Alexis Carrel, né le à Sainte-Foy-lès-Lyon et mort le à Paris, est un chirurgien, biologiste, écrivain scientifique et eugéniste français.

Pionnier de la chirurgie vasculaire, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1912, il fut renommé pour son expérience du cœur de poulet battant in vitro pendant un temps très supérieur à la vie d'un poulet - expérience invalidée par la suite« Ses expériences, effectuées avec l’aide d’Ebeling, sur le cœur d’un poulet maintenu en vie dans un milieu artificiel pendant une trentaine d’années ont été invalidées par la science ultérieure, et l’on ne sait pas exactement si les « résultats » de Carrel, qui furent annoncés par la presse de l’époque, sont dus à un subterfuge ou à une erreur sincère », TORT Patrick, « 8. Un nazi français passé par l’Amérique : le docteur Alexis Carrel », dans : , Du totalitarisme en Amérique. Comment les États-Unis ont instruit le nazisme, sous la direction de TORT Patrick. Toulouse, Érès, « Société », 2022, p. 89-115. URL : https://www.cairn.info/du-totalitarisme-en-amerique--9782749275369-page-89.htm. Il effectua la plupart des recherches après 1917 au sein de l'Institut Rockefeller, à New York.

Avec sa technique de la culture tissulaire, Alexis Carrel est le premier scientifique qui ait réussi, en 1926, à faire se multiplier un virus, en principe incapable de se reproduire ailleurs que dans des cellules vivantes. Il a ouvert la voie pour développer le vaccin dans l'optique de lutter contre le virusPatrick Berche, Une histoire des microbes, p. 118, 2007 ..

Raciste et eugéniste, il a été, jusqu'à la Libération, le régent de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains, un organisme de recherche sur les races et la pureté raciale soutenu par le gouvernement de Vichy.

Biographie Famille Il naît à Sainte-Foy-lès-Lyon, commune natale de sa mère, le . ; il est l'aîné de trois enfants. À sa naissance, il reçoit le prénom de Marie-Joseph-Auguste.. Puis sa mère donne naissance à son frère Joseph et à sa sœur cadette Marguerite.

Fils d'Alexis Carrel-Billiard., fabricant de textile, il devient orphelin à l'âge de cinq ans. Sa mère, Anne-Marie Ricard († 1905.), l'éleva. À la suite de la mort de son père, le garçon adopte le prénom de celui-ci, s'appelant désormais Alexis Carrel-Billiard, tout comme son père mort en 1904p. 2, note n° 2..

La famille est issue de la bourgeoisie catholique. Parmi les membres de sa famille, Alexis compte plusieurs religieux et religieuses dont Pierre-Marie Belmont, évêque de Clermont. D'autres, sont issus de grandes maisons de la soierie à Lyon, raison pour laquelle la famille habitait près de la Croix-Rousse, quartier prospère. La mort du père obligea cette famille à vivre plus modestement..

Après avoir reçu le prix Nobel, il épouse, le à Paris, Anne Gourlez de La Motte (1877-1967)Le vicomte Albert Révérend, Armorial du premier empire, tome II, p. 256, 1895 voir II. Alfred-Auguste Gourlez de la Motte et sa fille cadette Anne., veuve du marquis Henri Jarret de La Mairie et petite-fille du général Auguste-Étienne-Marc Gourlez de La Motte.. Elle est infirmière et le seconde durant ses recherches à New York.. De cette union, il n'aura aucune descendance ; sa femme avait un fils d'une première union.

Formation et diplôme Il est élève du collège jésuite Saint-Joseph de Lyon. Sa formation auprès des Jésuites, représentée par le mot , aura une influence sur sa pensée et ses écritures. Aussi Alexis Carrel-Billiard s'intéresse-t-il aux sciences naturelles.

Le jeune Alexis songe d'abord au service médical des armées, comme son oncle Joseph Ricard.. Or, après avoir obtenu le baccalauréat littéraire en 1889, il commence à étudier la médecine à l'université de Lyon en et obtient en 1893 son diplôme de médecine, qui lui ouvre l’externat.. Il a comme professeurs Joseph Teissier, Mathieu Jaboulay, Antonin Poncet et Léon Bérard. Par autorisation spécialeNotice Bnf ; son œuvre Étude pharmacodynamique du chlorhydrate d'éthylmorphine dionine, 1900 , il peut se rendre à toute heure au laboratoire du docteur Marcel Soulier pour ses expériences..

vignette|Pour entretenir son habileté manuelle, Alex Carrel n'hésite pas à apprendre la broderie chez Marie-Anne Leroudier, une des meilleures brodeuses de Lyon. Puis, il travaille entre 1893 et 1898, dans plusieurs hôpitaux de Lyon ainsi que pour les chasseurs alpins. Chez ces derniers, il est mobilisé en et pour une année, au service militaire obligatoire en qualité de médecin auxiliairep. 19 - 20 au col du Fréjus.. En 1896, il est nommé interne, après un premier échecp. 4 et 20.. Pendant ces années, il s'oriente vers la recherche en chirurgie, s'intéressant à la compatibilité des tissus ainsi qu'aux sutures. La constatation de l'impuissance des chirurgiens à sauver le président Sadi Carnot victime d'une attaque au couteau en 1894 à Lyon participe à cette motivationp. 40 - 41.

Devenu interne, Carrel commence à écrire régulièrement des articles, à partir de 1896. Le bulletin Lyon Médical en compte quatre en 1897 et cinq en 1898. Dès 1899, ce jeune docteur envoie ses écrits à Paris. Cette année même, il publie neuf articles au total. D'après Ugo Filippo Tesler. (2020), en chirurgie cardiaque, les études de Carrel qui furent effectuées à cette période possédaient déjà un niveau supérieur à celles d'autres chercheurs.. Il maîtrise des sujets difficiles, sur lesquels d'autres avaient échoué. Il se distingue par son attention méticuleuse et par ses facultés d'apprentissage. Chaque soir, chez Marie-Anne Leroudier à Lyon, il effectue son exercice pour améliorer et pour raffiner sa techniqueRevue Canadian Medical Association Journal, tome 131-9, p. 1142, The Genius of Alexis Carrel, le novembre 1984 .. Puis il invente des instruments plus sophistiqués. Sa technique aseptique est pratiquée strictement. Il met ainsi au point, par exemple, une méthode adéquate pour relier deux vaisseaux sanguins déchirésRobert M. Sade (université médicale de la Caroline du Sud), A Surprising Alliance : Two Giants of the 20th Century, US National Library of Medecine, 2017 .

Premier poste et doctorat En , Alexis Carrel est accueilli, d'abord adjoint puis prosecteur (anatomique), auprès du laboratoire de Jean-Léo Testut à Lyon.. Sous la direction de ce grand médecin-anatomiste, Carrel obtient en 1900 son doctorat. Cette thèse en 303 pages sur l'opération du cancer de la thyroïde, appréciée, est publiée à Lyon en 1900 et à Paris en 1901 (Alexis Carrel-Billard, Le goitre cancéreux)p. 14, note n° 24.

Dans cette année 1900, il obtient une part d'héritage du grand-père maternel, ce qui lui permit d'étudier en toute libertép. 2 - 3.

Puis, il publie son premier article sur les sutures vasculaires en 1902 ; les méthodes qui y sont développées (comme la triangulation qui est l'anastomose de vaisseaux de calibres différents en plaçant au préalable trois fils d'appui sur la circonférence vasculaire) sont encore en usage un siècle plus tard. L'article est publié dans le bulletin Lyon Médical..

Tout en opérant aux Hospices civils de Lyon, il donne des cours d'anatomie et de chirurgie aux internes de l'Université de Lyon (Faculté de Médecine). Parmi ses étudiants, il compte René Leriche..

Si Alexis Carrel parvient à établir sa réputation à Lyon, il lui faut trouver un poste en qualité de chirurgien dans un hôpital. Le , la ville de Lyon ouvre un concours pour un poste vacant. Carrel échoue, Léon Bérard est sélectionnép. 15 - 16. Cet échec et l'affaire de Lourdes (v. infra) causent finalement son départ.

Polémique à Lourdes En , en remplaçant un de ses collègues incapable d'effectuer sa mission, il part pour le sanctuaire de Lourdes. Une jeune fille qu'il avait examinée dans son train de pèlerinage, atteinte de méningite tuberculeuse, obtient sa guérison totale le . En tant que médecin d'accompagnement, il note en détail son état grave, puis cet événement inattendu et inexplicable. Le rétablissement de cette patiente, du nom de Marie Bailly, qu'il rapporte dans un bulletin paroissial, provoque des réactions très hostiles de la part des médecins lyonnaisDans le bulletin Église à Lyon, publié en 1902 où l'événement était arrivé, on trouve une phrase (p. 64) : « Entre les guérisons obtenues, il en est une qui a fait tant de bruit à Lyon que nous croyons devoir la mentionner maintenant, nous réservant d'y revenir plus tard. » Sans doute l'étude de Patrick Theillier Lourdes, Terre de guérisons (2019) explique-t-elle bien la cause : un journal de Lyon Le Nouvelliste aurait présenté un faux interview avec Alexis Carrel, ce que réfuta, le lendemain, Carrel, lui-même. Ainsi, selon le journal, Carrel aurait dit : « J'ai craint qu'elle ne puisse supporter le voyage. » Or, dans Le Voyage de Lourdes de Carrel : [abbé P.] « Elle est si faible que je crains un malheur. » .En 1935, dans L'Homme, cet inconnu, il résumait cet événement (Carrel, 1935, p. 174 - 175, note n° 1) : « Les guérisons miraculeuses se produisent rarement. Malgré leur petit nombre, elles prouvent l'existence de processus organiques et mentaux que nous ne connaissons pas. ... Il [Alexis Carrel] a commencé cette étude en 1902, à une époque où les documents étaient rares, où il était difficile pour un jeune docteur, et dangereux pour sa future carrière, de s'occuper d'un tel sujet. Aujourd'hui, tout médecin peut observer les malades amenés à Lourdes, et examiner les observations contenues dans les archives du Bureau Médical. ». Ainsi tous les concours disponibles à Lyon refusent-ils Carrel. En outre, les communautés chrétiennes aussi le critiquent, le considérant par trop sceptique..

De Lyon aux États-Unis Déçu, il part en pour Paris où il progresse encore dans ses études.. Puis, dans l'optique de devenir paysan au Canada, il traverse l'océan Atlantique en . Deux chirurgiens de l'Hôtel-Dieu de Montréal, Adelstan et François de Martigny, l'invitent au congrès de l'Association des médecins de langue française de l'Amérique du Nord, tenu en juin. Parmi les membres passionnés par la présentation de Carrel, le professeur-chirurgien de l'université de l'Illinois à Chicago Carl Beck décide immédiatement de lui proposer un poste. Les frères de Martigny, quant à eux, écrivent leur lettre de recommandation au professeur George Neil Stewart, spécialiste de physiologie auprès de l'université de Chicago. Lorsque Carrel arrive à Chicago en septembre, il choisit, entre ces deux propositions, le laboratoire de Stewart, ce qui ne suscite aucune opposition de Beck..

Alexis Carrel acquiert une renommée considérable aux États-Unis. Le médecin Charles Claude Guthrie est son coauteur. Avec lui, il présente les perfectionnements successifs de ses techniques d'anastomose vasculaire, en démontrant pour la première fois qu'une veine pouvait être substituée à une artère et en décrivant la première transplantation d'organe expérimentale en 1905. En vingt-deux mois, ils écrivent vingt-et-un articles. Grâce aux techniques inventées par Carrel, leur équipe réalise, en 1905 et 1906, une remarquable série de transplantations sur des animaux. Leur article est accepté en 1906 par le Journal of the American Medical Association.

Institut Rockefeller vignette|upright=1.3|Institut Rockefeller où Carrel fut actif de septembre 1906 à juin 1939. Par égard aux talents de Carrel, Simon Flexner lui accorda une liberté et des prérogatives étendues : ainsi, tous les murs de son laboratoire étaient peints en noir, pour réduire la luminosité. Ceux qui y étaient admis devaient revêtir une blouse noire aseptique conçue par CarrelUniversité Rockefeller, Dark Operation Clothes ; Carrel's Laboratory 1923.