est une chanson écrite par Freddie Mercury, enregistrée par le groupe de rock britannique Queen pour l'album , sorti en 1975. La chanson, qui adopte le style opératique, repose sur une structure assez inhabituelle pour un titre de musique rock : découpée en six parties, elle est dépourvue de refrain et comporte des arrangements tantôt a cappella, tantôt hard rock. En dépit de la singularité de son format, elle sort en single 45 tours et devient un immense succès commercial, marquant une étape décisive dans la carrière du groupe Queen et posant les jalons de son entrée au panthéon des grands groupes de rock internationaux.
Le morceau est accompagné de ce que l'on nomme alors une vidéo promotionnelle, aujourd'hui considérée comme ayant contribué à fixer les bases du langage visuel moderne employé dans les clips vidéo. Par la suite, demeure systématiquement jouée lors des concerts du groupe jusqu'à la dernière tournée en 1986. La chanson sort deux fois en single pour une vente cumulée d'environ 15 millions d'exemplaires.
Elle jouit toujours au d'une très grande popularité de par le monde. Elle est ainsi en 2018 la chanson du la plus diffusée en streaming sur les différentes plateformes, avec plus d'1,6 milliard d'écoutes. En 2018, le biopic musical homonyme au succès international retraçant l'histoire de Freddie Mercury et de son groupe revient notamment sur sa genèse et son enregistrement. En 2021, la chanson est certifiée « diamant » par la RIAA pour dix millions de ventes tous supports confondus, faisant de Queen le premier groupe britannique à obtenir cette certification aux États-Unis.
Genèse du morceau et origine du nom
On en sait très peu sur l'origine du nom du morceau. Selon une interview de Brian May, guitariste du groupe, accordée à un magazine et ultérieurement publiée sur son site Web., Freddie Mercury l'aurait trouvé assez tardivement au cours des sessions d'enregistrement. D'après un documentaire de 2004 de la BBC, incluant des entretiens avec le producteur du morceau, Roy Thomas Baker, les premières bandes enregistrées étaient simplement étiquetées « Fred's thing » (« le truc de Fred », Fred désignant Freddie Mercury), documentaire de Carl Johnston, BBC, 2004..
D'une façon générale, le titre évoque une chanson au format hors norme (la rhapsodie) traitant de quelqu'un qui ne se plie pas aux règles de la société (le Bohémien).
Freddie Mercury compose le morceau sur un piano droit qu'il a installé dans son appartement londonien. Dans un entretien accordé en 2000, Reinhold Mack, producteur du groupe au début des années 1980, a dit tenir de Mercury que ce dernier était parti d'une idée de base — en l'occurrence, un mélange entre le rock et l'opéra —, l'avait peaufinée, puis avait ajouté et enlevé des éléments jusqu'à l'obtention exacte de ce qu'il désiraitEntretien repris sur le DVD (2006)..
Enregistrement L'enregistrement de la chanson se déroule sur six semaines, en collaboration avec le producteur Roy Thomas Baker. Il commence le au Rockfield , près de Monmouth au pays de Galles, au terme de trois semaines de répétition dans le Herefordshire "Roy Thomas Baker & Gary Langan: The Making Of Queen's 'Bohemian Rhapsody'" entretien publié dans le magazine britannique Sound on Sound d'octobre 1995. Le site de Sound On Sound étant en cours de refonte, les articles de 1994 à 2001 ne sont pour l'instant disponibles que sur les sites d'archivage, tels que archive.org : https://web.archive.org/web/20150912000231/http://www.soundonsound.com/sos/1995_articles/oct95/queen.html. Au cours de ces six semaines, quatre autres studios seront eux aussi utilisés — Roundhouse, SARM, Scorpion et Wessex. Selon les autres membres du groupe, Freddie Mercury, qui a la chanson définitive en tête dès le début, les dirige pendant tout l'enregistrement.
gauche|vignette|redresse=0.9|C'est sur ce type de support que s'est fait l'enregistrement du morceau, en coupant-collant manuellement de multiples sections de bandes.
Pour appréhender l'ampleur du travail en studio engendré par ce titre en 1975, il faut comprendre les méthodes d'enregistrement dont disposent les producteurs et les musiciens de l'époque. Étant donné que les studios n'offrent alors que vingt-quatre pistes analogiques, les musiciens doivent enregistrer un grand nombre de bandes, puis les mixer sur une nouvelle, jusqu'à ce que l'ensemble des chœurs et des instruments tiennent sur les vingt-quatre pistes disponibles : cette technique, dite du submix (ou sous-mixage), sera, sur Bohemian Rhapsody, utilisée jusque sur huit niveaux par endroits, à tel point que les bandes, initialement opaques, deviennent transparentes au fil des séances de travail, perdant leur couche d'oxyde à force de passages sur les têtes d'enregistrement Voir l'article Queen: A Night at the Opera. The Surround Mix issu du magazine britannique Sound on Sound de juin 2002.. Après ce travail de mixage, les parties des bandes que l'on souhaite conserver sont coupées au rasoir, puis raccordées ensemble dans le bon ordre à l'aide de ruban adhésif.
Pour Bohemian Rhapsody, sont d'abord enregistrées les parties instrumentales « simples » — comprenant le piano à queue de Freddie Mercury, la guitare de Brian May, la basse de John Deacon et la batterie de Roger Taylor — qui serviront de base pour les séances ultérieures d'enregistrement d’overdubs de guitare et de voix. L’overdub consiste à ajouter des pistes supplémentaires sur un travail précédemment enregistré, ce qui permet de multiplier virtuellement les instruments ou parties vocales. Brian May, Freddie Mercury et Roger Taylor travaillant chaque jour leurs parties vocales pendant dix à douze heures, il en résulte l'enregistrement de 180 overdubs distincts1000 UK Number One Hits, Jon Kutner et Spencer Leigh, Omnibus Press, 2005, cité sur la page Bohemian Rhapsody de Songfacts.com.. Parmi les nombreux instruments utilisés sur le morceau, on peut citer la célèbre guitare Red Special de Brian May et un grand tam-tamContrairement à l'idée reçue, la plupart des instruments considérés comme des gongs sont en fait des tam-tams ( l'article en question pour précisions), ce dernier terme ne désignant pas un type de tambour mais bien une cymbale seule, non accordée sur une note spécifique. de marque Paiste. Mercury joue sur un piano à queue Bechstein, qu'il utilisera à nouveau pour le clip vidéo et lors de la tournée suivante au Royaume-Uni.
Bohemian Rhapsody, qui constitue à ce jour le morceau le plus cher jamais réalisé, demeure, en termes d'enregistrement, l'un des plus élaborés de l'histoire de l'industrie du disque.
Sortie
Lorsque Freddie Mercury demande à exploiter commercialement le morceau sous forme de 45 tours (single), il s'entend rétorquer qu'avec ses 5 minutes et 55 secondes, Bohemian Rhapsody est trop long et ne peut pas faire un succès. Freddie Mercury décide alors d'en donner une copie à son ami Kenny Everett, célèbre animateur de la fréquence londonienne Capital Radio. Ce faisant, il prend soin de l'informer — en appuyant ses dires d'un clin d'œil amical — que le morceau est réservé à une écoute personnelle et ne doit surtout pas être diffusé. Le plan fonctionne à merveille : Everett, qui a saisi le message, capte l'attention de ses auditeurs en passant des extraits du morceau pendant son émission. Finalement, il en arrive à passer le morceau jusqu'à quatorze fois pendant un weekend . À partir de là, les grandes radios acceptent de diffuser Bohemian Rhapsody dans son entier. La chanson est un succès et sort donc en single selon les vœux de Freddie Mercury, avec le morceau I'm in Love with My Car de Taylor sur la face B.
Structure du morceau
Le morceau est constitué de six sections distinctes : introduction, ballade, solo de guitare de Brian May, partie opéra, partie hard rock et conclusion (outro). Le même style, au stade embryonnaire, se retrouve dans de précédents morceaux du groupe, tels que My Fairy King, Liar ou encore The March of the Black Queen. Ces trois titres, composés par Mercury, sont connus pour leurs quelques similitudes avec Bohemian Rhapsody en termes de style de composition musicale.
Introduction (jusqu'à 49 s)
La chanson commence en si bémol majeur, avec quatre parties a cappella très rapprochées, enregistrées en multipiste par Mercury. Le narrateur s'interroge sur la différence entre le « réel » et l'« imaginaire », avant de conclure qu'« on ne peut échapper à la réalité ». Après une quinzaine de secondes, un piano de concert fait son entrée, tandis que la voix solo de Mercury alterne avec les chœurs. Le narrateur se présente comme un « pauvre garçon », mais avertit qu'il ne souhaite susciter aucun témoignage de pitié, car « rien n'est vraiment important » : les jeux d'alternances chromatiques sur easy come, easy go (« ça va, ça vient ») soulignent l'atmosphère onirique du morceau. Cette première partie prend fin avec l'entrée de la basse et les jeux d'arpèges du piano.
Ballade (de 49 s à 2 min 37 s)
La basse de John Deacon marque les premiers temps de chaque mesure et l'harmonie est ponctuée par le piano ; ensuite, les chœurs cèdent la place au solo de Mercury. Le narrateur explique qu'il « vient de tuer un homme », et qu'il vient par là de détruire sa propre vie. Grâce à quelques passages chromatiques descendants, la basse amène une modulation en mi bémol, permettant l'entrée de la batterie de Roger Taylor (vers 1:18). Le narrateur évoque pour la première fois sa mère (« Mama ») dans la nouvelle tonalité, en transposant le thème original. Il explique qu'il regrette de la faire pleurer et l'incite à tenir le coup (« carry on, carry on/continue, continue »).
Comme la ballade en arrive à son deuxième couplet, le narrateur se dit fatigué et abattu par ses actions : Brian May entre à la guitare, en imitant les arpèges aigus donnés par le piano (1:50)Tablatures de la partie guitare disponible sur fretplay.com.. Le narrateur prend congé du monde et se prépare à « faire face à la vérité », regrette d'avoir à mourir, et souhaite n'être jamais né.
Solo de guitare (de 2 min 37 s à 3 min 3 s)
Avec cette dernière réplique, la musique gagne en intensité, laissant la place à la guitare solo de Brian May, qui sert de pont de la ballade à l'opéra. Le solo de guitare évolue à travers des gammes modifiées de si bémol, pour s'envoler dans les aigus. En contrepoint, la basse achève une descente chromatique pour introduire une nouvelle modulation, lorsque l'orchestre s'interrompt brutalement (3:02), ne laissant qu'un accord de la majeur (la nouvelle tonalité) marqué sur des croches fuyantes : l'opéra commence ici. En concert, la scène s'éteint et les membres du groupe sortent de scène pour laisser le playback prendre en charge cette section, devenue impossible à jouer en direct tant les voix s'étaient complexifiées grâce au multipiste.
Opéra (de 3 min 3 s à 4 min 7 s)
Une série rapide de changements rythmiques et harmoniques introduit une section intermédiaire évoquant l'opéra, contenant l'ébauche du travail multipiste plus élaboré qui va ensuite décrire la « descente aux enfers » du narrateur. Tandis que la base rythmique du morceau demeure, la dynamique varie grandement, passant graduellement d'un simple duo piano-voix au chœur complet soutenu par la batterie, la basse, le piano et les timbales.