William Wilberforce ( – ) est un homme politique et philanthrope britannique et l'un des meneurs du mouvement abolitionniste. Né à Kingston-upon-Hull dans le Yorkshire, il commence sa carrière politique en 1780 et devient député du Yorkshire de 1784 à 1812. En 1785, sa conversion à l'anglicanisme évangélique modifie profondément ses habitudes de vie et il devient un réformateur convaincu jusqu'à sa mort. En 1787, il entre en contact avec Thomas Clarkson et plusieurs abolitionnistes comme Granville Sharp, Hannah More et Charles Middleton. Ils persuadent Wilberforce de soutenir leur cause et il devient rapidement l'un des abolitionnistes les plus influents de Grande-Bretagne. Il mène la campagne parlementaire contre le commerce des esclaves durant près de 26 ans jusqu'au passage du Slave Trade Act de 1807. Il est proclamé citoyen français par l’Assemblée nationale législative le Décret du 26 août 1792..
Wilberforce demeure convaincu de l'importance de la religion, de la morale et de l'éducation. Il défend des causes et des campagnes comme la Society for Suppression of Vice, le travail des missionnaires britanniques en Inde, la création d'une colonie pour les esclaves affranchis en Sierra Leone, la fondation de la Church Mission Society et la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux qu'il cofonde avec Richard Martin et le pasteur Arthur Broome en 1824.
Vers la fin de sa vie, Wilberforce fait campagne pour l'abolition de l'esclavage et il continue ce combat après avoir démissionné de son siège de député en 1826 à cause de problèmes de santé. Cette campagne débouche sur le Slavery Abolition Act 1833 abolissant l'esclavage dans la plus grande partie de l'Empire britannique ; Wilberforce meut trois jours après le vote de cette loi. Il est inhumé dans l'abbaye de Westminster aux côtés de son ami William Pitt.
Biographie
Jeunesse William Wilberforce est né dans une maison de la rue principale de Hull dans le Yorkshire de l'Est le . Il était le seul fils de Robert Wilberforce (1728-1768), un riche commerçant, et de Elizabeth Bird (1730-1798). Il fut baptisé à Seaton Ross le . Son grand-père William (1690-1776) avait fait fortune dans le commerce maritime avec les pays baltesLe plomb, le coton, les outils et la coutellerie étaient les produits d'exportations principaux de Hull vers les pays baltes et lors du voyage de retour, les navires emportaient du bois, du minerai de fer, de la laine, du chanvre et du vin. Voir . et avait été élu maire de Hull à deux reprises.
thumb|220px|right|Statue de William Wilberforce dans le jardin de sa maison natale à Hull.|alt=Statue dans le jardin gazonné d'une maison en brique. Wilberforce était un enfant de petite taille, à la santé fragile et à la vue basse. En 1767 il commença à suivre les cours de la Hull Grammar School à cette époque dirigée par un jeune et dynamique directeur, Joseph Milner, avec lequel il noua une grande amitié. Wilberforce profita de l'atmosphère encourageante de l'école jusqu'à la mort de son père en 1768. Devant les difficultés financières de sa mère, le jeune Wilberforce âgé de neuf ans fut envoyé chez un oncle prospère possédant des résidences à St. James's et à Wimbledon à l'époque un village à au sud-ouest de Londres. Il étudia dans un pensionnat quelconque à Putney durant deux ans et passa ses vacances à Wimbledon où il s'attacha profondément à ses proches. Il commença à s'intéresser à l'évangélisme sous leur influence, en particulier celle de sa tante Hannah, la sœur du riche marchand chrétien John Thornton, un philanthrope et partisan du prédicateur méthodiste George Whitefield.
La mère et le grand-père de Wilberforce, deux fervents anglicans, s'inquiétaient de ces influences non-conformistes et de son inclination envers l'évangélisme et firent revenir le garçon de douze ans à Hull en 1771. Wilberforce était dévasté par la séparation avec son oncle et sa tante. Sa famille s'opposa à son retour à la Hull Grammar School car le directeur était devenu un méthodiste ; par conséquent, Wilberforce poursuivit sa scolarité à la Pocklington School de 1771 à 1776. Influencé par les scrupules méthodistes, il ne participa initialement pas à la vie sociale animée de Hull mais avec l'affaiblissement de sa ferveur religieuse, il commença à aller au théâtre, aux bals et à jouer aux cartes.
En , à l'âge de 17 ans, Wilberforce alla au St John's College de Cambridge. Les décès de son grand-père et de son oncle respectivement en 1776 et 1777 l'avait laissé avec une petite fortune et il perdit donc sa motivation dans les études. Il commença à mener une vie hédoniste en jouant aux cartes, en pariant et en buvant lors de soirées prolongées même s'il méprisait les excès de certains de ses collègues. Plein d'esprit, généreux et excellent débatteur, Wilberforce devint une figure populaire et il se fit de nombreux amis dont le futur premier ministre, William Pitt. Malgré son train de vie et son manque d'intérêt pour les études, il passa ses examens avec succès et reçut un Bachelor of Arts en 1781 et un Master of Arts en 1788.
Début de carrière parlementaire Wilberforce commença à envisager une carrière politique alors qu'il était à l'université et durant l'été 1779-1780, lui et Pitt assistèrent fréquemment aux débats de la Chambre des communes. Pitt, déjà engagé dans cette voie, encouragea Wilberforce à le rejoindre en obtenant un siège de parlementaire. En , à l'âge de 21 ans et toujours étudiant, Wilberforce fut élu député de Kingston upon Hull en dépensant plus de pour obtenir les votes nécessaires, une pratique courante à l'époque. Libéré de ses obligations financières, Wilberforce siégea en indépendant, résolu à n'être . Parfois critiqué pour son inconstance, il soutint des gouvernements tory et whig suivant les circonstances, travailla en étroite relation avec le parti au pouvoir et vota sur des mesures spécifiques selon leurs mérites. Wilberforce assistait régulièrement aux séances du Parlement mais il continua d'avoir une vie sociale animée en devenant un habitué des Gentlemen's clubs tels que Goostree's et Boodle's à Pall Mall. L'écrivaine et mondaine Madame de Staël le décrivit comme et, selon Georgiana Cavendish, le prince de Galles déclara qu'il irait n'importe où pour entendre Wilberforce chanter. Le chroniqueur et auteur James Boswell fut témoin de l'éloquence de Wilberforce à la Chambre des communes et nota : .
Durant les fréquents changements de gouvernement entre 1781 et 1784, Wilberforce soutint Pitt dans les débats parlementaires et à l'automne 1783, Pitt, Wilberforce et Edward Eliot (qui devint plus tard le beau-frère de Pitt) se rendirent en France pour un voyage d'agrément de six semaines. Après des débuts difficiles à Reims où la police suspecta qu'il s'agissait d'espions anglais, ils visitèrent Paris, rencontrèrent Benjamin Franklin, le général Lafayette, Marie Antoinette et Louis XVI et rejoignirent la cour française au château de Fontainebleau.
Pitt devint premier ministre en et Wilberforce fut un soutien clé de son gouvernement minoritaire. Malgré leur grande amitié, aucun document n'indique que Pitt ait offert un poste ministériel à Wilberforce dans son gouvernement. Cela était peut-être lié au souhait de Wilberforce de rester un député indépendant. Il se pourrait également que ses fréquents retards, sa désorganisation et ses problèmes oculaires chroniques qui l'empêchaient parfois de lire aient convaincu Pitt que son ami n'était pas apte à la fonction. Lorsque le Parlement fut dissous au printemps 1784, Wilberforce décida de se présenter dans le comté du Yorkshire. Le , il fut élu député du Yorkshire à l'âge de 24 ans.
Conversion En , Wilberforce entama un voyage en Europe qui changea sa vie et influença largement sa future carrière. Il voyagea avec sa mère et sa sœur en compagnie d'Isaac Milner, le brillant frère cadet de son ancien professeur, qui était devenu fellow du Queens' College de Cambridge. Ils visitèrent la côte d'Azur tout en participant aux habituels dîners, jeux de cartes et d'argent. En , Wilberforce rentra temporairement au Royaume-Uni pour soutenir la proposition de Pitt pour des réformes parlementaires. Il rejoignit son groupe à Gênes en Italie d'où ils continuèrent leur voyage en Suisse. Milner accompagna Wilberforce en Angleterre et durant le voyage, ils lurent la Naissance et les progrès de la religion dans l'âme de Philip Doddridge, un influent non-conformiste anglais du début du .
thumb|240px|left|William Wilberforce par John Rising, 1790 représenté à l'âge de 29 ans. Le parcours spirituel de Wilberforce semble avoir commencé à cette époque. Il commença à se lever tôt pour lire la Bible, prier et tenir un journal privé. Il entreprit une conversion vers l'évangélisme en regrettant sa vie passée et en promettant de consacrer sa vie future et de travailler au service de Dieu. Sa conversion changea certaines de ses habitudes mais pas sa nature : il resta en apparence joyeux, intéressé, respectueux et poussa avec tact les autres vers sa nouvelle foi. À l'intérieur, il subit une lutte déchirante et devint profondément auto-critique, toujours en train de douter de sa foi, de sa vanité et de ses relations avec les autres.
À l'époque, l'enthousiasme religieux était considéré comme une transgression sociale et était stigmatisée dans la société. Les évangéliques des classes supérieures, comme Sir Richard Hill, le député méthodiste de Shropshire et Selina Hastings étaient tournés en ridicule et la conversion de Wilberforce le poussa à se demander s'il devait poursuivre sa vie sociale. Wilberforce chercha les conseils de John Newton, un influent pasteur anglican évangéliste et recteur de l'église St Mary Woolnoth de la Cité de Londres. Newton et Pitt conseillèrent à Wilberforce de rester en politique et il se résolut à le faire . Par la suite, ses vues politiques furent influencées par sa foi et son désir de promouvoir le christianisme et les éthiques chrétiennes dans la vie privée et publique. Ses vues étaient souvent profondément conservatrices, opposées aux changements radicaux dans l'ordre politique et social et se concentraient sur des questions comme l'observation du Sabbat et l'éradication de l'immoralité à travers l'éducation et des réformes. En conséquence, il était souvent considéré avec méfiance par les voix progressives du fait de son conservatisme et avec suspicion par de nombreux tories qui voyaient les évangéliques comme des radicaux souhaitant le renversement de l'église et de l'Etat.
En 1786, Wilberforce acheta une maison à Old Palace Yard à Westminster pour être à proximité du Parlement. Il commença à utiliser sa position de parlementaire pour introduire une loi d'enregistrement proposant des changements limités aux procédures d'élection au Parlement. Il défendit une loi élargissant les cas autorisant la dissection des criminels exécutés comme les violeurs, les pyromanes et les voleurs. La loi préconisait également la réduction des peines pour les femmes convaincues de trahison, un crime qui comprenait à l'époque le meurtre de son mari. La Chambre des Communes vota les deux lois mais elles furent rejetées à la Chambre des lords.
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