Le Nonius () est une race de chevaux carrossiers et de selle originaire de la Hongrie sous l'empire d'Autriche, née au haras de Mezőhegyes. Il tient son nom de son père fondateur, Nonius Senior, un étalon normand. Originellement élevée pour servir d'animal de trait léger et de cheval utilitaire pour l'armée austro-hongroise, la race attire de nombreux commentaires et gagne un prix d'excellence lors d'expositions au . La motorisation la cantonne à l'usage agricole au , puis ses effectifs s'effondrent durant l'époque communiste. Désormais, le Nonius est surtout élevé en préservation.

Il existe historiquement deux types de Nonius, un grand et un petit. La robe est le plus souvent noire, bai-brun ou baie, la taille varie de à . Le modèle du Nonius est très homogène, avec une encolure épaisse et une tête légèrement busquée, une croupe puissante et des membres solides de cheval d'attelage. Rompu pendant des décennies aux travaux fermiers, il dispose d'un caractère facile, qui a permis sa reconversion comme cheval de loisir. Il est utilisé pour l'agriculture, et surtout l'attelage, qui forme sa discipline de prédilection. La majorité des Nonius répertoriés en Hongrie en 2023 se trouve désormais à Hortobágy, Mezőhegyes n'étant plus le principal centre d'élevage. Quelques centaines d'individus sont disséminés dans des haras en Europe centrale et Europe de l'Est. Malgré cette bonne diffusion, le Nonius reste culturellement méconnu en dehors de la Hongrie.

Dénomination et sources D'après l'écrivain Giacomo Giammatteo, le nom de cette race de chevaux s'écrit avec une initiale en majuscule, car elle est nommée d'après un nom propre, celui de l'étalon fondateur Nonius.. Le nom local hongrois de cette race de chevaux est .

La recherche scientifique sur la race Nonius est relativement rare. Ces recherches portent notamment sur sa durée de gestation, sur sa distance génétique avec d'autres races de chevaux, et sur la structure de la population spécifique élevée au haras national d'Izvin, en Roumanie.

Histoire vignette|gauche|Attelage hongrois de quatre chevaux noirs à Budapest, 1872 (la race des animaux n'est pas précisée).

L'élevage de chevaux a toujours représenté une facette importante de la culture hongroise.. Au , la Hongrie, alors sous l'empire d'Autriche, domine cet élevage en Europe. Le haras d'État de la famille royale de Hongrie et de la cour impériale des Habsbourg est créé en 1784 à Mezőhegyes, dans le but de répondre à la demande en chevaux remplissant des rôles variés. Le respect de ces exigences conduit à développer à Mezőhegyes plusieurs races et souches de chevaux à partir des mêmes juments : le Gidrán, le Furioso, et le Nonius, qui est le plus lourd. Les rôles et la popularité du Nonius sont affectés par des périodes de bouleversements sociaux et politiques.

Nonius Senior vignette|Nonius Senior, d'après une gravure de Kozma Ferencn réalisée à partir d'un tableau de Julius von Blaas.

La race Nonius est en partie d'origine française. Elle tient son nom de son étalon fondateur, dont les descendants mâles portent depuis le nom : Nonius Senior. Il naît en 1810, dans le Calvados. ou au dépôt d'étalons national du Bec-Hellouin dans l'Eure, en Normandie. Fils d'un Pur-sang ou demi-sang nommé Orion et d'une robuste jument normande, Nonius est vraisemblablement à 3/8 Pur-sang, et appartient à la race Anglo-normande. Si les informations à propos de sa ville natale et de sa lignée diffèrent selon les sources, il est toutefois certain qu'il a des origines Pur-sang. Il a peut-être aussi des origines par le trotteur Norfolk, car ce type de croisement se pratique en Normandie à l'époque.

Il est capturé au haras français de Rosières-aux-Salines, soit en 1812 par un général hongrois séduit par sa couleur de robe, soit par les Autrichiens en 1814 ou 1815, quoi qu'il en soit pendant les guerres napoléoniennes. Il est amené à Mezőhegyes en 1816.

Bien que poulain, il soit considéré « affreux » et qu'aucune source ne le décrive comme bien conformé, parvenu à maturité, cet étalon bai atteint la taille respectable de (16 mains 3/4) ou (selon l'autrice tchèque Helena Kholová). S'il possède tous les traits de conformation qui lui sont attribués (la liste a des lacunes importantes), c'est un étalon au dos long, aux mauvais aplombs et aux épaules droites. Les qualités de ses descendants suggèrent qu'il possède une grosse tête très simple, .. Nonius a d'abord peu servi comme étalon reproducteur à Mezőhegyes, jusqu'à ce que sa progéniture commence à montrer une endurance et une puissance rares, qui associées à une conformation massive et un tempérament assidu au travail, font le bonheur des exploitants agricoles hongrois.

Nonius est alors croisé à des juments de différentes origines : espagnoles, lipizzanes, arabes, turkmènes, et diverses autres races hongroises, dont l'influence se ressent encore de nos jours. À l'époque, ses compagnons de haras à Mezőhegyes sont des chevaux à la mode hispano-napolitaine, descendants de la souche arabo-hongroise. Nonius Senior fait 22 (ou 16 selon Judith Draper) années de service comme étalon reproducteur, et meurt vraisemblablement en 1838 (1832 selon Elwyn Hartley Edwards, ce qui est contradictoire avec les sources d'époque). Il a servi une jumenterie très variée, mais tous ses poulains lui ressemblent, présentant une robe baie ou noire avec peu de marques blanches. Quinze des fils de Nonius sont devenus des étalons reproducteurs, sur ses 79 poulains et 122 pouliches.

Fixation de la race thumb|Un « cheval hongrois », probablement un Nonius, sur une lithographie de 1898.|alt=Lithographie en couleurs montrant un cheval noir assez lourd vu de profil. Le Nonius devient un cheval de selle lourd et d'attelage d'artillerie, prisé par l'armée hongroise. Présent en grand nombre dans les départements de Békés et de Csongrád, il se répand dans d'autres régions. Le maréchal de Marmont, duc de Raguse, visite en 1834 les haras militaires de Mezőhegyes, témoignant que . Il parle d'un grand nombre de chevaux d'espèce et de taille engendrés avec des juments d'origine arabe, .. Au contraire, le comte Achille de Montendre évoque en 1840 la de la race, dotée d'une peau épaisse, d'une grosse tête busquée, de petits yeux et de genoux de veaux.. Le Nonius est officiellement reconnu comme race en 1840.

Le prince de Lobkowitz, qui en 1854 prend la tête de Mezőhegyes, souligne l'importance à fixer le type des chevaux, donc à obtenir les caractéristiques d'une race d'animaux génétiquement homogènes. Cet objectif est atteint par des croisements consanguins, Nonius ayant sailli ses propres filles. C'est en partie un échec : sur les 33 poulains nés de croisements père-fille, 11 sont morts et seulement deux poulinières ont été considérées de qualité, pour un seul étalon. En 1865, des croisements avec des étalons Arabe et Pur-sang sont introduits parmi les descendantes femelles de Nonius Senior, dans l'espoir de corriger un manque d'équilibre et d'élégance chez la race.

Développement jusqu'au début du vignette|gauche|Possible Nonius monté par un cavalier hongrois à Hortobágy en 1935.|alt=Photos noir et blanc de cavaliers en habits hongrois traditionnels En 1861 et dans les années qui suivent, en raison d'apports de sang Pur-sang, deux types de la race commencent à se distinguer : le plus grand utilisé dans l'agriculture, et le type léger, plus petit, pour l'attelage et l'équitation. Les juments sont distinguées en fonction de leur masse corporelle.

Exposition universelle de 1867 Lors de l'exposition universelle de 1867, le haras de Mezőhegyes est représenté par Nonius III, un cheval que le président du jury international Michel Chevalier décrit comme par sa ressemblance avec l'ancienne race normande. Plusieurs Français témoignent de leur satisfaction que cette race se soit conservée pendant cinquante ans dans l'état où elle existait en Normandie en 1815. L'agronome français Guy de Charnacé décrit au contraire très négativement la race, en particulier le second Nonius présenté à cette exposition, nommé Revolver III :

La notice publiée par le ministère de la guerre d’Autriche indique que dans le haras de Mezőhegyes, parmi les 800 juments poulinières, il y en a 200 qui descendent de l’étalon normand Nonius, introduit en 1815. Du reste, les soins apportés à la race s'expliquent par son aptitude à fournir d'excellents chevaux de guerre d'une force et d'une solidité rares, des chevaux d'attelage, ou bien par le croisement avec des chevaux Pur-sang d'une taille élevée, des chevaux de luxe..

Des années 1870 aux années 1930 En 1870, la race compte étalons reproducteurs et juments poulinières enregistrés, tous descendants de Nonius Senior. Six Nonius sont présentés à l'exposition universelle de Vienne en 1873..

Dès 1885, le Nonius est utilisé non seulement dans Mezőhegyes, mais aussi à Hortobágy. En 1900, la qualité militaire et l'apparence utilitaire modeste de ces chevaux valent à la race le titre de , décerné à l'Exposition universelle de Paris.

En 1934, pendant le Congrès International d'Agriculture de Budapest, Gukovik Milan décrit la réduction de trois défauts majeurs reprochés au Nonius (sa grosse tête allongée, son dos parfois faible, et sa tendance à l'embonpoint) grâce aux croisements opérés avec le Pur-sang et l'Arabe.. À la fin des années 1930, six Nonius (deux étalons et quatre juments) sont emmenés vers la ferme d'expérimentation américaine de Miles City, dans le Montana, pour des tests d'élevage..

De la Seconde Guerre mondiale à nos jours vignette|Statues de poulains joueurs à Hortobágy.|alt=Statues de poulains jouant entre eux Les avancées en technologies militaires pendant la Seconde Guerre mondiale ôtant à ces chevaux l'une de leurs fonctions, ils sont ensuite réemployés à l'agriculture. La collectivisation et la mécanisation de l'agriculture hongroise durant la période communiste conduisent aussi à une réduction drastique des effectifs, renforcée par le fait que l'équitation est considérée comme un sport « bourgeois ».

Les dommages infligés aux biens et aux fournitures ont fait souffrir l'élevage de Mezőhegyes. En 1947, il ne reste que 52 juments dans la région, aussi la race Nonius frôle l'extinction. Depuis 1948, le Nonius se développe dans le haras national de Debrecen situé à Hortobágy, de manière tout aussi importante qu'à Mezőhegyes : une variété locale plus lourde y émerge. En 1954, le nombre de juments remonte à 120 à Mezőhegyes, qui est progressivement reconstruit durant les années 1960.. En 1960, la base génétique Nonius de Mezőhegyes est en reconstitution, les chercheurs I. Ócsag et Á. Csete soulignant que les croisements passés avec le Pur-sang n'ont pas permis d'éliminer les défauts de conformation chez la race, mais que le croisement avec l'Arabe donne des résultats intéressants.. En 1961, les deux variétés locales de la race sont fusionnées. Le Nonius devient alors un type.

Durant les années 1970, des expériences de croisement du Nonius avec des Trotteurs et des Pur-sangs montrent une réduction de la circonférence du canon, du poids, et du tour de taille des chevaux croisés.. Les tentatives visant à faire naître des chevaux de sport avec les Nonius restants échouent en grande partie, mais au cours des années 1970, l'attelage de compétition émerge en sport populaire pour lequel les Nonius peuvent exceller. Le Nonius se fait donc connaître comme cheval d'attelage, la plupart des concours sur ayant été remportés par des équipages de Nonius venus de Mezőhegyes.

En 1989, l'association nationale des éleveurs de Nonius est formée, dans le but de préserver les chevaux en race pure. Le Nonius est alors la plus nombreuse et la mieux établie des races hongroises.. En 2000, Mezöhegyes, lieu de naissance du Nonius et d'autres races de chevaux, est inscrit sur la liste indicative de l'UNESCO comme ..