Marduk ou Mardouk (en akkadien, AMAR.UTU en sumérien), appelé aussi Bēl « le Seigneur », est une divinité de la Mésopotamie antique, le dieu protecteur de la cité et du royaume de Babylone.

Divinité locale sans importance jusqu'au début du , il prend de plus en plus de stature au fur et à mesure que la puissance politique et militaire de Babylone s'affirme, à partir du règne de Hammurabi. Il reprend notamment la personnalité du dieu Asalluhi, fils du grand dieu Ea et dieu des exorcismes. Incarnation de Babylone et de son royaume, il partage leurs destinées, leurs moments de gloire comme leurs périodes de difficulté, sa statue de culte étant à plusieurs reprises capturée par les pays ennemis qui parviennent à s'emparer de sa ville. Dans la seconde moitié du , sous la dynastie kassite et surtout sous la seconde dynastie d'Isin, il reprend les traits du dieu souverain Enlil et accède au rang de divinité suprême de la Babylonie, en même temps que la cité de Babylone acquiert le statut de ville sainte, centre du monde et pivot du cosmos. La glorification du dieu et de sa ville sont formulées dans un long texte mythologique à leur gloire, Enūma eliš (aussi surnommée « Épopée de la Création »), qui fait de Marduk le roi des dieux et le créateur du monde. Il intègre les attributs et qualités de plus en plus de divinités, certains textes réduisant même les autres êtres divins à des aspects de Marduk.

Son principal lieu de culte, l'Esagil, se situe au centre de Babylone, voisiné par sa ziggurat (édifice à degrés), Etemenanki, et joue un grand rôle dans la théologie officielle babylonienne, en particulier lors de la fête du Nouvel An qui voit le dieu renouveler le mandat du roi de Babylone, lui confiant les destinées de son royaume pour une année supplémentaire. Une importante littérature historique, produite par le clergé babylonien, développe une théologie du pouvoir selon laquelle le dieu choisit celui qui est apte à diriger Babylone, et peut donc défaire ceux qui lui déplaisent, en particulier ceux qui ne lui témoignent pas suffisamment de piété. Pour les particuliers, Marduk est également une figure protectrice, d'abord en tant que dieu des incantations et des rituels d'exorcismes, puis en tant que maître du monde et des destins humains, ce qui lui fait prendre progressivement l'aspect d'un dieu rédempteur et miséricordieux, proclamé dans diverses prières.

Traits généraux

Noms

Le nom de Marduk a sans doute été prononcé de différentes manières suivant les époques : Marduk, Martuk, Marutu, Marūduk, etc. (ce dernier expliquant la transcription biblique Merodach).

S'il existe des incertitudes sur la prononciation du nom, c'est parce que dans les textes cunéiformes il est écrit en logogrammes qui ne donnent pas d'informations phonétiques. La manière la plus courante d'écrire le nom du dieu est AMAR.UTU ou AMAR.UD. En sumérien, cela peut s'interpréter « Jeune taureau du soleil » ou bien « Veau du dieu-soleil ». Il y a plusieurs manières d'analyser cela. Pour la majorité des spécialistes, il s'agit d'une explication étymologique donnée a posteriori : le nom du dieu a une origine indéterminée, il renvoie peut-être à une langue qui avait déjà disparu au moment où les premiers textes cunéiformes le documentant sont écrits, et il a ensuite reçu une explication en sumérien, établie par proximité phonétique. Pour d'autres, le nom du dieu est bien sumérien à l'origine, et Marduk/Marutuk ne serait alors que la transposition phonétique en akkadien du sumérien Amar-Utu (après disparition du a- initial, le -k final étant la marque du génitif en sumérien -(a)k). T. Abusch a de son côté proposé une autre explication sumérienne du nom, amar.uda.ak « Veau de la tempête ».

Au , quand il accède au statut de dieu suprême, l’appellatif Bēl « Seigneur/Maître » devient aussi une autre manière de le désigner (situation semblable à celle du dieu de l'Orage de Syrie, Haddu/Hadad, généralement appelé Baal). C'est sous ce nom qu'il est connu par les auteurs grecs (qui l'interprètent comme un équivalent de leur Zeus).

La liste de dieux An = Anum ainsi que les sixième et septième tablettes d’Enūma eliš donnent chacune une liste de 50 noms qui servent également à désigner le dieu, généralement ceux des dieux du panthéon mésopotamien dont il a assimilé les traits, et qui renvoient plus spécifiquement à certains de ses aspects, alors qu'il est devenu un dieu « total » concentrant les attributs des autres divinités. Parmi ceux-ci Asalluhi, Shazu et Tutu sont souvent employés pour désigner Marduk.

Pouvoirs et fonctions

Marduk est une divinité qui s'enrichit au fil du temps de nombreux aspects, quand bien même ceux-ci peuvent parfois apparaître contradictoires, au point qu'il se présente comme une des divinités les plus complexes de la Mésopotamie.

Marduk apparaît avant tout dans la documentation cunéiforme comme le dieu tutélaire de Babylone, et sa fortune est liée à celle de cette cité.

Il est impossible de déterminer avec certitude quelles seraient ses compétences originelles, par exemple s'il s'agit d'une force de la nature divinisée. Parmi les possibilités avancées, en se fondant sur l'étymologie supposée de son en sumérien, « Veau du soleil/dieu-soleil » il a été proposé qu'il aurait initialement un aspect solaire, perdu par la suite, mais rien ne vient étayer cette proposition. D'autres y voient une divinité liée à l'agriculture et à la fertilité, parce qu'il est symbolisé par la bêche à partir de l'époque kassite.

Pour autant que l'on puisse le déterminer, Marduk intègre ses attributs par syncrétisme. Le plus important est, dans la première moitié du , son assimilation à Asalluhi, dieu de la cité de Kuara, dieu de la magie et de l'exorcisme, plus largement associé à la sagesse et aussi aux plantes, et fils du dieu Enki/Ea. C'est sans doute une manière d'intégrer Marduk, une divinité marginale à l'origine, dans la famille des grands dieux mésopotamiens à l'époque où Babylone devient une puissance politique de premier plan.

Marduk est donc une des principales divinités des exorcismes, et est souvent invoqué dans des incantations pour éloigner les maux affligeant des personnes. Peut-être en lien avec cet aspect (à moins qu'il ne s'agisse d'une conséquence de son élévation au rôle de dieu suprême gouvernant les destinées humaines), il devient progressivement un dieu à l'aspect protecteur très prononcé, un « dieu auxiliaire ultime » selon W. Sommerfeld, souvent invoqué dans des prières personnelles faisant appel à sa bonté, à sa compassion et à sa capacité à pardonner les fautes. Cela lui donne un aspect dual évoqué dans plusieurs prières : il est à la fois celui qui accorde les bienfaits aux méritants et celui qui châtie les mauvais.

Avec la poursuite de l'ascension de Babylone dans la hiérarchie politique mésopotamien, puis son accession de manière durable au statut de capitale, Marduk acquiert progressivement le statut de dieu souverain et de dieu suprême, attributs repris au dieu Enlil. Au passage il intègre les aspects d'autres divinités, comme les traits guerriers de Ninurta, fils d'Enlil. Avec la théologie affirmée par Enūma eliš et les textes liés comme ceux renvoyant à la fête du Nouvel An, il est principalement présenté comme le roi des dieux, le créateur et le maître de l'univers, celui qui détermine les destinées.

Il a également un aspect astral, quand il revêt l'aspect de l'astre nommé Nībiru/Nēberu, généralement identifié à la planète Jupiter (dans certains cas il pourrait s'agir de Mercure)...

Plus généralement, avec son élévation proclamée par Enūma eliš et les autres textes de la théologie babylonienne de la fin du et du , Marduk tend à réunir en lui les attributs des autres divinités mésopotamiennes. Sous cette forme, W. Sommerfeld l'a qualifié de « surface de projection » (Projektionsfläche), un dieu auquel est attribué tout type d'aspect attribuable à une puissance divine, tandis que S. Maul le voit comme « la somme de tous les dieux ». et que M. Hundley le compare à un magasin qui propose de tout (one-stop-shop god), car il peut fournir à lui seul les bienfaits que tous les autres dieux procurent de manière collective.

Généalogie et cercle divin

Avec son assimilation à Asalluhi, Marduk devient le fils aîné du dieu Enki/Ea, une des principales divinités de Basse Mésopotamie, associée aux eaux souterraines, à la sagesse, aux savoirs et techniques, notamment magiques. Sa mère est la parèdre de ce dernier, la déesse Damkina.

La parèdre de Marduk est la déesse Ṣarpanitu(m) ou Zarpanitu(m) (aussi appelée Bēltiya la « Dame »/« Maîtresse », pendant féminin du nom Bēl), mais dans quelques cas c'est Nanaya. Le couple a pour fils le dieu Nabû, dieu des scribes et patron de la cité de Borsippa, voisine de Babylone.

L'entourage divin de Marduk comprend plusieurs autres divinités, de rang mineur, tel son porte-siège Madanu, ses domestiques aux noms évocateurs Mina-ikul-beli (« Qu'a mangé mon Seigneur ? »), Mina-ishti-beli (« Qu'a bu mon Seigneur ? »), Nadin-me-qati (« Le verseur d'eau pour les mains »), Mukil-me-balati (« Le porteur de l'eau-de-vie »).

Symboles et images

Sur les stèles et les sceaux, Marduk est symbolisé à partir de la seconde moitié du par la bêche à lame triangulaire (marru), ce qui pourrait renvoyer à ses aspects du dieu agraire. Sur les kudurrus ce symbole surmonte généralement une représentation de sanctuaire.

Dans les textes, il dispose d'une arme divine, Mushtesir-habli (« Le redresseur de torts »), décrit comme un lion monstrueux, amalgame des deux armes du dieu Ninurta, Sharur et Shargaz.

Son animal-symbole est un dragon-serpent, le « serpent furieux » mušhuššu, également associé au dieu Nabû, originellement l'animal des dieux Ninazu et Tishpak de la cité d'Eshnunna.

La représentation la mieux connue de Marduk est celle figurant sur un sceau-cylindre en lapis-lazuli daté du règne de Marduk-zakir-shumi (854-819 av. J.-C.) mis au jour dans les niveaux récents de son temple de Babylone et dont l'inscription indique qu'il était destiné à être attaché au cou de la statue du dieu. Le dieu est figuré en homme barbu, coiffé d'une tiare royale, vêtu d'une longue tunique richement ornée, tenant dans sa main gauche la corde et le bâton à mesurer symbolisant la royauté, et de sa main droite une épée à lame recourbée. À ses pieds est assis le dragon-serpent mušhuššu. Il pourrait s'agir d'une représentation de la statue de culte du dieu.

Histoire : du dieu de Babylone au roi des dieux

L'histoire de Marduk est indissociable de celle de la cité dont il est le patron, Babylone. Au début obscure divinité locale, il prend en importance à partir du moment où Babylone devient la capitale d'un royaume puissant, puis accède au statut de dieu de premier rang lorsque ce royaume consolide sa domination sur la Basse Mésopotamie.

Origines et première affirmation

Le culte de Marduk est très peu attesté pour le Il apparaît certes dans une inscription votive d'origine inconnue, qui serait datable du dynastique archaïque II (v. 2700-2600 av. J.-C.) et pourrait provenir de Babylone. Mais il est absent des listes de divinités archaïques, n'apparaît pas dans les textes mythologiques en sumérien ni dans les documents administratifs enregistrant des offrandes pour les divinités. Tout indique qu'il n'est alors une divinité peu importante.