La révolution nationale indonésienne, ou guerre d'indépendance indonésienne, est un conflit armé et une lutte diplomatique entre l'Indonésie et les Pays-Bas, ainsi qu'une révolution sociale et décoloniale. Elle s'est déroulée de 1945 à 1949, entre la déclaration d'indépendance de l'Indonésie et la reconnaissance de l'Indonésie en tant qu'État indépendant par les Pays-Bas, le . Les Indonésiens appellent ces quatre ans de conflit armé « ».

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas voulurent récupérer leur ancienne colonie, qu'ils avaient dû abandonner lors de l'invasion par les Japonais en 1942. Les Néerlandais parvinrent à contrôler les grandes villes, mais pas les zones rurales. Le conflit ruina petit à petit l'économie néerlandaise.

Le conflit prit fin avec le transfert formel, le , de la souveraineté sur le territoire des Indes néerlandaises du royaume des Pays-Bas à une république des États-Unis d'Indonésie, créée le . À la suite de la révolution, le système de castes auparavant en vigueur perdit de l'importance, réduisant le pouvoir des dirigeants locaux (les râjas).

Contexte

thumb|left|Soekarno, le futur premier président indonésien.

Le nationalisme indonésien et les mouvements en faveur de l'indépendance tels que le Budi Utomo, le Parti national indonésien (PNI), le Sarekat Islam et le Parti communiste indonésien (PKI) se développèrent rapidement au cours de la première partie du . Le Budi Utomo, le Sarekat Islam et d'autres adoptèrent des stratégies de coopération avec le colonisateur en siégeant au () mis en place par les Néerlandais dans l'espoir que l'Indonésie se verrait un jour accorder l'autonomie.. D'autres choisirent une stratégie de non-coopération, demandant l'autonomie complète pour les Indes néerlandaises alors colonisées.. Les plus importants dirigeants de ces mouvements furent Soekarno et Mohammad Hatta, deux étudiants et figures du mouvement nationaliste ayant bénéficié des réformes éducatives mises en œuvre au nom de la politique éthique.

Les trois ans et demi d'occupation japonaise de l'Indonésie durant la Seconde Guerre mondiale eurent un rôle crucial dans la révolution à venir. Eux-mêmes sous occupation allemande, les Pays-Bas n'avaient qu'une faible capacité à défendre leurs colonies contre l'armée japonaise et, trois mois seulement après leurs premières attaques, les Japonais occupaient une grande partie des Indes néerlandaises. À Java et, dans une moindre mesure, à Sumatra (les deux îles les plus peuplées et les plus développées économiquement), les Japonais répandirent et encouragèrent le sentiment nationaliste. Bien que ce fût davantage par intérêt politique que par soutien purement altruiste à l'indépendance indonésienne, ils créèrent de nouvelles institutions (y compris des organisations de voisinage) et promurent des dirigeants politiques comme Soekarno. Les Japonais éliminèrent et remplacèrent la plupart des structures économiques, administratives et politiques mises en place par les Néerlandais..

Alors que la guerre tournait en défaveur du Japon, les Néerlandais cherchaient à rétablir leur autorité sur l'Indonésie et demandèrent aux Japonais d'y .. Mais les Japonais étaient plutôt enclins à aider les nationalistes indonésiens à se préparer pour l'autonomie. Le , alors que la situation du Japon s'aggravait sérieusement, le premier ministre Kuniaki Koiso promit l'indépendance à l'Indonésie, sans toutefois fixer de date.. Cette annonce fut interprétée comme une preuve irréfutable de collaboration de Soekarno avec les Japonais..

L'indépendance déclarée Sous la pression des groupes radicaux et politisés de pemuda (), Soekarno et Hatta proclamèrent l'indépendance de l'Indonésie, le , deux jours après l'acceptation, par l'empereur japonais, de la capitulation.... Le jour suivant, le Komite Nasional Indonesia Pusat (KNIP) déclara Soekarno président et Hatta vice-président.

L'euphorie de la révolution Dans les îles extérieures, la nouvelle de la déclaration d'indépendance ne se répandit pas avant la mi-septembre, et de nombreux Indonésiens résidant loin de la capitale, Jakarta, n'y crurent pas. À mesure que l'information se propageait, les citoyens ordinaires ressentirent un sentiment de liberté qui conduisit la plupart à se considérer comme pro-républicains, et l'allégresse de la révolution balaya le pays.. Le pouvoir extérieur avait changé. Il faudrait des semaines avant que les Alliés arrivent en Indonésie, les Néerlandais eux-mêmes ayant été très affaiblis par la Seconde Guerre mondiale. Les Japonais, d'autre part, devaient, selon les termes de la capitulation, à la fois déposer les armes et maintenir l'ordre, un paradoxe qui fut en partie résolu par la remise d'armes à des Indonésiens ayant suivi un entraînement militaire auprès des Japonais... La vacance du pouvoir, provoquée par la capitulation japonaise, créa, dans les semaines qui suivirent, une atmosphère d'incertitude, mais aussi des occasions à saisir.

thumb|Tan Malaka, opposant de Soekarno.

De nombreux pemuda rejoignirent les groupes de combat pro-républicains (badan perjuangan). Les Japonais avaient formé des unités paramilitaires, les Heiho et les PETA composées de volontaires, et des conscrits. Ces deux groupes formaient l'essentiel des forces de maintien de l'ordre des indépendantistes, mais ils furent dissous par les Japonais, ce qui nuisit à la transition entre l'occupation et la république naissante.. Dans les premières semaines, les troupes japonaises se retirèrent des zones urbaines pour éviter les confrontations.. En , le contrôle de la majeure partie des infrastructures, dont les gares ferroviaires et les tramways des plus importantes villes de Java, était assuré par les pemuda républicains qui ne rencontrèrent qu'une faible résistance japonaise. Pour répandre le message de la révolution, les pemuda mirent en place leurs propres quotidiens et stations radiophoniques, et des graffitis proclamaient le sentiment nationaliste. Sur la plupart des îles, des comités de lutte et des milices furent formés.. Les quotidiens et journaux républicains étaient facilement disponibles à Jakarta, Yogyakarta, et Surakarta, ce qui favorisait l'émergence d'une génération d'écrivains connue sous le nom d’Angkatan '45 (). Nombre d'entre eux étaient persuadés que leur travail faisait partie du processus révolutionnaire.

Certains dirigeants républicains souhaitaient une lutte armée passionnée alors que d'autres envisageaient une approche plus raisonnée. Le militant communiste Tan Malaka, par exemple, défendait l'idée qu'il s'agissait d'une lutte armée révolutionnaire que les pemuda indonésiens devaient mener et gagner. Soekarno et Hatta, au contraire, étaient plus enclins à constituer un gouvernement et des institutions pour parvenir à l'indépendance par l'action diplomatique. Des manifestations massives et enflammées se déroulèrent dans les grandes villes, notamment une, à Jakarta, suivie par et emmenée par Tan Malaka, que Soekarno et Hatta, craignant des violences, réussirent à tempérer.

En , de nombreux pemuda auto-proclamés s'impatientèrent. Il était courant que les membres de la société considérés comme — les Néerlandais emprisonnés, les personnes nées d'unions indonésiano-européennes, les Ambonais et les Chinois — soient considérés comme des espions ou fassent l'objet d'intimidations, d'enlèvements, de vols, parfois de meurtres ou même de massacres organisés. Ces exactions eurent longtemps cours pendant la période révolutionnaire..... À mesure que le niveau de violence s'accroissait à travers tout le pays, le tout nouveau gouvernement républicain, emmené par Soekarno et Hatta, appelait au calme. Cependant, les pemuda, favorables à la lutte armée, considéraient alors que la direction plus ancienne était trop indécise et trahissait la révolution, ce qui mena souvent à des conflits entre Indonésiens.

Formation du gouvernement républicain À la fin août, un gouvernement central fut établi à Jakarta. Il adopta la Constitution ébauchée pendant l'occupation japonaise par le Comité préparatoire pour l'indépendance indonésienne. En attendant la tenue d'élections générales, un (KNIP ou Comité national indonésien central) fut constitué pour assister le président. Des comités semblables furent établis au niveau des provinces. Le projet d'instauration de la loi islamique fut rejeté par les indépendantistes..

thumb|left|Sudirman, premier commandant en chef de l'armée indonésienne.

Ensuite, la question de l'allégeance des princes à ce gouvernement se posa. Le royaume de Surakarta et le sultanat de Yogyakarta, dans le centre de Java, par exemple, se déclarèrent immédiatement favorables aux républicains, tandis que de nombreux princes, particulièrement ceux des îles extérieures, s'étant enrichis grâce aux Néerlandais, se révélèrent moins enthousiastes. Cette réticence était appuyée par la nature radicale, non aristocratique et parfois islamique des leaders républicains concentrés sur Java. Cependant, le gouvernement républicain acquit le soutien de Sulawesi du Sud, notamment par l'intermédiaire du roi de Bone (qui mena de nombreuses batailles au début du siècle contre les Néerlandais), des râjas des Makassars et des Bugis soutenant le gouverneur républicain de Jakarta, un chrétien manadonais. De nombreux râjas balinais acceptèrent aussi l'autorité républicaine..

Craignant que les Néerlandais ne tentent de rétablir leur autorité sur l'Indonésie, le nouveau gouvernement républicain et ses dirigeants agirent rapidement pour renforcer son administration, enthousiaste mais fragile. Le nouveau gouvernement était principalement actif sur Java et rarement en contact avec les îles extérieures, dans lesquelles stationnaient davantage de troupes japonaises (particulièrement dans les zones tenues par la Marine impériale), des officiers japonais en charge moins bienveillants et moins de militants et de dirigeants républicains... En , un gouvernement parlementaire fut formé et Sjahrir fut nommé Premier ministre.

Quatre jours après l'acceptation de la capitulation par le Conseil impérial japonais, la PETA et les Heiho furent dissous par les Japonais. Dans la nouvelle armée indonésienne, les officiers formés par les Japonais étaient plus nombreux que ceux formés par les Néerlandais. Un ancien instituteur âgé de , Sudirman, fut élu commandant en chef lors de la première réunion des Commandants de division à Yogyakarta, le ..

Contre-révolution alliée Opposition néerlandaise à l'indépendance Les Néerlandais accusèrent Soekarno et Hatta de collaboration avec les Japonais et accusèrent la nouvelle république de n'être qu'une création du fascisme japonais. L'administration des Indes orientales néerlandaises venait alors de recevoir un prêt de dix millions de dollars des États-Unis, destiné à financer son retour en Indonésie.

Occupation britannique de l'Indonésie thumb|200px|Un soldat, appartenant à un régiment blindé indien, examine un tank utilisé par les nationalistes indonésiens et capturé par les forces britanniques lors des combats à Surabaya. thumb|200px|En représailles du meurtre de plusieurs des leurs, des soldats britanniques mettent le feu à des maisons dans la ville de Bekasi à l'est de Jakarta (1946).