L'École polytechnique, couramment appelée Polytechnique et surnommée en France l'« X » , est l'une des françaises accréditées au à délivrer un diplôme d'ingénieur.. Elle constitue l'une des sept grandes écoles militaires françaises.
Elle est fondée en 1794 par la Convention nationale sous le nom d'École centrale des travaux publics, et militarisée en 1804 par Napoléon . À l'origine située à Paris, l'École est à Palaiseau (Essonne) depuis 1976, au cœur du pôle technologique Paris-Saclay. Elle a le statut d'établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP-GE), constitue une grande école militaire dont le cycle ingénieur est placé sous la tutelle du ministère des Armées et est membre fondateur de l'Institut polytechnique de Paris. Elle est connue principalement pour sa formation d'ingénieurs, dont les élèves et anciens élèves sont appelés « polytechniciens ».
L'École assure depuis sa création la formation d'ingénieurs généralistes. Ses élèves sont recrutés chaque année par un concours d'admission parmi les plus anciens et les plus difficiles de ceux que préparent les élèves de classes préparatoires, mais aussi par admissions parallèles pour les universitaires. L'École décerne en plus de son propre diplôme, le diplôme de docteur de l'École polytechnique depuis 1985, et forme des élèves de grade de master depuis 2005 et de bachelors depuis 2017. En majorité, les polytechniciens, c'est-à-dire les élèves diplômés, le plus souvent après une formation spécialisante dans une autre grande école, intègrent les entreprises, privées ou publiques., en France comme à l'international, entrent dans les grands corps de l'État, civils ou militaires, ou s'engagent dans la recherche.
Jouissant d'un grand prestige dans l'enseignement supérieur en France, l'École polytechnique est souvent associée à la sélectivité, à l'excellence académique, mais aussi à l'élitisme et à la technocratie qui sont sources de critiques depuis sa création. Dans l'imaginaire populaire, l'École est associée à certains symboles comme l'uniforme de ses élèves et le bicorne qui l'accompagne.
Noms vignette|Loi du .|alt=Document numérisé. À sa création en 1794, l'École porte le nom d'« École centrale des travaux publics » et l'enseignement dispensé est limité aux connaissances techniques, ceci dans le but de pallier la pénurie d'ingénieurs dans la France d'après la Révolution. L'École est renommée « École polytechnique » par la loi du « Chronologie des premières années de l'École polytechnique (1794 - 1799) » Bulletin de la Sabix lire en ligne, 8 | 1991.. Le néologisme « polytechnique » (composé de poly-, « nombreux », et de technique) symbolise la pluralité des techniques enseignéesDéfinition de polytechnique, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.. Il apparaît pour la première fois dans un document publié au début de l'année 1795..
, tandis que sous le Premier Empire, comme sous le Second Empire, son nom officiel est « École impériale polytechnique ». Les élèves, anciens élèves et diplômés de l'École sont appelés « polytechniciens »Définition de polytechnicien , sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.. L'École est souvent simplement appelée « Polytechnique ».
vignette|Blason de l'École.
L'École est surnommée l'« X » depuis le milieu du .. . . Le surnom d'« X » s'applique aussi aux polytechniciensX : Définition de X, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales..
À la fin du et au début du , l'École, ainsi que ses élèves et anciens élèves, étaient surnommés « pipo »PIPO : Définition de PIPO, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.. .
Histoire
vignette|Fronton des bâtiments historiques, rue Descartes à Paris. vignette|Amphithéâtre de Chimie, photographié par Jules David en 1904.
De 1794 aux révolutions du Au lendemain de la Révolution de 1789, les différentes écoles royales d'ingénieurs ont été fermées.. Jacques-Élie Lamblardie, Gaspard Monge et Lazare Carnot, pères fondateurs de l'École, se voient confier la mission d'organiser une nouvelle « École centrale des travaux publics », officiellement créée le 7 vendémiaire an III () et renommée « École polytechnique » un an plus tard. Le projet initial prévoit que l'École polytechnique remplace toutes les anciennes écoles d'ingénieurs. Mais ces anciennes écoles sont finalement rétablies par la loi du sous le nom d'« écoles d'application » : il devient obligatoire de passer par l'École polytechnique pour y entrer, et tandis que l'École polytechnique dispense une formation théorique et générale, les écoles d'applications assurent la mise en pratique et la spécialisationJanis Langins. « Une lettre inédite de Fourier sur l'enseignement destiné aux ingénieurs en 1797 » Revue d'histoire des sciences 1981, Tome 34, , . Lire en ligne, consulté le 28 mars 2013).Extrait de la Loi du , concernant les Écoles de services publics.]. Ce monopole de l'école sur le recrutement des grands corps techniques, appelé « privilège », est confirmé par la loi du mais la scolarité est réduite de trois à deux ans afin de compenser la prolongation du cursus dans les écoles d'application. L'École, initialement créée pour former aux emplois publics et privés exigeant un haut niveau scientifique et technique, devient alors très liée aux services publics et le classement de sortie, qui définit le choix du corps, prend une importance considérableBruno Belhoste, « Ambroise Fourcy & Jean Dhombres (Introd.) Histoire de l'École polytechnique, Paris, Belin, 1987 (Librairie du bicentenaire de la Révolution française) ; Janis Langins et Emmanuel Grison (Préf.), La République avait besoin de savants : l'École centrale des travaux publics et les cours révolutionnaires de l'an , Paris, Belin, 1987 (Librairie du bicentenaire de la Révolution française) », Histoire de l'éducation, 1988, , , (Lire en ligne, consulté le 28 mars 2013).. L'École acquiert cependant très vite une grande renommée en sciences et attire des scientifiques de toute l'Europe.
En 1804, Napoléon donne à Polytechnique un statut militaire et une devise (« Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire »), caserne les élèvesDécret du .Les grandes périodes de l'histoire de l'École : Une école impériale militaire et disciplinée, sur le site de l'école.Ce qui a donné lieu au bruit, disait-il, que je n'aimais pas cette école, c'est que les jeunes gens, la plus part âgés de quinze ou seize ans, se libertinaient au milieu de la corruption de la capitale, et que je les fis caserner, ce qui leur déplut.(Mémoires de Marchand, p. 117 ) et installe l'École sur la montagne Sainte-Geneviève à Paris« Histoire de l'École polytechnique » sur le site du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche., à l'emplacement des anciens collèges de Navarre, de Boncourt et de Tournai (l'École se situait auparavant au palais Bourbon et à l'hôtel de Lassay). Des travaux sont par la suite entreprisEntre 1836 et 1875, la chapelle, la salle des actes, le pavillon de théologie, construits à l'époque médiévale, sont démolis. En 1936, le pavillon Joffre est aménagé, amenant à la disparition d'éléments datant du , hormis l'avant-corps de la façade, érigé en 1738. Cf. panneau Histoire de Paris devant l'ancienne entrée principale.. La militarisation se double d'une spécialisation de l'enseignement vers les mathématiques.En 1814, lors de la bataille de Paris, les élèves de l'École polytechnique s'illustrent en défendant la barrière du Trône et les Buttes-Chaumont. Le drapeau de l'École porte fièrement l'inscription « Défense de Paris 1814 » en raison de leur conduite héroïque..
À la Restauration, à la suite d'un incident déclenché par Auguste Comte en raison de son opposition au répétiteur Lefébure de Fourcy, toute la promotion 1814 est congédiée en pour manque de discipline par le comte de Vaublanc.. En réalité, cet acte d'insubordination semble avoir été un prétexte pour éliminer l'atmosphère républicaine qui régnait alors dans l'École et une promotion suspectée de bonapartisme.
Après l'arrêt de la parution du journal saint-simonien Le Producteur en , les disciples de Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, parmi lesquels le polytechnicien Barthélemy Prosper Enfantin, donnent toute une série de conférences pendant deux ans, trouvant un écho très favorable à l'École polytechniqueOlivier Pétré-Grenouilleau, Saint-Simon, L'utopie ou la raison en actes, Payot, . Ainsi, à partir des de nombreux élèves de l'École polytechnique sont influencés par les idéologies saint-simonienne et positiviste. L'influence du positivisme sur l'École conduit Friedrich Hayek à la décrire comme la source de l'orgueil scientiste et du socialisme moderne.. Cette critique est reprise par Wilhelm Röpke qui voit dans l'École le centre de diffusion d'un courant au voulant construire et organiser ..
Pendant les Trois Glorieuses, les polytechniciens se mettent aux côtés des insurgés. La réputation de l'École grandit si bien qu'au commencement de la révolution de 1848 les élèves sortent de nouveau dans la rue pour servir de médiateurs entre le pouvoir et les insurgés.
Du Second Empire à l'entre-deux-guerres Le Second Empire marque l'élévation sociale des polytechniciens. L'École cesse en effet progressivement d'être un laboratoire scientifique pour s'imposer comme un espace de production de la « noblesse d'État », tout en étendant son emprise sur la gestion des appareils industriels. Certains auteurs, comme Terry Shinn et Bruno Belhoste, considèrent que l'École n'a pas contribué à l'industrialisation de la France pendant cette période et que les polytechniciens se sont contentés de tâches administratives dans les entreprises au lieu d'être des inventeurs et de promouvoir les nouvelles technologiesÉtienne Schweisguth, « Shinn Terry. L'École polytechnique », Revue française de sociologie, 1981, , , , lire en ligne (consulté le 3 mars 2013).. François Crouzet estime néanmoins que ces critiques sont excessives et que les polytechniciens ont joué un rôle important dans le développement économique de la France au . L'École devient alors un lieu de conservatisme politique et social d'après Bruno Belhoste, si bien que lors du soulèvement du 18 mars 1871, et à l'inverse des insurrections précédentes, l'École polytechnique ne se place pas du côté du peuple. Après la défaite, l'École prépare la revanche militaire sur l'Allemagne et seuls quelques polytechniciens, comme Henri Poincaré et Henri Becquerel, portent le « flambeau de la science à l'école »., si bien que Louis Pasteur attribue la défaite française aux carences de la science française qu'incarne à ses yeux l'École polytechnique et son éloignement de la recherche..
thumb|upright=1.2|L'École polytechnique à la fin du .
À partir de 1914, l'École vit au rythme de la Première Guerre mondiale : les élèves sont mobilisés (principalement dans l'artillerie et le génie), les concours 1914 et 1915 sont annulés, les cours interrompus et les bâtiments transformés en hôpital. L'École ne rouvre partiellement qu'en mais il faut attendre pour que l'hôpital quitte l'École. Au cours de la guerre, quatre maréchaux de France polytechniciens mènent le pays à la victoireJoffre, Foch, Fayolle et Maunoury., néanmoins neuf cents polytechniciens périssent durant les combatsLes grandes périodes de l'histoire de l'École : Une école républicaine, sur le site de l'école.. La guerre confirme la crise latente de l'École, ainsi certains de ses historiens décrivent la période allant de 1870 à l'entre-deux-guerres comme des « années d'enlisement ».
La Seconde Guerre mondiale