thumb|300px|Gravure du représentant les artisans de la conspiration des Poudres.

Une conspiration est soit une entente secrète entre plusieurs personnes en vue de renverser le pouvoir établi, soit une organisation en vue d'attenter à la vie ou la sûreté d'une autorité. Le terme « conspiration » et ses quasi-synonymes, notamment « complot » et « conjuration », ont fait l'objet de distinctions sémantiques par plusieurs spécialistes de la langue.

Les objectifs d'une conspiration sont variés, ainsi que ses moyens. Le faux témoignage et la rumeurPopish Plot, l'enlèvementSurprise de Meaux, l'attentatOpération Charlotte Corday, l'assassinatDavid Rizzio et le coup d'ÉtatConjuration de Catilina sont parmi les méthodes les plus visibles et les plus utilisées des conspirations connues. Si un coup d'État nécessite généralement le secret des putschistes, tous les assassinats et tous les attentats ne s'inscrivent pas dans le cadre d'une telle union secrète, et certains peuvent même être ouvertement tramés.

Terminologie François Guizot remarque que « les définitions de cabale, complot, conspiration et conjuration, bien que synonymes, marquent chacune de ces choses d'une empreinte si particulière qu'au lieu de les distinguer par des lignes de séparation, elles coupent, tranchent par des traits aussi forts que multipliés, leur ressemblance »François Guizot, Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française, Aimé Payen, 1822..

Le rapport existant entre ces quatre termes avait déjà été remarqué par Roubaud au Girard, Beauzée, Roubaud et autres écrivains célèbres, Dictionnaire universel des synonymes de la langue française, Lesguilliez frères, Paris, 1600. Ils signifient, une union entre particuliers, sujets ou citoyens, pour nuire, pour renverser, pour frapper un coup. Mais ils supposent des vues, des motifs et des effets bien plus graves : ils marquent des projets cachés et sinistres, qui ont d'ordinaire un dénouement tragique, qui ne vont pas à moins qu'à se défaire d'une personne odieuse, en l'immolant, s'il le fait; et ils annoncent dans ceux qui forment ces desseins coupables, des sentiments de vengeance, de haine profonde ou de patriotisme exalté. Par la cabale un homme est harcelé ou décrié, ou tout au plus chassé de son poste; mais il tombe victime d'un complot, d'une conspiration ou d'une conjuration. Ces derniers mots expriment des attentats à commettre : aussi dit-on tremper dans un complot, dans une conspiration et dans une conjuration, comme on dit tremper dans un crimePierre Benjamin Lafaye, Dictionnaire des synonymes de la langue française, 1858..

Cabale La cabale est l'intrigue d'un parti ou d'une faction formée pour travailler, par des pratiques secrètes, à tourner à son gré les évènements ou le cours des choses. Ce mot tient au primitif cab, cap, affecté à ce qui rassemble, contient, renferme, enveloppe. L'idée naturelle et dominante de cabale est celle de prendre, accaparer, rassembler les esprits pour former un parti, et manœuvrer secrètement avec adresse.

La cabale a pour objet, d'emporter la faveur, le crédit, l'ascendant, l'empire ; de disposer des grâces, des emplois, des charges, des récompenses, des réputations, des succès, en un mot, des événements; enfin d'abaisser les uns, d'élever les autres. Dans les gouvernements, elle fait et défait des ministres, des généraux, des officiers. Dans la république des lettres, elle étouffe la réputation des auteurs, ou fait la fortune des ouvrages.

Au théâtre, la cabale est et était fréquemment utilisée pour abattre une pièce dès sa première représentation grâce à la claque. Dès pratiques organisées analogues peuvent se trouver dans l'opéra. Durant l'antiquité le cirque avec ses factions hostiles en était un lieu privilégié avec de multiples prolongements externes à caractère politique.

Dans les entreprises, dans l'administration, elle oppose des groupes reliés par la commune origine scolaire ou universitaire, syndicale ou politique et peut être dirigée contre une personnalité ou un projet.

Complot Le complot se distingue aisément de ses synonymes : il a moins de généralité ou d'étendue. Le complot a pour objet de nuire, et ses vues sont toujours criminelles. Cependant il n'a lieu qu'entre deux ou quelques personnes, et il est ordinairement dirigé contre un seul homme. Des malfaiteurs font le complot d'assassiner un passant pour le dépouiller ; des délateurs, celui d'accuser un homme de bien, pour obtenir les grâces d'un gouvernement soupçonneux et crédule : des traîtres, celui d'ouvrir les portes de la ville à l'ennemi pour obtenir le prix de la trahison, des ambitieux, celui de calomnier et de décrier un ministre pour lui succéder ; des Astarbé, celui d'empoisonner un Pygmalion pour ceindre du bandeau royal la tête de son amant. Partout où il y a deux méchants, il n'y a ni personne, ni droit, ni autorité, ni puissance a l'abri d'un complot, c'est-à-dire d'un attentat sourdement concerté.

Complot vient de cum, avec, et du français pelote, peloton. Comploter, faire une pelote ensemble signifie donc ourdir ou tramer en petit nombre. Être la victime d'un infâme complot (Clemenceau, L'Iniquité, 1899, p. 18)Trésor de la langue française informatisé. À l'opposé d'une conspiration et d'une conjuration qui désignent des projets plus vastes, impliquant un plus grand nombre, le complot tramé à deux ou en petit groupe, vise des objets plus réduits. Le complot est élémentaire, restreint. Il est aussi plus noir, plus lâche et suppose une bassesse et une méchanceté profonde. Un complot infâme. Voltaire au sujet d'un complot de La Truaumont contre Louis XIV : Ce fut plus une lâche trahison mal ourdie qu'une conspiration.

Voir Prise d'armes.

Conspiration et conjuration Conspiration et conjuration sont des unions ou complot d'un assez grand nombre contre l'État, le souverain ou les dirigeants, pour le renverser par la force. .

Conspiration, du latin con spirare, respirer avec, être animé du même esprit, marque l'accord profond, intellectuel et sentimental, des conspirateurs. Le terme de conspiration n'indique pas plus la volonté de nuire que celle de servir. Une conspiration peut être en faveur de quelqu'un. La conspiration faite en faveur des Tarquins (Montesquieu). Les républicains bénissaient la conspiration de Brutus contre César pour la liberté, entreprise autorisée par les anciennes lois. Une conspiration signifie un changement d'ordre au profit de quelqu'un. On conspire ordinairement pour changer ceux qui règnent, ceux qui commandent, ceux qui gouvernent, ceux qui participent à la chose publique; et en prévenant ce que le temps aurait fait sans la conspiration. Albéroni forme une conspiration contre le régent de France, pour que l'autorité change de main. Les courtisans, les princes, la reine, le roi lui-même, en forment plusieurs contre Richelieu, pour se soustraire a un empire dur et absolu. La Conspiration des poudres, vraie ou supposée, ne menace que le parlement ou les représentants de la nation, sans toucher aux droits du peuple, et à la forme même du gouvernement. La Conspiration n'est pas aussi sanglante qu'une conjuration, et peut-même parfois réaliser ses objectifs, sans trouble ni violence. Conspiration évoque un projet dont la réalisation est lointaine et pour lequel les conspirateurs ont longuement discuté. Une machination dont la complexité nécessite un secret total sous peine d'être détruit.

Conjuration, du latin conjuratio formé de cum jurare (jurer avec), désigne une réunion dont les membres se sont liés par un serment. La conjuration a pour objet d'opérer un grand changement, une révolution d'État ou dans l'État, soit à l'égard de la personne du souverain légitime, soit à l'égard des droits inviolables de l'autorité, soit dans les formes propres et caractéristiques du gouvernement, soit dans les lois fondamentales et constitutives. Catilina se propose, dans sa conjuration, de détruire les derniers des Romains et sa patrie, s'il ne parvient à l'asservir. La conjuration de Bédemare prépare la ruine de la république de Venise. La vie des plus grands personnages, la royauté, la religion de l'État, tout est menacé dans la Conjuration d'Amboise. Rienzi veut rétablir, par sa conjuration, le tribunal et l'ancienne liberté de Rome contre la constitution présente de l'empire.

Une conjuration évoque une extermination, une ruine totale. Voltaire parlant de la Conspiration des poudres, l'appelle tout d'abord de ce nom comme tout le monde, puis voulant en faire sentir toute l'horreur il ajoute : « Tous les autres complots qu'ont produits la vengeance, la politique, la barbarie des guerres civiles, le fanatisme même, n'approchent pas de l'atrocité de la Conjuration des Poudres ». La conjuration évoque un projet à la veille de son exécution. Les conjurés se rassemblent aux deniers instants, où l'intensité d'un évènement les poussent à se jurer serment. Une conjuration nécessite le secret, mais pour la dissiper, les conjurés doivent être battus à la manière d'une ligue. « Toutes les puissances du monde, quoique liguées et conjurées, ne prévaudront pas contre Louis XIV ». La conjuration, d'abord contenue, comme une simple conspiration, dans un certain cercle de conjurateurs, est contrainte d'appeler à son secret et à son secours, une foule de conjurés nécessaires à de grandes et périlleuses entreprises ; de manière que plus elle devient redoutable par le nombre, plus elle a elle-même à redouter : c'est pourquoi le sort ordinaire des conjurations est d'être découvertes.

La cabale mène au complot ; le complot à la conspiration ; la conspiration à la conjuration ; la conjuration à la révolte. Si vous accordez quelque chose à la cabale, bientôt rien ne se fera que par cabale. Si vous n'arrêtez de bonne heure les complots, vous en serez le promoteur, le complice, et enfin la victime. Si les conspirations vous font trembler, plier, céder vous deviendrez l'esclave et le jouet de la conspiration. Si vous pardonnez la conjuration par un esprit de prudence et un sentiment de bonté, que ce soit en déployant le plein pouvoir de punir ; que ce soit comme pardonne aux Génois soumis, contrits, prosternés, dans l'attente de la peine, sous le glaive vengeur.

Accusation du crime de conspiration 300px|thumb|Exécution du duc d'Enghien le La « conspiration » est un chef d'accusation possible dans les systèmes légaux de nombreux pays. C'est ainsi que fut accusé de « conspiration contre la liberté publique et la sûreté générale de l'État » par la Convention auto-instituée en tribunal. Il fut reconnu coupable.

Les conspirations, constante de l'Histoire, ont toujours été considérées avec la plus grande sévérité dans les systèmes juridiques. Et généralement une sentence de peine capitale était suspendue à l'accusation, prouvée ou non, du crime de conspiration. Ce qui en a fait une arme politique redoutable.

L'accusation infondée du crime de conspiration peut faire partie intégrante d'une véritable conspiration.