Le ch'i (), ou ki (japonais : 気), ou encore chi, que l'on peut traduire par « flux d'énergie naturelle », est une notion de la culture chinoise (reprise dans la culture japonaise) qui désigne un principe fondamental formant et animant l'univers et la vieLin Housheng, Luo Peiyu, 300 questions on qigong exercises, What is meant by Qi in qigong, p. 21, Guangdong Science and Technology Press, Guangzhou (China), 1994. DENG Yu et al,Ration of Qi with Modern Essential on Traditional Chinese Medicine Qi: Qi Set, Qi Element, JOURNAL OF MATHEMATICAL MEDICINE (Chinese), 2003, 16(4)DENG Yu, ZHU Shuanli, Deng Hai, Generalized Quanta Wave with Qi on Traditional Chinese Medecine, JOURNAL OF MATHEMATICAL MEDICINE, 2002, 15(4)Deng Yu, TCM Fractal Sets, Journal of Mathematical Medicine, 1999, 12 (3),264-265.

Pour les adeptes du taoisme et de la médecine traditionnelle chinoise, le ch'i est à l'origine de l'univers et relie les êtres et les choses entre eux : Entretien avec Gregorio Manzur : Le véritable esprit du tai-chi. Substance subtile qui se déplace le long des « veines du dragon » (lóng mài, 龍脈), il circule à l'intérieur du corps par des méridiens qui se recoupent tous dans le « centre des énergies » appelé « champ du cinabre », tanden au Japon et dāntián en Chine. Il est présent dans toutes les manifestations de la nature.

Plusieurs concepts de la philosophie indienne s'en rapprochent, tels que le prana ( / ) ou l'ojas ( / ).

Non reconnu par la communauté scientifique, le ch'i est considéré comme un concept philosophique, hypothétique et invérifiable.

Notion thumb|100px|Sinogramme qì Le ch'i (qi) reste difficile à traduire. D'abord parce que sa notion s'étend à différents aspects de la vie et de l'univers dans la cosmogonie chinoise. Ensuite parce que le sens a évolué tout au long des époques, au gré de l'influence de différentes écoles de pensée. Une analyse rapide de la graphie 氣 (écriture non simplifiée) nous montre de la vapeur 气 au-dessus du riz 米, qui donne une traduction étymologique très réductrice, « énergie produite par l’absorption du riz », exprimant l'idée que le ch'i est produit par l'air et l'alimentation. L'alimentation n'étant qu'un moyen parmi d'autres de produire du ch'i. Le Chinois moderne n'a retenu que la partie supérieure 气, et rejoint ainsi dans l'esprit le caractère primitif formé de trois lignes horizontales 三, symbolisant les courants atmosphériques, similaire au caractère 三 désignant le nombre « trois ».

La notion de ch'i évolue simultanément sur trois plans ; celui des êtres vivants, celui de la structure de l'univers et celui de la spiritualité. Par extension, la notion s'utilise aussi pour rendre compte d'un effet d'harmonie, qu'il soit artistique, architectural ou corporel. L'interprétation du ch'i en termes d'énergie reste propre à l'Occident, car elle n'apparaît jamais dans les textes chinois qui en restent, eux, à l'idée d'un souffle ou d'une essence Titarenko (M. L.), Kitaiskaia Filosofiia : Entsiklopedicheskii Slovar, Institut Dalnego Vostoka (Rossiiskaia akademiia nauk), éditions Mysl, 1994. .

Principe fondamental de l'univers Le ch'i est aussi un principe fondamental et unique, qui donne à l'univers et aux êtres leur forme, tout en les transformant sans cesse. Il circule indifféremment dans les choses et les êtres, les reliant en permanence. Dans la cosmogonie chinoise, le ch'i préexiste à l'émergence du yin et du yang, deux aspects de ce souffle qui, en se combinant l'un à l'autre, vont permettre la formation des « dix mille êtres » (wànwù 万物), c'est-à-dire des êtres et des objets de l'univers. thumb|right|L'oiseau observe des poissons (Gao Qipei, 1713) Au premier moment du cosmos aurait existé une forme indifférenciée, nommée wújí (無極), durant lequel le ch'i originel (yuánqì 元气) était encore unaire, indifférencié. Puis cette forme se serait polarisée, se divisant en un pôle yin et un pôle yang pour fonder ce qui est nommé Tàijí (太极), littéralement la « poutre faîtière suprême » du cosmos, clef de voûte de la structure de l'univers. À partir du tàijí, les combinaisons yin-yang vont se multiplier et varier quasiment à l'infini pour engendrer le monde, dans un mouvement permanent de transformation que la pensée chinoise a traduit par 64 hexagrammes, dans le Classique des Mutations ou Yi Jing (易經).

Le yin est lui-même composé d'une part de yang et d'une part de yin, idem pour le yang. Par ces deux composantes yin et yang, le ch'i s'exprime de différentes manières, alternativement par du froid et de la chaleur, de l'ombre et de la lumière, du calme (lac) et de l'activité (vagues, vent), un matériau plus ou moins compact (terre, bois ou pierre). La cosmogonie chinoise désigne également cinq mouvements fondamentaux du ch'i, wǔxíng (五行), littéralement « cinq phases » traduit incorrectement par « cinq éléments » : bois, feu, terre, métal, eau. Ces cinq agents représentent cinq modes d'activité du souffle, qui se succèdent indéfiniment selon un cycle cohérent. Sous Qin Shi Huang, le cycle les fait se succéder dans un rapport de domination (kè 克), qui peut aider à déterminer le type de dynastie future à instaurer au terme d'une précédente, ou les rites à célébrer selon les saisons. Ainsi l'eau éteint-elle le feu, lequel fait fondre le métal qui tranche le bois, ce dernier puisant la terre qui absorbe l'eau, et ainsi de suite. Puis ils se comprennent selon un cycle d'engendrement (shèng 勝) sous la dynastie Han Loewe (Michael), Water, earth and fire: the symbols of the Han dynasty, in Divination, mythology and monarchy in Han China, Cambridge University Press, 1994., où l'eau engendre le bois, le bois alimente le feu, le feu engendre la terre, la terre source du métal, le métal se liquéfie et ainsi de suite. Ces cycles décrivent l'effet de la croissance du yang, de son apogée, puis de l'amorce de son déclin qui annonce la croissance du yin, lequel atteint son apogée puis commence à décliner, annonçant ainsi à nouveau la croissance du yang ; la phase terre étant la période de transition. L'ensemble peut représenter un schéma spatio-temporel dynamique, inspiré de la course du soleil à travers la voûte céleste (lever, zénith, coucher) avec l'alternance des saisons, et les points cardinaux, tous liés à l'activité alternative yin-yang.

Ce principe, jamais pensé comme une divinitéRobinet (Isabelle), Histoire du taoïsme, des origines au , éditions Cerf, 1991, p. 14 , inscrit l'être humain dans les mêmes lois naturelles que celles qui régissent l'univers. Dans cet esprit, l'influence du qì organise les veines du corps humain comme il organise les nervures du jade. L'être humain est ainsi pensé comme un cosmos en miniature.

Morale et essence spirituelle Dans la philosophie taoïste, et particulièrement dans sa forme religieuse, le ch'i est perçu comme participant à l'évolution spirituelle d'un être. C'est en raffinant le souffle par des opérations « d'alchimie corporelle » que le pratiquant espère progresser dans son développement spirituel, et atteindre un état mental censé rejoindre le fonctionnement fondamental du cosmos. Le taoïsme et le néoconfucianisme (qui prône la conformité de l’ordre social) parlent alors de retour au wuji, avec pour objectif idéal l'existence éternelle.

La pratique de ces exercices emprunte à l'alchimie son vocabulaire et définit trois centres de raffinage du souffle. Le champ de cinabre inférieur, ou dantian inférieur, situé sous le nombril représente l'endroit où se fabrique et s'entretient le ch'i en tant que substance vitale. Le second champ d'élixir, situé au niveau du cœur-sternum, transforme le ch'i en shén, qui est un souffle plus subtil propre à la pensée. Enfin, la tête contient le troisième dantian où le shén se transforme en un souffle propre à la spiritualité, celui qui est censé mettre le pratiquant dans un état d'unité avec le cosmos, c'est-à-dire le conduire à agir selon les lois intrinsèques d'équilibre de l'univers que le taoïsme nomme la Voie, ou Tao (道), également état originel du cosmos. Cette pratique, nommée qi gong (气功), se base sur des exercices de respiration et de visualisations mentales, alliés parfois à des mouvements ou postures.

Dans la philosophie confucianiste, le ch'i est associé au lǐ 理Cheng (Anne), Le renouvellement intellectuel des , Entre indifférencié et principe structurant, in Histoire de la pensée chinoise, Seuil-Points collection Essais, 1997, page 336 , principe structurant des êtres et des choses. La morale et les règles sociales sont jugées idéales lorsqu'elles suivent les lois naturelles qui régissent l'univers, et ces lois émanent du principe lǐ qui structure l'ordre établi. Toutefois le ch'i garde sa nature fondamentale, de sorte que la morale est directement liée au corps qui accueille la circulation du ch'i. Le corps et l'esprit restent intimement dépendants l'un de l'autre ; les philosophes travaillent leur ch'i grâce au corps pour parfaire leur morale et leur vertu.

Caractère chinois

Évolution Si la notion ch'i pose des problèmes de traductionElman (Benjamin A.), From Philosophy to Philology, Intellectual and Social Aspects of Change in Late Imperial China, Cambridge Mass., Harvard University Press, 1990, p. 19 et 20., d'autant que la signification a changé au fil des époques, on peut se référer directement aux caractères chinois qui ont servi à l'évoquer, notamment à partir du dictionnaire Shuowen Jiezi élaboré par Xǔ Shèn au . L'origine du mot reste trouble, les pictogrammes qui pourraient contenir la même signification que celle d'aujourd'hui sont difficiles à identifier.

Les premières traces archéologiques évoquant le ch'i montrent, gravée sur une carapace de tortue, une graphie à trois barres horizontales. De type d'écriture jiǎgǔwén (甲骨文), époque des Zhou occidentaux, elle représente la vapeur ou la brumeXu Zhongshu (徐中舒), Jiaguwen Zidian 甲骨文字典 (dictionnaire des graphies sur os et carapaces), éd. Chengdu, Sichuan sishu (成都 : 四川辭書出版社), 1989.. Cette même graphie se retrouve sur une tasse de thé en bronze, la qihe hú (壶), datant de la même période mais « fondue » en graphie de type jīnwén (金文)Chen (Chusheng) 陳初生, Jinwen changyong zidian 金文常用字典, (Dictionnaire des caractères fréquents dans les inscriptions sur bronze), Shanxi : Renmin chubanshe, 1987.. L'idée de ch'i apparaît également sur un bijou de jade datant de la période des Royaumes combattants (-403 à -256), le xingqi ming (texte des mouvements) exposé au musée de Tianjin, sous la forme du sinogramme 炁. Celui-ci se compose de 既 (皀 + 旡, bol de riz + agenouillé) sur le radical 灬, qui se rapporte au feu (huǒ 火). Dans le système d'écriture lishu, sous la Dynastie Han (-206 à 220), le ch'i est exprimé par un caractère combinant la vapeur 气 sur le feu 火. C'est seulement sous la Dynastie Song (960 - 1279) que le ch'i est représenté par le caractère 氣 qui évoque la vapeur émanée de la cuisson du riz ; c'est-à-dire au moment où la médecine chinoise a besoin de transcrire une substance issue de la nourriture et de la respiration. Graphié en style songti ou zhengkai, ce sera l'idéogramme encore utilisé de nos jours.

Caractère actuel