Le Gotland () ou Skogsruss, est une race de poneys originaire de l'île éponyme, située à l'est de la Suède. Ce poney autochtone rustique, peut-être issu des chevaux des Goths puis des Vikings, a longtemps vécu dans l'isolement des forêts de son île natale. Menacé de disparition à la fin du et au cours du siècle suivant à cause de l'intensification de l'agriculture, il est croisé avec des chevaux orientaux et des Welsh, sans traces notables sur son modèle. Le gouvernement suédois se mobilise ensuite pour sa préservation. En 1943, son registre généalogique (Riksstambok för Gotlandruss) est fondé. Il se répand ensuite dans tout le pays grâce à son succès comme monture pour les enfants et comme poney de course de trot. Un groupe d'une cinquantaine de juments reste élevé en préservation sur son île originelle, sous étroite surveillance. Néanmoins, le Gotland subit les effets de son importante consanguinité.

Le Gotland est un poney léger qui présente souvent une robe aux caractères primitifs. Doux et rustique, il est désormais employé en équitation sur poney avec les enfants et lors de courses de trot, et suscite un intérêt pour les projets de réensauvagement en Suède depuis les années 2020. Bien que rare, le Gotland jouit d'une certaine popularité dans toute la Scandinavie, et s'est exporté en Amérique du Nord à partir de 1957. L'effectif est d'environ principalement répartis en Scandinavie, avec une petite population en Amérique du Nord.

Dénomination Le Gotland est également nommé Gotlandsruss et Skogsruss, qui signifie ou , en référence à son pied sûr. Russ signifie en suédois. Dans les travaux scientifiques publiés en anglais, il est identifié à la fois sous le nom de Gotlandsruss et sous celui de .

Il vit sur l'île de Gotland dans la mer Baltique, d'où son nom, mais les habitants de l'île l'appellent ., soit ou . Son biotope originel repose sur du calcaire silurien, un tiers environ de la superficie de l'île étant pâturable, tandis que 2/5 de l'île sont couverts de forêt, principalement de pins nains.

Histoire vignette|gauche|Comparaison du Gotland (au premier plan) avec d'autres races de chevaux européennes.|alt=Dessin ancien de différentes races de chevaux ayant différentes tailles et couleurs. Le Gotland est la seule race de chevaux véritablement autochtone de Suède, et est partiellement issu de la sélection naturelle.. Cela en fait aussi la seule race de poney suédoise native. Il est à la fois le plus ancien et le plus petit des chevaux suédois. Il forme, d'après des observateurs de l'île de Gotland cités par Arthur Spencer, l'animal le plus intéressant parmi les rares animaux présents sur cette île.. Il a en effet connu très peu d'influences extérieures et d'interventions humaines au cours de sa longue histoire..

Origine Il est vraisemblablement le plus ancien cheval scandinave., un représentant des populations de chevaux domestiques originelles. L'opinion populaire a longtemps fait remonter son origine à la préhistoire., durant l'âge de la pierre, et évoque l'ascendance du Tarpan (qui, comme lui, présente souvent une raie de mulet, caractéristique des chevaux primitifs.) ou du cheval des forêts du Nord de l'Europe.

Cependant, l'origine de tous les chevaux domestiques du monde a été établie dans la steppe pontique (d'après une vaste étude publiée dans Nature en 2021), vers , ce qui invalide la thèse de l'origine préhistorique.. D'après Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma), des traces de ces poneys sont attestées dès . L'équipe de la chercheuse Sofie M. Viksten cite plutôt une origine remontant à l'âge du fer ; des restes de chevaux domestiques datés de - 500 à 220 ont en effet été retrouvés dans un village de l'âge du fer, Vallhagar, situé à quelques kilomètres du biotope de Lojsta.. Thulon et al. postulent qu'une population de chevaux domestiques serait arrivée sur Gotland très peu de temps après la diffusion massive des premiers chevaux domestiques. Ils ressemblent fortement aux chevaux des Goths établis sur l'île de Gotland (et qui lui ont donné son nom) d'après les sculptures montrant des chariots tractés par des chevaux, vers l'an mil. Ces poneys se sont vraisemblablement répandus dans toute l'Europe de l'Est avec les migrations des Goths, mais l'absence de témoignage écrit ne permet pas de s'en assurer. Il n'existe pas de preuves de leur influence sur d'autres races européennes. Durant l'époque Viking du Haut Moyen Âge, des traces de culte du cheval ont été retrouvées sur l'île de Gotland.. Selon Bunjes, ces poneys auraient été domestiqués au . C'est de cette époque que date la plus ancienne preuve écrite de leur existence, le Codex Runicus, qui mentionne le Russ sur l'île. On retrouve aussi au une représentation de combat d'étalons, preuve que les Vikings établis sur Gotland pratiquaient le commerce de chevaux..

Jusqu'au vignette|Reconstitution du centre du village de Visby, sur l'île de Gotland, en 1900. Selon les critères hippologiques de l'époque, le poney de Gotland est décrit comme au .. Lors de son séjour à Gotland en 1741, Carl von Linné décrit les stratagèmes utilisés par les insulaires pour capturer les petits chevaux sauvages. Le Gotland reçoit l'influence de Kleppers de Livonie aux , mais dans l'ensemble reste peu influencé par des croisements extérieurs. Ces petits chevaux vivent librement sur l'île jusqu'au milieu du . Ils sont capturés et mis au travail de traction en fonction des besoins, et sont vraisemblablement remis en liberté dès que l'on n'a plus besoin de leur force de travail. Ils sont alors les seuls chevaux utilisés localement pour la traction. L'intensification de l'agriculture entraîne un besoin en animaux plus grands et plus forts, ce qui entraîne le déclin progressif des poneys.

La réforme agraire du , appliquée à partir de 1859, entraîne l'augmentation des surfaces cultivées aux dépens des forêts... Les chevaux de l'île qui jusque-là paissaient librement dans les forêts se rabattent sur les champs. Un certain nombre d'entre eux sont tués par des agriculteurs qui les perçoivent comme une nuisance. Près de (sur les estimés sur l'île à l'époque) sont exportés en dehors de Gotland rien que dans les années 1870, vers d'autres pays européens (Belgique, Allemagne et Grande-Bretagne) où ils servent dans des mines.

Le poney de Gotland est à cette époque souvent confondu avec celui de l'île voisine d'Öland.. Cependant, la race d'Öland finit par s'éteindre dans son biotope. La menace d'extinction du poney de Gotland attire l'attention dès les années 1870, notamment celle du vétérinaire E. Schoug, qui exerce sur l'île. Avec le comte C. G. Wrangel, il s'emploie à empêcher l'extinction, parfois en prenant des mesures controversées.

Certains éleveurs tentent des croisements. En 1886, Willy Wöhler, de Klintebys, amène sur l'île un étalon nommé Khediven I, d'origine inconnue. Celui-ci introduit la robe tachetée parmi les ressources génétiques du cheptel, ou bien le gène Gris. C'est à la même époque, vers 1880, que naît l'étalon noir ou bai dun , l'un des principaux ancêtres de la race, réputé pour sa fougue, son endurance et son trot, peut-être issu du croisement entre une mère Gotland et un père possiblement cheval oriental syrien. D'autres croisements sont certainement intervenus, mais sans être documentés. Ils introduisent des couleurs de robe jusqu'alors absentes parmi le cheptel, telles que l'alezan et le gris. Le Gotland connaît un regain de popularité avec ces croisements. La première inspection de la race est organisée en 1896.. L'élevage est principalement assuré dans deux haras créés à la suite d'un appel du comte Wrangel dans sa revue Tidning för Hästbännr (« Amis des chevaux »).

vignette|Poney alezan aux crins lavés sur l'île de Gotland, en août 2016.|alt=Dans un paysage de hautes herbes, un poney roux aux crins blonds. En 1900, la Gotlands Läns Hushållningsselskap (chambre d'agriculture de Gotland) prend en charge la gestion du poney local. En 1901 sont créées deux sociétés de race, et . est supprimée en 1908, obtient seule la gestion du Gotland, jusqu'en 1912 où elle cesse à son tour son activité. De nouvelles inspections, y compris de poneys semi-sauvages, sont organisées entre 1914 et 1919. Au début du , il ne reste cependant plus qu'environ 150 chevaux de cette race. Les restrictions alimentaires de la Première Guerre mondiale ont favorisé la consommation et le braconnage des rares poneys. La race est virtuellement sauvée par quelques agriculteurs qui clôturent environ 80 hectares sur l'île et permettent ainsi au Gotland d'échapper à l'extinction. Un éleveur fait perdurer cet effectif jusqu'en 1922, le cheptel restant étant offert au comté de Gotland contre la promesse de préserver ce poney. Ainsi, à partir des années 1920, l'élevage redémarre, avec de premières implantations allochtones dans les parcs zoologiques de Stockholm et de Göteborg. Il reste des poneys en liberté sur l'île jusque dans les années 1930, où l'utilisation des terres entraîne l'abattage ou la capture des derniers chevaux libres.

La création d'un registre généalogique (le Riksstambok för Gotlandruss) est effective en 1943 grâce à la chambre d'agriculture. La race se perpétue sur l'île de Gotland et sur le continent, mais durant les années 1940, seuls neuf étalons sont actifs, situation qui entraîne une grande consanguinité. Des croisements avec des étalons Welsh sont pratiqués durant les années 1950 et 1960, suscitant la controverse. Jusqu'en 1955, le Gotland reste pratiquement le seul poney élevé en Suède. Le gouvernement suédois se mobilise en 1954, une association des Amis du Gotland étant créée cette même année, pour permettre à ces poneys de subsister dans leur milieu naturel., la forêt de Lögsta (ou Lojsta) sur l'île de Gotland.. C'est aussi à partir de 1954 que le Gotland commence à être davantage élevé hors de son île originelle. Ainsi, selon Bernadette Lizet, le Gotland constitue l'une des très rares populations de chevaux d'Eurasie dont le mode de vie semi-sauvage a pu être préservé durant la seconde moitié du ..

La situation s'inverse après 1961, avec l'arrivée des courses de trot attelé et de l'équitation sur poney, le nombre de naissances de poneys connaissant alors une croissance ininterrompue. En 1967 est fondée une association nationale de race, qui est depuis 1975 membre de la plus vaste société d'élevage des poneys de Suède (SPAF). Le Riksstambok för Gotlandruss est fermé aux croisements en 1971. Dans les années 1980, le regain d'intérêt pour les poneys de travail profite à la race. Les exportations sur le continent suédois se multiplient. En 1984, le Gotland est reconnu comme race autochtone à préserver de l'extinction par le gouvernement suédois, un travail de recensement permettant d'éliminer les poneys ayant plus de 2 % d'origines étrangères.

Description vignette|Gotland bai, en 2008|alt=Photographie d'un cheval marron et noir vu de profil. Le Gotland présente de nombreux caractères primitifs et rappelle par bien des aspects l'Exmoor, un poney britannique également très ancien, ainsi que le Fjord, le Konik, le Huçul, le Shetland, le poney corse., et le Lofoten, maintenant éteint. Il est très similaire aux poneys des montagnes et des landes britanniques.. Une analyse génétique publiée en 2019 confirme la proximité génétique entre le Fjord, l'Islandais, l'Exmoor, le Shetland et le Gotland, suggérant une origine commune ou bien des croisements entre ces races..

Taille et poids