Jean Brun est un philosophe français, né le à Agen, il décède le à Fontaine-lès-Dijon.. Agrégé de philosophie en 1946. il a soutenu ses deux thèses de doctorat en 1961.. Il a été le directeur du département philosophie de l’Université Bourgogne Europe à Dijon de 1961 à 1986. Curieux et éclectique, il est l'auteur de nombreux ouvrages, articles et conférences où il aborde la philosophie antique, l'histoire de la philosophie, les philosophes tels Blaise Pascal, Kierkegaard... mais aussi l'art et la musique.

Biographie

Origines et scolarité (1919-1946) En 1924, la famille de Jean Brun quitte Agen pour Toulouse où il effectua, au lycée de garçons de Toulouse (aujourd'hui Lycée Fermat), toute sa scolarité secondaire (1930-1937) de la à la Terminale, avec Georges Canguilhem en philosophie. Cette rencontre a déterminé l’orientation universitaire et philosophique de Jean Brun. Bien qu'ils aient des approches différentes de la philosophie, ils sont restés en relation et ont conservé toute leur vie une estime mutuelleEn 1987, Georges Canguilhem a préfacé un ouvrage qui précise la pensée et l’œuvre de Jean Brun : Une philosophie du seuil, hommage à Jean Brun publié aux Éditions Universitaires de Dijon. et, après son décès Georges Canguilhem a également préfacé les actes du colloque donné en son honneur à Dijon en 1995. ..

En 1937, Jean Brun quitte Toulouse pour Paris et commence ses études en hypokhâgne et khâgne au lycée Louis-le-Grand afin de préparer le concours de l'École normale supérieure. Mais, le , à la suite de la déclaration de guerre à l'Allemagne le , Jean Brun sera mobilisé.

La mobilisation 1939 - 1942 Alors qu’il était initialement confiant dans le dispositif militaire de l’armée française, Jean Brun, rattrapé par la réalité, doute.

Au mois de , afin de compléter sa formation militaire, Jean Brun est affecté à l’école de sous-officiers de Saint-Maixent.. Le , l’école est appelée en renfort pour soutenir les combats sur La Loire autour de Saumur. Loin de la poésie, de la philosophie et des loisirs pyrénéens, Jean Brun participe à « La Bataille de Saumur » comme autres jeunes gens envoyés au front. Parmi eux des hommes devenus célèbres comme le journaliste Georges de Caunes, les écrivains, Jean Ferniot, Stéphane Hessel et le compositeur et organiste Jehan Alain. Équipés d’armes anciennes et de faibles réserves en munitions, ils doivent affronter une armée ennemie forte de . Le retrait des positions défensives est ordonné le , la plupart des combattants, dont Jean Brun, sont faits prisonniers par l’armée allemande.

Le , le général allemand von der Vornach libère le régiment de Jean Brun qui, sous 48 heures et sans escorte, doit marcher jusqu’à Loches (Indre-et-Loire, environ 100 km) point de passage officiel pour franchir la ligne de démarcation. De là, ils doivent rejoindre, à pied, la caserne de Montauban (environ 500 km).

Jean Brun, libéré par les Allemands, n’est pas pour autant délivré de ses obligations militaires françaises car il est intégré à « l’armée de l’armistice ». Depuis la caserne de Montauban il est envoyé en mission dans différentes affectations, en particulier, au camp du Vernet d’Ariège, où sont détenus des républicains espagnols. Il entend les récits de ces fugitifs qui pour fuir le régime franquiste, parfois chaussés de simples espadrilles, ont dû franchir les Pyrénées enneigées. alt=Jean Brun à Revel mai 1945, dessiné par l'un de ses élèves|gauche|vignette|Jean Brun à Revel mai 1945, dessiné par l'un de ses élèves

Les années d'enseignement De 1942 à 1946, il enseigne la philosophie au collège de Revel (Haute Garonne) tout en préparant l'agrégation à la Faculté de Toulouse – où il suit les cours de Georges Bastide. Après avoir obtenu son agrégation en 1946, il est nommé professeur de philosophie au Lycée de Nîmes où il restera jusqu’en 1948. Puis il enseignera une année à Bordeaux. En 1949, Jean Brun part enseigner à l’Institut Français de Londres jusqu’en 1955..

Philosophie de Jean Brun

Apologiste chrétien Jean Brun : contre l'homme moderne Comme Pascal, Jean Brun « dénonce tout ce à quoi tiennent les hommes »La Philosophie de Pascal, Paris, Presses universitaires de France, 1992. .. Quant à Pascal, dit-il, « la postérité n'a pas pu le lui pardonner et s'est débarrassé de lui en faisant un savant qui aurait malheureusement sombré dans un puritanisme maladif ». Pour Jean Brun, rien de bien étonnant à cela car il constate l'autosuffisance de « l'homme des temps modernes [qui] a accordé une si grande confiance à la raison et au progrès qu'il fait du moindre constat pessimiste un crime contre l'humanité ». Malgré tout, au fil de ses essais philosophiques, Jean Brun s'attache à la dénonciation de tout ce qui oppose le modernisme à sa pensée chrétienne et pascalienne.

C'est ainsi qu'en 1969, il déplore « le cortège de Dionysos » (le mouvement général du monde moderne) qui traîne à l'époque actuelle « l'érotisme forcené, la révolution sans doctrine, les érostratismes nihilistes, les stupéfiants chimiques et intellectuels, les formalisations conceptuelles, la désintégration et le psychédélisme, le règne des mass media, le ludisme intégral, la cruauté et la violence. »Le Retour de Dionysos, Tournai, Desclée, 1969, . Toujours dans le même ouvrage Le Retour de Dionysos (), le philosophe stigmatise le mode de vie qui fait de nous des omnivores nous nourrissant « des valeurs, des idées, des vedettes, des néologismes, du temps, de l'espace, des slogans, des idoles, des modes, des partenaires, des jargons, des best-sellers, des indignations, des révoltes et des révolutions, des marques, des images, des êtres et des ismes de toute nature ».

En 1976, dans Les Vagabonds de l'Occident, Jean Brun s'en prend aux intellectuels qui « s'offrent à toutes les javas idéologiques » au cours desquelles ils « utilisent les mots comme hallucinogènes ». Nous avons eu : le jargon existentialiste, heideggerien, phénoménologique (et l'apport de la psychanalyse), teilhardien (un temps), structuralo-linguistique, freudo-marxiste, psychanalitico-linguistique, marxo-heideggerien, sartro-freudien... « Jamais on n'avait assisté à une telle prolifération de patois et d'équipes de Trissotin. ». Il n'oublie pas de faire figurer dans sa liste de dénonciations, de façon humoristique (à la page 210) : « l'insonorisation, la climatisation, la planification, l'urbanisme rationnel, les centres d'achats, les centres sportifs, les centres universitaires, les centres hospitaliers, les centres de loisirs, les centres culturels, tout cela contribue à faire de l'homme un être de plus en plus excentré et de plus en plus excentrique ».

En 1981, dans Les Masques du désir, c'est au tour des « maîtres à penser » et de leurs nouveaux « habits d'Arlequin taillés dans des tissus fabriqués par : la dialectique, l'avènement du Surhomme ou d'un mutant, le matérialisme historique, la psychanalyse, l'anarchie, le rock 'n' roll, le reichisme, la marginalité, le sexe, la violence, le zen, le maoïsme, l'homosexualité, le tantrisme, la marijuana, la bande dessinée, le karaté, le psychédélisme, les graffiti, la révolution, l'existentialisme, le LSD, le marquis de Sade, la liberté, Marcuse, le pop, la dénonciation de l'orthographe, la fête, l'écologie, le yoga, la sécularisation, les réformes universitaires, le nouveau roman, l'auto-gestion, la pornographie, la liberté d'expression, les communautés, l'antipsychiatrie, la contre-culture, les méthodes actives et la guérilla urbaine »Les Masques du désir, Paris, Buchet-Chastel, 1981. et 211.. « De ce défilé de marques et de sous-marques, au-dessus desquelles s'étale la devise « Ras le bol », émergent des idoles et des gurus appartenant aussi bien au cinéma, à la philosophie, à la pègre, qu'au sport, aux mass media, à la chanson ou à la politique » (idem).

Jean Brun : l'apologie de la religion chrétienne Mystique du silence Ce que les philosophes de profession ne voudront jamais admettre, c'est que leur discipline, selon Jean Brun, mène à une impasse. Encore faudrait-il qu'ils se taisent"L'exercice de l'activité philosophique exige donc une vision mystique du monde, c'est-à-dire l'acceptation d'habiter normalement le langage ; la mystique, c'est la vanité du discours philosophique manifestée et transcendée en vision éthique (silencieuse) du monde. La mystique, c'est la philosophie devenue silencieuse. Jean-François Malherbe, Épistémologies anglo-saxonnes, PUF, 1983, . « pour écouter ce que ne disent pas les mots que nous utilisons ». Au lieu de cela, tout ce que fait la philosophie est de nous faire prendre « pour autant de routes royales » ses impasses. Au moins, pour que cela serve à quelque chose, qu'elle nous conduise au fond de celles-ci « afin que nous soyons en mesure d'écouter, ab imo, la Voix qui nous a trouvés et que nous attendions en vain. » " Et l'homme parle. (...) Le langage est l'harmonique de ce que nous ne pouvons pas dire mais qui sourd en nous du Commencement et de la Fin des Temps".

Cette définition négative de la philosophie est comme « toutes nos expériences en négatif », elles « témoignent d'un manque révélateur ». Et « les mensonges » que la philosophie transmet « impliquent une idée de la Vérité à laquelle ceux-ci tournent le dos. ».

Parce que la limite du philosophe réside dans le fait qu'il n'est capable « de dévoiler que ce qui se trouve déjà en lui, ou que ce qu'il écrit lui-même, l'homme attend la Révélation ».

« Alors surgit l'Espérance », « l'Espérance révélée [qui] peut (seule) nous donner l'esprit critique en nous faisant saisir que les libérations organisés ne sont que de dérisoires et tyranniques ratés de la Délivrance. »

Des idées analogues se retrouveraient chez Georges Bataille. Bataille qui aurait « vu dans le projet philosophique le produit d'une tragédie, celle qui nous voue à des limites que nous ne pouvons supporter, ainsi que le résultat d'une tentative pour esquiver le silence. », « Bataille apparaît bien comme exemplaire du penseur soucieux d'en finir avec ce qui lui paraît l'instrument d'un mensonge permanent. ». « par ses insuffisances, par son échec surtout (la philosophie) rend urgente l'expérience que Bataille entreprend. »Jean-Michel BESNIER, Histoire de la philosophie moderne et contemporaine. Figures et œuvres. Grasset 1993, , 633.

Destin de la vérité Dans la pensée chrétienne de Jean Brun, la Vérité est révélée en ce sens qu'elle nous apparaît comme une Visitation. Cela ramène à « tout ce qu'il est possible au philosophe de dire, c'est que, (...) à partir du moment où l'homme prétend détenir la pouvoir d'instaurer la Vérité par le savoir ou l'histoire, il est tôt ou tard condamné ou bien à annoncer la mort de cette vérité considérée comme une simple illusion intellectuelle, ou bien à devenir l'esclave, servile ou révolté, d'une vérité qui le broie pour assurer le fonctionnement d'un système. »

Puisque Jean Brun croit comme Emmanuel Levinas que la Vérité ne peut être découverte mais révélée« L'expérience absolue n'est pas dévoilement mais Révélation » Totalité et infini (Nijhoff, La Haye, 1961), ., il nous invite à « juger nos vérités, qui sont du monde et qui font le monde (...), au nom de la Vérité qui les dépasse et qu'elles ne disent pas. »

Devenir et révélation Se souvenant du constat d'Rimbaud, que la « vraie vie est absente » du mondeQuelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Une saison en enfer (1873), Délires I., Jean Brun rappelle que « le Christianisme est venu apporter le Message de la rupture avec le monde ». Plus précisément, le christianisme qui n'est pas une philosophie « est la Révélation ayant apporté au monde l'ouverture que ce dernier ne pouvait pratiquer sur lui-même » Mais le monde qualifie de « rétrogrades pessimistes » une telle « pensée de la rupture, (...) [dans laquelle] il ne voit que spéculations insensées et vides n'engendrant que des chimères. D'où sa haine pour tous les Au-delà ».