(littéralement « animal rampant d'Hyner ») est un genre fossile de vertébrés à quatre membres primitifs ayant vécu durant l'étage Famennien du Dévonien supérieur, il y a entre , dans ce qui est aujourd'hui l'Amérique du Nord. L'unique espèce connue est , nommé en 1994 par Edward Daeschler et ses collègues en l'honneur de l'urbaniste américain Edward Bassett. Hynerpeton est le premier vertébré à quatre pattes datant de cette période découvert aux États-Unis et l'un des premiers à avoir potentiellement perdu des branchies internes.
Le reste fossile le plus notable est une grande ceinture scapulaire endochondrale, composée du cleithrum, de l'omoplate et du coracoïde, mais pas de l'interclavicule et des clavicules, tous reliés en un seul os constituant l'épaule. La surface interne de cet os de l'épaule possède un éventail de dépressions qui seraient des points d'attache pour un ensemble spécifique de muscles puissants situés autour du thorax. Cela aurait donné à Hynerpeton une mobilité et une résistance à la charge améliorées par rapport à d'autres vertébrés à membres datant du Dévonien, tels Ichthyostega ou Acanthostega. Le cleithrum (l'omoplate supérieure de l'épaule) est fusionné avec le scapulo-coracoïde (la plaque inférieure de l'épaule située devant l'orbite de ce dernier), contrairement à la plupart des tétrapodes, mais la ceinture scapulaire est indépendante du crâne, contrairement à la plupart des poissons.
Les premiers vertébrés à quatre membres étaient souvent considérés comme des « tétrapodes » dans une définition du terme basée sur les traits anatomiques. Toutefois, des animaux comme Hynerpeton, Ichthyostega ou Acanthostega sont antérieurs au groupe-couronne des tétrapodes actuels, ce qui a conduit la majorité des paléontologues à les exclure du taxon des Tetrapoda dans sa nouvelle définition. D'un point de vue cladistique, un terme plus précis est désormais « tétrapodomorphes » ou leur sous-groupe dérivé, les « stégocéphales », deux clades qui incluent les vrais tétrapodes que sont les amphibiens et les amniotes.
Les premiers restes connus d’Hynerpeton proviennent du site fossilifère de Red Hill, qui, au Dévonien supérieur, était une plaine inondable chaude habitée par un écosystème diversifié de vertébrés et d'invertébrés terrestres. Hynerpeton est l'un des nombreux genres de vertébrés à quatre membres connus sur le site, parmi lesquels il a été le premier découvert. Les chercheurs supposent que des animaux comme Hynerpeton auraient été capables d'utiliser leur mode de vie semi-aquatique pour trouver des lacs peu profonds où ils auraient pu frayer et s'isoler des grands poissons prédateurs habitant les rivières plus profondes.
Historique des recherches En 1993, les paléontologues américains Edward Daeschler et Neil Shubin découvrent le premier fossile d’Hynerpeton sur le site fossilifère de Red Hill, près de la localité d'Hyner, en Pennsylvanie, aux États-Unis, alors qu'ils prospectent des roches dévoniennes à la recherche de preuves fossiles de l'origine des tétrapodes... Cette découverte initiale concerne une ceinture scapulaire endochondrale gauche robuste, appartenant à un animal qui aurait de puissants appendices. Ce fossile, depuis catalogué ANSP 20053, est désigné comme le spécimen holotype d’Hynerpeton bassetti, que Daeschler et ses collègues nomment officiellement dans un article publié par la revue scientifique Science en 1994. Au moment de la découverte, Hynerpeton est alors le plus ancien vertébré à quatre membres connu des États-Unis, et sa présence dans un écosystème complexe tel que celui préservé à Red Hill aide à répondre à certaines des questions que se posent Daeschler et Shubin sur l'origine et le mode de vie des premiers tétrapodes. Le nom de genre Hynerpeton vient d'Hyner et du grec ancien , signifiant « animal rampant », pour donner littéralement « animal rampant d'Hyner ». L'épithète spécifique bassetti honore , un urbaniste américain et grand-père de Daeschler..
La strate fossilifère du site de Red Hill, la « lentille d’Hynerpeton », porte le nom du genre. Les paléontologues pensent que ce site date du Famennien moyen et supérieur, entre . Depuis 1993, des restes supplémentaires de stégocéphales ont été trouvés dans cette zone. Ceux-ci comprennent des os de l'épaule, des os de la mâchoire, des fragments de crânes, des gastralias, un fémur et un grand humérus de forme remarquable.. En 2000, une paire d'os de la mâchoire est attribuée à un deuxième genre de stégocéphale, Densignathus., et d'autres études soutiennent que plusieurs taxons supplémentaires, à l'heure actuelle non nommés, seraient présents sur le site, y compris peut-être le plus ancien whatcheeriidé connu.
Une partie de ce matériel est attribuée à Hynerpeton, mais dans de nombreux cas, ces attributions sont contestées. Par exemple, la paléontologue anglaise Jennifer Alice Clack fait référence à plusieurs fossiles supplémentaires au sein du genre dans son examen de 1997 concernant des empreintes fossilisées datant du Dévonien. Ces fossiles, qui n'étaient pas notés auparavant dans la littérature scientifique, comprennent un os jugal, des écailles ventrales et une partie d'une mandibule.. En 2000, Daeschler décrit plus en détail la mandibule en question, catalogué ANSP 20901, et la compare avec les restes de Densignathus. Dans une revue plus complète des stégocéphales de Red Hill publiée en 2009, les fossiles sont réétudiés par Daeschler, Clack et Shubin. Les trois auteurs notent que la plupart des fossiles sont attribués à Hynerpeton en raison de leur proximité avec l'endroit où la ceinture scapulaire holotype fut découverte. Cependant, avec la présence de fossiles d'animaux distincts trouvés à proximité, cette raison n'est donc pas suffisante pour considérer ces attributions comme établies. Par conséquent, les restes décrits par Clack en 1997 et par Daeschler en 2000 ne relèveraient pas nécessairement d’Hynerpeton. Néanmoins, ils conservent un cleithrum gauche au sein du genre, catalogué ANSP 20054, en raison de sa structure quasiment identique à celle de l'holotype.
Description vignette|droite|upright=1.2|alt=Dessin d'une sorte de salamandre à la tête plate.|Reconstitution hautement hypothétique de l'animal par Nobu Tamura.
Hynerpeton serait vraisemblablement similaire à d'autres vertébrés à membres ancestraux tels Ichthyostega ou Acanthostega. Bien que le manque de matériel fossile empêche de tirer des conclusions formelles sur son anatomie, la structure de la ceinture scapulaire endochondrale préservée offre des informations sur sa classification. La ceinture scapulaire endochondrale est la partie de la ceinture scapulaire contenant l'omoplate, le coracoïde et le cleithrum, mais pas les clavicules et l'interclavicule. Dans son ensemble, la ceinture scapulaire endochondrale est massive et en forme de couperet. La « tige » pointant vers le haut est formée par le cleithrum, un os en forme de lame absent chez la plupart des amniotes. La « lame » pointant vers l'arrière est formée par le scapulo-coracoïde, un os en forme de plaque qui possède également la cavité glénoïde le long de son bord arrière et, plus tard, chez les tétrapodes, se sépare en omoplate et coracoïde. Chez les poissons à nageoires charnues ancestraux des tétrapodes, comme Eusthenopteron, la ceinture scapulaire endochondrale est attachée au crâne. Chez les vrais tétrapodes, la ceinture scapulaire endochondrale est divisée en deux os distincts : le cleithrum et le scapulo-coracoïde. Hynerpeton est un intermédiaire entre ces deux formes, car la ceinture scapulaire endochondrale est séparée du crâne mais pas encore divisée en deux os distincts. Hynerpeton appartient ainsi aux proto-tétrapodes du Dévonien plutôt qu'aux vrais tétrapodes, qui n'apparaissent pas dans les archives fossiles avant le début du Carbonifère. Sur la base de la taille de l'os, l'individu auquel il appartient a une longueur estimée à ..
vignette|alt=Dessin d'une omoplate sur fond blanc.|redresse=0.85|gauche|Croquis de l'omoplate gauche de l'holotype en vue médiale (intérieur). Les lignes pointillées indiquent l'étendue reconstruite de l'os, tandis que la flèche marque la direction antérieure, orientée vers la tête.
La partie du cleithrum est lisse, contrairement au cleithrum à texture rugueuse des tétrapodomorphes basaux. De plus, sa partie supérieure est élargie et légèrement inclinée vers l'avant, un caractère dérivé similaire à celui de Tulerpeton et des tétrapodes. La région du scapulo-coracoïde est large vue de profil mais très fine vue de dessous. La cavité glénoïde est positionnée sur le bord extérieur et arrière du scapulo-coracoïde, une position nettement plus latérale que les autres stégocéphales du Dévonien, à l'exception de Tulerpeton. Au-dessus de la fosse glénoïde se trouve une zone surélevée connue sous le nom de contrefort supra-glénoïdien.
Hynerpeton possède également plusieurs autapomorphies, des caractéristiques uniques qu'aucun autre stégocéphale basal connu ne possède. La face interne du scapulo-coracoïde présente une grande dépression profonde, appelée fosse sous-scapulaire. Le bord supérieur de cette dépression est très grossièrement texturé, car il est recouvert de cicatrices musculaires. Le bord arrière de la fosse sous-scapulaire, quant à lui, est formé par une zone massive surélevée, connue sous le nom de contrefort sous-glénoïdien. Une deuxième dépression, connue sous le nom de fosse sous-glénoïdienne, qui est continue avec la fosse glénoïdienne, s'enroule autour de l'arrière de l'os pour couper en deux le contrefort sous-glénoïdien.
Ces caractéristiques combinées semblent soutenir l'idée qu’Hynerpeton aurait eu de puissants muscles attachés à la partie scapulo-coracoïde de la ceinture scapulaire endochondrale. La fosse sous-glénoïde est particulièrement bien développée dans ce genre et peut avoir été un point d'origine pour les muscles rétracteurs. Une rainure similaire sur le bord avant de l'os peut avoir aidé à élever ou à prolonger le membre. Le bord de la fosse sous-scapulaire fournit également une région d'attache musculaire. Comme ces caractéristiques sont inconnues chez d'autres stégocéphales, aussi bien les membres basaux que les tétrapodes, il est probable que la musculature d’Hynerpeton aurait été utilisée pour une forme de mouvement expérimental unique sans postérité après le Dévonien.. Les descripteurs originaux suggèrent que ces muscles puissants auraient pu être tout aussi utiles pour marcher que pour nager.