Constitution. Contrairement à d'autres anti-esclavagistes, Woodson n'a jamais milité en faveur d'une émigration vers l'Afrique ou pour une révolte des esclaves. Il a été considéré par l'historien Floyd Miller comme le « père du nationalisme noir »Floyd Miller, « The Father of Black Nationalism », Civil War History, vol. 17, n° 4 (décembre 1971).
Développement
Le développement du nationalisme noir aux États-Unis date essentiellement du début du . Il va s'exprimer à travers diverses organisations, plus ou moins marquées d'influences religieuses.
United Negro Improvement Association
La première grande organisation nationaliste est créée par Marcus Garvey aux États-Unis en 1917. Il s'agit de l’Association universelle pour l’amélioration de la condition nègre (United Negro Improvement Association, UNIA, toujours en activité). La devise de cette association était « Un Dieu ! Un but ! Une destinée ! » (« One God! One aim! One destiny! »). Installé à Harlem au lendemain de la Première Guerre mondiale, de 1918 à 1922, Marcus Garvey est mondialement connu, et prêche pour un retour des noirs en Afrique, seul façon de conquérir l'indépendance.
Son discours politique est étroitement mêlé d'influences religieuses : « Laissons le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob exister pour la race qui croit au Dieu d'Isaac et de Jacob. Nous, les Nègres, croyons au Dieu d'Éthiopie, le Dieu éternel, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, le Dieu de tous les âges. C'est le Dieu auquel nous croyons, et nous l'adorerons à travers les lunettes de l'Éthiopie »Philosophy & Opinions, Marcus Garvey.
En 1921, le révérend James Morris Webb prononce un discours cité par le quotidien conservateur The Daily Gleaner : « Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance ». Garvey reprendra cette prophétie, qui lui sera par la suite attribuée, et qui lui vaut d'être encore considéré comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari.
Moorish Science Temple of America
Une autre organisation ayant eu une certaine importance est le Moorish Science Temple of America (le temple de la science maure d'Amérique), ou Holy temple of moorish science, une organisation religieuse fondée en 1913 à Newark dans le New Jersey, et prétendant être musulmane. En pratique, le groupe est un syncrétisme puisant certaines de ses sources (outre l'islam) dans le bouddhisme, le christianisme, la franc-maçonnerie, le gnosticisme et le taoïsme.
Son principe fondamental est que les Afro-Américains étaient d'ascendance maure, et étaient de ce fait d'origine musulmane.
Le créateur et prophète du groupe était Noble Drew Ali, né Timothy Drew (1886-1929) en Caroline du Nord. Le groupe avait sa propre version du Coran, supposée avoir été perdue par les autres musulmans, et étant la forme véritable du Coran. Le nom donné à ce livre est Holy Koran of the Moorish Science Temple of America, parfois abrégé en Circle Seven Koran.
Ali enseignait que les Maures étaient « asiatiques », et qu'il existait seulement deux peuples sur la planète, les Européens et les Asiatiques. Les peuples de l'Asie, de l'Afrique, et du Pacifique, mais aussi les Latino-américains, et le peuple autochtone des Amériques étaient tous considérés comme « asiatiques » dans des enseignements du Temple. Pour celui-ci, les Européens représentaient « l'individu inférieur » (Satan), chassés de la Mecque par les musulmans asiatiques. En pratique, la nouvelle religion exaltait le nationalisme noir et s'adressait surtout aux Afro-Américains. Marcus Garvey, était particulièrement respecté, du moins après sa célébrité (le Moorish Science Temple a été créé avant l'UNIA).
La pensée politique du groupe était peu développée, mais l'insistance sur la supériorité noire et le destin spécifique des Noirs, les références à Marcus Garvey, font du Moorish Science Temple une organisation nationaliste noire.
Bien que l'organisation elle-même n'ait pas eu un poids très important, elle va avoir une influence intellectuelle déterminante sur ce qui deviendra un des plus importants courants nationalistes noirs aux États-Unis, la Nation of Islam (Nation de l'Islam).
Nation of Islam
La Nation of Islam, ou Lost - found Nation of Islam in North-America, parfois aussi appelée Allah Temple of IslamPage 19 du dossier du FBI sur Wallace Fard Muhammad, rapport du 25/08/1943 est la matrice de quasiment toutes les organisations musulmanes actuelles de la communauté afro-américaine, et a été fondée à Détroit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad. La Nation de l’Islam pense que celui-ci est le Messie (ou le Mahdi) attendu par les musulmans. L’organisation finira même par aller sensiblement plus loin, en le considérant comme Dieu incarné. THE MUSLIM PROGRAM, site officiel de Nation of Islam..
L'organisation développe un discours mélangeant religion, politique et séparatisme radical : L’Islam est la véritable religion de l’homme noir, et est réservée aux Noirs, et en théorie aux autres populations « de couleur ». Selon un discours d’Elijah Muhammad : THE MAKING OF DEVIL, par Elijah Muhammad.. En pratique, il n’y a jamais eu de véritable tentative de la N.O.I. de s’adresser à d’autres groupes ethniques que les Afro-Américains. L’Islam insiste au contraire sur sa vocation universelleBilal ibn Rabah, un ancien esclave d’origine africaine fut ainsi un des premiers compagnons du prophète. C’est en son souvenir que la faction majoritaire de l’ancienne N.O.I. qui évoluera vers le sunnisme prendra pendant un temps le nom de Bilillian Community. Sur la position religieuse de l’Islam sur la question du racisme, voir par exemple le site musulman francophone Ummah.com .. Les Blancs sont une race inférieure, créée par un scientifique noir, du nom de YakubChapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. Voir le chapitre 55., il y a . Ils sont les représentants du diable sur la terre, mais les prophéties annoncent la fin de leur règne. . . Les mariages inter-raciaux sont interdits : THE MUSLIM PROGRAM, texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de la N.O.I.. Volonté de créer un État indépendant noir, par exemple dans le Sud des États-Unis, quitte à organiser un déplacement massif des Noirs vers ce nouveau pays. Point 4 du Muslim program de 1965, toujours en vigueur Site officiel de la N.O.I... Ce projet n’a cependant jamais réellement été soutenu par des initiatives concrètes : Article de Claude Clegg dans le Journal for MultiMedia History, 1998 : ». La participation aux élections est interdite, et les membres refusent de faire leur service militaireEn 1943, encore très petite, Nation of Islam est décrite par un rapport du FBI comme étant pour l’effort de guerre en indiquant . Ce rapport indique aussi que . Rapport du FBI du 10/08/1943. Dossier PDF , ..
L'organisation va connaître une forte croissance à partir des années 1950, assez largement sous l'influence de Malcolm X, jusqu'à compter des dizaines de milliers de membres dans les années 1960.
La majorité des membres vont se rallier à l'Islam sunnite orthodoxe à partir de 1975, sous l'influence du fils et successeur d'Elijah Muhammad, Warith Deen Muhammad. Ce faisant, ils cessent de se réclamer du nationalisme noir. Les partisans de Warith Deen Muhammad San Francisco Chronicle, 28 mars 1985.. Warith Deen Muhammad participera ainsi à une prière œcuménique au congrès américain dans les années 1990, sous la présidence de Bill Clinton. Les communautés relevant de ce mouvement sont ouvertes à toutes les races, même si elles restent en pratique surtout composées d’Afro-AméricainsLe Council on American-Islamic Relations indiquait dans une étude de 2001 sur les mosquées (toutes ethnies confondues) que () mais que (). Ce sont donc 31 % des mosquées américaines qui sont à très forte prédominance afro-américaine, pour une proportion de ce groupe dans les pratiquants (pas forcément des croyants) musulmans aux États-Unis de 30 %. Soit une très forte homogénéité ethnique - .. Une sensibilité communautaire, voire nationaliste, reste donc très présente chez les musulmans noirs sunnites, même si le nationalisme n'est plus officiellement revendiqué. Les membres de cette tendance sont entre 1 et 2 millions aux États-UnisLe Council on American-Islamic Relations indiquait dans une étude de 2001 « Les évaluations d’une population musulmane totale de 6-7 millions en Amérique semblent raisonnables » ( ), mais d’autres études donnent un chiffre moitié moins élevé : 2,8 millions pour le American Jewish Committee (The New-York Times du 25 octobre 2001, P. A16). Par ailleurs, l’étude du Council on American-Islamic Relations indiquait que les Afro-Américains étaient 30 % des personnes participant au culte (plus 3,4 % d’immigrants d’Afrique sub-saharienne) (). Sur un total de 3 à 6 millions de musulmans, on arrive ainsi à un chiffre de 1 à 2 millions de Black muslims, conforme aux estimations souvent données. L’université de Géorgie (États-Unis) donne par exemple le chiffre de 2,1 millions de musulmans afro-américains , tout comme The New York Times dans un article du 28 février 2000 : , et d’autres plutôt 1 million ..
Une minorité des membres de l'ancienne Nation of Islam a refusé l'évolution vers le sunnisme, et l'abandon officiel du nationalisme noir. Ils ont repris en 1981 le nom de Nation of Islam, et sont dirigés depuis cette époque par Louis Farrakhan. Le refus des mariages mixtes et un état séparé sont toujours revendiquésVoir THE MUSLIM PROGRAM, sur le site officiel de la N.O.I.. Cependant, la N.O.I. actuelle ne refuse plus le vote aux élections américaines. Celui-ci est même encouragé : Pour Bio Sketch of the Honorable Minister Louis Farrakhan.. Le nationalisme est donc en pratique réinterprété vers une autonomie culturelle et économique des Noirs, plus que vers leur indépendance politique.
Les « hébreux noirs »