La Société philanthropique est la plus ancienne société de bienfaisance non confessionnelle de France. Elle a été fondée en 1780 sous le patronage de Louis XVI et reconnue d'utilité publique en 1839 par Louis-Philippe.

Les fondateurs sont : Savalette de Langes, le vicomte de Tavannes, Camus de Pontcarré, Blin de Sainmore, de Saint-Martin, le docteur Girard et le docteur Jeanroy.

Elle gère aujourd’hui 42 établissements et services répartis dans cinq domaines d’activité : enfance, handicap, soin, logement, insertion et personnes âgées. Ils sont financés par les pouvoirs publics à environ 85 % et fonctionnent en gestion propre pour les autres activités.

Historique En 1780, sept personnes (Savalette de Langes, le vicomte de Tavannes, Camus de Pontcarré, Blin de Sainmore, de Saint-Martin, le docteur Girard et le docteur Jeanroy) s’associent pour fonder la Société philanthropique. Ces membres fondateurs ont pour but d’aider leurs contemporains les plus démunis en veillant . Une des originalités de la Société philanthropique est de constituer une société laïque, ouverte à tous les courants de pensée . 

Au cours de ses deux siècles d’existence, la Société philanthropique s'est adaptée aux nécessités de chaque époque tout en restant fidèle à l’idéal de générosité et de partage qui animait les fondateurs.

On peut distinguer dans son histoire trois grandes périodes : les débuts, l’essor, et le développement en partenariat avec les pouvoirs publics.

De 1780 à 1800 Premières actions Les premières actions de la Société philanthropique sont constituées par des aides directes auprès d’un public parisien parfaitement défini : octogénaires, parents de familles nombreuses, ouvriers victimes d'accident du travail, jeunes aveugles.

À ces secours s’ajoutent des actions qui vont contribuer à la rapide notoriété de l’association. L’ouverture avec Valentin Haüy, en 1785, de l’École de lecture pour jeunes aveugles, permet l’obtention de fonds considérables avec notamment une subvention royale et en 1789, la protection formelle du roi Louis XVI. Six ans après sa création, dès 1786, la Société philanthropique comptait déjà 436 membres.

Très rapidement, une organisation structurée se met en place. Diverses catégories de membres se constituent parmi lesquelles se forme un comité avec des officiers de la Société (un président, deux vice-présidents, un trésorier, neuf commissaires généraux et un rapporteur). Les commissaires généraux sont chargés de la distribution des secours dans les différents quartiers de Paris.

En 1788, la Société de Charité maternelle, dédiée à l'assistance aux mères nécessiteuses, voit le jour sur le modèle de la Société Philanthropique, à l'initiative de Anne-Françoise de Fougeret et sous le patronage de la reine Marie-Antoinette.

En 1789, la Société philanthropique vient en aide à 60 enfants aveugles, à toutes les femmes nécessiteuses ayant leur sixième bébé, 40 veuves avec 6 enfants, 13 familles avec neuf enfants, 24 travailleurs handicapés avec au moins trois enfants, et 540 octogénaires.

Sous la Révolution La Société philanthropique dépérit au début des années 1790. Le dernier document signé indiquant une activité au date de 1793. La plupart de ses membres disparaissent par la ruine, l'exil, la peur ou la guillotine. Les années 1793-1800 sont particulièrement difficiles pour les indigents à cause des restrictions imposées par l'instabilité politique, les guerres civiles et étrangères, les pénuries et les émeutes.

Cependant l'aide médicale aux pauvres ne s'arrête jamais complètement. Valentin Haüy s'occupe des jeunes aveugles et l'Abbé Sicard des sourds-muets. Le gouvernement octroie des aides ponctuelles à des maisons de bienfaisance tenues par de jeunes femmes (probablement des sœurs défroquées de la charité).

vignette|Jeton sous Louis-Philippe (musée Carnavalet, Paris). vignette|Mathieu Jean Felicité de Montmorency-Laval. La société philanthropique réapparait sous le Consulat, à l'initiative du banquier Benjamin Delessert sous la forme de soupes populaires ou « soupes à la Rumford ». Il est aidé par son ami le botaniste suisse Augustin-Pyramus de Candolle qui indique les légumes les moins coûteux et les plus nutritifs pour faire ces soupes.

En 1800, le duc de la Rochefoucauld refonde la Société, avec le banquier Delessert.. La société peut compter sur trois catégories de membres : des universitaires constituant l'élite médicale parisienne (Académies, Collège de France, Faculté, administration d'hôpitaux…), comme René Laennec, Philippe Pinel, Jean-Nicolas Corvisart, Guillaume Dupuytren ; des juristes et hommes d'État comme Emmanuel de Pastoret, Mathieu de Montmorency-Laval, Pierre Samuel du Pont de Nemours ; des chimistes et pharmaciens (professionnels de la nutrition) comme Antoine Parmentier, Antoine-Alexis Cadet de Vaux ;

Les dirigeants d'alors montrent leur créativité, leur imagination et leur modernité. Dès le début du , Ils inventent : des soupes économiques (dès 1800) préparées dans des « fourneaux économiques » ou (ancêtre de la cuisinière). En 1811, 42 cuisines équipées de ces fourneaux fonctionnent à Paris pour distribuer des millions de portions de soupe aux légumes dont la composition a été supervisée par Antoine Parmentier ;  des dispensaires qui assurent des soins aux adultes et des distributions de médicaments : trois dispensaires dès 1803, puis six en 1818, chacun desservant deux à trois arrondissements, chaque dispensaire étant desservi par trois à cinq pharmacies. un soutien à la création de sociétés de secours mutuels et de prévoyances dès 1804 ; et plus tard : des primes dites d’encouragement dès 1843 pour favoriser ou développer l’installation de jeunes ouvriers méritants et créer des ateliers ; des solutions d’hébergement : asiles de nuits pour femmes et enfants créés en 1879 puis asiles maternels, centres d’accouchements plus petits et plus hygiéniques favorisant la diminution de la mortalité des nouveau-nés (1870), premières habitations économiques (1889), ancêtres des HLM. des dispensaires spécifiquement destinés aux enfants (1883).

Doctrine La Société philanthropique reste de nature séculière ou « laïque ». Contrairement à la charité de l'Ancien régime où l'aide aux nécessiteux se faisait sur recommandation du prêtre de la paroisse, l'admission aux soins se fait sur recommandation médicale (par exemple certifiant qu'un enfant est bien aveugle). Les philanthropes des Lumières considéraient que le concept de charité chrétienne (bon vouloir du donateur) doit être remplacé par celui de bienfaisance (droit social au bien-être du pauvre nécessiteux).

Cette laïcisation ne va pas sans conflit. En France, beaucoup considèrent que la Révolution n'a pas eu lieu, et cela se retrouve dans la société philanthropique : il y aurait une « aile droite » catholique conservatrice (Pastoret, Montmorency -Laval…) alors que d'autres sont des philanthropes laïcs ou protestants (Delessert, Dupont de Nemours…). Tout au long du , les idées de charité chrétienne et de bienfaisance sociale resteront en compétition (par exemple, s'il faut distinguer entre l'amour de Dieu et l'amour des Autres).

Aide médicale Tous les membres de la Société philanthropique ont à cœur de s’impliquer fortement dans le fonctionnement de l’association. Ainsi dès le début du , chaque membre de l’association souscrit à des bons de fourneaux à distribuer aux nécessiteux pour bénéficier des soupes gratuites, ainsi qu'à une à quatre cartes de dispensaires à remettre aux malades qu’ils désirent faire soigner.

La Société philanthropique oriente ses aides vers les artisans et boutiquiers rendus indigents pour cause de maladie. Il s'agir de restaurer une force de travail, de rendre ces pauvres respectables et non plus honteux, en les traitant gratuitement comme s'ils étaient des malades payants pour les meilleurs soins. Pour cela les médecins parisiens les plus renommés, pour un salaire minime, font des consultations en dispensaires et des visites à domicile, ainsi en 1810 Laennec a suivi 26 patients à domicile.

En 1815, la Société philanthropique dresse un bilan de ses activités depuis 1800 : elle a servi 12,5 millions de portions de soupe, reçus 14 684 patients et vacciné 1137 enfants. De 1803 à 1830, le budget total des six dispensaires parisiens varie de 20 000 à 50 000 francs par an, avec un coût moyen par patient de 13 à 20 francs par an.

En 1820, les médecins de dispensaires se réunissent en une association, la Réunion médicale des dispensaires, dont le premier président est Jean-Noël Hallé. Au cours de réunions mensuelles, ils partagent leur expérience et discutent des cas présentés. Au long du , les professeurs chef de service des hôpitaux parisien s'honorent de participer à ces dispensaires. De plus, la Société philanthropique demande à la Faculté de proposer . Pour les internes et jeunes médecins, exercer trois à cinq ans en dispensaire représente une première étape importante de leur carrière.

Les dispensaires parisiens ressemblent beaucoup à leurs modèles anglais et américains de la même époque, mais ils les surpassent par leur caractère non confessionnel, la participation des meilleurs médecins et chirurgiens rémunérés et non pas en « service de complaisance ». Les dispensaires prennent en charge des patients avant qu'ils aient besoin d'être hospitalisés. Cette médecine de dispensaire prépare l'avènement de l'hygiènisme français : par exemple Louis René Villermé, Alexandre Parent du Châtelet et Alphonse Devergie ont servi dans des dispensaires en étant confrontés aux facteurs sociaux de la maladie (environnement, logement, lieu de travail…).

Utilité publique En 1839, la reconnaissance d’utilité publique vient renforcer la notoriété de l’association. Un décret de 1883 autorise la Société philanthropique à recevoir dons et legs. C’est à partir de cette époque que des dons provenant de grandes familles fortunées favorisent le développement de l’œuvre de la Société philanthropique : familles Heine, Porges, Rotchild, Stern, Dreyfus, Roze, Goüin, Greffulhe, Brincard, Lebaudy, Worms, Delius-Andral, Gutierrez de EstradaUne élite parisienne : les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939), Cyril Grange, 2016…

Au début du , des membres éminents de la Société philanthropique consacrent beaucoup de temps à visiter les différents établissements et à organiser des manifestations, avec la participation très importante du Comité des dames qui contribue à recueillir des fonds.

Pour assurer le fonctionnement des établissements, la Société philanthropique fait appel en grande partie à des congrégations religieuses : les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, les Filles de la Sagesse, les Dominicaines de Monteils, les Filles de la Sainte Vierge, les Ursulines de Tours, les religieuses de l'Assomption, entre autres. Ce choix reflète les convictions religieuses et morales d’une grande majorité des membres de la Société philanthropique, mais s’explique aussi par des raisons économiques. En effet, les charges de personnel sont à cette époque intégralement supportées par les ressources propres de l’association. vignette|Siège de la Société philanthropique, rue de Bellechasse à Paris. L’environnement dans lequel évolue la Société philanthropique depuis son origine est profondément bouleversé à l’issue de la Seconde Guerre mondiale avec la place de plus en plus prépondérante de l’État dans l’action sociale, de la création de la Sécurité sociale, et des règlementations devenues plus strictes. 

Ces bouleversements ont des répercussions importantes sur la place de l’association dans l’action sociale, sur les conditions de fonctionnement de ses établissements et même sur son dynamisme créatif.