Le théâtre est un genre littéraire particulier qui concilie à la fois littérature et spectacle, avec des cas à la marge puisque certaines pièces ont été destinées à la lecture. Inversement, le théâtre peut se passer de la littérature (théâtre improvisé, théâtre de danse, de mime...)Peter Bu#Définition générale du théâtre.
Le mot théâtre garde la marque de sa racine grecque qui signifie « regarder » (θέατρον: prononcer "théatron") et se définit par le fait de « montrer » un monde de conventions dans lequel des comédiens interprètent des personnages et prêtent leurs voix et leurs gestes pour donner vie à un texte.
Remarque : le mot « théâtre » s’applique aussi à l’ensemble des activités liées à l’art dramatique (voir théâtre) et au lieu destiné aux représentations, voir théâtre (édifice).
La spécificité du théâtre Au théâtre, il y a un intermédiaire entre le texte écrit par l’auteur et le spectateur : le comédien dit et joue le texte, il l’interprète au sens fort, guidé souvent par un metteur en scène, c’est-à-dire qu’il permet et oriente la compréhension du spectateur« Mais peut-être ne faudrait-il pas oublier que la matérialité du théâtre est d'abord et avant tout celle de la voix et du geste, donc tout entière enclose en un acteur, lui-même tout entier mis au service d'une œuvre préécrite. » Christine Hemmet, « Théâtre », In Dictionnaire encyclopédique du théâtre, sous la dir. de Michel Corvin, Paris, Larousse, 2003, p. 1613..
Le théâtre relève de la convention, de l'« illusion comique », puisque les comédiens jouent la vie en incarnant des personnages en papier que fait parler l’auteur : la magie du théâtre réside dans cette incarnation éphémère, atteignant l’art par les artifices« Le théâtre est simulacre. Et il naît du simulacre. » M. Corvin, article "Théâtre", Michel Corvin Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Éditions Bordas et Larousse , 2008, p. 821.
Lié à des lieux spécifiques, le théâtre est devenu, après des origines religieuses, un divertissement collectif, marqué par l'éphémère puisqu’il s’agit de spectacle vivant, et par la présence du corps des comédiens aidés par des choix de mise en scène et d’accessoires (masques, maquillage, costumes…).
Pour la littérature, « le théâtre, c’est d’abord un beau texte », comme le disait Louis Jouvet, et l’approche littéraire du texte de théâtre repère certaines caractéristiques bien définies de l'énonciation théâtrale qui définit le genre littéraire du théâtre« Le théâtre, au carrefour de plusieurs disciplines, appartient à la littérature par ses œuvres dramatiques, au spectacle par ses techniques de jeu et de la scène, à l’histoire par ses rites et ses traditions.» M. David, Le théâtre, éd. Belin 1995, p. 5.
Cependant, d'autres conceptions du théâtre n'accordent pas au texte le statut de modèle indépassable. Ces conceptions ne considèrent pas le théâtre comme un genre littéraire, mais comme un genre de spectacle. Le texte y nait, par exemple, au cours du travail de construction du spectacle, à partir des paroles des acteurs et des actrices, il y est en perpétuelle évolution selon l'inspiration créative ressentie pendant l'élaboration de la mise en scène et du jeu. Il est enregistré, imaginé, proposé, parce que l'on appelle un , à la suite de Bruno Tackels, qui a popularisé l'expression. Il fait remarquer que, dans l'histoire du théâtre, . Dans ce genre on compte des auteurs tels que Antonin Artaud, Rodrigo García (auteur), etc.
L'énonciation théâtrale
On distingue le texte à lire et le texte à dire.
Le texte à lire Le texte à lire comporte la liste des personnages avec leurs noms et diverses informations familiales ou sociales (exemple : Roxane, sultane, favorite du Sultan Amurat, dans Bajazet de Racine) et aussi souvent la distribution des rôles lors de la première représentation, constituant l'équivalent du générique d’un film comme pour Le roi se meurt de Ionesco. On trouve aussi les didascalies, plus ou moins importantes selon les époques et les auteurs : de quelques mots dans une pièce classique du (La scène est à Séville pour Le Cid de Pierre Corneille) à des indications scéniques détaillées sur le décor, les lumières, les costumes, les gestes, les déplacements, les intonations…, comme dans Ruy Blas de Victor Hugo ou Rhinocéros d'Eugène Ionesco. On peut même noter le cas limite de Acte sans paroles de Samuel Beckett qui ne comporte que des didascalies.
L'œuvre publiée indique également le découpage en scènes, en actes ou en tableaux.
Certaines pièces de théâtre ont été écrites plutôt pour être lues que représentées sur une scène: Les derniers jours de l'humanité de Karl Kraus, Le retour à Mathusalem de Georges-Bernard Shaw, Spectacle dans un fauteuil d'Alfred de Musset.
Le texte à dire Le texte à dire va du canevas de la commedia dell'arte à l'alexandrin classique, et s’adresse à un interlocuteur (un autre personnage ou soi-même) et en même temps au spectateur : c'est la double énonciation théâtrale« Le fonctionnement de la communication théâtrale est particulier et particulièrement complexe du fait que les échanges interpersonnels ne sont pas les seuls en cause. Le dialogue de théâtre est un échange double, d'un locuteur 1 avec un locuteur 2 (ou d'autres), mais en même temps de ceux-ci à l'intention d'un récepteur-spectateur : les lois de l'échange conversationnel sont modifiées du fait que le locuteur ne s'adresse pas seulement à son allocutaire direct, mais qu'il lui faut tenir compte d'un destinataire second, le spectateur. » Anne Übersfeld Éditorial d'introduction thématique - Poétique et pragmatique : le dialogue de théâtre » page 115 Université Paris III - . Il est destiné à être dit par les comédiens. On définit cette particularité par l’expression de « double énonciation », qui rappelle que le théâtre est un monde de conventions et d’artifices, comme l’illustre le procédé de l'aparté destiné au seul public.
Le texte de théâtre relève donc du discours direct, en vers ou en prose, destiné à la communication orale. L'échange à travers le dialogue est fait de répliques de tailles diverses, de l'échange vif par vers ou courtes phrases qui se répondent (stichomythie) aux répliques longues et élaborées qui constituent des tirades (exemple : le récit de Théramène à la fin de Phèdre de Racine). Au début des pièces de théâtre dans l'Antiquité, l'orateur utilise la captatio benevolentiae afin d'attirer l'écoute et la bienveillance du public.
Quand le personnage est seul sur scène (ou se croit seul) et s’exprime, il s’agit d’un monologue. Celui-ci a pour fonction l’information du spectateur et l’introspection du personnage qui fait le point avec lui-même comme Figaro (Le Mariage de Figaro, acte III, scène 5) et parfois délibère comme Rodrigue dans les stances du Cid (acte I, scène 6).
Le chant peut se mêler à la parole comme la danse aux gestes, par exemple dans les comédies-ballets comme Le Malade imaginaire ou encore dans Le Mariage de Figaro, pour ne rien dire des opérettes et des comédies musicales, où le texte est essentiellement un prétexte…
L’action théâtrale Elle s’analyse traditionnellement à l’aide de termes-clés adaptés aux œuvres classiques. Le découpage en actes, qui correspondent à l’origine à des moments successifs de l’action mais qui correspondent également à des contraintes techniques comme le renouvellement des bougies ou les changements de décor, alors que le découpage en scènes rend compte de l’entrée d’un personnage, mais aussi, le plus souvent, des sorties de scène. Le nœud (le conflit) et les péripéties, qui sont les différents événements qui surviennent avec le problème de la vraisemblance et qui constituent parfois des « coups de théâtre » inattendus et brutaux. Le dénouement qui doit être complet et naturel même si les auteurs ont parfois recours à un deus ex machina, c’est-à-dire une solution artificielle par l’intervention d’une force extérieure, comme celle du pouvoir royal dans l’ultime scène du Tartuffe de Molière.
L’analyse moderne rend également compte de l’action théâtrale en appliquant le schéma actanciel de la quête d’un objet par un sujet : un personnage, le héros (le sujet), poussé par des motivations intérieures profondes ou des demandes extérieures (le destinateur ou l'émetteur), aidé par des adjuvants et freiné par des opposants (personnages ou événements), agit dans un but défini (la quête) pour atteindre un objectif (l’objet) pour un bénéficiaire (le destinataire) qui peut être lui-même ou un autre (ou un idéal). Des rôles peuvent être cumulés par un personnage.
Exemple simplifié : Phèdre, l’héroïne de Racine, poussée par sa passion, aidée par Œnone et freinée par Hippolyte, Aricie et Thésée, agit pour obtenir l’amour d’Hippolyte dans le but d’atteindre le bonheur.
Les personnages de théâtre
Destiné à la transmission orale et conditionné par des contraintes de temps, le texte de théâtre aboutit à une certaine stylisation des personnages et à la création de typesEmploi : « Ensemble des rôles d’une même catégorie requérant, du point de vue de l’apparence physique, de la voix, du tempérament, de la sensibilité, des caractéristiques analogues et donc susceptibles d’être joués par un même acteur. » article « Emploi », Dictionnaire encyclopédique du théâtre Paris, Larousse, 1998 qui perdurent en lien avec les différents genres comme la comédie ou la tragédie. On retrouve ainsi des types sociaux comme le valet de comédie débrouillard et son maître impuissant (Toinette et Argan, Scapin et Géronte ou Figaro et Almaviva) ou le vieux barbon (Arnolphe dans L'École des femmes), l’ingénue (Agnès dans l'École des femmes), le tyran domestique (Harpagon, Orgon dans Tartuffe), le roi (Titus dans Bérénice, don Carlos dans Hernani, Créon dans Antigone)… On peut également établir des stéréotypes psychologiques comme l’amoureux ou l’amoureuse (Phèdre, Perdican), le benêt (Sganarelle dans Dom Juan), l’hypocrite (Tartuffe).
La diversité des genres théâtraux
Les genres théâtraux ont longtemps été liés à la distinction entre le théâtre comique (farce, comédie classique, comédie-ballet, vaudeville, pièce burlesque) et le théâtre sérieux (tragédie, tragi-comédie, drame bourgeois, mélodrame, pièce métaphysique ou engagée), avec parfois un mélange des genres (par exemple dans Tartuffe ou Dom Juan de Molière ou dans le drame romantique). Le théâtre du fera en grande partie éclater cette distinction.
L’opposition tragédie - comédie Genre Tragédie Comédie Ressort purgation des passions par l'émotion(cf. Aristote : catharsis- terreur et pitié) corriger les mœurs par le rire : "Castigat ridendo mores" (mot à mot : corriger par le rire les mœurs) Action aventure extraordinaire éloignée dans le temps(légendes, mythes, histoire de l’Antiquité) aventure ordinaire et contemporaine(argent, ambition sociale, mariage, tromperie conjugale…) Personnages hors du commun(rois, guerriers…) familiers(bourgeoisie, peuple, petite aristocratie) Tonalité fatalité et mort, destin individuel et collectif,universalité de la condition humaine(dénouement malheureux) réalisme relatif(reflet d’une société donnée - vieillissement ? - mais aussi travers humains éternels)+ rire ou sourire, effets comiques variés et fin heureuse(farce grossière ou finesse - comique de mots, de gestes, de situation, de caractère, de mœurs) Forme langue soutenue, alexandrins, 5 actes langue standard ou familière(en prose ou en vers, en 1, 3 ou 5 actes) Règles trois unités (temps, lieu, action), vraisemblance et bienséance souplesse Titre nom propre(Andromaque, Phèdre, Horace…) nom commun ou personnage collectif(L’Avare, Les Femmes savantes…)
Les différents types de comique et de comédie thumb|right|Édition des Œuvres de Molière. On distingue traditionnellement le comique de gestes (coups, accessoires, costumes…) le comique de mots (accent, calembours, répétitions, mots crus…) présents dans la farce le comique de situation (travestissement, quiproquo, surprise, reconnaissances…)