La rébellion des Maji-Maji, ou Maï-Maï, parfois appelée la guerre Maji-Maji est un soulèvement de plusieurs tribus africaines d’Afrique orientale allemande contre les autorités coloniales qui s'est déroulé entre 1905 et 1907.

Les tribus faisant partie de la rébellion sont les Ngoni, les Bunga, les Mwera, les Sagara, les Zaramo, les Matumbi, les Kitchi, les Ikemba, les BenaKurtz, 1978. De nombreux chefs qui appartiennent à la tribu des Pogoro sont aussi présents. Les tribus des Hehe, des Changga et des Nyamwezis ne font pas partie des rebelles de la rébellion.

La rébellion des Maji-Maji est un mouvement de masse, d’origine rurale, qui est sanctifiée et propagée sur le territoire par une religion prophétique. Elle s'éffondre finalement lorsqu’elle ne tient plus qu’aux loyautés entre les tribus et lorsque la supériorité militaire des Allemands, en 1907, prend le dessus des rebelles africains. Au total, la rébellion cause la mort de plus de à travers les combats armés ainsi que les famines qui sont survenues avant et pendant celle-ci.

Contexte Le partage de l'Afrique entre les grandes puissances européennes dans les années 1880 attribue plusieurs colonies à l’Empire allemand : l’Afrique orientale allemande : aujourd’hui divisée entre une partie de la Tanzanie (l'ancien Tanganyika), le Rwanda, le Burundi et une partie du Mozambique ; la Namibie (l'ancien Sud-Ouest africain allemand), le Cameroun (l'ancien Kamerun), ainsi que le Togoland : aujourd’hui divisé entre le Ghana et le Togo.

Ce partage s'inscrit dans la période historique du colonialisme européen en Afrique qui se déroule du début du jusqu'à la Première Guerre mondiale. Lors de cette période, le continent africain est témoin de nombreuses résistances et de rébellions des Africains face à cette invasion européenne. Ces résistances sont généralement des réponses à l’affermissement définitif de la conquête coloniale qui devient de plus en plus exigeante et coûteuse pour les Africains.

L’origine de l’empire colonial allemand en Afrique tient des rivalités impériales des années 1880 entre les grandes puissances européennes ainsi que de la recherche agressive allemande pour obtenir et conquérir le plus de territoire en Afrique lors du partage du continent. Cette conquête du territoire débute avec l’explorateur allemand Karl Peters (1856-1918) qui signe un traité avec les chefs locaux de la côte est de l’Afrique. Ce traité légitime la présence allemande sur ce territoire. La conquête allemande débutée en Afrique orientale à la suite de la signature du traité dans la région qui est plus tard connue comme étant le Tanganyika. La Compagnie de l'Afrique orientale allemande ensuite créée pour organiser dès 1885 l’administration des colonies allemandes. Pour limiter les conflits avec les Britanniques, un traité est signé pour restreindre l’expansion territoriale allemande au nord de la Tanzanie, dans le Kenya actuel.

L’Allemagne utilise ses colonies africaines pour l’extraction de matières premières telles que l’ivoire et le caoutchouc, ainsi que pour la collecte des taxes imposées auprès des Africains pour payer l’administration coloniale.

L’Allemagne n'a pas beaucoup de forces de sécurité en Afrique orientale, mais parvient à entretenir un système de fortifications à l’intérieur du territoire, ce qui lui permet de maintenir une certaine autorité. Pour compenser cette faiblesse, l’Allemagne fait également usage de tactiques répressives violentes pour dominer la population.

Un impôt par tête est introduit en 1898 et la colonie avait largement fait appel aux forces de travail de la population pour construire des routes et diverses infrastructures. En 1902, le gouverneur impose la culture intensive du coton. Les chefs des villages sont responsables de la supervision de la production, ce qui les expose souvent à la colère des villageois. La réquisition de forces vives au bénéfice de la puissance coloniale est très impopulaire dans toute la Tanzanie et de nombreux habitants refusent de se mettre au travail. Cette culture mène les Africains à négliger leur propre terre agricole. Ils sont sous-payés et battus si jugés pas assez productifs.

La politique coloniale allemande n’est pas seulement impopulaire, mais elle possède également une grande influence sur la vie quotidienne des populations locales. Depuis que les hommes sont réquisitionnés pour des travaux à l’extérieur, les femmes sont contraintes de prendre en charge les tâches masculines en plus des leurs, ce qui ne permet plus d’assurer la subsistance des villages et augmente le ressentiment contre le gouvernement. En 1905, une sécheresse s'est abattue sur la région et provoque une sérieuse famine. Celle-ci combinée avec l’opposition contre la politique agricole coloniale représentent des éléments déclencheur de la rébellion contre les autorités allemandes en .

En effet, l’origine de la rébellion ne peut être expliquée par une simple résistance au joug colonial, initiée par des groupes décentralisés qui sont t alors incapables de comprendre complètement l’implication de la présence coloniale sur leur territoire et d’offrir une résistance efficace face à ceux-ci. Elle s’explique plutôt par une expérimentation du joug colonial et d’une réorganisation interne de plusieurs tribus qui ont compris qu’il est impératif de résister aux Allemands et que cette résistance est possible. La rébellion Maji-Maji est ainsi différente des autres rébellions qui surviennent à la même époque un peu partout en Afrique pour des motifs semblables. En effet, les mêmes méthodes coloniales qui poussent ces peuples à se révolter sont t présentes partout sur le continent et étaient beaucoup plus violentes ailleurs. Il faut alors donc un élément déclencheur précis et ciblé dans cette région du continent africain pour initier la rébellion des Maji-Maji : le coton.

Le projet de plantation de coton sur de grandes échelles dans les colonies allemandes est mis en place en raison de la piètre productivité des récoltes au nord de l’empire colonial allemand et est alors déplacé vers le sud. Le projet commence dans le district de Dar Es Salam en 1902, où à la troisième année de son implantation, les recettes des profits associées au coton entre les chefs, les travailleurs et le Komtnunaherban ne se redistribuent pas comme convenu. Le Komtnunaherban est le comité européen de développement des districts qui fournissait les grains et supervisait la culture du coton et le marketing du produit. L’absence de répartition des recettes jumelée à l’augmentation effrénée des étendues des terres utilisées pour la culture du coton, les heures supplémentaires qui sont gonflées de 50 à 100% et la sévérité du contrôle sur les plantations qui ne fait que croître, ne fait qu’attiser le désir des rebelles de se soulever face à la présence allemande.

Le peuple du district du Dar Es Salam, les Zaramo, est refusé en 1905 d’aller travailler dans les champs de coton et de recueillir l’argent qu’il leur revient pour la culture du produit. Ce refus s’est ensuite rapidement généralisé dans la région et les chefs sont vus forcés d’engager des femmes et des enfants pour travailler les champs de coton pour remplacer les hommes.

La coïncidence entre les emplacements où la rébellion a eu lieu et les endroits où ce projet de plantation de coton sont implantés ne laisse pas de doute sur le fait que celui-ci était l'élément déclencheur de cette rébellion. En effet, les révoltes ne se font que dans les endroits où ce projet se trouve en vigueur et commence au début de la saison de la récolte du coton. De plus, le coton est la cible d’attaque des rebelles un peu partout sur le territoire où ceux-ci sont brûlés en réaction à l’obligation d’en faire la culture. Les plantations de coton forcent des hommes, des femmes et des enfants de toutes tribus confondues à travailler ensemble pour un gouvernement colonial étranger qui les traite dans des conditions terribles. Cette culture obligatoire et oppressive permet néanmoins une cohésion tribale encore jamais vue sur le territoire africain.

Les raisons qui poussent ces peuples africains à se révolter ne se limitent toutefois pas juste au coton. En effet, le coton est grandement responsable puisque les tribus doivent entre autres obligatoirement travailler 28 jours par année sur les terres des colons allemands, ce qui affecte grandement leur propre récolte et leur subsistance. Un autre motif est celui du manque de bonnes terres agricoles disponible pour les Africains puisque la grande majorité d’entre elles sont accaparées par les Allemands. La hut tax et le travail forcé sont aussi des raisons qui déclenchent la rébellion des Maji-Maji.

Les régions qui abritent les rebelles sont composées d’environ 1 million de personnes. Ces peuples sont dépourvus de toute unité politique ou sociale avant la rébellion des Maji-Maji. Trois hypothèses peuvent être formulées pour expliquer la raison pourquoi ces peuples s'organisent et se mobilisent pour se rebeller ensemble contre les Allemands :

Les rebelles peuvent s’organiser selon le principe tribal et donc, ceux-ci sont rassemblés en fonction des anciens regroupements politiques et culturels datant d’avant la colonisation. Ils peuvent utiliser leur amertume commune face aux pressions économiques et sociales allemandes. Des pressions telles que : l’implantation de l’impôt, les méthodes brutales pour collecter ces impôts, le travail forcé pour bâtir des routes ou pour la culture du coton, le remplacement du rôle traditionnel des chefs de tribus pour des agents de relai à la collecte de l’impôt et comme superviseur de la productivité des récoltes allemandes. À travers l’utilisation de principes religieux de rassemblement.

Il est toutefois avancé que ces trois principes sont très probablement utilisés à des moments et à des endroits différents tout au long de la rébellion. Ils permettent un rassemblement et une unité africaine sans pareille qui ne voient jamais auparavant dans aucune autre colonie en réaction à la présence coloniale.

La rébellion des Maji-Maji prend son idéologie et son engagement du docteur Ngwale, connu sous le nom de . Ce sorcier fait la promotion du maji, un mélange de graines de maïs, d’eau et de sorgho qui devient créer une immunité face aux balles allemandes.

En effet, c'est au tout début du siècle que le sorcier se dit être possédé par l’esprit du dieu serpent et commence à répandre des pensées anticolonialistes dans la région du sud de l’empire allemand africain à partir du lieu de pèlerinage de ses adeptes à Ngarambi. Il glorifie l’utilisation de cette eau magique (maji en Swahili) qui peut assurer leur victoire militaire face aux Allemands. Il réussit ainsi à acquérir de nombreux adeptes à sa cause et lors de son arrestation et de son exécution par les Allemands en 1905 sous charge de trahison, le désir de rébellion et de révolte de ses adeptes ne fait qu’augmenter.

Rébellion Les rebelles sont peu armés (essentiellement de lances et de flèches), mais ils sont nombreux. Partis des collines du territoire au sud de l'actuelle Tanzanie, ils attaquent les garnisons allemandes qui se trouvent sur leur chemin. La rébellion Maji-Maji commence donc le lorsque les travailleurs africains des collines de Matumbi refusent d’aller travailler dans les champs de coton. Elle est donc directement reliée et initiée par le refus d’obéir aux ordres des colons allemands qui dictent le début de la récolte du coton. Ce mouvement rebelle s’appelle Jujila ou Jwiyila.