thumb|détail d'une gravure de Paul Gavarni (1804-1866) illustrant la "Lecture du soir" à voix haute, ici faite par une jeune femme à une personne âgée (extrait du livre les martyrs, détail de la gravure) La lecture à voix haute, aussi appelée lecture à haute voix, est une forme de lecture consistant à oraliser un texte, par opposition à la lecture silencieuse ou à la lecture auriculaire.

Chez l'enfant, elle favorise le développement du langage, de l’attention conjointe et de la compréhension narrative (notamment des langues étrangères), tout en renforçant les compétences socio‑émotionnelles, notamment l’empathie cognitive. La pratique de cette lecture, , pour soi ou pour autrui, consolide les circuits neuronaux liés à la compréhension et à l'expression, offrant aussi possiblement un contrepoint à l’omniprésence des écrans.

Définition Pour Edmond Beaume., la lecture à voix haute se différencie de la lecture orale.

La lecture à voix haute se définirait en trois opérations principales : une opération de lecture visuelle silencieuse (je lis, je comprends) une opération de diction (je dis ce que j'ai lu et compris) une opération de rétroaction (je prends en compte l'effet de ma diction sur celui qui écoute).

À la différence, en lecture orale, les signes écrits sont transformés en sons à partir desquels le lecteur construit le sens, le lecteur se rendant auditeur du message écrit. Ainsi, l'oralisation précède et permet la compréhension (je vois, je prononce, j'écoute).

Usage La lecture à voix haute peut être effectuée par l'auteur du texte, par un comédien professionnel (comme c'est souvent le cas pour les livres audio) ou par n'importe quel lecteur (élève, enseignant, précepteur, dame ou homme de confiance, particulier). Sa destination peut être soi-même ou un public.

Gustave Flaubert, avec son épreuve du gueuloir, fournit un exemple d’une lecture à voix haute pour soi-même. Le cas d'Alberto Manguel, lecteur personnel de Jorge Luis Borges lorsque celui-ci est devenu aveugle, est un exemple de public se réduisant à une seule personne. Les lectures publiques, quant à elles, s'adressent généralement à un groupe de personnes.

La lecture d'histoires faites aux enfants Une étude (2024) sur la lecture faite le soir par les parents aux enfants de 6 à 8 ans a montré que deux semaines de lecture quotidienne à voix haute suffisent à améliorer significativement leur empathie cognitive et leur créativité, qu’il s’agisse d’une lecture continue ou ponctuée de questions invitant l’enfant à réfléchir au point de vue des personnages. Cet effet rapide pourrait s'expliquer par la plasticité cérébrale propre aux jeunes années. L'étude n'était pas configurée pour mesurer la durée de maintiend de ces bénéfices, ni pour examiner et s’ils se traduisent par davantage de bienveillance dans la vie quotidienne.

La lecture du soir semble renforcer les circuits neuronaux liés à la compréhension d’autrui et à la génération d’idées originales, et ce, indépendamment du sexe de l’enfant ou de la fréquence de lecture déjà pratiquée dans la famille. Et dans un contexte où les écrans et les algorithmes de recommandation captent de plus en plus massivement l’attention, le rituel de la lecture du soir aux enfants apparaît comme un espace partagé important pour le développement socio‑émotionnel, sans nécessiter de méthode particulière autre que le simple fait de lire.

Lecture à voix haute professionnelle thumb|Performance de lecture à voix haute par Jan Off.La lecture à voix haute revêt aujourd'hui une nouvelle dimension culturelle, en rapprochant le livre de ses lecteurs.

Depuis les performances de Fabrice Luchini dès 1985 au théâtre1985 : Lecture de Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, mise en scène Fabrice Luchini, Théâtre du Rond-Point., le livre connaît une seconde vie sous la forme de lecture à voix haute, ce que rappelle également Sonia Dheur en 2017.. Il s'agit de lectures publiques d'ouvrages déjà publiés, avec le concours de lecteurs professionnels (souvent des acteurs connus) et en étroite collaboration avec les écrivains, les éditeurs, les libraires, les bibliothécaires, les animateurs du monde littéraire et les artistes. Dans ce cadre, la lecture à voix haute est une expression artistique visant à valoriser le livre, son auteur, la vie littéraire et les arts du spectacle dans toutes leurs spécificités, au travers d'animations et de spectacles dans de multiples lieux publics, spécialisés ou non. On l'appelle également dire poétique.

La lecture à voix haute peut donner lieu à des animations en osmose avec les métiers du livre et de l'univers artistique. Depuis 2005, elle est également enseignée à l'université Sorbonne Paris IV par la société Les livreurs, ainsi que dans des associations et des écoles de théâtre. Il existe également plusieurs compagnies théâtrales spécialisées dans ce qui est appelé lectures-spectacles (ou spectacles de lecture).

La lecture à voix haute est aussi une alternative pour les personnes empêchées de lire (déficients visuels, illettrés, etc.). Le livre audio (enregistré sur cassettes, sur CD, ou sur support numérique) se substitue alors au livre papier. L'informatique portable (lecteur MP3 notamment) permet d'écouter ce type de livre dans des environnements et des contextes ne permettant pas la lecture d'un support papier, par exemple lorsque l'on effectue un travail manuel ou en marchant.

Technique Il s'agit de donner à entendre de sa voix la « petite musique » d’un texte et prononcer distinctement d’une manière claire et intelligible les mots d’un auteur. Il s'agit de dévoiler les subtilités qui se dérobent à la mélodie, renouer avec la pureté des sons et atteindre la virtuosité du verbe afin d’en faire éclater le style, mais encore manier le langage dans l’harmonie de la phrase, et porter la pensée d’un romancier, d’un dramaturge, ou d’un poète fidèlement sans laisser retomber ses finales.

La lecture à haute voix est le meilleur moyen de s’atteler à la technique de la diction et de la respiration. Placer sa voix, la timbrer, la moduler et donner du relief à une poésie, à une lettre, une fable, un roman… La lecture à haute voix est en cela un véritable exercice.

La lecture à voix haute ou à haute voix dans l'apprentissage de la lecture thumb|Lecture à voix haute dans une classe de maternelle en CalifornieLa lecture à voix haute fait partie des activités de classe au même titre que d’autres activités de lecture comme la lecture personnelle silencieuse ou la lecture auriculaire

À la différence d’autres activités de lecture, la lecture à voix haute nécessite des compétences de maîtrise du code et de la ponctuation afin que la lecture soit fluide et agréable pour l’auditeur. Elle est donc une activité à part entière dans l'apprentissage de la lecture qui se décompose en différents modes d'échange.

Les bénéfices d’une lecture à voix haute À la différence d'une lecture personnelle silencieuse, une lecture à haute voix permet de : favoriser l'attention et la concentration pour rendre compte du texte .. améliorer la mémorisation par le développement de l'empan visuel, facilitant ainsi d'autres apprentissages. favoriser le développement de la pensée logique et critique exercer et favoriser la prononciation et l'intonation pour une bonne élocutionKonopczynski G et al (1977) Les effets de la lecture à voix haute sur l'intonation : International Review of Applied Linguistics in Language Teaching ; Heidelberg Vol. 15, N° 3, (Jan 1, 1977): 230|url= https://www.proquest.com/openview/3e615a771bd2c102524a8d3f1145aab0/1 enrichir le vocabulaire.. favoriser la discussion au sein d’un groupe améliorer l'expression personnelle en rendant compte des émotions, ce qui permet de jouer un rôle en s'identifiant à un personnage et ainsi de faire un lien avec le théâtre. améliorer la connaissance et la compréhension des structures grammaticales et de la syntaxe par le respect de la ponctuation.. développer la confiance en soi en surmontant la peur du regard des Autres renforcer les liens affectifs en faisant de la lecture une activité commune. Odile Amblard, journaliste spécialisée en éducation et rédactrice en chef du site Enfant.com, rappelle lors de l'émission Tout comprendre de que la lecture orale est un plaisir partagé côte à côte qui permet de créer une relation affective entre l’enfant et le parent qui lui lit une lecture informative ou de fiction en prenant une voix différente de celle connue quotidiennement par l’enfant. favoriser l'intérêt pour la lecture chez les plus jeunes afin d'imiter les adultes et de lire eux-aussi.

L’étude Leggimi ancora menée par Giunti Scuola et Giunti Editore en collaboration avec l'Université de Pérouse sous la direction de Federico Batini, professeur de pédagogie expérimentale à l'Université de Pérouse, effectuée auprès de âgés de 6 à 11 ans issus des villes de Lecce, Modène et Turin a révélé que les élèves qui bénéficiaient d’un enseignement de lecture à voix haute durant à l’école permettait d’augmenter la capacité d’apprentissage de 10 à 20% des enfants.

Écouter une lecture à voix haute permet d'exercer son imagination et sa créativité. En écoutant des fictions (à la radio par exemple), l'auditeur peut visualiser des scénarios, notamment avec le soutien du jeu des intonations et des pauses stratégiques.

Organisation de lectures à voix haute en classe Différentes organisations de lectures à voix haute peuvent être mises en place pour assurer une lecture à voix haute au sein d’une classe..

Ces différentes organisations s'articulent autour de trois locuteurs : De l’enseignant vers les élèves ou un élève en particulier à partir d’un livre que l’enseignant lit lui-même à voix haute de façon vivante ou théâtralisée pendant que la classe ou l’élève écoute (occasion pour des questions de vocabulaire, de compréhension du texte ou pour le plaisir) D’un élève vers son groupe classe à partir d’un livre partagé par tous en lisant à tour de rôle une quantité de mots ou de phrases en séquence à partir d’un livre partagé par tous en lisant ce qui est relatif à un rôle (narrateur/narratrice, personnages) à partir d’un livre différent pour chacun afin de partager une lecture, des expressions différentes ou tout autre motif choisi par l’enseignant D’un élève ou des élèves d’un groupe classe vers un autre groupe classe moins âgé ou plus âgé dans les mêmes conditions que dans le deuxième cas

La lecture à voix haute comme entrée dans l’écrit À l’école maternelle, la lecture de textes et de livres de jeunesse est un moment ritualisé et quotidien pour ces élèves encore non-lecteurs. Ce qui est lu à haute voix par l’enseignant prend tout son sens pour les élèves car c’est par la lecture à voix haute que ces derniers vont prendre conscience de l’écrit et de sa permanence.. C’est la lecture de la même histoire plusieurs fois qui va permettre aux élèves de mémoriser la chronologie des évènements, les personnages ainsi que des éléments textuels.

C’est tout l’enjeu des contes de randonnées qui se caractérisent par une structure répétitive. Ce caractère répétitif permet une mémorisation rapide par les élèves. Cette mémorisation leur permet de développer une conscience syntaxique ainsi qu'une prise de conscience de la permanence de l’écrit. C’est cette permanence de l’écrit où les lettres et les mots ne changent pas qui permet aux élèves non-lecteur d’entrer dans l’écrit. En comprenant que parler et figer sur du papier ce que l’on dit revient au même acte, ils s’intéressent aux lettres et développent le principe alphabétique, fondement nécessaire à l’apprentissage de la lecture. Lorsque les élèves reprendront le conte, seul au coin bibliothèque, ils répèteront l’histoire et la mimeront, développant ainsi un comportement de futur lecteur et écrivain.