Vladimir Vladimirovitch Nabokov ( ) est un écrivain américain d'origine russe né le à Saint-Pétersbourg (Russie) et mort le à Lausanne (Suisse).
Romancier, nouvelliste, poète, mais aussi traducteur et critique littéraire, Vladimir Nabokov est considéré comme l'un des auteurs les plus importants de la littérature du . Encensé de son vivant aussi bien par la critique que par le public, ses livres sont traduits dans le monde entier et se sont vendus à plusieurs dizaines de millions d'exemplaires. Une grande partie de sa célébrité est due à son roman Lolita, qui provoqua censure et scandale à sa sortie en 1955, régulièrement cité comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature moderne.
Issu d'une famille cultivée et libérale de l'aristocratie pétersbourgeoise, contrainte de fuir la révolution russe, Nabokov séjourne d'abord en Europe dans l'entre-deux-guerres, où il publie ses premiers romans en russe, puis s'installe durablement aux États-Unis à partir de 1940. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il enseigne la littérature européenne dans plusieurs universités, avant de connaître un succès international avec Lolita. Au sommet de sa gloire, l'écrivain termine sa vie dans un palace, sur les rives du Léman, sans cesser d'écrire et de publier.
Parfaitement trilingue (russe, anglais et français), Nabokov publie tout d'abord des nouvelles et romans dans sa langue maternelle. Machenka (1926), La Défense Loujine (1930), Le Guetteur (1930) ou Le Don (1938) évoquent, au travers d'histoires imaginaires, son déracinement forcé, la mélancolie de l'exil ou le quotidien de la communauté russe émigrée en Allemagne. La deuxième partie de sa carrière d'écrivain, en anglais, accentue ses obsessions pour le déplacement, les paysages et les souvenirs d'une enfance idéalisée, à jamais perdue. Outre Lolita, Nabokov publie d'autres ouvrages importants, dont Feu pâle (1962) et Ada ou l'Ardeur (1969), monument littéraire et apogée du style de l'écrivain. Il est aussi l'auteur de plusieurs traductions, dont celle en anglais dEugène Onéguine de Pouchkine, ainsi que d'une autobiographie intitulée Autres rivages (1951).
Biographie vignette|upright=0.8|La maison natale de Vladimir Nabokov.
Famille Nabokov La famille Nabokov fait partie de la noblesse russe. S'appuyant sur les dires d'un cousin généalogiste, Vladimir Nabokov fait remonter le passé de sa famille à Nabok Murza, un prince tatar russifié qui a vécu à la fin du .. Depuis le , la famille s'est illustrée au service de l'Empire russe. Le grand-père paternel de l'écrivain, Dimitri Nikolaïevitch Nabokov, est ministre de la Justice d'Alexandre II puis d'Alexandre III, et son père, Vladimir Dmitrievitch Nabokov, est un professeur de droit, criminologue et homme politique libéral connu, membre fondateur du Parti constitutionnel démocratique, élu à la première Douma d'État de l'Empire russe. Le père est un opposant à l'autocratie, il est d'ailleurs arrêté quelques semaines après l'. Après la révolution de Février 1917, il est ministre sans portefeuille dans le gouvernement Alexandre Kerensky.
La mère de l'écrivain, Eléna Ivanovna (née Roukavichnikov) (1876-1939) est issue d'une richissime famille de propriétaires terriensC'est d'ailleurs elle qui est propriétaire de plusieurs des maisons familiales.. En 1916, après la mort de son unique oncle maternel Vassili (), le futur écrivain, âgé de seulement , hérite – au grand dam de son père – d'une fortune colossaleSelon une note de Brian Boyd (Op. cit. ), le comptable du jeune Nabokov estime alors sa fortune à deux millions de livres sterling., dont il ne profite que pendant quelques mois.
Vladimir est l'aîné d'une fratrie de cinq enfants : un frère, Serge, né en , deux sœurs : Olga, née en , et Elena, en , et le benjamin, Kirill, né en .
Enfance
VladimirL'écrivain faillit se prénommer « Viktor » par la faute de l'archiprêtre officiant lors de son baptême selon le rite orthodoxe. (Autres rivages, chapitre I). Vladimirovitch naît le .L'écrivain revient à plusieurs reprises — en particulier dans l'avant-propos dAutres rivages — sur la confusion longtemps vivante dans son esprit entre l'âge du siècle et le sien propre, et explique ainsi les nombreux changements de date entre la première version de son autobiographie et les versions ultérieures, corrigées. au cœur de Saint-PétersbourgLa maison familiale est un hôtel particulier situé au 47 de la rue Bolchaïa Morskaïa. Aujourd'hui, transformée en musée elle abrite quelques souvenirs de l'écrivain., vit une enfance heureuse dans un milieu très aisé et reçoit une solide éducation.
Dès l'âge de , il parle l'anglais et apprend le français, aidé par (, , , , Mademoiselle O, etc.) et .
Dans Autres rivages, Nabokov rapporte : et La famille demeure dans son hôtel particulier de la rue Bolchaïa Morskaïa, dans un des quartiers les plus élégants de la capitale. Elle passe ses vacances au château de Rojdestveno ou à Biarritz sur la côte atlantique.
En , Vladimir et son frère Serge font leur entrée à l'école Tenichev, une école privée ouverte à tous, mais l'une des plus chères de l'empire russe.
Vers 1912, le professeur Mstislav Doboujinski est engagé pour donner à Vladimir des cours particuliers de dessin. Ils ont beaucoup en commun, notamment la passion des papillons, bien que pour Doboujinski elle soit passagère, alors que Nabokov la gardera tout au long de sa vie. Le souci du détail, le sens du comique et l'attachement au passé sont également les points qu'ils partagent et qui se retrouvent renforcés chez Nabokov sous l’influence de son mentor..
Exils La révolution d'Octobre 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks poussent les Nabokov à l'exil. Vladimir Nabokov quitte définitivement Pétrograd le . La famille fuit d'abord vers le sud et s'installe quelque temps en Crimée. Le , elle embarque pour Athènes et parvient à Marseille. De là, elle traverse la France pour Le Havre et elle embarque pour le Royaume-Uni, où vit une importante communauté de russes exilés. De 1919 à 1923, Vladimir étudie d'abord brièvement l'ichtyologie avant de se tourner définitivement vers les lettres françaises et russes au Trinity College, à Cambridge. En 1923, diplômé de l'université de Cambridge, il s'installe à Berlin, grand carrefour d'immigration russe.
Il publie quelques nouvelles et poèmes dans le journal émigré Roul dès 1921, donne des cours d'anglais, de tennis, fait de la traduction, de la figuration de cinéma, un peu de théâtre, des échecs, compose des mots croisés en russe.. L'assassinat de son père par les monarchistes russes Piotr Chabelski-Bork et Sergueï Taboritski puis la montée du nazisme poussent Nabokov (qui a épousé Véra Slonim, elle-même juive et avec qui il a un fils, Dimitri) à quitter l'Allemagne en 1936 pour s'installer à Paris.
Les premières œuvres de Nabokov sont toutes écrites en russe, Nabokov n'ayant jamais maîtrisé l'allemand. Son premier roman, Machenka (1926), lui vaut un début de célébrité parmi les émigrés russes. Publié en 1928, Roi, Dame, Valet et la traduction allemande de Machenka rétablissent un peu la situation financière difficile des Nabokov, qui peuvent s'offrir des vacances dans les Pyrénées. Avec La Défense Loujine, Nabokov devient un écrivain de renom. Certains de ses textes sont déjà traduits. Ainsi, Chambre obscure paraît en français en 1934.
Son œuvre russe s'achève avec Le Don, un roman sur la création littéraire.
L'écrivain russe devient américain Nabokov quitte définitivement Berlin le . Il séjourne d'abord à Bruxelles, puis à Paris, mais il fait de nombreux voyages à Cambridge, Prague, en différents lieux de la Côte d'Azur. Il espère s'installer comme professeur de russe en Angleterre, mais le projet ne se concrétise pas. Nabokov vit alors dans un très grand dénuement : il ne peut travailler en France et n'obtient une carte d'identité qu'un an plus tard. Il écrit cependant en français la nouvelle Mademoiselle O, ainsi qu'un essai sur Alexandre Pouchkine.
Les Nabokov émigrent aux États-Unis le . sur le Champlain.
En 1941, Nabokov écrit pour la première fois un roman en anglais intitulé La Vraie Vie de Sebastian Knight — ce qui marque un tournant majeur dans sa carrière d'écrivain. Son style est dès lors totalement abouti et le livre lui-même peut être présenté comme un manifeste de son travail.
Nabokov enseigne ensuite à l'université Cornell. Il est naturalisé américain en 1945. En 1946, l'écrivain propose sa candidature pour le poste de président du département de russe à Vassar College, mais n'obtient pas le poste en raison de son tempérament et de son rapport au canon littéraire, jugé trop « prima-donna » par les professeurs d'alors. La publication d’Autres rivages, un récit de ses souvenirs d'enfance, lui vaut une première reconnaissance littéraire aux États-Unis.
La consécration Lolita La consécration vient ensuite avec le succès de Lolita en 1955. Le roman fait scandale ; refusé par les éditeurs américains, il est publié à Paris par Olympia Press, que dirige Maurice Girodias. L'année suivante le livre est interdit en France par décision du ministre de l'Intérieur avec vingt-quatre autres livres publiés par Girodias, malgré l'accueil très favorable de la critique française ; l'interdiction sera levée par le Tribunal Administratif en . Cette année-là, le roman paraît pour la première fois aux États-Unis et devient bientôt un best-seller mondial. Le livre est adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1962, puis de nouveau par Adrian Lyne en 1997. Dans Lolita, Humbert Humbert, "pédophile" suisse, manipule et agresse Dolores Haze, jeune américaine de 12 ans qu’il décrit comme une « nymphette ». Émaillé de références à Annabel Lee d'Edgar Allan Poe, Lolita est aussi une description passionnée des États-Unis et un chef-d'œuvre de poésie en prose.
Nabokov publie ensuite Feu pâle (1961), autre texte majeur, dont la construction autour de trois histoires imbriquées constitue une remarquable mise en abyme.
Installation en Suisse En 1961, il s'installe en Suisse, sur la Riviera vaudoise, dans un grand hôtel de MontreuxArticle du Figaro consacré à l'installation de Nabokov à Montreux., le Montreux Palace Hôtel, où il demeure jusqu'à sa mort. Il adapte alors ses premiers romans en russe dans des versions anglaises, souvent avec le soutien de son fils Dmitri, et surveille leurs traductions dans plusieurs autres langues.
Il travaille de longues années à Ada ou l'Ardeur, son dernier roman. Œuvre monumentale décrivant l'amour entre Van Veen et sa sœur Ada, dans un univers fantasmé rappelant la Russie de la jeunesse de l'auteur, il est avec Lolita le roman le plus poétiquement érotique de Nabokov. Lors de son passage à l'émission Apostrophes du , l'auteur comparait ainsi ses deux héroïnes : « Non, Ada et Lolita ne sont nullement cousines. Dans le monde de mon imagination, car l'Amérique de Lolita est au fond aussi imaginaire que celle où vit Ada – les deux fillettes appartiennent à des classes différentes – et à des niveaux intellectuels différents. J'ai parlé de la première des deux, la plus molle, la plus frêle, la plus gentille peut-être, parce qu'Ada n'est pas gentille du tout. Et j'ai parlé de l'abîme du temps qui sépare Humbert de Lolita. Par contre, le bon lecteur dAda ne trouvera rien de particulièrement morbide ou rare dans le cas d'un garçon de quatorze ans qui s'amourache d'une fillette compagne de ses jeux. Ils iront trop loin, certes, ces deux adolescents, et le fait qu'ils soient frère et sœur va créer par la suite des difficultés que le moraliste prévoit. ».
Avec Ada, il atteint le sommet de sa célébrité. Les deux romans suivants, La Transparence des choses (1972) et Regarde, regarde les arlequins ! (1974), rencontrent un succès très limité. Pendant cette période, il continue de travailler à ses traductions, notamment à celle d'''Ada en français. Il entreprend aussi un nouveau roman, L'Original de Laura, qu'il n'aura pas le temps de terminer.
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