(grec : ) (né le et mort le ) fut un empereur byzantin de 842 à 867. C'est le troisième et officiellement le dernier membre de la dynastie amorienne (ou phrygienne). Les surnoms d’« Ivrogne » (ὁ Μέθυσος) ou de « débauché » lui furent attribués par les historiens qui vécurent sous la dynastie macédonienne, traditionnellement hostiles. La recherche moderne a, jusqu’à un certain point, réhabilité sa réputation en soulignant le rôle vital que joua son règne dans le retour en force de la puissance byzantine au cours du Gregory (2010) Fossier (1986) . Aimant tout ce qui requérait un grand déploiement d’énergie physique (courses de chevaux, exercices militaires, lutte), il montra peu d’intérêt pour la gestion de l’empire, laissant volontiers ce soin à ceux qui l’entouraient, faisant preuve d’une jalousie revendicative si leur puissance éclipsait la sienne : sa mère d’abord, son oncle le césar Bardas ensuite, puis celui qui devait lui succéder, Basile le Macédonien.

Contexte historique thumb|left|L’Empire byzantin au milieu du . Le père de , Théophile (né en 813, empereur de 829 à 842) avait seize ans lorsqu’il devint empereur. Éduqué par Jean le Grammairien il fut le dernier défenseur de l’iconoclasme, réprimant violemment ses opposants, mais sans véritablement être capable de faire accepter cette doctrine par la majorité de la population et du clergé. L’iconoclasme avait été adoptée sous () à un moment où l’empire ne cessait d’être en butte à des calamités naturelles aussi bien qu’à de nombreux ennemis extérieurs, signe croyait-on de la fureur divine à l’endroit de l’importance qu’avait pris le culte des images. Mais les déboires de Théophile en matière de politique étrangère contredirent rapidement cette idée. En Occident, il ne fut pas en mesure de préserver la Sicile des invasions arabo-berbères. Dans les Balkans, il réussit à maintenir la présence byzantine tout en renforçant son emprise sur le pourtour sud de la Crimée grâce à une alliance avec les Tatars. En Asie, il fut en lutte avec le calife Al-Ma'mūn () dont les armées pillèrent les provinces les plus exposées, puis avec son successeur, Al-Muʿtas̩im () qui, en 838, pilla Amorium, lieu d’origine de la famille de Théophile et seconde ville de l’empire, ce qui constituait une défaite psychologique de grande ampleur. À son crédit toutefois, il faut noter une renaissance progressive de l’activité architecturale et culturelle. Portant un grand intérêt à la culture arabo-musulmane même s’il en combattait les représentants, il encouragea les arts, en particulier l’architecture, embellissant Constantinople grâce à une économie prospère, reposant sur des ressources monétaires presque inépuisables, mais dont on ne connait pas encore l’origine. Lorsque Théophile mourut à l’âge de vingt-neuf ans, le , l’iconoclasme s’éteignit avec lui : un vent de changement soufflait désormais sur l’empireSur le règne de Théophile, voir Treadgold (1997) Ostrogrosky (1983) Cheynet (2007) Norwich (1994), chap. 3 « Theophilus », .

Enfance et mariage thumb|right|Solidus de l’impératrice Théodora avec sa fille ainée, Thekla, et son fils, Michel. Michel était le fils cadet de l’empereur Théophile () et de l’impératrice Théodora (régente entre 842 et 856). On ignore la date précise de sa naissance, mais tout porte à croire qu’elle eut lieu au début de 840, probablement les ou Mango (1967) . Il fut couronné coempereur peu aprèsSelon le patriarche Photius, Michel fut empereur « dès son berceau », c’est-à-dire depuis sa naissance. Puisque le couronnement d’un empereur junior prenait presque toujours place lors d’une fête et que le jour de la Pentecôte est la fête religieuse la plus rapprochée de la naissance de Michel, les historiens assument généralement que le couronnement dut avoir lieu le 16 mai.« Théophile couronna son fils Michel dans la Grande Église et, comme c’était la coutume, il distribua des présents à tous ceux qui étaient présents » (Wahlgren (2019) .

L’empereur passa sa jeunesse dans l’ombre de sa mère, l’impératrice Théodora qui, toute aux affaires de l’État, ne s’intéressa que peu à l’éducation du jeune homme. Heureux de laisser à d’autres le soin de gouverner l’empire, celui-ci développa très tôt un goût prononcé pour le vin et les courses de chariots, prenant dès sa quinzième année une maitresse, Eudocia Ingerina, fille d’un officier de la garde varègue qu’il voulait épouser. Pour une fois inquiète de l’attitude de son fils, l’impératrice organisa, comme cela avait été le cas pour elle-même, un concours de beauté afin de choisir une impératrice digne de ce titre. Si Théodora et son premier ministre autorisèrent Eudocia Ingerina à se présenter au concours, ils choisirent plutôt la vertueuse Eudocia Décapolitissa, probablement membre de l’aristocratie constantinopolitaine. En fils soumis, Michel accepta d’épouser le choix de sa mère mais il en résulta une haine qui ne devait pas tarder à se manifester. Du reste Michel se désintéressa totalement de son épouse qui demeura impératrice en titre, mais dont il n’eut jamais d’enfant, continuant à fréquenter sa maitresseTreadgold (1997) Norwich (1994) .

Règne

Régence de Théodora (842-856) thumb|left|Le triomphe de l’orthodoxie selon une miniature des . Théodora se trouve à gauche dans la rangée supérieure avec le jeune . À la mort de Théophile, son épouse Théodora assuma la régence à laquelle était associée Thekla, l’ainée des sœurs de Michel que l’on trouve représentée à leurs côtés sur des pièces de monnaie; cette dernière ne semble pas toutefois avoir joué de rôle politique. Le conseil de régence comprenait le patriarche de Constantinople comme le voulait la coutume, les frères de l’impératrice, Bardas et Pétronas, ainsi que le magister Serge Nikétiatès et le favori de l’impératrice, le logothète du drome, ThéoktistosOstrogorsky (1983) .

Née en Paphlagonie dans une famille arménienne, Théodora avait été depuis sa plus tendre enfance une « iconodule »C’est-à-dire partisane du culte des images, contrairement aux « iconoclastes ».. Il n’est pas certain si Théophile était au courant des croyances de son épouse au moment du mariage; toutefois s’il n’était pas un iconoclaste de la trempe d’un ou d’un , il eut maille à partir dans les années subséquentes avec son épouse. Si bien que, devenue régente, Théodora n’eut d’autre priorité que de rétablir le culte des images. Son premier geste fut de déposer le patriarche de Constantinople, Jean le Grammairien, iconoclaste notoire : un synode fut convoqué, lequel le proclama le retour des imagesEn cet honneur, on institua la « Fête de l’Orthodoxie » encore célébrée dans les Églises orthodoxes le premier dimanche du Carême.. Le patriarche fut déclaré déchu et un moine longtemps emprisonné pour sa défense des images, Méthode, un Sicilien conseiller de Théophile, le remplaça. La plupart des évêques iconoclastes furent alors démis de leurs fonctions, mais aucun ne fut maltraité ou emprisonné, signe que le débat sur le culte des images était closTreadgold (1997) Norwich (1994) .

Mais un autre conflit religieux se dessinait, lequel devait avoir des conséquences différentes mais tout aussi tragiques : la persécution des Pauliciens. Cette secte dualiste, née vraisemblablement en Arménie à la fin du rejetait non seulement la plupart des symboles des Églises grecque et romaine, mais également leur formalisme et leur avidité de pouvoir et de richesse. L’Église orthodoxe avait forcé l’empereur () à prendre les premières mesures contre eux. Les raisons étaient alors purement théologiques. À la suite de ce début de persécution, le mouvement avait évolué pour se structurer en État militaire autonome, basé en Anatolie (dans l'est de l'actuelle Turquie) et entrer en lutte contre l'Empire. Nombre de Pauliciens choisirent alors l’exil et se réfugièrent sur les territoires de l’émir de Mélitène, venant grossir les rangs arabes contre Constantinople. Suivant un nouveau décret punissant de mort ceux qui n’abjureraient pas, Théodora lança une vaste campagne militaire qui devait se solder par le massacre de plusieurs dizaines de milliers d’entre eux dont les biens et propriétés furent confisqués au profit de l’ÉtatOstrogorsky (1983) Norwich (1994) .

Sur le plan politique, la direction des affaires de l’État ne tarda pas à passer entièrement entre les mains du logothète Théoktitos. Rapidement, pour prouver sans doute que le retour des images ne signifiait pas de nouvelles défaites militaires considérée comme un châtiment divin, Théoktitos se porta contre les Arabes en Crète avec une force puissante. Malheureusement, après de premiers succès qui permirent de reprendre la Crète pour plusieurs années, Théoktitos fut battu sur le continent même en 844. Cependant des luttes intestines chez les Arabes et l’apparition des Turcs aux frontières arabo-byzantines forcèrent les premiers à conclure un accord de paix, suivi d’un échange de prisonniers (845-846)Ostrogorsky (1983) Norwich (1994) . Théoktitos s’était montré piètre général; toutefois, il réussit à persuader l’impératrice que le véritable responsable n’était autre que Bardas, lequel fut exilé hors de la capitale. Malgré ces premiers échecs, les armées byzantines commencèrent à prendre le dessus. En 853, une flotte byzantine s’empara de la forteresse de Damiette, non loin des bouches du Nil sur la côte égyptienne qui servait de point d’appui aux forces arabes de Crète. C’était la première fois que la flotte byzantine s’aventurait aussi profondément en territoire ennemiOstrogorsky (1983) .

Pendant ce temps, la haine silencieuse de qui allait bientôt avoir seize ans se développait contre sa mère et ses conseillers. Douze ans après que Michel eut été écarté du pouvoir et avec l’aide du grand chambellan Damianos, le héros de Damiette deux ans plus tôt, Bardas, autorisé à rentrer à Constantinople, réussit à persuader ce dernier qu’il ne pourrait jamais exercer de pouvoir personnel tant que Théodora et Théoktitos restaient à la tête de l’État. Un complot fut organisé et le , alors que le grand logothète se dirigeait vers les appartements de l’impératrice, il vit son chemin bloqué par Michel et Damianos. Un échange verbal violent s’ensuivit et Théoktitos s’apprêtait à rebrousser chemin lorsque Bardas surgit de l’ombre avec un groupe de partisans qui mit fin à ses jours. En , une session spéciale du Sénat déclara la régence dissoute et proclama Michel seul empereur; il ne restait plus à Théodora qu’à se retirer au monastère de la Gastria avec ses fillesNorwich (1994) .

Règne personnel sous l'influence de Bardas (856-866) thumb|right|Le césar Bardas et son neveu à Hagia Sophia (Chronique de Skylitzès de Madrid). Bardas remplaça Théoktitos comme véritable maitre de la politique intérieure de l’empire pendant que l’empereur retournait aux plaisirs de la vie et à sa romance avec Eudocie Ingerina. Vers , il fut promu aux plus hauts postes de l'empire comme ceux de magistros et chartoularios tou kanikleiou, puis au rang de curopalate ; enfin, le 22 ou le , il assuma le rang de « césar » qui le plaçait immédiatement sous l’empereur et en faisait son lieutenantTreadgold 1997, . Il fit également nommer son frère, Pétronas, stratège des Thracésiens où celui-ci participera aux batailles de Michel contre les ArabesTreadgold 1997, .