Marcellin Berthelot (parfois orthographié MarcelinLa graphie Marcelin avec un seul « l » est courante. Elle figure notamment sur son état civil reconstitué (vue 121), l'acte de naissance de Berthelot ayant disparu lors des incendies de la Commune en 1871. On ne peut que se référer aux éditions originales de ses œuvres. Sa thèse de doctorat, parue en 1854, porte le nom de Marcellin Berthelot (avec deux l). La Bibliothèque nationale de France adopte elle aussi la graphie « Marcellin » Berthelot. En revanche, dans le livre 1851–1901 : Cinquantenaire scientifique de Berthelot (1902), figure une photographie de la médaille commémorative remise à Berthelot au cours d'une cérémonie à la Sorbonne le 24 novembre 1901 et portant la mention « Marcelin Berthelot ».), né le à Paris et mort le dans la même ville, est un chimiste, physico-chimiste, biologiste, épistémologue et homme politique français. À la suite de sa participation à l'effort de guerre de 1870 contre l'Allemagne, il est élu sénateur, puis nommé ministre des Affaires étrangères et ministre de l'Instruction publique. En politique, il soutient l'investissement dans les nouvelles technologies et l'aide aux populations paysannes et ouvrières. Il s'intéresse également à la philosophie et à l'histoire des sciences en Orient.
Biographie thumb|Berthelot au milieu de la Commission des explosifs (Bruyères de Sèvres). thumb|Berthelot dans son laboratoire de Meudon. thumb|Berthelot posant, photo intitulée « M. Berthelot prenant une mesure électrique ». thumb|« L'usine électrique » de Berthelot, Meudon. thumb|Cultures expérimentales de Meudon. Études : sciences et humanités Pierre Eugène Marcellin Berthelot naît à Paris dans une maison située au coin de la rue du Mouton (absorbée dans l'actuelle place de l'Hôtel-de-Ville) et de l'ancienne place de GrèveRevue illustrée, janvier 1902.. Son père, Jacques-Martin Berthelot, est médecin et un républicain convaincu, qui se dévoue sans compter lors de l'épidémie de choléra de 1832 et pour aider les blessés sur les barricades.. Berthelot fait de brillantes études en pension au lycée et intègre à dix ans seulement. Il excelle entre autres en histoire et en philosophie (prix d'honneur de philosophie au concours général). Il étudiera longtemps la philologie et la philosophie orientale au Collège de France en compagnie de Renan notamment..
L'influence du « pacte » avec Renan et de son mariage avec une Breguet Berthelot fait la connaissance de Renan au lycée ; celui-ci avait quitté le séminaire et travaillait dans cet établissement comme maître d'études ; ils nouèrent une amitié qui devait durer jusqu'à la mort« Berthelot acheta une bible hébraïque, qui est encore, je crois, non coupée dans sa bibliothèque. Je dois dire qu'il n'alla pas beaucoup au-delà des shevas ; le laboratoire me fit bientôt une concurrence victorieuse. » Ernest Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse.. Leurs correspondances publiées après la mort de Berthelot évoquent les nombreuses oppositions de religieux, mais également des ligues d'extrême-droite auxquels ils durent faire face.. Marcellin Berthelot et Renan s'étaient engagés l'un vis-à-vis de l'autre de ne pas faire de grande école à l'inverse des intellectuels de l'époque, ils effectuent donc des études l'un à la Sorbonne (Renan), l'autre à la Faculté des sciences de Paris et à la Faculté de pharmacie (Berthelot). Ce choix correspond pour Berthelot à la nécessité de ne pas être contraint par des manières formatées de pensée, problème de ses contemporains qu'il développe longuement dans son ouvrage Science et morale. Dans la même logique, au moment où il fut reçu à l'Académie, il refusa de porter l'habit d'académicien. Sa volonté de donner tous ses brevets non seulement à l'État mais à l'humanité répond à cette logique.. On peut remarquer qu'aucun de ses fils ne décida de présenter le concours d'une grande école..
Il se marie avec Sophie Niaudet, nièce de Louis Breguet, qui avait été éduquée par sa mère de manière extrêmement stricte en suivant des principes issus du calvinisme. La famille Breguet, suisse d'origine, était en effet calviniste depuis le . Sophie inculqua les valeurs de la pensée calviniste à ses enfants et ses idées eurent une influence importante sur son mari.
Il étudie ensuite à la faculté des sciences de Paris. Très jeune, il devient l'ami de Joseph Bertrand, de Victor Hugo et de la famille Clemenceau..
Un élève de Dumas et Balard Marcellin Berthelot commence vraiment ses recherches dans le laboratoire privé de Théophile-Jules Pelouze, où il peut expérimenter à sa guise. Il entre au Collège de France en 1851, comme préparateur d'Antoine-Jérôme Balard. Comme plusieurs autres chimistes de son temps, il étudie les composés organiques de nature complexe. Il obtient son doctorat en 1854, à l'âge de , avec une thèse sur la structure et la synthèse des graisses et sur les combinaisons du glycérol avec les acides.
Il continue ses fructueuses recherches sur les synthèses organiques. À la suite d'une série d'articles sur le glucose, parus en 1859 et remarqués par Jean-Baptiste Dumas, il est nommé la même année professeur à l'École supérieure de pharmacie.. Le , il est élu à l'Académie nationale de pharmacieNotice « Marcellin Berthelot » sur le site de l'Académie nationale de pharmacie.. Six ans plus tard, en 1865, sur recommandation de Balard, il devient professeur de chimie organique au Collège de France, avec une chaire spécialement créée à son intention. Il enseigne également à l'École pratique des hautes études, établissement dont il avait soutenu la création avec Renan (son fils André Berthelot en sera plus tard le directeur adjoint, dans un tout autre registre puisqu'il sera professeur d'histoire et philosophie anciennes). Outre la chimie, le domaine de ses intérêts était extrêmement large, englobant les médicaments, les explosifs (travaux qui l'ont conduit à devenir président de la Société des explosifs) et la physiologie végétale.
Travaux sur l'histoire et la philosophie des sciences en Orient Berthelot était aussi vivement intéressé par l'histoire et la philosophie orientale et particulièrement par la philosophie et l'histoire des sciences en Asie et au Moyen-Orient : comme le rappelle André-Jean Festugière, . Berthelot épouse une descendante des Breguet et des Venture de Paradis, Sophie Niaudet, ce qui le rapproche des Venture de Paradis, une fameuse lignée de diplomates et d'interprètes, spécialistes de l'Orient (notamment au service de , puis de Bonaparte).
Ces travaux visent notamment à appréhender la manière dont d'autres civilisations ont développé des analyses des « lois naturelles » chères au projet de recherche de Berthelot.
À partir de 1869, année durant laquelle l'inauguration du canal de Suez lui fait visiter l’Égypte, il se passionne pour les textes anciens sur l'alchimie dans l'Antiquité et sur les alchimistes du Moyen Âge, étudiant les sources hermétiques chaldéennes, juives, gnostiques et islamiques.
Il apprend le sanskrit et étudie les Védas auprès de l'orientaliste Eugène Burnouf, qui enseigne alors au Collège de France.. Ces diverses recherches débouchent sur Les Origines de l'alchimie (1885) puis sur Introduction à l'étude de la chimie des anciens et du Moyen Âge (1889), ouvrages qui se fondent sur la lecture et la traduction de nombreux textes anciens grecs, syriaques et arabesFestugière André-Jean. 73–74. Berthelot (M.) Les Origines de l'alchimie. Nouveau tirage — Introduction à l'étude de la chimie des Anciens et du Moyen Âge. Nouveau tirage, Revue des études grecques, 1939, vol. 52, , ..
Il effectue la première traduction des ouvrages d'Abu Musa Jâbir ibn Hayyân Al-Azdi (أبو موسى جابر بن حيان الأزدي) : le Livre du Royaume, le Livre de l'Équilibre et le Livre de Mercure oriental<ref>Pierre Lory, Dix traités d'alchimie de Jâbir ibn Hayyân — Les dix premiers Traités du Livre des Soixante-dix. Textes traduits et présentés, Paris, Sindbad, 1983, réédité avec une mise à jour en 1996 par Actes-Sud.</ref>.
Avec d'autres académiciens, il lance par souscription l'édition d'une encyclopédie..
Engagement patriotique puis politique Le , lors du déclenchement de la guerre franco-allemande, profondément patriote, Berthelot demande à participer à l'effort de guerre et est nommé au Comité scientifique de défense. Il est alors membre puis président du comité consultatif du Service des poudres et salpêtres de France, puis président de la Commission des substances explosives. Il encadre la fabrication des canons et expérimente de nouvelles formules de poudre. Il est également chargé d'établir les correspondances entre Paris investi et la province.
En 1871, les listes de candidats aux élections législatives sont établies par les journaux ou par des comités restreints ; aussi bien les journaux que les comités agissent de leur propre initiative, sans mandats. Les personnes portées sur ces listes sans leur accord ont la possibilité de se retirer par voie de presse. Berthelot figure sur les listes proposées par quatre journaux alors que, comme le rappelle Alain Corbin, il ne s'est pas présenté Biographie sur le site du Sénat, avant 1889 : .Jean Marie Mayeur, Alain Corbin, Arlette Schweitz, Les Immortels du Sénat, 1875-1918, Presses de la Sorbonne, 1995, .. Il arrive en , avec Jean Jacques, Berthelot 1827–1907, autopsie d'un mythe, Paris, Belin, 1987, .Voir le site du Sénat, fiche de Marcellin Berthelot (section sénateurs de la République), Marcellin Berthelot n'a jamais posé sa candidature à cette élection. et n'est donc pas élu. Il accepte de maintenir sa candidature afin de continuer son travail avec les comités auprès desquels il s'était engagé. Il est nommé inspecteur général de l'instruction publique en 1876. En , il devient sénateur inamovible.
En 1883, il fait connaître au grand public le rapport sur une mission confiée à Joseph-Charles d'Almeida par le Gouvernement de la Défense dont l'objet était d'établir des communications entre la province et ParisRapport sur une mission confiée à Mr Charles d'Almeida par le Gouvernement de la Défense Nationale pour établir des communications entre la Province et Paris, Imprimerie Deslis Frères et Cie, 6 rue Gambetta Tours, 1913 côte Bibliothèque Historique de la Ville de Paris..
Dès son élection au Sénat, il prononce plusieurs discours contre les coupes dans le domaine de la santé publique. Il prône une politique interventionniste afin d'aider les paysans et les ouvriers vivant dans des situations difficilesLettres à monsieur Brelay, paru dans Le Monde économique, 18 avril, 8 mai, 5 juin 1897, publié Vilfredo Pareto, Œuvres complètes : , Mythes et idéologies, Librairie Droz, 1984, ou Vilfredo Pareto, Lettres d'Italie, éd. di Storia e Letteratura, 1973, .. Il combat pour la laïcisation des enseignements et la réforme de l'enseignement (il sera notamment favorable à l'École pratique des hautes études aux côtés de Renan et de Pasteur). Il occupera deux fonctions ministérielles importantes : ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts, du au , dans le gouvernement René Goblet ; ministre des Affaires étrangères, du au , dans le gouvernement Léon Bourgeois.
Il entre dans le comité de direction de La Grande Encyclopédie, où il prend la relève de Ferdinand-Camille Dreyfus pour les treize derniers volumes.