vignette|Vinaigre des quatre voleursau musée des arts précieux Paul-Dupuy à Toulouse. Le vinaigre des quatre voleurs, ou vinaigre de la peste, ou vinaigre antiseptique., est une macération dans du vinaigre de plantes aromatiques et médicinales à propriétés antiseptiques.

L'utilisation traditionnelle du vinaigre et des préparations à base de vinaigre aromatique comme produits médicinaux est très ancienne.

Historique Une légende La légende de l’invention de ce vinaigre, met en scène plusieurs voleurs sans scrupules qui détroussent des victimes de la peste et leurs maisons, durant une épidémie, sans en être eux-mêmes contaminés. Interrogés sur leur résistance, ils révélèrent le remède qu’ils prenaient quotidiennement; celui-ci fut nommé le .

Selon un article de 1987 de Sud Ouest :

vignette|Vinaigre des quatre voleurs dans sa bouteille du .

Origine La date, le lieu et même le nombre de voleurs, de même que la composition du remède lui-même, sont l’objet de différentes variations. La date est généralement comprise entre le , et sont citées les villes de Marseille et de Toulouse.

Origine Franciscaine Selon l'Histoire de la pharmacie de , de 1931, le Vinaigre des quatre voleurs est produit dès le par des franciscains sous le nom d'. À cette époque, le vin et le vinaigre entraient dans de nombreuses préparations médicinales..

Il est convenu qu'aucun de ces voleurs n'est l'inventeur de cette recette. En effet, les pharmacopées et les nombreux ouvrages populaires vendus en temps d'épidémie contiennent déjà par dizaines des formules analogues. Notamment, dans le volume imprimé à Paris en 1624 sous la signature de « Joseph du Chesne, sieur de la Violette, conseiller et médecin ordinaire du Roy ». Il y est fait appel à toutes les formes pharmaceutiques connues : opiats, pilules, eaux, thériaques, parfums », « vinaigres » et autres. Et il n'est peut-être pas un seul produit d'origine minérale, végétale ou animale qui n'y figure !.

En 1963, affirme chercher depuis plus de quarante ans le nom des quatre voleurs. D'après le docteur Boinet, ils sont Marseillais. Selon Bouvet, ils seraient Toulousains.

Toulouse En 1628, durant l'épidémie de peste qui sévit à Toulouse entre 1628 et 1631, parait un de Jean de Queyrats, l'un des deux seuls professeurs de pharmacie s'adressant aux apothicaires qui existent en France à cette époque, l'autre est Eugène-Humbert Guitard appartenant à l'Université de Montpellier.

Les partisans de l'origine toulousaine évoquent une plaquette imprimée intitulée Mémoire contre la peste, approuvé par Claude-Jean-Baptiste Dodart, premier médecin du roy, distribuée dans toute la France en 1721 pour combattre le fléauSur ce mémoire, voir notamment dans la Revue scientifique du Bourbonnais, Moulins, 1907, l'article de l'abbé Reboux : Anciennes thériaques contre la peste.. L'auteur indique le fameux vinaigre comme étant « un des meilleurs préservatifs » si l'on s'en frotte les tempes, si l'on s'en rince la bouche et si on le respire à travers une éponge. Il ajoute que « cette recette a été tirée des registres du Parlement de Toulouse parce que quatre voleurs y [...] furent condamnés à être brûlés vifs. Et pour qu'on leur adoucît leur peine, ils découvrirent leur secret préservatif. Après quoi ils furent pendus. » Ce récit est mis en doute, car à cette époque, ni le bûcher ni la pendaison ne sont des pratiques courantes, au contraire de l'estrapade.

Les registres paroissiaux de Couiza (Aude) permettent de retrouver un feuillet perdu daté de 1721, nommé . Ce remède ancien contre la peste est également transcrit par un rédacteur de la deuxième moitié du aux archives départementales de Lot-et-Garonne.

Selon , la recette est . Cependant, il n'a rien trouvé à Toulouse lors de ses recherches au cours de la dernière guerre. Marcel Pistre n'en fait pas mention dans sa thèse Histoire toulousaine du métier d'apothicaire (1943). Il préconise de consulter les archives du Parlement de Toulouse vers 1630.

Marseille

Les sources écrites disponibles et l'absence de mention dans les traités sur la peste de médecins Toulousains du permettent de penser que sa diffusion est liée à l'épisode de peste de Marseille de ..

Cette recette rendue célèbre Antoine Claude Maille, un vinaigrier de Dijon, qui fabriquait ce vinaigre et qui servit d'antiseptique durant l'épidémie de peste qui dévasta Marseille en 1720.

Selon Le médecin du pauvre de Louis Peyronnet (Paris, 1906), c'est durant la peste de Marseille en 1720, il s'y trouvait encore quatre joyeux drilles qui profitaient de la misère publique pour augmenter leur bien-être personnel... Le fléau disparut et les voleurs, arrêtés, comparurent devant les juges. Les magistrats leur demandèrent comment ils faisaient pour n'être pas atteints par le fléau. Alors les voleurs racontèrent qu'ils se frottaient le corps et absorbaient du vinaigre. Louis Bodènes, Plougastel-Daoulas. Même origine acceptée par J. J. Virey dans son Traité de pharmacie (1840). P. J.

Pharmacopée française Le vinaigre des quatre voleurs est inscrit au codex en 1748. et vendu en pharmacie comme antiseptique. Il est cité dans les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France depuis 1762 jusqu'à nos jours de Louis Petit de Bachaumont.

Ce vinaigre antiseptique connut des heures de gloire et ne disparut du Codex qu’en 1884, Larousse des plantes qui guérissent, Éditions_Larousse, Paris, 1974, ..

Composition Selon le Codex de la pharmacopée française de 1837 et de 1884, elle est généralement constituée de vinaigre (de vin, ou de cidre), dans lequel sont macérées durant dix à quinze jours, les plantes ou des épices suivantes : grande absinthe (Artemisia absinthium officinale), petite absinthe ou armoise romaine (artemisia pontica), romarin (salvia rosmarinus), sauge officinale (salvia officinalis), menthe (menthe poivrée), rue des jardins (ruta graveolens), fleurs de lavande (lavendula vera), racine de Calamus aromaticus ou acore odorant (acorus calamus), écorce de cannelle (laurus cinnamomum), clou de girofle (caryophyllus aromaticus), noix de muscade (myristica moschata), ail (allium sativum), camphre (camphora)..

Analyses et citations en Europe Inspirations antérieures Le vinaigre de rue des jardins (acetum Rutae), était déjà recommandé dans les écrits médiévaux et les herbiers du début de l'époque moderne comme une plante remède contre les poisons et comme action préventive contre la pesteTABERNAEMONTANUS, Theodor Jacob : Neu vollkommen Kräuterbuch [...]. Basel 1731; Nachdruck München 1963. S. 399..

Les origines du « Vinaigre de Quatre Voleurs » remonte au . Les racines historiques de cette spécialité médicinale se trouvent en France. Le vinaigre de vin produit par les membres de la guilde des vinaigriers selon la méthode orléanaise est réputé pour sa qualité, bien au-delà des frontières françaises. Dès le milieu du , les pharmaciens s’efforcent de percer le secret bien gardé de la fabrication du vinaigre. Pendant de nombreuses années, la production de vinaigre à partir de liquides alcoolisés fut considérée comme « le secret du vinaigrier », un art difficile maîtrisé seulement par les initiés.

Des auteurs antiques et médiévaux recommandaient déjà l'utilisation du vinaigre et des préparations à base de vinaigre contre la fièvre et pour la prévention des maladies infectieuses ou contagieuses.

Citations ultérieures Le , également orthographié est également connu en Europe de l'Ouest. Dans les pays anglophones, sous le nom de , en Allemagne ou , en Espagne et en Italie .

Le « vinaigre de peste » est connu des pharmaciens et des médecins français, au moins depuis le « Codex Medicamentarius, seu Pharmacopoea Parisiensis » de 1748 sous la monographie « Acetum Prophylacticum, vulgó, Des Quatre Voleurs ».. La composition de la recette mentionnée ici diffère de celle mentionnée par par l'ajout d'ingrédients tels que le romarin, l'ail, l'écorce de cannelle, les clous de girofle, le calamus et la noix de muscade. Avec la même composition, la monographie du « Codex Medicamentarius, seu Pharmacopoea Parisiensis » de 1758 s'intitulait alors « Acetum Anti-Septicum, vulgó, Des Quatre Voleurs »BOYER, Joanne-Baptista: Codex Medicamentarius, seu Pharmacopoea Parisiensis. Paris 1758. S. 26.. À cette époque, un antiseptique n'était pas entendu comme un agent germicide, mais comme un agent de décomposition qui combattait les mauvaises odeurs, supposément pathogènes. Le est cité en 1753 par Moyse Charas dans la Pharmacopée royale galénique et chymique..

Un examen de la littérature cosmétique française de la fin du révèle que le « vinaigre de peste » n’était pas uniquement mentionné dans les ouvrages pharmaceutiques ou médicaux. Le médecin français Pierre-Joseph Buc'hoz (1731-1807) le mentionne comme remède contre les épidémies dans son ouvrage cosmétique « Toilette de Flore », publié à Paris en 1771.

De France, la recette parvint en Autriche et apparut dans la Pharmacopoea Austriaco-Provincialis de 1774 sous le nom d’« Acetum Antisepticum Seu Cardiacum »JACQUIN, Nikolaus Joseph, von / Anton von STOERK / Johann Jacob WELL : Pharmacopoea Austriaco-Provincialis. Wien 1774. S. 113f.. Cette monographie est annotée de la mention « Gallis Vinaigre des quatre voleurs dictum », témoignant des liens étroits qui existent alors entre la France et l’Autriche, dans le contexte où Marie-Antoinette d'Autriche (1755-1793) se marie à en 1770 et devint reine de France en 1774.

Samuel Hahnemann (1755-1843) contribue à percer le secret de la production de vinaigre en France. En 1787, il traduit et publie « Herrn Demachys Kunst des Vinizfabrikanten, mit einige Anmerkungen von Herrn Struves ». Le pharmacien français Jacques-François Demachy (1728-1803) explore les aspects physiques et chimiques de la production de vinaigre, et le médecin et pharmacien Ernst Friedrich Struve (1739-1806), propriétaire d'une pharmacie-brasserie à Neustadt en Saxe, s'intéresse également à la production de vinaigre, alors considérée comme faisant partie de l'industrie brassicole. Hahnemann commente également en détail le « vinaigre de peste » dans le sixième chapitre, « Vinaigres épicés et aromatiques » de cet ouvrage, notamment en ce qui concerne sa faible solubilité du camphre Samuel_Hahnemann : Herrn Demachys Kunst des Essigfabrikanten, mit einigen Anmerkungen Herrn Struves. Leipzig 1787. S. 117..

En 1795, le médecin, chirurgien et professeur d'université allemand (1766-1825), décrit cette légende et l'usage de ce vinaigre macéré dans l'ouvrage ''. Il conseille en période de Maladie transmissible, de se rincer la bouche avec ce vinaigre, de l'inhaler par le nez et de se laver les mains avec : Kritisches Dispensatorium der geheimen, spezifischen und universellen Heilmittel (Dispensaire critique des remèdes secrets, spécifiques et universels). Leipzig 1795. S. 118..

Les auteurs allemands du début du considéraient les ingrédients utilisés , lui attribuaient une place importante en médecine et recommandaient l'utilisation de cette préparation pour prévenir les infections lors d'épidémies, comme en 1831, où une épidémie de choléra était présente en Allemagne. Cependant, les mécanismes de transmission épidémique étaient alors encore inconnus. La croyance de l'époque soupçonnait des « poisons épidémiques » d'en être la cause, réutilisant les remèdes précédemment utilisés lors d'épidémies telles que la peste. Le vinaigre et les préparations à base de vinaigre figuraient parmi les prophylaxies anti-infectieuses recommandées et fréquemment utilisées autrefois Johann August Friedrich SCHMIDT : Vollständiges Giftbuch oder Unterricht, die Giftpflanzen, Giftminerale und Giftthiere kennen zu lernen und Gesundheit und Leben gegen Vergiftungs-Gefahren sicher zu stellen. Zum Schul- und Privatgebrauche. 5., verbesserte und stark vermehrte Auflage, Weimar 1840; Nachdruck Leipzig 1998. ..