ou , né vers 496-505 et mort en 548, est un roi des Francs.
Thibert est essentiellement connu par l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours, mais il est également présent dans plusieurs chroniques et documents du . Il est jugé plutôt positivement par les historiens.
Il est le fils du roi Thierry qui règne sur l'Auvergne, le Limousin et les parties orientales de l'ancien royaume de Clovis (Cologne, Metz, Reims et Trèves). Pour le compte de son père, il met en déroute les Danois en 515, tente de prendre la Septimanie aux Wisigoths en 533 et seconde ses oncles Childebert et Clotaire lors de la conquête de la Burgondie en 534. Arrivé au pouvoir à la mort de son père, il choisit comme résidence principale la ville de Trèves. Il est adopté par Childebert et tente avec celui-ci d'éliminer Clotaire, mais sans succès.
Thibert tire parti de la guerre que se livrent en Italie les Ostrogoths et l'Empire romain d'Orient. Les rois francs obtiennent ainsi en 536 la cession de la Provence par les Ostrogoths contre l'envoi de troupes. Il pille le territoire italien en 539. Enfin, lors d'une seconde incursion en 548, les armées de Thibert s'emparent de plusieurs villes du nord du pays.
Contrairement aux autres rois francs de son époque, il est très influencé par la culture romaine et entretient de bonnes relations avec le clergé catholique. Il est également le premier roi germanique à faire frapper des pièces d'or à son nom.
Contexte
Les sources Thibert ou ThéodebertPar faute de consensus entre les historiens et pour homogénéiser les noms des rois mérovingiens, c’est la forme la plus simple ou la plus commune du prénom qui se trouve en début des articles. Ainsi « Clovis » est préféré à « Chlodowig », « Clotilde » est préférée à « Chrodielde », « Chilpéric » est préféré à « Kilperich », « Mérovée » est préféré à « Merowig », « Thierry » est préféré à « Théodoric », « Thibert » est préféré à « Théodebert » et « Thibaut » est préféré à « Théodebald ». Pour la dynastie des « Thi », Thierry/Théodoric, son fils Thibert/Théodebert et son petit-fils Thibaut/Théodebald la majorité des historiens utilisent Thierry plutôt que Théodoric (qu'ils réservent au roi Goth du même nom), mais choisissent plutôt Théodebert que Thibert. Quant à Thibaut/Théodebald la répartition est plus mitigée. (en germanique Thiodoberkht : ou Theuthbert : signifiant « Brillant dans le peuple » : ) est principalement connu grâce à l’Histoire des Francs de l'évêque Grégoire de Tours (538/539-594) finalisée à l'été 591. Il le mentionne également dans deux autres de ses ouvrages La Gloire des confesseurs et Le Livre des martyrs. Thibert apparaît plus marginalement dans d'autres chroniques : la première addition de 548 à la Chronique de Marcellin (), l’Histoire de Rome (vers 552) de Jordanès (), l’Histoire des Goths (554) de Procope de Césarée (vers 500-vers 560), les Histoires (579) d'Agathias (vers 530-579/582), la Chronique (581) de Marius d'Avenches (vers 530-593) et l’Histoire des Lombards (fin ) de Paul Diacre (vers 725-vers 797). Il est également mentionné dans cinq poèmes de Venance Fortunat (vers 535-vers 600), par des conciles mérovingiens (535 et 538) et par la Vie de Dalmas de Rodez ().. Deux lettres que Thibert envoie à l'empereur Justinien et une lettre envoyée au roi par l'évêque Aurélien d'Arles sont également conservées dans le recueil des Lettres austrasiennes...
Le poète Venance Fortunat dresse de lui un portrait flatteur. Dans un poème adressé à la princesse Berthovère, il indique que Thibert a . Dans un poème adressé au roi Sigebert, il compare ce dernier à Thibert par sa clémence et sa bonté. Ce caractère est corroboré par Grégoire de Tours. L'évêque le dit en effet et qu'il fut un roi qui se . Marius d'Avenches confirme qu'il est un . Le juriste Agathias indique qu'il est et qu'il .
L'historien Robert Latouche conclut que Thibert a . L'historien Ernest Lavisse écrit qu'il fut . L'historien et journaliste Roger-Xavier Lantéri avoue que Thibert est possédant un . L'historien Bruno Dumézil parle de lui comme . Le professeur Pierre Riché indique qu'il est . Pour l'historien belge Godefroid Kurth, est . L'écrivain Georges Bordonove évoque lui plutôt un .
Le philologue américain Albert Stanburrough Cook pense que Thibert et son père Thierry ou Théodoric sont les modèles des personnages de Wolfdietrich et de Hugdietrich de l'épopée en moyen haut allemand Wolfdietrich. Selon Godefroid Kurth, Hugdietrich est la forme allemande de Théodoric le Hugue. Huga ou Hugo est dès le , le nom sous lequel la poésie germanique désigne les Francs.
Les débuts du royaume des Francs au thumb|gauche|upright=1.2|alt=Carte de Gaule de 511.|La Gaule en 511, après le partage du royaume des Francs entre les fils de Clovis.
À partir de 407, plusieurs peuples germaniques pénètrent en Gaule et s'y installent. Les Wisigoths fondent un royaume en Aquitaine et en Espagne, les Burgondes et les Alamans s'établissent, eux, le long du Rhin. D'autres peuples, comme les Saxons, les Thuringiens et les Bavarois choisissent de rester en Germanie. En 443, les Burgondes s'installent en Savoie puis étendent leur royaume jusqu'à Lyon et la Durance. En 489, les Ostrogoths s'emparent, eux, de l'Italie.
Vers 432-435, le roi des Francs Clodion traverse la forêt Charbonnière et s'empare de Tournai, de Cambrai, d'Arras et réduit tout le pays des environs jusqu'à la Somme. En 486, Clovis, l'un des arrière-petits-fils de Clodion, s'empare de la Gaule du nord jusqu'à la Loire. Il unit ensuite tous les royaumes francs puis bat les Alamans en 506 qui doivent alors chercher protection auprès des Ostrogoths d'Italie. En 507, Clovis bat et tue le roi des Wisigoths et s'empare de l'Aquitaine. En 498 ou 499, Clovis décide également de se faire baptiser et devient ainsi le premier roi germanique catholique.
Biographie
Jeunesse et premières campagnes Thibert (ou Théodebert), né vers 496-505, est le fils du prince Thierry et l'aîné des petits-enfants du roi Clovis.. En 511, à la mort de Clovis, ses quatre fils survivants, Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire se partagent son royaume tandis que leur sœur Clotilde épouse le fils d', Amalaric roi Wisigoth d'Espagne.
vignette|alt=Une armée arrête des envahisseurs et les met en fuite. À l'horizon, deux navires ont pris le large.|Bataille entre Francs et Danois en 515, enluminure de Jean Fouquet dans Grandes Chroniques de France (vers 1455-1460).
En 515, des Danois débarquent en Gaule pour ravager une partie du royaume de Thierry et faire des prisonniers. Thierry envoie donc contre eux Thibert à la tête d'une puissante armée. Le prince trouve les Danois en Frise alors qu'ils se préparent à rentrer chez eux. Chlochilaïc, le roi des Danois, est tué durant le combat qui s'ensuit. Ses hommes sont défaits et abandonnent leur butin aux Francs. En 524, Clodomir meurt à la bataille de Vézeronce alors qu'il guerroie avec Thierry contre les Burgondes. Ses trois frères se partagent ensuite son royaume.
En 531, Thierry et son frère Clotaire traversent le Rhin pour soumettre le peuple des Thuringiens. Le prince Thibert accompagne les deux rois durant cette expédition. Bien qu'ils aient préparé le champ de bataille à leur avantage, les Thuringiens sont battus par l'armée franque. Poursuivis par leurs ennemis jusqu'au bord de l'Unstrut, ils y sont massacrés en masse. Leur pays passe ainsi sous la tutelle de Thierry. Un peu plus tard, la même année, le roi Childebert part en campagne contre les Wisigoths. Sa sœur la reine Clotilde, lui a en effet fait savoir que son mari Amalaric la maltraite parce qu'elle veut rester catholique, alors que lui est arien. Arrivé en Espagne, Childebert parvient à récupérer sa sœur tandis qu'Amalaric est assassiné par ses propres sujets.
Début 533, le roi Thierry fiance son fils unique Thibert à Wisigarde, l'une des deux filles de Wacho, roi des Lombards en Pannonie. Plus tard dans la même année, Thierry et Clotaire décident de s'emparer de la Septimanie, la dernière région de Gaule encore sous domination wisigothe.. Thierry met à la tête de son armée Thibert tandis que Clotaire fait de même avec son fils aîné Gonthaire. Ce dernier, contrairement à Thibert, n'a aucune expérience militaire. Après avoir mis la main sur Rodez, il panique et retourne chez son père. Thibert continue donc seul et s'empare de quatre autres places fortes ennemies : Alès, Lodève, Dio et Cabrières. Dans cette dernière localité, Thibert tombe sous le charme d'une femme nommée Deoteria dont le mari s'est réfugié à Béziers. Le prince suspend alors sa campagne pour prendre du bon temps avec elle.
Début 534, Childebert et Clotaire décident d'unir leur armée pour attaquer la Burgondie .. Ils demandent aussi à leur frère aîné Thierry de les accompagner mais celui-ci décline l'invitation. Il leur accorde cependant le soutien de Thibert qui stationne toujours avec ses troupes dans le sud de la Gaule. Au nord, Clotaire commence par assiéger Autun, la première ville qu'ils rencontrent. Apprenant l'invasion, Godomar le roi des Burgondes mobilise en urgence une armée, mais est mis en fuite. De son côté, Thibert met le siège devant la ville d'Arles. Les habitants lui envoient alors des otages et lui promettent une forte somme d’argent contre son départ. Pendant ce temps, Childebert et Clotaire partagent la Burgondie : le nord pour le roi Thierry, le centre pour Childebert et le sud pour Clotaire : .
Accession à la royauté et affaires gauloises vignette|gauche|alt=Un homme traverse de son épée le ventre d'un autre.|Assassinat de Sigivald, enluminure des Grandes Chroniques de France (vers 1455-1460).
Vers la fin de l'année 534, le roi Thierry est furieux contre son parent Sigivald à qui il avait confié le duché d'Auvergne. Il le fait alors égorger. Thierry envoie ensuite un messager à Thibert pour qu'il élimine également le fils du duc qui se trouve auprès de lui à Arles et qui se nomme également Sigivald. Cependant Thibert n'exécute pas l'ordre de son père. Ce serait en effet sacrilège de lever la main sur Sigivald, car son jeune cousin est également son filleul. Sur son conseil, le jeune Sigivald se réfugie donc à Arles puis dans le Latium. Peu après, des messagers arrivent pour annoncer à Thibert que son père est mourant. Il se précipite alors à Trèves de peur que ses oncles ne le dépouillent de son héritage. Il fait un crochet par l'Auvergne pour y déposer sa jeune compagne Deoteria et la fille de celle-ci, puis arrive à Trèves peu de temps après le décès de son père. Avant toutes choses, le prince achète le soutien des grands de son royaume avec des présents. Puis il se fait proclamer roi par le peuple de Trèves. Quelques jours après, Thibert fait venir Deoteria d'Auvergne et l'épouse bien qu’il soit officiellement fiancé avec la princesse lombarde Wisigarde et que Deoteria ait déjà un conjoint.. Thibert fait également venir auprès de lui son jeune cousin Sigivald. Comme les autres roi francs, Thibert n'a pas de capitale officielle mais différents palais qu'il fréquente régulièrement.. Il réside essentiellement à Trèves dans l'ancien palais du gouverneur de province romaine mais parfois aussi à Cologne et à Reims..
Peu après, le roi Childebert invite son neveu à Paris. Contrairement à Clotaire, il n'a pas de fils. Il choisit donc de proclamer Thibert comme son héritier et le couvre de présents. En 537, le roi des Ostrogoths Vitigès, alors en guerre contre l'empereur Justinien, libère les Alamans de sa domination pour concentrer toutes ses troupes contre l'ennemi. Thibert en profite donc pour pénétrer en territoire alaman et le soumettre. Il met à la tête des Alamans, Buccelin, l'un d'eux, pour qu'il les régente pour son compte. Il soumet également le peuple voisin des Alamans, les Bavarois.