Jean-Pierre Jaussaud, né le à Caen et mort le à Hérouville-Saint-Clair., est un pilote automobile français Fichiers des décès. Il a notamment remporté à deux reprises les 24 heures du Mans, la première fois, en 1978 avec Didier Pironi, au volant d’une Renault Alpine A442B. La seconde victoire remonte à 1980, avec Jean Rondeau et la Rondeau M379.
Biographie
Jean-Pierre Gérard Jaussaud nait le à Caen. Il est le fils d'un épicier caennais, Gérard Joseph Louis Jules Jaussaud, qui deviendra également directeur de l'entreprise Dumond & Jaussaud, négociant en vin et épicier en gros. Au cours de son enfance, il se passionne pour la vitesse en apprenant à conduire la Citroën 5 CV "Trèfle" de son père sur les pistes de l'aéroport de Caen-Carpiquet. Dans les années 1950, le jeune Jean-Pierre se rend régulièrement sur le circuit de la Prairie à Caen pour observer de nombreux pilotes comme Stirling Moss, son pilote fétiche, Maurice Trintignant ou encore Jean Behra. Désireux de suivre leurs traces, Jean-Pierre Jaussaud effectue de nombreuses sessions de conduite sur un karting, apprenant ainsi les rudiments de la conduite sportive. Il évoquera ses souvenirs de la conduite d'un karting après sa victoire au Mans après un court essai d'un 125 à boîte sur le circuit de karting de Thiverval. Écouter vignette|Jean-Perre Jaussaud Circuit karting de Thiverval 19 novembre 1978 Très à l'aise avec la mécanique, il obtient de son père, à 20 ans, la responsabilité du parc camions de l'entreprise.. Il gère également la fabrication des bouchons pour les bouteilles de vin de retour de consigne.
Une occasion s'est présentée et a conforté sa passion naissante. Il fut demandé à son père le prêt d'un camion et une remorque pour aller chercher une voiture de course à l'aéroport de Saint-Gatien près de Deauville (une AC Bristol, une monoplace de l'époque). Jean-Pierre Jaussaud se porte alors volontaire. Il la remorque à la sortie de l'avion mais, sur le chemin du retour vers Caen, il ne peut s'empêcher de s'arrêter et de se mettre au volant. La voiture appartenait au pilote Horace Gould qui, lui, courait sur une Maserati.
En 1962, Jean-Pierre Jaussaud tombe par hasard sur la toute nouvelle revue spécialisée Sport Auto, ce qui le replonge aussitôt dans ses rêves. Dans les pages du magazine, il découvre que le pilote anglais Jim Russell proposait des stages de pilotage. Il emprunte de l'argent à son frère et à sa secrétaire pour pouvoir s'inscrire. Jean-Pierre Jaussaud part en Angleterre avec son ami de karting, Jean-Claude Pallis, et découvre l'objet de ses rêves, une monoplace Lotus 18 qu'il peut alors piloter.
Ainsi, Jean-Pierre Jaussaud commence le sport automobile à 25 ans. Il a suivi les cours de pilotage de l'école de Jim Russell sur le circuit de Snetterton, dans le Norfolk. Après une brève prise en main, il se trouve être plus rapide que les moniteurs sur le circuit anglais. À la même époque, à l’initiative de Jean Bernigaud, créateur du premier circuit de Magny-Cours dans la Nièvre, l’école de Jim Russell crée une filière française, dotée du Volant Shell. Sur ce nouveau tracé, Jean-Pierre Jaussaud est là aussi le plus rapide des 300 prétendants au Volant Shell qu'il remporte en 1963 face à sept finalistes dont Alain Serpaggi et Jean-Paul Behra, le fils de Jean. Au préalable, l’ordre de passage est tiré au sort et quand Jean-Pierre Jaussaud apprend qu’on lui attribuait le , son numéro porte-bonheur, il dit aux autres : Parmi les membres du jury, il y avait Jo Schlesser. Le caennais part alors comme un « dératé ». On lui racontera plus tard que dès le premier virage à gauche, Schlesser a refermé son cahier en disant : « Pas la peine… c’est lui ! ». Avec cette victoire, le Normand gagne une Formule 3 Cooper BMC, considérée comme l'une des meilleures voitures de compétition en 1964 (il la détruit rapidement sur le circuit de Monaco), et sa place en championnat de France de Formule 3..
Jean-Pierre Jaussaud rejoint ensuite l'équipe Matra en 1965, et commence alors la tournée des circuits en Europe et en Amérique du sud en compagnie de Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo et Johnny Servoz-Gavin (tous deviendront pilotes de Formule 1, sauf Jaussaud). Il aura eu cinq occasions d'accéder à la catégorie reine au cours de sa carrière mais celles-ci ne se sont jamais concrétisées. Elles constitueront un éternel regret pour Jean-Pierre Jaussaud.
Le , lors des essais préliminaires des 24 Heures du Mans, Jean-Pierre Jaussaud est témoin de l'accident mortel de son équipier Roby Weber, qui venait de lui emprunter sa Matra 630 à moteur BRM. Jean-Pierre Jaussaud restera trois ans dans l'écurie de Jean-Luc Lagardère avant de la quitter. En effet, Matra, qui lance son programme en Formule 1 en 1968, décide de renoncer à la Formule 3 mais aussi de "dégraisser" ses effectifs. Dans un premier temps, Johnny Servoz Gavin, décevant en 1967 et un peu trop fantasque, est écarté de l'équipe. Henri Pescarolo rejoint Jean-Pierre Beltoise en Formule 2, alors qu'un unique programme de mise au point du prototype 630 est proposé à Jean-Pierre Jaussaud. Frustré, il décide de quitter Matra, ce qui sera le tournant de sa carrière. Entre-temps, Johnny Servoz Gavin, qui s'est racheté une conduite en assurant la mise au point du prototype 630 et en remportant quelques succès à son volant, est appelé à remplacer Jackie Stewart, blessé, pour le Grand Prix de Monaco. Déjà en 1967, à l'issue d'une course de Formule 2 à Crystal Palace au volant d'une Matra de Ken Tyrrell, le pilote grenoblois avait été approché par Bruce McLaren. Celui-ci lui proposait le volant d'une de ses Formule 1 pour 1968 si Denny Hulme ne pouvait casser son contrat avec Brabham.
De son côté, toujours en 1968, Jean-Pierre Jaussaud remporte le Grand Prix de Monaco de Formule 3 au volant d'une Tecno, devant Peter Gethin, Ronnie Peterson et François Cevert. Cette victoire ne lui ouvre cependant pas les portes de la Formule 1 par la suite. Quelques mois plus tard, à Monza, il est victime d'un grave accident où il est éjecté de sa Formule 2 qui part en tonneaux et s’enflamme. À noter que de 1968 à 1970, Jean-Pierre Jaussaud a remporté trois fois consécutivement la Coupe de Pâques, à Nogaro, avec sa Tecno 68-3 Ford. En 1970, il décroche enfin le titre de champion de France de Formule 3, toujours au volant d'une Tecno avec un nouveau venu dans le sport auto, le "Meubles Arnold Team", du nom d'un fabricant de meubles de Phalsbourg.
En 1971, Jean-Pierre Jaussaud effectue une saison complète en Formule 2 au sein du « Shell Arnold Team » qui engageait des March. L'année suivante, il pilote une Brabham privée et se bat avec Mike Hailwood pour le titre européen de Formule 2, ce dernier finissant par l'emporter. En 1973, Jean-Pierre Jaussaud arrête les courses de monoplaces et se lance en endurance. À partir de 1976, il est engagé par Gérard Larrousse pour intégrer l'équipe Renault Sport. Après deux ans, Jean-Pierre Jaussaud et son équipier Didier Pironi remportent les 24 Heures du Mans, en ayant parcouru 5 044,530 km à une vitesse moyenne de plus de 210 km/h. Pour Jaussaud, le domptage de la suralimentation ne posait pas de problèmes car il réaccélérait tôt, mais progressivement, ce qui laissait au turbo le temps de « répondre » à la sollicitation. Alliant fougue et expérience, l’équipage Jaussaud-Pironi démontre le potentiel de l’Alpine A442B face aux redoutables Porsche et remporte une éclatante et importante victoire médiatique. Après une course “sans histoire” aux avant-postes, l'Alpine A442B n'étant jamais positionnée plus loin que au classement provisoire, l'équipage Pironi-Jaussaud prend la tête à la heure de course, remplaçant l'Alpine de Depailler-Jabouille qui a été contrainte à l’abandon sur ennui mécanique. Ils ne quittent plus la première place et franchissent la ligne d'arrivée en vainqueurs à 16h00 le dimanche . Lorsque Jean-Pierre Jaussaud s'est retrouvé en tête devant la Porsche 936 de Jacky Ickx, beaucoup de responsabilités reposaient sur ses épaules. Initialement, c'était Jean-Pierre Jabouille et Patrick Depailler qui devaient gagner la course. Leur Alpine Renault A443 était plus puissante. Il était prévu qu'il prenne le dernier relais mais il trouvait que la boîte de vitesses craquait. Il était tellement inquiet qu'il en parla à Gérard Larrousse, le directeur de Renault Sport. Celui-ci demanda alors à Didier Pironi s’il avait entendu ces craquements. Le pilote francilien lui répondit que non et reprit le volant, ce qu'il n’aurait jamais dû faire car il était extrêmement fatigué et avait perdu . Épuisé et déshydraté, Didier Pironi s’évanouira même avant de rejoindre le podium où l’attendait Jean-Pierre Jaussaud. Au moment où est entonnée La Marseillaise par les milliers de spectateurs présents, le champion normand fond en larmes. Sa victoire est de nouveau célébrée quelques jours plus tard sur les Champs-Élysées à Paris lorsqu'il y défile au volant de son bolide.
thumb|right|La Rondeau M379B à moteur Ford Cosworth DFV/Mader V8 à 90° 4V DOHC de , avec laquelle Jean Rondeau et Jean-Pierre Jaussaud ont remporté les 24 Heures du Mans 1980. Ils ont parcouru à de moyenne en partant de la sur la grille. Cette voiture développait pour une vitesse maximale de . En 1979, Jean-Pierre Jaussaud remporte le titre de champion de France des voitures de production avec une Triumph Dolomite. "Sa course préférée" reste celle de Pau en , avec la Triumph Dolomite du Team Elvia Air Inter qu'il formait avec René Metge. Il n'en termine que deuxième mais a réalisé une remontée incroyable et tout en glisse, ce qui faisait se lever tous les spectateurs de la tribune Foch à chacun de ses passages. Cette même année, Jean-Pierre Jaussaud dispute à Nogaro, au volant d'une Surtees TS20, la manche française du Championnat de Grande-Bretagne de Formule 1 AFX qui mettait aux prises des Formule 1 de seconde main. Tel un lot de consolation, cette course de Formule 1, hors championnat du monde, est la seule à laquelle il a pris part au cours de sa carrière. Elle se termine cependant prématurément par un accrochage en course.
En 1980, Jean-Pierre Jaussaud est pilote d'essais pour Renault en Formule 1. Cette année-là, faisant équipe avec le pilote-constructeur manceau Jean Rondeau, il gagne de nouveau les du Mans. thumb|right|La version civile de la replique du Mitsubishi PX 33, basée sur le Pajero, que pilotait Papy Jaussaud au Dakar 1989. thumb|La Ferrari 333 SP de Michel Ferté que Jean-Pierre Jaussaud a essayée en 1997 sur le circuit Bugatti, à l’occasion d’une grande fête organisée par Éric et Laurence Jaussaud. En 1982, il prend part au rallye Paris-Dakar à bord d'une Mercedes Classe G et finit sur le podium dès sa première participation. Ce n’est cependant pas son premier engagement en rallye-raid puisqu’il avait piloté une Renault Rodéo 4x4 en 1979, puis une Classe G en 1982, déjà. Par la suite, il continue à participer à la fameuse course créée par Thierry Sabine avec Mercedes de 1984 à 1987, puis avec une Lada Niva du Team Poch en 1988, et un Mitsubishi PX 33 en 1989. En 1991 et 1992, c’est au volant d’un camion du constructeur japonais Hino qu’il se présente sur la ligne de départ à Paris. Par ailleurs, il a participé à des rallyes tout-terrain avec un buggy en 1989.