Cet article retrace l'histoire de Louvain en complément de l'article principal sur la ville de Louvain.
Pour comprendre l'histoire de Louvain il faut avant tout se pencher sur l'histoire de l'Europe : ses guerres, l'histoire des familles royales, les alliances, les successions, etc. La ville, située dans une zone tampon entre les grandes puissances européennes, sera au fil des ans sous domination romaine, autrichienne, espagnole, française, hollandaise, etc. ; chacune de ces occupations a profondément marqué la vie des Louvanistes.
Origines et période romaine
L'homme est déjà présent dans les alentours de Louvain vers av. J.-C. comme l'attestent des silex découverts lors de fouilles archéologiques à Kessel-Lo, Linden et LubbeekPierre Diriken, Geogids Leuven, p. 7Ernest Persoons, Steden van België: Leuven, p. 7. Ces silex, provenant de l'activité humaine, datent donc de l'avant-dernière période interglaciaire, dite de Riss-Würm. Les premières installations semblent, quant à elles, datées de av. J.-C., époque de la dernière période glaciaire, dite de Würm. Elles furent retrouvées lors de fouilles archéologiques à Kessel-Lo, plus précisément à Kesselberg. Ce site était apparemment entouré, sur une longueur de m, d'une palissade en bois et de murs en terre (larges de 14 m) ainsi que d'un fossé (large de 7 m et profond de 90 cm).
Au , les Celtes qui peuplaient alors la région sont repoussés par des peuples germaniquesEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 4. Un siècle plus tard, deux tribus gauloises, vivent dans la région : les Éburons, dont Ambiorix fut un célèbre chef, et les Nerviens. La frontière naturelle entre le territoire de ces deux peuples était la Dyle (rivière coulant à Louvain). Les Nerviens vivaient à l'ouest de la Dyle et les Éburons à l'estPierre Diriken, Geogids Leuven, p. 8. Leurs colonies furent principalement construites sur les hauteurs de la vallée de la Dyle. Leurs habitations étaient faites de bois et de terre. Ils vivaient de l'élevage et de l'agriculture et produisaient de la laine ainsi que des poteries.
Lorsque Jules César attaque la Gaule, il soumet les Nerviens par la force et les Éburons sans livrer bataille. En 57 av. J.-C., il bat les Nerviens, qui deviennent alors sujets du peuple romainEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 5 et place cinq cohortes sur le territoire des Éburons, qui n'ont d'autre choix que de se soumettre. Les Éburons n'acceptent pas cette domination et, se sachant incapables de battre les Romains par la force, les attaquent grâce à la ruse. Leur chef Ambiorix fait croire aux Romains à une révolte généralisée de la Gaule secondée par les Germains, qui auraient prétendument déjà passé le Rhin. Les Romains décident de lever le camp pour aller au plus vite informer leurs généraux de la situation. C'est à ce moment qu'Ambiorix et les Éburons leur tendent une embuscade et massacrent environ RomainsEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 6. César se vengera en 55 av. J.-C. en exterminant les Éburons. Leur territoire est alors dépeuplé et les Romains y placent plusieurs milliers de Suèves et de Sicambres. (peuples germaniques vivant de l'autre côté du Rhin, vaincus un peu plus tôt par les Romains) Ils prirent alors le nom de Tungris.
Les premières constructions dans le centre-ville de l'actuel Louvain datent de 50 av. J.-C. Des éclats de céramique romaine furent découverts lors d'excavations près de la Dyle, à côté de l'ancien hôpital Saint-Pierre. À cette époque, une grande voie romaine reliait Cologne à Cambrai en passant par Tongres et Bavay (importante ville romaine ; véritable nœud de communication à cette époque). Entre Tongres et Bavay, la voie principale passait par Gembloux et Binche ; mais une voie secondaire passait plus au nord via Saint-Trond, Tirlemont, Louvain, Elewijt et Asse. Louvain bénéficiait donc d'une situation géographique avantageuse : la colonie était à l'intersection de la voie romaine et de la Dyle. De nombreux restes de villas romaines datant de cette époque furent retrouvés le long de cette voie de communication, et plus particulièrement aux alentours de Louvain. Le développement de la colonie fut indiscutablement influencé par le fait que Louvain était directement relié au réseau de communications romain. Elle entra alors en contact avec des peuples, des biens, des connaissances et des idées venant de l'Europe entière.
Les invasions germaniques
Lorsque les peuples germaniques (plus précisément les Francs saliens dans la région de LouvainPierre Diriken, Geogids Leuven, p. 9) envahissent la région au ,
Le manque de sources écrites ne permet pas de déterminer précisément les habitudes de vie des habitants de la région à cette époque. Ils sont toutefois décrits par la plupart des sources comme des peuplades guerrières et belliqueuses ; païennes et superstitieuses ; utilisant des rituels ainsi que des formules magiques ; et vénérant les dieux de la nature. Cette description des peuples germaniques est sans doute fortement influencée par le point de vue romain et ces derniers ont sans doute tendance à forcer le traitL'histoire N°327, janvier 2008, p. 40. Il devient alors difficile, concernant les peuples germaniques, de faire le tri entre les informations fantaisistes et les informations sérieuses.
Les Francs saliens sont avant tout éleveurs de bétail, la présence d'eau potable est essentielle quant au choix de l'emplacement de leur implantation. Certains s'installent alors à Louvain, sur les rives de la Dyle.
Au , le pape envoie des missionnaires en Austrasie dans le but de convertir les Francs païens au christianisme. La conversion prend du temps et les premières églises de Louvain sont fondées pendant le . L'actuelle église Saint-Pierre est sans doute issue de cette époque.
La première trace écrite mentionnant Louvain date de 884. Il est plus précisément question du château fort de « Lovanium ». On retrouve une deuxième trace écrite en 891, faisant quant à elle mention de « Lovon »Pierre Diriken, Geogids Leuven, p. 10. Étymologiquement, le nom de la ville tire son origine de lo (forêt) et de ven (marais). Louvain signifierait donc : le marais de la forêtEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 10-11. Cette explication semble cohérente car, à l'époque, la région était recouverte de forêts, mis à part la vallée de la Dyle qui était marécageuse. Toute la partie Sud-Est de la ville, entre la rue de Namur (Naamsestraat) et la rue de Diest (Diestsestraat), était recouverte de forêt alors que le reste de la ville (sauf les hauteurs telle que le Mont-César (Keizersberg)) était couvert de maraisEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 12.
Les invasions scandinaves
Au , les Vikings (à qui on donnera plus tard le nom de Normands) sévissent en Angleterre, en France et sur le territoire de l'actuelle Belgique. Leur mode d'opération est simple : ils remontent en bateaux le cours des fleuves, établissent un campement, et partent à cheval pour piller et ravager les alentours. Détestant les chrétiens, ils incendient les églises et tuent les religieuxEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 19. Afin d'arrêter leurs ravages dans le Nord de la France, le roi Carloman leur offre, le 2 février 884, livres d'argent fin contre la promesse qu'ils quitteront la France pour douze ansEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 20. Ils acceptent et évacuent le pays. Une grande partie d'entre eux se dirige alors vers Louvain et y établit leur campement.
Dix mois plus tard, lorsque Carloman meurt le 12 décembre lors d'un accident de chasse, les Normands se considèrent libérés de leur promesse et rompent la trêve avec la France. Environ NormandsEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 22 se dirigent alors vers Paris, qu'ils atteignent à la fin du mois de novembre 886. Six mois plus tard, le roi de France Charles Gros leur verse 700 livres pour s'en allerEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 23. Les Normands qui avaient quitté Louvain y retournent alors et continuent de dévaster la région.
Le roi de Germanie, Arnulf n'a, quant à lui, aucune intention de négocier : il décide de réunir une armée pour attaquer les Normands. Quand ces derniers l'apprennent, ils attaquent par surprise les troupes d'Arnulf et les massacrent. Arnulf réunit à nouveau une armée (mais cette fois considérable) et marche vers Louvain qu'il atteint le septembre 891. D'après la grande majorité des sources, NormandsEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 24 (soit la quasi-totalité) sont tués au cours de la bataille de Louvain et la région est à nouveau libre. Toutefois, il est possible que les chiffres aient été largement exagérés par les historiens. En effet, la ville était à l'époque encore très peu étendue, principalement recouverte de marécages et il semble peu probable que Normands aient été présents lors de la bataille de Louvain. D'autres sourcesJ. Cuvelier, La formation de la ville de Louvain, p. 24-27 suggèrent que des centaines, voire des milliers de Normands se soit transformés en cent mille Normands. Ces derniers n'auraient d'ailleurs pas totalement quitté la région après la bataille et seraient revenus passer l'été 892 à Louvain. La famine et la peste les auraient ensuite poussés à émigrer en Angleterre et en Normandie.
La kermesse de Louvain, qui a lieu le de septembre, tire son origine de la bataille de Louvain.
Le comté de Louvain
Le comté de Louvain avait, à l'époque, à peu près les mêmes frontières que le Hageland actuel (région entre Aarschot, Louvain, Tirlemont et Diest). Il était, plus précisément, situé entre la Démer au nord, la Dyle à l'ouest et la Velp au sud et à l'est. Le château fort du comté se trouvait à Louvain, entre les bras de la Dyle, sans doute à l'emplacement actuel du grand béguinageEdward Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 15. La résidence du comte fut ensuite transférée vers une autre île, un kilomètre en aval, à l'emplacement actuel de l'église Notre-Dame des dominicains.
Le premier comte de Louvain est Lambert le Barbu. Il reçoit de l'empereur le comté de Louvain vers la fin du . Plus tard, grâce à son mariage avec Gerberge (fille du duc de Basse-Lotharingie), il obtient en dot, le comté de Bruxelles puis, en 1013, il annexe le comté de Bruningerode, situé aux alentours de TongrePierre Diriken, Geogids Leuven, p. 11.
Le duché du Brabant
Après la mort d'Hermann II, comte palatin de Lotharingie (20 septembre 1085), Henri III de Louvain reçut le landgraviat de Brabant (fief impérial situé entre la Dendre et la Senne). En 1106, l'empereur du Saint-Empire romain germanique, Henri V donne le duché de Basse-Lotharingie en fief au comte de Louvain, Godefroid le Barbu. Il devient à cette occasion marquis d'Anvers. Ce territoire peu peuplé, correspondant grosso modo à l'actuelle province d'Anvers, permet de doubler la taille du territoire ducal. En 1183, l'empereur érige le landgraviat du Brabant en duché de Brabant en faveur de Henri de Brabant. Au cours du , le nom de ce nouveau duché sera assimilé par tous les territoires gouvernés par les comtes de LouvainVan Droogenbroeck, F. J., 'De betekenis van paltsgraaf Herman II (1064-1085) voor het graafschap Brabant', Eigen Schoon en De Brabander (2004) 1-166..
C'est à cette époque que Louvain, ville jusqu'alors très agricole, évolue progressivement en ville marchande. Au milieu du , la ville compte environ habitants, principalement concentrés autour de l'église Saint-PierrePierre Diriken, Geogids Leuven, p. 14.