C’est ainsi que Thucydide, historien grec du rapporte les périodes les plus anciennes de la présence phénicienne en Sicile, d’abord sous forme de relations commerciales, ensuite sous forme d’établissements stables.

Déjà avant les Phéniciens, dans le courant du , l’île était le point de destination des Levantins qui, concurremment ou parallèlement aux populations égéennes, sillonnaient les routes de la Méditerranée occidentale. À la fin du , parmi les populations habitant la côte syro-palestinienne, émerge le peuple phénicien, différencié par rapport aux civilisations environnantes, et des villes telles que Byblos, Sidon et Tyr s’affirment comme des puissances marchandes en créant les prémices d’un phénomène historique très large connu comme la diaspora méditerranéenne phénicienne.

La colonisation thumb|250px|paysage caractéristique de Sicile En ce qui concerne la première phase de fréquentation des côtes siciliennes par les Phéniciens, clairement évoquée par Thucydide, les indices sont bien faibles. Mais le manque de traces substantielles de cette présence, en Sicile comme ailleurs en Méditerranée, peut être considérée comme le reflet des finalités exclusivement commerciales de ces voyages maritimes, au moins au début.

Au cours du , les évènements politiques qui secouent les cités phéniciennes d’Orient – Tyr en particulier – d’un côté, l’infiltration pressante et capillaire des Grecs en Occident de l’autre poussèrent les Phéniciens à fonder des établissements durables à des endroits-clés du point de vue stratégique et commercial.

Aux premiers emporia marchands destinés aux relations avec les indigènes se substituent donc, dans le courant du , en Sicile comme en Sardaigne, en Espagne et en Afrique du Nord, de véritables cités qui transposent en Occident les caractéristiques principales des établissements typique de la Phénicie en privilégiant les îles voisines de la côte et les promontoires qui offrent diverses possibilités d’accostage et qui sont facilement défendables.

Ces caractéristiques sont présentes même dans les fondations phéniciennes les plus anciennes de Sicile, Motyé, Solonte et Palerme, concentrées à la pointe occidentale de l’île et qui, contrairement aux colonies grecques, semblent répondre à des buts éminemment commerciaux plutôt qu’au contrôle et à l’exploitation agricole des territoires de l'intérieur. C’est précisément cette finalité différente qui détermina les rapports pacifiques entre les Puniques (terme latin qui désigne les populations d’origine phénicienne transplantées en Occident) et les Grecs, du moins jusqu’au milieu du

À partir de cette date, l’intervention carthaginoise en Sicile voulant contrer les visées expansionnistes des principales cités sicéliotes et leur politique anti-punique, modifia les équilibres et le cadre politique de l’île. Bien qu’elle n’exerçât pas un contrôle politique sur les centres phéniciens qui conservèrent leur autonomie, Carthage en préserva, à plusieurs reprises, les intérêts territoriaux et commerciaux ; l’entreprise du général carthaginois Malchus vers 550 av. J.-C. à qui l’on doit le renforcement des positions phéniciennes en Sicile, entraîna en effet l’intervention constante de Carthage dans le destin de l’île.

La tentative du spartiate Dorieus, en 510, de fonder un centre grec en territoire punique fut repoussée facilement, mais en 480 l’armée carthaginoise sous le commandement d’Hamilcar subit une grave défaite près d’Himère, face à une coalition d’Agrigente et de Syracuse. Une fois stabilisées les positions puniques et grecques, sans conséquences d’un point de vue territorial pour les premières, Carthage n’intervint plus en Sicile jusqu’en 409, année où elle dut venir au secours des Elymes de Ségeste, traditionnellement alliés des Puniques, contre les menaces des Sélinontins. Sélinonte et Himère furent alors détruites ainsi qu’Agrigente, plus tard, en 406, le tout suivi de la conquête et la « punicisation » de leurs territoires. Mais la consolidation du pouvoir de Denys de Syracuse dont l’ambitieux projet était d’étendre la domination grecque sur toute la Sicile, conduisit après huit années de paix à un nouveau conflit armé durant lequel les principaux centres puniques de l’île furent détruits. Après la chute de Motyé en 397, le nouveau point d’appui punique en Sicile occidentale fut la cité de Lilybée construite sur Cap Boeo, tandis que le centre habité de Solonte, après la destruction de la ville en 396, fut déplacé de sa localisation primitive, encore incertaine, au sommet du Mont Catalfano ; on ne sait rien du sort de Palerme dont le faciès punique nous est rendu presque exclusivement à travers les vestiges de ses espaces funéraires. Après la mort de Denys en 367, les équilibres entre les zones d’influences puniques, qui comprenaient désormais toute la Sicile occidentale et une partie de la Sicile centrale, et les zones sous contrôle grec se rétablirent. Le vit en plusieurs occasions Carthage en lutte contre Syracuse. C’est dans cette contexte de politique anti-punique menée par Syracuse que se situe l’intervention de Pyrrhus en 276 à qui l’on doit la conquête de tous les centres puniques à l’exception de Lilybée. La perte définitive de la Sicile par Carthage eut lieu à la fin de la première guerre punique, même si, lors du second conflit avec Rome, la métropole africaine put compter sur l’appui de partis philo-puniques encore actifs dans certaines villes sicéliotes. Malgré la réduction de l’île en province romaine, on peut encore reconnaître la persistance de la culture punique sur le plan linguistique, religieux et figuratif jusqu’au au moins, signe de la vitalité d’une tradition fortement implantée, stratifiée, et essentiellement autonome.

Les établissements Des trois centres phéniciens mentionnés par Thucydide, celui de Motyé est, jusqu’à présent, le mieux connu car après sa destruction il n’a pas subi de modifications ou de réoccupations importantes.

La ville se développe sur un îlot d’environ 45 ha, au centre d’une zone lagunaire appelée « Stagnone », en face du littoral qui relie Trapani à Marsala. Fondée dans le courant du comme les plus anciennes trouvailles l’ont démontré, Motyé fut un « emporion » florissant jusqu’à sa destruction en 397. Après cette date, une partie de ses habitants se déplaça sur la terre ferme où ils fondèrent la ville de Lilybée sur le promontoire du même nom.

On n’a pas encore identifié de manière absolue le site originel de Solonte. En fait la cité archaïque fut entièrement détruite en 395 par Denys et les survivants s’installèrent sur le mont Catalfano à environ à l’est de Palerme pour y construire une ville caractérisée par un urbanisme à plan régulier de type grec. Parmi les sites proposés autrefois pour la localisation de la cité de Thucydide, on peut signaler celui de Pizzo Cannita, au centre de l’arrière-pays, près duquel en 1695 et en 1725, on retrouva deux sarcophages anthropoïdes de type phénicien à l’intérieur de chambres funéraires à hypogée. Toutefois, pour des motifs chronologiques et topographiques, le centre de Pizzo Cannita, même compris dans la sphère d’influence punique, ne peut en aucune façon coïncider avec la Solonte archaïque qu’il faut plutôt localiser le long de la côte. En effet, sur le promontoire de Solonte, les vestiges d’un habitat punique archaïque, antérieur à celui de Pizzo Cannita, ont été récemment mis au jour, ainsi qu’une zone cimétériale avec les tombes du caractérisées par un matériel punique associé à de la céramique d’importation grecque.

Sur la topographie de la Palerme antique, qui se trouve sous la ville moderne, nous possédons d’importantes indications provenant des sources historiques qui indiquent l’existence d’un premier habitat plus ancien (« Paleapolis ») et d’un développement postérieur de celui-ci en direction de la mer (« Neapolis »). Délimitée à l’est et à l’ouest par deux fleuves (le Kemonia et le Papireto), Palerme – en grec « Panormos » – était dotée d’un vaste port, élément fondamental dans le rôle stratégique et militaire assumé par la ville en tant que point d’appui côtier punique en Sicile nord-occidentale. C’est précisément sa position-clé dans le système défensif carthaginois qui provoqua le siège de Pyrrhus, l’acharnement de la conquête des Romains et leur résistance aux tentatives de reconquête carthaginoise.

Des traces d’occupation remontant aux sont également présentes au Monte Pellegrino, un promontoire dominant la ville identifiée avec le « Eirkte » sur lequel, selon l’historien Polybe, le général carthaginois Hamilcar s’installa pendant trois ans durant la première guerre punique. La ville de Lilybée, l’actuel Marsala, fondée dans le courant du , après la destruction de Motyé, constituait une place forte maritime capable de résister à l’attaque des Grecs et des Romains grâce à un système de fortifications qui entourait ses flancs internes, et à ses trois ports qui la protégeaient sur la mer. Conquise par les Romains lors de la première guerre punique, elle devint municipe sous Auguste puis colonie sous Septime Sévère, avant d’être détruite par les Vandales en 440 apr. J.C.

Outre ces villes de fondation phénicienne ou punique, il existe en Sicile d’autres centres d’antique fréquentation phénicienne, tels Éryx, ou punicisée, c’est-à-dire liés à la culture punique à la suite de la conquête carthaginoise à la fin du , tels Sélinonte ou Monte Adranone. La présence phénicienne et punique dans l’Eryx élyme est liée au sanctuaire d’Astarte Erycine (déesse phénicienne assimilée à la grecque Aphrodite et à la romaine Vénus), toujours renommé à l’époque romaine. Objet de contestation entre les Grecs et les Carthaginois dès le à cause de sa position stratégique et de son débouché sur la mer avec le port de Drepanon, Eryx resta sous contrôle carthaginois jusqu’en , époque où elle fut conquise par les Romains.

Sélinonte passa sous domination punique, comme Himère et Agrigente, au cours du conflit qui, à la fin du , vit s’affronter les cités grecques de Sicile centrale et occidentale et les Carthaginois. Après l’occupation de la ville en , un quartier d’habitation punique s’installa sur l’acropole grecque et resta en activité jusqu'à la première guerre punique quand les habitants furent déportés à Lilybée.

La présence punique à Monte Adranone à partir du s’inscrit dans une stratégie de contrôle territorial ; cet établissement fortifié protégeait le fleuve Halykos qui constituait la ligne de partage entre les zones qui étaient désormais dans l’orbite de Carthage et la Sicile grecque. Centre indigène, hellénisé par Sélinonte au il passa sous contrôle carthaginois après la destruction de la ville grecque en 409 et y resta jusqu’au moment de la conquête romaine de la Sicile.

Urbanisme et architecture thumb|250px|left|Reconstitution de l'entrée du cothon de Motyé On retrouve les témoignages architecturaux les plus anciens à Motyé et ils concernent les aires cultuelles et funéraires situées à la périphérie du noyau habité dont on ne connaît par l’extension, du moins pour l’époque archaïque.

L’implantation urbaine est caractérisée par deux secteurs aux dispositions planimétriques différentes, reliés par une route annulaire : dans la partie centrale, occupé par des quartiers d’habitation, se développe un réseau de rues qui se croisent perpendiculairement : le long de la côte, les édifices et installations aux fonctions essentiellement artisanales comme les ateliers de potiers ou des aires destinés au travail de la pourpre sont toujours orientés selon la ligne côtière. Ces deux schémas différents coexistent au moins depuis le et pourraient refléter des différences chronologiques d’implantation avec une antériorité pour celle de la côte, inspirée par ailleurs des modèles urbanistiques orientaux.