Un navire-hôpital (au pluriel des navires-hôpitaux) est un bateau construit, transformé ou aménagé, en vue de remplir une seule tâche, porter secours à des naufragés, des blessés ou des malades. Il a pour fonction de servir de centre de soins, en offrant toutes les fonctionnalités d'un hôpital terrestre. La plupart de ces bateaux sont mis en œuvre par les marines militaires de différents États du monde, et quelquefois par des organisations non gouvernementales (ONG).
Précurseurs thumb|Salle sur l'USS Red Rover (1862-1865).
La notion de navire hôpital est assez ancienne, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem créant un navire hôpital en 1523, la caraque Santa MariaB. Galimard Flavigny (2006) 211–225.. Mais elle ne couvrait que l'appellation donnée à un navire de transport de troupes destiné à servir d'hôpital, c'est-à-dire surtout d'isoler les malades par crainte de la contagion. Ainsi, en 1755, l'escadre française qui appareille pour le Canada, comprend à cet effet le vaisseau de 50 canons L'Apollon, armé en flûteC'est-à-dire ne conservant que 12 canons, pour libérer de la place pour le faire agir comme transport..
On verra par la suite apparaître des navires dédiés au secours des naufragés et blessés au lieu de navires temporairement affectés à cette tâche. L'un des premiers exemples de ce type de bateau est l'USS Red Rover qui a servi à porter secours aux blessés des 2 camps pendant la Guerre de Sécession.
Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale, comme la Seconde, a aussi vu la transformation de paquebots en navire hôpitaux. Ce fut le cas, entre autres, du RMS Aquitania, du Britannic (sister-ship du Titanic) et du France ou encore du Canada.
Le paquebot français Sphinx, lancé en 1914, sera rapidement transformé en navire hôpital et utilisé pendant la durée des hostilités. En 1918, il reprend ses fonctions de simple paquebot. En 1939, il est de nouveau reconverti en navire hôpital. Il servira, entre autres, au rapatriement des blessés de Narvik vers Marseille. Saisi par les Italiens, il finira sa carrière sous les bombes américaines en 1944. Le France, le Duguay-Trouin et l’Asie sont d'autres navires hôpitaux qui servirent durant la Première Guerre mondiale.
Le navire hôpital canadien Llandovery Castle aura un sort plus funeste : torpillé dans la nuit du , causant , dont . Les listes d'attaques de navires hôpitaux seront, tout au long de la guerre, un sujet de choix pour la propagande alliée, fustigeant la barbarie des empires centraux.
Seconde Guerre mondiale vignette|Le Wilhelm Gustloff réquisitionné comme navire hôpital en 1940.
La Seconde Guerre mondiale verra l'apparition de bâtiments spécialement construits en vue de remplir la fonction de navire-hôpital, en particulier pour suivre les opérations à travers le Pacifique.
Ce sera le cas de navires américains de la classe Haven (AH-12)La codification « AH » désigne les navires hôpitaux américains. On trouvera aussi « AHP » pour les navires spécialisés dans l'évacuation des blessés. L'AHP ne bénéficie pas de la protection des Conventions de Genève car il peut transporter au besoin du personnel ou du matériel militaire en sus des blessés évacués. : déplacement , vitesse 17,5 nœuds, rayon d'action . Elle entre en service en 1944.
Le personnel soignant comprend et et infirmiers pour un équipage de et .
Le bâtiment est dimensionné pour prendre en charge Il est prévu une capacité maximum de .. Il est équipé de trois salles d'opération, installations de radiologie, laboratoires. Il est capable de débarquer et équiper un hôpital de campagne de . Il est aussi équipé de dispositifs de levage permettant le chargement, ou le déchargement, en douceur des blessés graves.
Depuis 1945
L' et l' sont les deux navires hôpitaux mis en œuvre par la marine des États-Unis depuis 1984 et 1987. Ce sont tous les deux des pétroliers datant de 1975 qui ont été transformés.
La de la arme, de 1984 à 2026, un tel bâtiment, le , qui ne répond cependant pas à la définition stricte du navire-hôpital car il est équipé d'armements (en l'occurrence, des canons de 20 et pour la protection rapprochée) ; quand il est utilisé dans un rôle médical, il est désigné comme « navire de réception des blessés primaires » ().
Le Peace Ark est le premier grand navire hôpital de la marine chinoise. Ce bâtiment lancé en 2007, d'un déplacement d'environ , dispose de 300 lits et de huit blocs opératoires« Un navire hôpital chinois en visite au Kenya » MAP, 8 octobre 2010.
Le plus grand navire-hôpital civil est l’, sous les couleurs de l'organisation non-gouvernementale ..
En France, aucun navire hôpital au sens strict n'a été construit. Le soutien santé a été assuré jusque dans les années 1990 par des « bâtiments de soutien santé » (BSS), comme la Rance, qui avaient cependant d'autres missions militaires (renseignement, par exemple) et qui ne bénéficiaient donc pas de la protection accordée aux navires hôpitaux. Par ailleurs, de nombreux bâtiments de guerre à vocation logistique (pétrolier ravitailleur, bâtiment-atelier…) ou opérationnelle tels que les transports de chalands de débarquement de classe Ouragan (19 lits), puis de classe Foudre (51 lits), les bâtiments de projection et de commandement (69 lits) et les bâtiments ravitailleurs de forces (18 lits), disposent de capacités hospitalières significatives Jean Massicot. Navires de guerre et marine française. Desnoel, Toulon 2010, , p. 33.
Identification
Les navires hôpitaux cherchent à faire reconnaître leur statut de non-belligérants en arborant de larges croix rouges Ou croissants rouges pour les nations ayant adopté ce signe en lieu et place de la croix rouge. Le Croissant-Rouge est officiellement reconnu au niveau international. sur une coque généralement peinte en blanc. S'ils se conforment ainsi aux dispositions des Conventions de Genève, il n'en est pas moins vrai que plus d'un navire hôpital a été attaqué, voire coulé, au cours des différents conflits du . Ce fut le cas, entre autres, de l'AHS Centaur qui fut proprement torpillé par un sous-marin japonais, le , au large des côtes australiennes.
Il est prévu que, en cas de conflit, le nom et les caractéristiques du navire soient communiqués aux différents belligérants dix jours au moins avant qu’il ne soit employé. D'autre part s'il suit une escadre combattante alors que celle-ci marche avec ses feux masqués il est le seul navire de l'escadre à avoir le droit de garder ses feux de signalisation allumés, il a un éclairage du pont et de la coque : cela montre sa neutralité dans le combat.
Un navire de guerre qui remplirait des tâches de secours aux blessés ne bénéficierait pas de la protection attribuée à un navire hôpital. Ce serait la situation, par exemple, du RFA Argus britannique ou du BPC Mistral français.
Un navire hôpital qui interférerait avec des opérations militaires perdrait son statut protégé et pourrait être saisi par un des belligérants. Ce fut le cas, par exemple, du navire hôpital russe Orel pris par les Japonais, en 1904, pour avoir transporté des soldats valides et du matériel de guerre. Ou bien, pendant la Première Guerre mondiale, celui du navire hôpital allemand Ophelia, arraisonné par les Britanniques après y avoir découvert du matériel de signalisation sans objet avec son rôle, mais aussi avoir jeté par-dessus bord des documents classifiés et lancé un message codé avant l'inspection britannique.
Radiocommunications thumb|AHS Centaur coulé par faits de guerre.
Historique La nécessité d'utiliser les radiocommunications pour annoncer et identifier les transports sanitaires est apparue pendant la Seconde Guerre mondiale. A la mer, plus de et affrétés par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) furent coulés ou endommagés par faits de guerre : l'absence de moyens d'identification efficaces fut la cause de la plupart des attaques en surface ou sous-marines. En 1943, un navire hôpital attaqué par des avions s'efforça de se faire identifier par radio. La station côtière de Malte retransmit le message du navire sous forme d'appel à tous (), sur les fréquences internationales de détresse de et de (ex ) mais les avions assaillants ne purent capter cette émission.
Dès 1944, les navires neutres et les navires hôpitaux naviguant à la Méditerranée signalaient leur position en émettant toutes les quatre heures un message sur la fréquence internationale de détresse et d'appel en radiotélégraphie morse de . Dans l'Atlantique, ils émettaient ce message une fois par jour. Ces messages de position sur étaient prescrits par les belligérants.
Dans une zone de combat, aux fins d'annonce et d'identification de transports sanitaires placés sous la direction d'une partie à un conflit ou d'États neutres, ou d’un navire portant secours aux blessés, aux malades et aux naufragés, le responsable du transport sanitaire doit faire transmettre les signaux d'urgence de trois groupes « PAN PAN » suivis par l'adjonction du seul groupe « MEDICAL » en radiotéléphonieConvention de Genève du CICR sur la radio : Droit International Humanitaire – Traités & textes.. L'expression « transports sanitaires », définie dans les Conventions de Genève de 1949 et les Protocoles additionnels, recouvre tout moyen de transport, par terre, par eau ou par air, militaire ou civil, permanent ou temporaire, affecté exclusivement au transport sanitaire placé sous la direction d'une autorité compétente d'une partie à un conflit ou d'États neutres et d'autres États non parties à un conflit armé, lorsque ces navires, ces embarcations et ces aéronefs portent secours aux blessés, aux malades et aux naufragés.
Radiocommunications des transports sanitaires Aux fins d'annonce et d'identification de transports sanitaires qui sont protégés conformément aux Conventions susmentionnées, une transmission complète des signaux d'urgence en radiotéléphonie sur les fréquences internationales de détresse: , , les fréquences de détresse supplémentaires et , la fréquence aéronautique d'urgence , la fréquence militaire Recommandation de l'Union internationale des télécommunications, référence aux dispositions du règlement des radiocommunications RR5.111 ; RR5.256 ou toute autre fréquence pouvant être utilisée en cas de détresse peuvent être utilisées par les transports sanitaires aux fins d'auto-identification et d'établissement des communications. La communication doit, dès que possible en pratique, être transférée sur une fréquence de travail appropriée.
L'utilisation des signaux décrits indique que le message qui suit concerne un transport sanitaire protégé. Le message doit contenir les données suivantes : l'indicatif d'appel ou tout autre moyen reconnu d'identification du véhicule de transport sanitaire ; la position du véhicule de transport sanitaire ; le nombre et le type de véhicules de transport sanitaire ; l'itinéraire prévu ; la durée estimée du déplacement, et les heures de départ et d'arrivée prévues, selon le cas ; toute autre information, telle que l'altitude de vol, les fréquences radioélectriques de veille, langues utilisées, modes et codes des systèmes de radar secondaires de surveillance.
Ces dispositions s'appliquent, s'il y a lieu, à l'utilisation des signaux d'urgence par des transports sanitaires. L'identification et la localisation des transports sanitaires en mer peuvent être effectuées au moyen des répondeurs radar maritimes normalisés (voir la Recommandation 14 (Mob-87)). L'utilisation des radiocommunications pour annoncer et identifier les transports sanitaires est facultative.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Livres Ph. Eberlin, Crimes de guerre en mer, 1939-1945, Éditions Maîtres du Vent, 2007, . Gilles Barnichon, Les Navires hôpitaux français au , Éditions Maîtres du Vent,
Articles Robert M. Garraud, « Les Hôpitaux flottants », Vie et Bonté - Paris 1952. Vice-amiral Grandclément, « Les Navires hôpitaux », Revue internationale de la Croix-Rouge, .
Filmographie